‹ Dictionnaire de physiologieChapitre 35 sur 81 · SA CANS · texte numérisé non relu

SA CANS

14-à 21 "= 5,;:/.) 05,2 OS. 44,8 D,1 ô 10,3 DA ANR = LENS MS,2S D,1 36,7 18,3 41,3 Cri 28 à 39 — . , . | re 2,9 34,5 AREA T8 13 e 5,9 35 à 42 — . .: . . 10,5 11,7 35,2 28,2 5,8 8,2 ONE LP Er de pr) 4,1 29,2 22,6 9,4 12,2 49 AL00 = T0 14,7 35,2 ar Ra) 10,2 4,4 DEA ORNE NUE S 8,6 31,6 18,8 13 14,4 64 'et'au dela. 11158 8,4 30,9 20,3 6,1 13,5

«Ce qui frappe, dit BEaunis, dans ce tableau, c’est la forte proportion des somnambules dans l'enfance et dans la jeunesse (26,5 p. 100 de 1 à 7 ans, et 55,3 p. 100 de 8 à 14 ans); on remarquera aussi que, pour ces deux périodes de la vie, tous les sujets, sans exception, ont été plus ou moins influencés. Dans la vieillesse, au contraire, on voit le nombre des somnambules décroitre, mais tout en restant encore à un chiffre relativement élevé (7 à 11 p. 100) » (BERNHEIM, De la Suggestion, 1886, p. 14).

Depuis 1886, tous les auteurs répètent ces chiffres et ces remarques; mais, en y regardant de près, et abstraction faite des exagérations, quant au chiffre des enfants somnambules, on peut y voir également autre chose. (Remarquons, en passant, qu’il y a dans ce tableau trop d’erreurs arithmétiques. Toutes les séries, sauf la quatrième, sont inexactes, car le nombre des réfractaires pour chaque âge, additionné au nombre des hypnotisables, n’atteint jamais la somme de 100,0, sauf pour la plus tendre enfance, où elle est dépassée ; LiéBEAULT a réussi à endormir plus d’enfants qu'il n’en à eu : 100,2 sur 100,0.)

Ensuite, si, au lieu du somnambulisme, trop facile à simuler, on prend comme terme de comparaison le sommeil profond, on aura, en moyenne, pour les deux premières séries de l’enfance, 19,9, et pour les trois dernières séries de la vieillesse, 37,2, ce qui pourrait faire croire que les vieillards sont deux fois plus hypnotisables que les enfants. Et l'on obtiendrait même une aptitude plus de quatre fois plus grande, en comparant le premier degré de l'hypnose, caractérisé par 19,7 pour les vieillards des deux dernières catégories et seulement par 4,3 pour les deux premières catégories de l'enfance. Si, au contraire, on est d’avis que c’est le sommeil «très profond » qui donne une mesure plus exacte, on aura tout de même 17,0 pour les vieillards, et seulement 11,9-pour les enfants. Enfin, si, mécontents d’une comparaison simple, nous

LA

Lost 1

voulions nous baser sur la relation qui existe entre le nombre des cas de sommeil léger par rapport au nombre des cas de sommeil profond, on aura :

Sommeil Sommeil léger. profond.

Au-dessous de T ans: . .. "52,0 13,0 :

6% ans'ebau-dela tt M1 090,3 38,9

ce qui semblerait prouver, encore une fois, que les vieillards sont beaucoup plus facilement hypnotisables que les enfants. Veut-on prouver que l’âge mûr est plus impressionnable que l’enfance? C’est encore possible avec le même tableau. On n’a qu'à comparer la fréquence du sommeil profond à l’âge de 49 à 56 ans, qui est de 35,2, avec la fréquence du même degré dans l'enfance, marqué par le chiffre 13. — Mais si, au lieu de prendre des chiffres détachés, on additionne toutes Les formes de l'hypnose pour la jeunesse de 14 à 21 ans, en comparaison avec la somme pour 65 ans et au delà, on aura : d’un côté, 89,4, et de l’autre, 86,1, c'est-à-dire la même chose. Le nombre des réfractaires à ces différents âges sera aussi à peu près égal : 10,3 et 13,5. Et pourtant la plupart des auteurs, suggestionnés par LiÉBEAULT, répètent toujours qu’il est beaucoup plus facile d’hypnotiser les jeunes que les vieux!

En vérité, l’âge n’a pas d'influence décisive sur l'existence ou la non-existence de la sensibilité hypnotique; les chiffres donnés par LréBeaucr pour l'enfance sont illusoires, et tous ses chiffres sont, en général, exagérés, sauf pour les réfractaires à la suggestion, dont le nombre est incomparablement plus grand en réalité.

La sensibilité hypnotique subit l'influence de l’âge, comme toutes les autres fonctions de l’organisme; et plutôt moins. Elle se développe avec les autres facultés, et ne peut donner sa manifestation complète qu'avec le développement complet des facultés.

Elle décroît dans la vieillesse, comme toutes les autres sensibilités, mais, en principe, elle persiste. On naît sensitif, et on meurt sensitif; on naît réfractaire, et on meurt réfractaire. Il n’y a que des changements de degré et de forme, déterminés tantôt par l’âge seul, et tantôt par d’autres facteurs dont nous parlerons plus loin.

Une seule forme de l'hypnose, la plus élevée, la plus subtile, la plus créatrice, nommée transe, semble subir une influence décisive de l’âge. Elle peut disparaître presque complètement dans la vieillesse.

Influence des maladies. — Faut-il être malade pour être hypnotisable? Et en parti- ‘culier faut-il être hystérique, épileptique, anémique, neurasthénique, ou du moins très nerveux? Non. Il y a un grand nombre de personnes débiles, très nerveuses, très imaginatives, et non hypnotisables. Elles présentent quelquefois ce que j'appelle : une sensibililé hypnotique imaginaire. Elles ont peur de tout, tressaillent à la moindre impression, elles croient facilement à tout : « on n'aurait qu’à les regarder pour les -endormir », et, en réalité, il n’en est rien. Examinées à l’hypnoscope, elles ont toutes sortes de sensations extraordinaires, mais ne présentent aucun changement objectif dans la sensibilité cutanée. À une seconde épreuve, les sensations extraordinaires diminuent ou disparaissent. De même les tentatives d’hypnotisation, qui paraissent d’abord produire quelque chose, ne produisent ensuite absolument rien. D'un autre côté, un certain nombre de personnes calmes, équilibrées, fortes, et qui n’ont jamais été sérieu-

ement malades, sont profondément sensitives. Parmi les épileptiques on trouve très

souvent des réfractaires, malgré les assurances contraires de MaGGioranr. Et quant à

l’anémie, c’est une illusion de HEinENHAIN, basée sur uné expérimentation insuffisante, -que de croire qu’elle conditionne l'hypnose. De même pour la neurasthénie.

C’est surtout pour l’hystérie que les relations avec la sensibilité hypnotique sont importantes. En distinguant deux formes principales de l’hystérie : la grande (plus ou moins convulsive), et la petite, dont les menus symptômes RÉNe sont innombrables, on trouvera que réellement presque toutes les hystériques à convulsions, à contractures, à changements subits de la sensibilité, sont facilement hypnotisables et -que, parmi les petites hystériques, il y en a peu. Ce fut une idée de Cuarcor qu'il n’y a que les hystériques qui soient hypnotisables, et que le grand hypnotisme n’est qu’une forme expérimentale de la grande hystérie. Le reste, ce sont des formes frustes, étudiées à Nancy, « où l’on n’a jamais vu une vraie hystérique ». (J'étais présent à une

PRET u #r

séance de la Société de psychologie physiologique où Cxarcor émit celte opinion contre BerNaemM, en l’appuyant d’un coup de poing sur la table.) Il avait raison. On n’a jamais vu à Nancy « une vraie hystérique ». Ni à Nancy, ni ailleurs. Et je dois ajouter qu'on ne la verra plus. Ce type, modulé à la Salpêtrière, avec tant de soins inconscients, immortalisé avec tant de précision nosographique dans le livre classique de Paur RicHer, ne ressuscitera plus; pour cette simple raison, que la rroyance en son existence ne pourra plus être évoquéet. (Nous examinerons plus loin, dans le chapitre « Tauloloyie expérimentale », ce genre spécial de créations scientifiques.) Or le grand hypnotisme appartenait à la même catégorie. On s’imaginait qu’il était l'apanage de la grande hystérie, telle qu’elle avait été observée dans le service de Caarcor, mais en réalité tous les deux constituent une création artificielle. Si à Nancy on produisait par suggestion une quantité de somnambules, sans s'inquiéter des signes plus ou moins véridiques de leur état, à la Salpêtrière on torturait un tout petit nombre d’hystériques, pour en tirer l’aveu d’un stigmate objectif, indiscutable. Comme tous les physiologistes qui se contentent d’une étude méticuleuse sur un ou deux sujets, convaincus qu’ils sont de l'unité physiologique du genre humain, Caarcor arriva à des généralisations tout à fait illusoires. Il n’a même pas essayé de vérifier si réellement toutes ses hystériques étaient hypnotisables. Cependant, après ma communication sur l’hypnoscope, à La Société de Biologie, en 1884, il m'invita à faire des essais à la Salpêtrière. ILfit vemir 14 femmes hystériques, séparément l’une après l’autre, et j'étais chargé de les soumettre, pendant deux minutes chacune, à l’épreuve de l’hypnoscope. Le résultat fut que, sur ces 14 malades, je n’en ai trouvé que 4 d’hypnotisables, et encore, parmi ces quatre, il n’y avait qu'une seule, que j'aie déclaré pouvoir être hypnotisée dès la première séance. J’appris ensuite que c'était la célèbre Wirruanx, la principale coupable du grand hypnotisme. Les trois autres n'étaient sensibles qu'à des degrés moindres, et les dix restantes, point du tout. On a vérifié ensuite, pour la plupart d’entre elles, sinon pour toutes, que c'était exact.

li est donc tout à fait erroné de croire que tous les hystériques sont hypnotisables. On ne trouve un taux réellement très élevé que parmi les hystériques à forme convulsive. Et c’est cette circonstance, facile à constater, qui fit naître la croyance à une relation intime, causale, entre l’hystérie et l'hypnose. Cette relation est certaine, et l’analogie entre les symptômes de l’hystérie et ceux de l’hypnose, indiscutable. Seulement — et c’est là un point capital, que je défends à peu près seul, depuis plusieurs années — pour être vraie, cette relation doit être retournée. On ne doit pas dire : c’est l’hystérie qui prédispose à l’hypnose. On doit dire : c’est la sensibilité hypnotique qui prédispose à l’hystérie. Remarquons bien que la différence est capitale. Dans la première conception, la sensibilité hypnotique, comme aptitude spéciale physiologique, n’existe pas: il n'y a que l’hystérie et ses conséquences, on est en pleine pathologie : une diathèse morbide prend différentes formes; sa forme expérimentale, plus ou moins analogue au sommeil, s'appelle hypnose. Elle est liée indissolublement à cette diathèse ou à cette névrose, naît et disparait avec elle. Si, chez un sujet donné, la névrose semblait absente auparavant, et si l’on réussit tout de même à provoquer l’état hypnotique, c’est que, par imprudence, on provoque une maladie, on crée une névrose expérimentale. Les applications thérapeutiques de l’hypnotisme deviennent illogiques, .et la physiologie, elle aussi, ne gagne à peu près rien, par la découverte de l’hypnotisme.

Si, au contraire, la vérité est du côté de la seconde conception, la sensibilité hypnotique constitue une diathèse spéciale, mais physiologique, qui prédispose à l’hypnotisme et à l’hystérie en même temps; l'hypnose est un état anormal, mais non pathologique : ses applications deviennent possibles et utiles, et la physiologie gagne une vérité nouvelle, pleine de conséquences imprévues, ‘qui transforment la doctrine schématique de l’unité nerveuse de l'espèce humaine. On sera étonné de la largeur des horizons que cette conception va nous ouvrir, non seulement dans les diverses branches de notre savoir, mais aussi pour la vie pratique.

Remarquons bien que, dans cette deuxième conception, il ne suffit pas d'admettre la

1. Ce qui n'empêche pas, cette restriction faite, que l’intéressant travail de Pauz Ricxer ne soit encore utile à consulter.

possibilité de l’hypnose chez des sujets sains : il faut encore reconnaître l'existence,

chez un certain nombre de sujets, sains ou malades, de cette aptitude spéciale, individuelle, innée et persistante (au moins en principe), que nous avons nommée sensibilité hypnotique.

Malgré sa simplicité et son évidence, pour quiconque se donne la peine d’analyser les faits un peu attentivement et sans prévention, cette idée n’a pas trouvé de partisans, probablement à cause de sa contradiction principale avec tout ce qu’on trouve dans les livres, tant hypnotiques que magnétiques. IL est vrai que Prerre JANET la cile, pour appuyer ses vues personnelles (p. 451); mais il ne parait pas s'apercevoir qu’elle est en flagrante contradiction avec les siennes. [Après avoir énuméré, ce qui était son droit, les frappantes analogies qui unissent l'hypnose et l’hystérie, il déclare « bien exagérée, l'opinion qui soutient que le somnambulisme n’est rien d’autre qu’une manifestation de l’hystérie ». Mais il distingue l’hystérie et les symptômes d’hystérie, ce qui rappelle un peu les universalia ante rem des réalistes du xi° siècle. « Les symptômes d’hystérie, dit-il, n'apparliennent pas à une maladie unique, toujours la même dans son origine et dans son évolution : ils se retrouvent au cours d’autres maladies, tout à fait différentes. Dans la fièvre typhoïde, dans l’anémie, dans la syphilis, même à la période secondaire, si l’on en croit Fournier, il y a des contractures et des anesthésies.. Un médecin qui s’occupait aussi d’'hypnotisme m'a fait remarquer avec quelle facilité la plupart (?) des phtisiques entrent en somnambulisme. »

Or n'est-il pas alors plus juste de dire que, par conséquent, le somnambulisme provoqué n’a rien à faire avec la phtisie, la syphilis, la fièvre typhoïde, qu'il dépend du malade et non de la maladie, et que la prédisposition pour l’hypnose, aussi bien que pour l’hystérie (ou toute autre maladie siné materia), tient à une diathèse physiologique, à une particularité individuelle? PIERRE JANET préfère rester dans la pathologie et considérer le somnambulisme des phtisiques comme appartenant à la catégorie des « symptômes hystériques accompagnant les maladies banales ». Et dans la suite, en rappelant la définition de FÉRÉ, que « les hystériques sont en état permanent de fatigue, de paralysie psychique », il élargit encore sa conception, en appelant l’état maladif, favorisant l'hypnose, la misère psychologique. En conséquence il ne reconnaît pas la possibilité d’hypnotiser les gens tout à fait bien portants : « Que l’on fasse, écrit-il, une expérience bien simple : que l’on prenne une vingtaine de personnes, des hommes de préférence, de trente à quarante ans(?), bien portants au physique et au moral, n’ayant aucune hérédité, ni aucun antécédent névropathique, et que, sans les procédés fatigants qui commencent par les rendre malades, on essaye de provoquer chez eux le somnambulisme caractéristique, ou l’écriture automatique. Si l’on obtient ces phénomènes sur la moitié seulement (?) de ces personnes, nous nous rendrons très volontiers et nous reconnaîtrons que le somnambulisme est normal(?). Mais, l'expérience n'ayant pas été As nous doutons encore beaucoup du résultat », p. 451.

P.Janer voudrait trop prouver à la fois. D’ abord personne n’a jamais prétendu que le somnambulisme provoqué est normal. Il est anormal, sans cependant être pathologique. Eosuite, il est exagéré de demander 50 p. 100 de réussites, puisqu'on ne pourra pas arriver à ce pourcentage chez des malades avérés. Je ne comprends pas non plus pourquoi on devrait se borner à l’âge de 30 à 40 ans? Janer penserait-il qu’à cet âge on est plus rarement malade, qu'entre 20 et 30 ans?

Enfin l'expérience a déjà été faite.

Sans parler de l’école de Nancy, sans parler des milliers de personnes plus ou moins bien portantes, hypnotisées par Donaro et HANSEN, sans parler des expériences ide Harry VincenT, qui prétend pouvoir hypnotiser plus facilement les personnes bien portantes que les malades, et avoir obtenu 96 p. 100 de succès sur les membres de l’Université d'Oxford, je ne mentionnerai que mes propres observations. Après avoir commencé à expérimenter sur mes camarades d’école (en 4867), pendant de longues années, jusqu’à 1879, je n’ai pas osé agir sur un malade, de peur de lui occasionner du tort. Je croyais aux craintes des médecins, et je me refusais de croire'aux assertions véridiques des anciens magnétiseurs. Mais, CPS OR j'ai eu l’occasion de me convaincre : 4° que la sensibilité hypnotique n’a rien à faire avec une maladie quelconque; 2 qu’elle constitue une particularité individuelle, innée, et pour la plupar

héréditaire, comme par exemple l'oreille musicale. La différence consiste seulement

dans ce fait que l’oreille musicale ne conduit à aucune maladie, tandis que la sensibilité hypnotique, par sa nalure même, prédispose d’une façon spéciale et compréhensible, aussi bien à la production du somnambulisme artificiel qu'à l’éclosion des maladies nerveuses’ fonctionnelles.

Un bâton flexible et élastique peut prendre les différentes formes qu’on lui donne; un bâton rigide s’y oppose ou se Casse, sans se plier. Il en est de même pour les organismes. Ceux qui présententcette flexibilité physiologique dontnous parlons, manifestent pläs souvent diverses modifications fonctionnelles, tantôt anormales seulement, et tantôt pathologiques, tandis que d'autres, plus difficiles à manier, à impressionner, à ébranler, ou bien résistent à l’action, ou bien subissent un changement profond, une lésion organique. Il y a beaucoup plus de sujets hypnotisables dans l’hystérie que dans l’ataxie Jlocomotrice, mais ce serait une erreur de croire que la première prédispose, et que la seconde s’oppose au somnambulisme. Ces faits prouvent seulement que, sous l'influence de facteurs pathogènes analogues, les divers types nerveux réagissent différemment. Et quant à l'identification de la sensibilité hypnotique avec la misère psychologique, je ne la trouve pas acceptable. Certes, une sensibilité plus grande, de n’importe quelle nature, peut être, sous certains rapports, assimilée à une faiblesse. Mais peut-on appeler faiblesse une acuité visuelle plus prononcée, une dextérité et une endurance plus grandes de certains muscles?

Et puis, même là où ce mot paraît s'appliquer, comme par exemple PR la suggesübhilité en général, nous voyons, là encore, des faits de nature contraire : la suggestibilité, qui semble dénoter une sorte de faiblesse, conduit cependant aussi bien à une Hit qu’à une dynamogénie,

Si l’on veut se servir absolument du mot faiblesse ou misère, pour caractériser la suggestibilité, il faut tout de suite ajouter que ce n’est pas une faiblesse ou misère pure et simple, mais une prédisposition, un moyen, qui peut être employé indifféremment, pour le bien ou pour le mal, pour augmenter la débilité, ou pour redonner des forces. Et alors est-ce bien une faiblesse, ce qui donne la force? Est-ce bien une misère, ce qui augmente la richesse?

Un seul argument de P. JANET paraît inattaquable, mais il est basé sur une illusion. Nous l’examinerons plus loin.

Influence des tempéraments et de l'intelligence. — Laissons la pathologie, et voyons le tempérament qui conditionne l’aptitude à l'hypnose. Est-ce le tempérament nerveux, sanguinaire, mélancolique ou lymphatique, etc.? On trouvera dans les auteurs quantité d’assertions à ce sujet. Teste affirme qu'il faut être nerveux, et cette opinion est très répandue. «Les tempéraments nerveux, dit Cx. Ricuer, sont, comme on le pensera sans peine, plus susceptibles que les autres. » Mais il ajoute : « Cependant quelquefois on réussit très bien avec des femmes pâles et lymphaliques, et on échoue avec les femmes

nerveuses. » C’est cette dernière observation qui est plus juste. Si l’on a si souvent

confondu la sensibilité hypnotique avec la nervosité, c’est par une simple association des mots nervosité et sommeil nerveux. À vrai dire c’est une question de terminologie, mais, en se bornant à la conception populaire de nervosité, on arrive à cette conclusion qu’elle n’a rien à faire avec la prédisposition à l'hypnose. Hansen préférait les tempéraments actifs et les constitulions robustes et musculaires. Harry VINCENT dit également : « Les plus difficiles de toutes sont les personnes d’un tempérament faible et

chancelant », et, tandis que la plupart des auteurs traitent de neurasthéniques les

sujets hypnotisables, Harry ViNcENT dit au contraire : « Certaines personnes présentent à l’hypnotiseur des difficultés presque insurmontables : ce sont les neurasthéniques. L'opinion que les sujets hystériques et faibles de corps, ou d'esprit.

sont plus facilement hypnotisables que les autres, est contredite par l'expérience de,

tous les hypnotiseurs. Un esprit fin, intelligent, sera plus facilement hypnotisable qu’un SA lourd, sans instruction; un homme sain, plus facilement qu'un homme malade. | Ce qui n’empêche pas que certains auteurs voient de l’ bed partout où lhypnose est réalisable. Pour Lcoyo Tuckey les idiots et les types purement intellectuels sont également difficiles à hypnotiser, et c’est le tempérament animal qui est favorable.

si, nf

En outre, il faut être gai et avoir une intelligence lente. Pour Tesre, il faut être ner-

veux et très maigre. Pour Hirscs, les matérialisies et les gens sarcastiques sont réfrac-

taires. Une seule remarque de ce dernier auteur est assez juste, celle qui unit une grande sensibilité musicale avec la sensibilité hypnotique. Mais l'inverse se rencontre également. Pour PReyer les personnes qui se fatiguent facilement sont plus facilement hypnotisables que celles qui présentent une endurance pour la faligue, ce qui est tout à fait faux. Comme la logique n’a rien à faire dans ces appréciations, le même physiologiste, après avoir répété l’opinion de Brain, concernant la fatigue, répète celle de BERNHEIM, concernant l’obéissance : les soldats sont pour lui très facilement hypnotisables, élant habitués à obéir. Il parait cependant qu'ayant plus d'endurance ils devraient être plutôt réfractaires.

Je trouve inutile de continuer les citations. D’après mon expérience d’une quarantaine d'années, ni le tempérament, ni le degré d’intelligence ou d'instruction, ni le manque, mi l'excès de forces, ne décident rien en faveur de la sensibilité ou contre elle. Elle existe par elle-même à des degrés différents, ou n’existe pas du tout. Les assertions contradictoires ne sont basées que sur cette mauvaise habitude, malheureusement très répandue, d’induire arbitrairement du particulier au général.

Influence de la race et du climat. — Les expériences hypnotiques faites dans divers pays n’ont pas donné de différences marquées par rapport aux nationalités. Cependant il ne faut pas oublier que, pour avoir le droit de conclure dans un sens ou dans l’autre, il faudrait des statistiques, qui jusqu’à ce moment sont absolument insuffisantes. Mon impression personnelle est que, si les nationalités européennes se distinguent peu sous ce rapport, la race juive paraît dotée d’une proportion plus grande de sensitifs. Mais cela peut tenir au hasard, car le nombre des juifs hypnotisés par moi, qui me paraît présenter un pourcentage beaucoup plus élevé, ne dépasse pas une cinquantaine.

Aux Indes la population autochtone paraît très sensible. Espaizze y a fait 260 opéralions dans des conditions d’insensibilité hypnotique, qui semblent dépasser tout ce qu'on peut obtenir en Europe. L'existence des Fakirs parle aussi en faveur de cette supposition. « Une étrange influence sur l’aptitude à l’hypnose, dit GEssManN, est due à certaines conditions climatériques. Les méridionaux, et en général les personnes ayant longtemps subi l’action des tropiques, sont généralement beaucoup plus facilement hypnotisables que les habitants des climats froids ou modérés. » Cela est possible, mais les preuves manquent.

Influence de la profession. — En examinant à l’hypnoscope les gens de diverses professions, on constate certaines différences qui méritent d’être mentionnées. Les extrêmes se rencontrent d’un côté chez les médecins, et de l’autre chez les artistes dramatiques. Chez les premiers je n'ai trouvé que 5 p. 100 d’hypnotisables, et, parmi les seconds, 80 p. 100. À quoi tient cette énorme différence? Certes, ce n’est pas une vraie influence de la profession. Ici encore, comme pour les maladies, les dépendances doivent être renversées, pour exprimer la réalité. Les jeunes gens sensitifs supportent difficilement l’étude médicale. BozrHAAvEe mentionne un étudiant qui a été obligé d'interrompre ses études; car il ressentait les symptômes de chaque maladie décrite par le professéur. J’ai connu un médecin, qui, après avoir passé ses études avec grand peine, fut obligé de cesser la pratique, pour une cause analogue : il subissait trop l’influence suggestive involontaire de ses malades. Un autre exerce encore, mais il s’est adonné principalement aux travaux littéraires. Cet empêchement n'est pas insurmontable. J'avais une malade très sensitive qui, après avoir été délivrée par moi d’une grave maladie hystérique, enchantée du résultat, se mit à soigner par le magnétisme les malades de sa contrée, et elle à guéri entre autres un épileptique, dont les fréquents accès n’ont cependant exercé sur elle aucune fâcheuse influence. Mais elle était enthousiaste, et elle se suggestionnait elle-même pour résister à l’idéoplastie. Pour les acteurs, la suggestibilité constitue au contraire une circonstance favorable. On sait avec quelle facilité les somnambules de Cn. Ricner réalisaient le phénomène de l’objectivation des types, avec quelle grâce le sujet de Macnin présente l'expression des sentiments, ct combien de véritables illusions il y a dans les « transformations » et Les « incarnations » des médiums spirites. Il est donc beaucoup plus facile de devenir acteur et d’arriver à un certain degré de perfection, pour un homme hypnotisable,

6e HYPNOTISME.

que pour un non sensitif. Il est probable que, chez les poètes et les autres artistes, le taux des sensibles dépasse aussi la moyenne. Il doit être au contraire très bas chez les criminels de profession. Une étude comparative à ce sujet n’a pas encore été faite.

Expériences hypnoscopiques. — Ayant mentionné à plusieurs reprises l’hypnoscope et ses applications, je dois au lecteur quelques explications à ce sujet.

C'était en 1880. Bonaszewsxi, alors assistant de la chaire de physique à l’école polytechnique de Lemberg, et moi, nous voulûmes vérifier la prétendue action de l’aimant sur le corps humain. Admise par Mesuer et par d’autres, bien longtemps avant ui, elle à été proclamée ensuite par Anpry et Taourer (1779), par Becker (1829), BuL- MERING (1835), Lippic (1846) et MaGcrorant (1869), sans parler de ReICHENBAGH (1856)

dont les recherches sur l’od concernaient également, entre autres, l'influence phy-

siologique de l’aimant. Ayant réuni quatre de mes meilleurs sujets hypnotiques (tous étudiants de l’Université) et nous placant dans de bonnes conditions de contrôle, au laboratoire de l'Ecole polytechnique, nous n'avions pu constater aucune des assertions de REIcHENBACH, concernant les phénomènes lumineux odiques, sauf une acuité visuelle plus grande des sujets pour les effluves électriques connus. Quant à l’action physiologique proprement dite de l’aimant, nous l’essayâmes d’abord sur nous-mêmes, sans résultat. Nous nous servimes d’aimants d’une très grande dimension, appartenant à la machine magnéto-électrique « Alliance ». En tenant un doigt ou une main entre les pôles de ces aimants, nous n'avions constaté que quelques sensations vagues, provenant de la fatigue. À ce moment entra M. B., un de mes élèves à l’Université, facilement hypnotisable. Sans lui raconter de quoi il s’agit, je le priai de tenir un doigt à l'endroit indiqué. Quelques minutes après je lui demande : « Sentez-vous quelque chose de particulier? — Rien du tout, » répond-il. Nous voulions déjà conclure que tout est illusion (en raisonnant du particulier au général), lorsque M. B. s’exclama : « C’est drôle tout de même, je ne peux plus plier mon doigt! » Et en l’examinant attentivement je constatai que non seulement son doigt était presque en contracture, mais encore qu’il était tout à fait anesthésié. Alors, voyant qu’il faut rechercher non seulement les sensations, mais aussi les changements objectifs, l’idée m'est venue d'essayer aussi les autres jeunes gens hypnotisables. Tous se montrèrent influençables immédiatement à des degrés différents et en correspondance avec leur aptitude à l’hypnose. Nous deux restàämes réfractaires, aussi bien à l’aimant qu’à l'hypnose.

À partir de ce moment je me suis mis à répéter ces expériences sur une plus vaste échelle. Le résultat fut toujours le même, à quelques exceptions près, exceptions qui confirmaient plutôt la règle, car ils dépendaient toujours de l’immixtion d’un facteur étranger : létat pathologique du doigt examiné, simulalion, sensibilité différente des deux côlés, suggestion ou autosuggestion. Les personnes, immédiatement (dans deux minutes) et nettement (avec insensibilité surtout) influencables, pouvaient être hypnotisées avec une facilité qui correspondait au degré de la sensibilité empirique à laimant: les autres point du tout.

En même temps, j'étudiai la forme la plus convenable à donner à l’aimant,et je me suis

FiG. 108. arrêté à celle qui est représen-

tée par la figure 108 qui reçut le

nom d'hypnoscope!. Mes assertions ont été vérifiées par A. Baréry?, par Grasser?, et d’autres. Mais en général on s’est contenté de quelques expériences faites à la hâte,

LM Fa nn une nouvelle application de l’aimant. Lum. Electr., 8 nov. 1884. à À. Baréry, Le magnétisme animal, étudié sous le nom de force neurique rayonnante, un vol. de 662 p. Paris, 1881.

3. GRASSET, Note sur l'hypnoscope d'Ochorowicz (Revue de l’hypn., 1* avril 1887.

qi #2

d'une façon inexacte, et personne, autant que je sache, n’a publié une série d'essais vérilicatifs et comparables. Ce qui n'empêche pas que certains auteurs ont cru pouvoir énoncer des opinions contradictoires, sans avoir étudié la question, et même sans avoir lu ma note. Un d’eux, OrLowski, est allé jusqu'à prétendre que je me suis convaincu moi-même que les propriétés de l’hypnoscope n'étaient qu’une illusion.

Ceux qui savent que dans l’histoire de l’hypnotisme en général les sentiments et les suggestions ont joué un rôle beaucoup plus important que la conscience et l’exactitude scientifiques, ne s’étonneront pas de ces procédés un peu étranges, que l’on n’oserail pas appliquer, avec tant de nonchalance du moins, à un autre groupe de recherches.

En réalité, ayant publié ma note sur l’hypnoscope il y a vingt-quatre ans, après quatre années d'essais, je m'en sers presque tous les jours depuis, et je n’ai jamais rencontré un seul fait vraiment contradictoire. Il y en a peut-être. Je dirais même que, connaissant parfaitement la relativité de tous nos moyens de diagnostic, je suis plutôt étonné de ne pas avoir rencontré une seule contradiction nette et simple. Mais je ne puis affirmer l’avoir rencontrée, car ce serait faux. Qu'on me la montre, et je serai enchanté de pouvoir l’examiner en détail.

Voici comment doit être faite l'expérience, pour avoir une valeur pratique :

Après avoir vérifié l’état de la sensibilité cutanée du doigt à l’aide d’une épingle (et en cas de complications pathologiques, la sensibilité générale des diverses régions de la peau), on introduit un doigt de la personne examinée, l'index de préférence, dans le tube aimanté, comme l'indique la figure 108, les deux pôles allongés de l’hypnoscope touchant la face interne du doigt. On: évite une conversation animée avec le sujet, pour ne pas le distraire trop, car l’attention expectante facilite l'expérience : on ne donne aucune indication de l'effet possible, et, après deux minutes d'application (pas plus longtemps, si l’on veut se borner à l’expérience hypnoscopique), on pose au sujet la question : « Avez-vous une sensation quelconque? » Si le sujet dit non, demandez encore si le contact du métal lui parait toujours froid (l’hypnoscope ne doit pas être appliqué, immédiatement après avoir été retiré de la poche), ou bien si le fer a pris la température du doigt? Ce dernier cas étant normal, c’est seulement le froid persistant ou augmentant qui pourra signifier quelque chose. En notant ensuite la nature de toutes Les autres sensations subiectives que peut ressentir le sujet, telles que : picotement, engourdissement, lourdeur, gonflement, etc., on ne doit pas cependant y attacher une trop grande importance, car le vrai critère de la sensibilité hypnotique réside non pas dans les sensations subjectives, mais dans les changements objectifs. Ces derniers peuvent appartenir à l’une des quatre catégories suivantes :

1. Mouvements involontaires. — Tremblements du doigt ou du bras entier; ils sont assez rares et signifient par eux seuls plutôt un état d’énervement qu’une vraie sensibilité hypnotique. Mais ils sont importants, réunis à d'autres effets.

2. Analgésie ou anesthésie plus ou moins complète. — C’est un effet fréquent, et le plus important de tous. Lorsqu'il y a une diminution notable de la sensibilité à la piqûre, l'existence de la sensibilité hypnotique est certaine, surtout si d'autres changements, objectifs ou même subjectifs, s'ajoutent encore à l’anesthésie. Il va sans dire que si, . avant l'expérience, il y avait déjà anesthésie, et ‘quelquefois même sans ceia, l’hypnoscope produit une amélioration de la sensibilité, ou même une hyperesthésie plus marquée. La ‘signification hypnoscopique du changement reste Ia même. Si donc certains auteurs, RzEczNiowski par exemple, ont voulu tirer de ce fait une objection contre l HV phoscope, elle est sans fondement.

3. Paralysie, impossibilité de remuer le doigt, la main ou le bras entier. — C’est également un signe certain. Lorsqu'il s'accompagne d’autres effets encore, de l’anesthésie surtout, en prolongeant l'expérience hypnoscopique au delà de deux minutes, on peut obtenir l'hypnose complète, sans d’autres moyens. Ce fait a été constaté par GESSMANN chez des sujets déjà plusieurs fois hypnotisés par lui. Mais il peut se produire aussi de prime abord, quoique beaucoup plus rarement, Dans des cas où la paralysie du doigt fait défaut, le sujet peut encore être hypnotisable, s’il présente de l’anesthésie seule, ou

1. Sr. OrLowskr, Suggestya à Hypnotyzm. Varsovie, 1902, 615. |

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présenter quelques-uns des autres effets mentionnés; mais ce sujet, lorsqu'il sera dans l'hypnose, restera toujours plus mobile, plus indépendant que celui qui ne peut pas plier son doigt retiré de l’hypnoscope. La paralysie seule, sans anesthésie, est rare, et constitue une indication contraire : l'hypnose d’un pareil sujet sera caractérisée par l’immobilité; et l’amnésie au réveil sera difficile à obtenir.

4. Contracture, rigidité du doigt, de la main, ou du bras entier. — C'est un effet moins fréquent, mais très caractéristique. À son degré moyen il va présenter la flexibilitas cerea, difficile à constater sur le doigt, mais visible facilement sur le bras. La contracture proprement dite, ou le doigt à ressort de NÉLATON, produit une rigidité absolue. Associée aux effets précités, elle dénote toujours une impressionnabilité maximale; toute seule, c'est-à-dire sans anesthésie ni sensations caractéristiques, elle signifie une grande impressionnabilité réflexe musculaire, avec difficulté du sommeil proprement dit : le sujet pourra être tétanisé, mais non endormi : cela d’ailleurs est assez rare. Si à la contracture s'ajoute l’hyperesthésie, on aura de la peine à manier un tel sujet, et il faudra d’abord l’influencer à distance.

Ces quatre groupes d'effets, relativement objectifs, peuvent évidemment se combiner de toutes les manières possibles; plus ils sont nets et nombreux, plus grande est l’aptitude ‘à l’hypnose. Non seulement le parallélisme est complet, quant au degré de

la susceptibilité, mais encore la nature des effets obtenus, pendant les deux minutes que:

dure l’expérience hypnoscopique, permet de faire des inductions de grande probabilité sur la nature et les caractères spécifiques, individuels, de l'hypnose qu’on obtiendra ensuite sur le même sujet par d’autres moyens.

L’armature de l’hypnoscope doit être retirée (en glissant) pour l'application de l’instrument ; la sensibilité cutanée doit être examinée, autant que possible, avec la même pointe (je me sers toujours d’une pointe de l’esthésiomètre de Weger), appliquée sur la partie interne du doigt, entre les deux pôles et au bout du doigt de l’hypnoscope. On examine les deux autres catégories d’effets objectifs (paralysie, contracture) après avoir retiré l’hypnoscope, et en disant au sujet : « Pliez votre doigt. » S’il n’y arrive pas facilement, on recherche soi-même, mécaniquement, si le doigt est seulement paralysé et flexible, ou bien paralysé par la raideur des muscles contraeturés. Eu retirant l’hypnoscope, on replace l’armature, pour lui conserver sa force. Une force plus grande que celle que je donne à l’aimant, qui n’a pas été dépassée, ni même égalée par une autre forme quelconque du même poids, est inutile. Si HEeLLENBAcH et GESSMANN crurent pouvoir obtenir davantage avec des hypnoscopes plus forts, c’est qu'ils n’ont pas fait de distinction. entre la sensibilité vraie et la sensibilité imaginaire. Contrairement à ce qu'indique une théorie purement physique, l’hypnoscope, tout en donnant plus avec une force moyenne qu'avec une force très faible, ne donne rien de plus, ou presque rien, avec une force beaucoup plus grande, ce qui suffit déjà pour mettre en doute le rôle exclusif du magnétisme minéral, dans l’action de l’hypnoscope. Cette action n’est pas seulement suggestive ; elle est aussi de nature physique ; mais elle n’est pas en proportion directe et régulière de l’aimantation.

Elle est très compliquée d’ailleurs et masque des influences encore inconnues. Nous ne nous y arrêtons pas, notre but n'étant pas d'étudier, ou même de prouver l’action physiologique du magnétisme minéral, mais seulement d'indiquer un moyen pratique, simple et commode pour la recherche des sensitifs.

. Voici encore, au sujet des sensalions perçues, quelques remarques que je considère comme de moindre importance, mais qui néanmoins doivent être prises en considération.

Questionnés sur le genre de leurs sensations, les sujets vous donneront des explications plus ou moins claires, dont voici les plus fréquentes : 20 fois sur 100 : « Fourmillements ou picotements » 17 fois sur 100 : « souffle froid, froid humide, chaleur et sécheresse ». Les deux sensations peuvent coexister, l’une à droite, l’autre à gauche. 8 fois sur 100 : diverses sensations douloureuses. 5 fois sur 100 : gonflement de la peau, 2 fois sur 100 : une lourdeur intense dans le doigt ou dans le bras entier, etc.

Quelquefois à l’engourdissement du doigt s'ajoute spontanément, ou par imagination, un courant électrique, des étincelles, des secousses électriques, etc. Il faut alors vérifier la chose, car très souvent ce ne sont que des conjectures. suggestives, basées

Ér

sur l’idée d’un appareil électrique, comme le tremblement du doigt, qu, peut provenir tout simplement de l’émotion. Quant aux sensations auto-suggérées, il est impossible de les éliminer complètement; mais, au point de vue du diagnostic, elles sont sans importance, puisque les sujets hypnotisables sont en même temps des sujets plus ou moins suggestionnables. D'ailleurs il est essentiel de séparer les sensations causées uniquement par l'émotion, car elles n’ont aucun rapport avec la sensibilité hypnotique. Le moyen en est bien simple : on répète l'expérience, et les sensations diminuent ou disparaissent, tandis que certains effets, dus à la sensibilité hypnotique, persistent et même acquièrent une plus grande ANS Les auteurs qui n'ont pas tenu compte de cette particularité sont arrivés à des résultats illusoires, qui diminuent la valeur de leurs statistiques, mais qui n'infirment en rien la valeur pratique de l’hypnoscope.

Quelques exemples montreront la dépendance réciproque entre les résultats de l’expérience hypnoscopique et l'aptitude à l'hypnose.

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