TOXINES DE PHANÉROGAMES
Les graines dégraissées de certaines plantes phanérogames abandonnent à l’eau et
aux solutions salines des substances dont la nature chimique est mal établie jusqu'ici, mais qui se rapprochent beaucoup des toxines microbiennes et de certaines toxines animales, d’abord par leur nocivité très grande pour l’organisme des animaux supérieurs, ensuite et surtout parce que, ainsi que l’établit Exrzicx dans des recherches très intéressantes, elles peuvent produire chez l’animal, grâce à une vaccination bien conduite, un état d’immunité, absolument semblable à celui qu'on obtient à l’égard des toxines microbiennes, état caractérisé par la production d’antitoxines. . Au point de vue chimique, elles se caractérisent par la propriété d’être précipitées de leurs solutions par les sels des métaux alcalins et alcalino-terreux (surtout par le sulfate ammonique) et par l’alcool. Elles sont détruites par l’ébullition et ne dialysent pas. La ricine (JacoBy), l’abrine (Hausmann), la robine résistent à l’action de la trypsine; l’abrine n’est pas influencée par l’érepsine (Sreser et Scuoumorr-Simonowsxi). En combinant l’action de la trypsine et du sulfate ammonique, on peut obtenir des préparations très toxiques et qui ne donnent plus les réactions colorantes des albuminoïdes (Jacogy). D'après F. Müzcer (confirmé par JacoBy, HAusmanN), la ricine perd, après avoir subi l’action prolongée de la pepsine, en tout ou en partie son pouvoir hémolytique, tout en gardant intacte sa toxicité générale.
L'action de la ricine sur l’organisme des animaux supérieurs fut étudiée d’abord par Kogerr et ses élèves. L'un d'eux, SriLLmaRrK, observa que la ricine aggluline énergiquement les globules rouges du sang des mammifères. En association avec la lécithine, la ricine devient hémolytique (Pascucci).
Une substance très voisine, l’abrine (jéquiritine) a été extraite des graines d’Abrus precatorius; elle à été étudiée par Kogert et Hezzix. Une troisième, la robine, est contenue dans l'écorce de Robinia pseudo-acacia ; elle fut étudiée par: KogertT. Toutes deux possèdent aussi des propriétés agglutinantes énergiques.
Enfin la crotine isolée des graines de Croton tiglium agglutine, d’après EzrsrranD, les globules du mouton, du pore, du bœuf, et produit l’hémolyse du sang du lapin. D’ailleurs, l'agglutination provoquée par la ricine et l’abrine ne va pas sans altération globulaire grave. Si, par une agitation énergique, on désagrège les amas de globules, le liquide se teinte en rouge (Eurzicx 4901). D'après v. Baum@artEn (1901), cette hémolyse secondaire ne se produirait qu’en solution hypertonique. Nozr avait déjà constaté antérieurement (1900) que les hématies agglutinées fortement par un sérum spécifique chauffé à 56°
perdent déjà spontanément leur hémoglobine dans des solutions isotoniques. Gette diffusion de l’hémoglobine dans le milieu ambiant est considérablement accélérée par l'agitation. Il est done probable que d'une manière générale l’agglutination énergique
418 HÉMOLYSE.
des globules rouges par une agglutinine soluble est le résultat d'une altération plus ou moins profonde de leur paroi, qui peut se marquer aussi par de l’hémolyse. L’hémolyse qui s’observe dans ces conditions reconnait très probablement une cause double : 1° elle est due à l’altération directe de la paroi, résultat de son imprégnation par l’agglutinine; 2° elle peut être aussi la conséquence de l’agglutination même, qui, en établissant des soudures intimes entre les hématies agglomérées, crée des conditions favorables aux déchirures globulaires. On conçoit facilement qu’une agitation énergique, suffisante pour rompre les agglomérats, détruira nécessairemen* un nombre plus ou moins considérable des hématies, par déchirure de leur enveloppe.
KogerT a encore décrit une toxalbumine, la phalline, provenant d’un champignon (Amanita phalloides) qui serait encore hémolytique à la dilution Eu
Comme il a été dit plus haut, on peut obtenir par l’immunisation des mammifères contre ces diverses substances, un sérum antitoxique qui en neutralise tous les effets toxiques. Le mélange en proportions convenables de toxalbumine et d’antitoxine est absolument inoffensif pour l’animal auquel on l’injecte et il ne possède plus la moindre action sur les globules rouges. Cette belle découverte d'EnrLicx permit à cet auteur d'étudier in vitro l'immunité par les sérums et le mode d’action des antitoxines sur les’ toxines. Elle ouvrit une ère nouvelle dans l’étude de ces questions.
D'après Neuser6, les solutions de ricine, de crotine contiennent un ferment lipolytique qui intervient peut-être dans l’hémolyse.