‹ Dictionnaire de physiologieChapitre 59 sur 81 · HYPOPHYSE · texte numérisé non relu

HYPOPHYSE

les injections d'extrait surrénal laissent l’hypophyse normale où déterminent de l’hyperactivité, sans hypertrophie réelle.

OPpenxeim et Lœper ont trouvé l’hypophyse très hypertrophiée dans deux cas de tuberculose surrénale.

Rénon de même, dans un cas de caséification totale des surrénales et dans un autre cas de sclérose, sans tubercules des capsules surrénales, a noté une hypertro phie de l’hypophyse avec signes d'hyperactivité.

Action sur les centres nerveux. — L’hypophyse a-t-elle une action sur les centres nerveux? Pour les anciens, il existait une connexion fonctionnelle spéciale entre l’encéphale et cet organe, mais cette hypothèse ne reposait sur rien, si ce n’est la situa tion topographique sans doute.

Hazcer voyait dans l’hypophyse une glande ouverte dans les espaces subduraux, opinion qui n’est basée sur rien, car, chez l’homme entre autres, l'organe est enveloppé par une capsule épaisse.

CAsELuT, après son ablation, a constaté des lésions cérébrales et spinales analogues à celles qui suivent l’ablation de la thyroïde et des parathyroïdes. On pourrait mettre ces lésions sur le compte de l’intoxication due à la suppression de la fonction antitoxique (VassaLe et DonacGro, Maserri). C’est l'interprétation que l’on pourrait donner, si l’on. admet le rôle de l’hypophyse dans lés affections dystrophiques et nerveuses {maladie de DErcun, de BasEpow, tétanie, épilepsie, etc.). 3

P.I. HERRING, étudiant la physiologie comparée de l’hypophyse, trouve que sa constitution et les détails histologiques font penser à une glande qui déverserait ses produits de sécrétion dans l’infundibulum et aussi dans les: ventricules cérébraux, ce qui fait que l’on pourrait la considérer, au moins en partie, comme une glande cérébrale spéciale. C’est, en somme, revenir à l'hypothèse de DIEMERBROEGK.

Cu. Livox a émis une hypothèse qui semblerait faire jouer à l’hypophyse un rôle important vis-à-vis des centres nerveux. Se basant sur une note de Lépine relative aux capsules surrénales, il s’est demandé si la sécrétion interne de l’hypophyse n’agirait pas directement sur les terminaisons nerveuses qui se trouvent dans cet organe, et si l’on ne pourrait pas voir là, la voie de pénétration de cette sécrétion.

Cette opinion serait basée sur les faits suivants. D’après Genrès, le lobe postérieur renferme des cellules bipolaires dont un prolongement se dirige vers la périphérie et l’autre vers les parties profondes. Ces cellules sont entourées de nombreuses terminaisons nerveuses. Pour lui, ce n’est pas un organe glaudulaire, mais un organe sensoriel. GemeLzi et PiRONE, de leur côté, y voient aussi un organe plutôt nerveux que glandulaire.

Au milieu de ce petit organe glandulaire, quel pourrait être le rôle de ces nombreux éléments nerveux, si ce n’est d’être impressionnés par la sécrétion de la portion vraiment glandulaire ? L’expérimentation semble favorable à cette hypothèse.

Si, en effet, on sépare l’hypophyse simplement en faisant la section de la tige pituitaire, les animaux sont dans le même état que si l’on avait pratiqué l'hypophysectomie complète : ils succombent au bout d’un temps plus ou moins long (PAuLEsco).

Si l’on détache simplement l’hypophyse de la selle turcique et qu’on la prive seule ment des vaisseaux qu’elle en reçoit, les animaux survivent.

Le rôle physiologique de l’hypophyse est donc lié à l'intégrité de sa communication avec le cerveau par la tige piluitaire.

Est-ce par un conduit central que se fait cette communication ? On sait qu’il n’existe pas toujours, surtout chez l’homme. Est-ce par les veines de cette tige? Elles sont bien grêles et beaucoup moins nombreuses que celles qui, de l'hypophyse, vont se jeter dans les plexus environnants. Il ne reste donc, pour expliquer le passage indispensable à la vie que la voie nerveuse.

Une autre preuve serait encore fournie par ce fait, c’est que lorsqu'on étudie expérimentalement l’action des extraits sur la pression sanguine, ce n’est que le lobe nerveux qui fournit un extrait actif, le lobe glandulaire est inactif.

On peut donc admettre que le produit actif de la sécrétion se concentrerait sur les éléments nerveux du lobe postérieur, et même, d’après Sizvesrrini, c’est dans le feuillet épithélial paranerveux seul, que l’on trouverait un extrait aclif.

L’hypophyse et les centres réflexes circulatoires. — Après avoir enlevé l’hypo-

AYPOPHYSE. 843

physe sur un lapin, pe Con pratique la laparotomie, et, comprimant l’aorte abdominale, il constate que le tracé de la pression sanguine ne varie pas pendant cette compression. l'explication de ce fait serait la suivante : l’hypophyse est le point de départ des réflexes qui règlent la circulation et sa pression. Si on la supprime, les excitations, même les plus fortes, n’ont plus d’effet sur la pression, car les centres nerveux ne sont plus avertis.

F..Masay, qui a refait cette expérience sur le chien, est arrivé à un résullat à peu près semblable, et, pour lui, ce n’est pas le résultat de la suppression de l’hypophyse, mais le choc opératoire, qui empêche le changement de la pression et du rythme cardiaques. Du reste, pendant son expérience, les réflexes asphyxiques cireulatoires se produisent d’une façon normale, ce qui prouve que les centres réflexes sont encore avertis.

GAGLio à repris cette expérience sur des grenouilles hypophysectomisées depuis un temps plus ou moins long, et a constaté que les centres réflexes étaient aussi excitables à l’augmentation de la pression artérielle par la ligature de l’aorte abdominale que chez les grenouilles normales. Injectant ensuite de la stryehnine à des grenouilles, les unes normales, les autres hypophysectomisées, il a constaté chez toutes les mêmes phénomènes du côté du cœur (ralentissement et un léger arrêt), preuve que la strychnine excite de la même façon les noyaux bulbaires chez 1e unes et les autres.

Cu. Livon, ayant pratiqué la compression de l’aorte abdominale sur des chiens hypophysectomisés, est arrivé à des résultats intéressants. 11 a d’abord constaté que, sur les animaux hypophysectomisés, la compression avait des conséquences différentes suivant que l’on comprimait l’aorte abdominale à sa partie inférieure ou à sa partie supérieure, entre les piliers du diaphragme, *et que ces résultals étaient identiquement les mêmes sur les animaux à hypophyse intacte. La compression de l’aorte abdominale inférieure ne donne, dans les deux cas, que des modifications de pression insignifiantes, tandis que la compression de l’aorte abdominale supérieure donne naissance, aussi bien sur l'animal normal que sur l’animal hypophysectomisé, à une hypertension considérable, suivie d’une hypotension relativement très grande, à la cessation de la compression. C'est que, lorsqu'on comprime l’aorte abdominale inférieure, tous lés vaisseaux abdominaux qui forment un immense lac, sont ouverts, et grâce aux réflexes qui leur arrivent par les splanchniques, ils se dilatent et recoivent le trop-plein de la circulation, mais, si on comprime au-dessus de l'origine de ces vaisseaux, les réflexes vaso-dilateurs ne peuvent plus se produire efficacement, et on voit l'hypertension se manifester avec les phénomènes concomitants : ralentissement et augmentation d'amplitude des pulsations. MEET

L'hypophyse ne jouerait donc aucun rôle dans la production des réflexes circulatoires qui accompagnent la compression de l’aorte. Mais elle pourrait jouer le rôle de centre pour d’autres réflexes, si, comme on l’a dit, elle est en rapport avec les origines du pneumogastrique, et si c’est par lui qu’elle agit sur la circulation.

On sait que les fibres centripètes du pneumogastrique jouent un rôle important au point de vue des réflexes circulatoires. Si l’hypophyse est en rapport direct avec le noyau du pneumogastrique, et si elle est le centre de réflexes circulatoires, son ablation doit nécessairement amener de la perturbation dans l’effet réflexe circulatoire produit par l’excitation de ces fibres centripètes. Or il n’en est rien : l’excitation du bout céphalique du pneumogastrique, dans les conditions ordinaires, produit l'hypertension classique par vaso-constriction générale des vaisseaux de l’organisme par voie réflexe, et on constate, en même [EURE que les battements LÉO plus amples et que le rythme se ralentit.

L’hypertension dure pendant toute la durée de l’excitation; lorsque celle-ci cesse, la pression revient à son point de départ. Ce réflexe se produit aussi rapidement et aussi

* énergiquement que si l’animal élait intact.

Ces diverses expériences semblent donc indiquer que les réflexes RON ne sont pas modifiés par l’ablation de l’hypophyse (Ga. Livon).

L'hypophyse et le liquide céphalo- rachidien. — Aucun fait précis ne permet de faire jouer un rôle quelconque à l hypophyse, relativement au liquide céphalo-rachi-

dien.

Vigussens, il est vrai, a émis l’hypothèse que le liquide céphalo-rachidien était

844 HY POPHYSE.

sécrété par le plexus choroïde et les glandes hypophyse et pinéale. D'un autre côté, Pgrrnir et Grrarp ont montré la structure glandulaire des plexus choroïdes et, en raison de l’analogie qu’il y a entre leurs cellules constitutives et celles de l’hypophyse, on leur a fait jouer un rôle analogue au point de vue de la sécrétion du liquide céphalo-rachidien. e te

L'hypophyse et le sommeil. — Une théorie dont Sazmox s’est fait le promoteur, c’est que l’hypophyse présiderait au mécanisme du sommeil.

Le sommeil serait donc fonction de l’hypophyse.

Aucun fait ne corrobore cette théorie, car les arguments donnés par Sazwox lui sont plutôt contraires. Il s’appuie sur la somnolence que l’on constate dans les cas de tumeurs de l’hypophyse, dans l’éthylisme; dans l’obésité, sur l’insomnie qui accompagne les abcès de l’hypophyse. Mais ne sont-ce pas là des phénomènes communs à bien des affections cérébrales et surtout aux lésions de la base du cerveau?

Une objection sérieuse, c’est que les animaux hypophysectomisés sont somnolents, apathiques: si réellement lesommeil était fonction de l’hypophyse, le contraire devrait se manifester. LE l

Pour élucider la question, GemELLI a étudié comparativement l’hypophyse sur la marmotte pendant son sommeil hivernal et pendant l’été. Il n'a rien observé qui puisse venir appuyer la théorie soutenue par Sazmon. Mais cette étude l’a conduit à des observations intéressantes. Il à constaté, en effet, que pendant le sommeil hivernal-l’hypophyse présentait une diminution notable des cellules cyanophiles, et qu’au printemps, au contraire, elles augmentaient, et présentaient alors de nombreuses figures karyokinétiques. L’hypophyse suit donc la loi d'évolution de tousles organes: on pourrait ajouter que c’est une preuve que ce n’est point un organe rudimentaire en voie de régression; il est vrai que cette opinion ne rencontre presque plus d’adeptes. Pour GEMELL, cette constatation est une preuve de l’action antitoxique de l’hypophyse, dont la sécrélion interne sert, avec d’autres glandes à sécrétions internes, à neutraliser des toxines, qui prennent naissance dans les réactions vitales de l’organisme. |

Mais il est toujours permis de se demander si ces modifications constatées dans l’hypophyse, sont cause ou effet.

Du reste, si la théorie de Sazuox était vraie, on devrait, si l’hypophyse est le centre du sommeil, constater pendant le sommeil une activité fonctionnelle: oril n’en est rien, puisque c’est le contraire qu’on constate.

On ne peut done considérer la portion antérieure de l’hypophyse comme étant un centre du sommeil physiologique.

L'hypophyse et l’hématopoièse. — Pour mémoire, ajoutons qu'on a encore attribué à l’hypophyse une fonction hématopoiétique. Maïs cette théorie, qui rappelle un peu les fonctions attribuées autrefois en bloc à toutes les glandes vasculaires sanguines, ne repose sur aucun fait qui puisse lui prêter un semblant de vérité.

Page 1