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DICT. DE PHYSIOLOGIE. — TOME VIIL . Ù

partielles, localisées à la moitié du corps ou sur tel ou tel point, et nous avons déjà

indiqué leurs caractères contradictoires qui rappellent trait pour trait l’apparence des anesthésies hystériques.

Mais ces anesthésies suggérées metteni en évidence le rôle important de l'intelli-

gence. C’est l’idée de l’anesthésie donnée au sujet qui crée l'anesthésie. Nous verrons

plus loin, à propos des discussions sur la nature de l’anesthésie, que nous trouvons là un argument précieux pour apprécier le mécanisme psychologique de ces accidents.

2. Procédés de guérison des anesthésies hystériques. — Les anesthésies hystériques peuvent non seulement apparaître par suggestion, mais elles peuvent aussi, dans un certain nombre de cas, disparaître par suggestion. Ce n’est pas une règle absolue; il

‘est certains malades chez lesquels la suggestion ne parvient pas à détruire une anesthésie profondément créée. Mais toutefois cette éventualité se rencontre assez souvent pour que SoLLier ait pu baser sur ce fait une méthode de traitement de l’hystérie. En vertu d’idées théoriques que nous n'avons pas à discuter ici, il pense que l’anesthésie joue un rôle capital dans la production des accidents hystériques, et qu’une hystérique n’est vraiment guérie que le jour où la sensibilité est revenue à la normale. En vertu de ces considérations, il se borne chez ces malades à rappeler par suggestion verbale la sensibilité disparue et il y réussit dans la grande majorité des cas.

Cette sensibilité des hystériques à la suggestion explique probablement un certain

nombre de phénomènes qui ont autrefois beaucoup intrigué les médecins. Buro depuis

1849 soutenait que l’application de plaques métalliques à la surface des zones anesthésiques suffisait pour faire reparaître la sensibilité chez un grand nombre d’hystériques. Chaque malade présentait d’ailleurs une idiosyncrasie curieuse; suivant le cas, l'or, le cuivre, le plomb devaient être employés.

Si, au lieu d'appliquer le métal sur le côté anesthésique, on l’applique sur le côté sensible, au bout de quelque temps a lieu le phénomène du transfert, c’est-à-dire que restée se déplace : le côté sain devient anesthésique, le côté anesthésique devient sensible.

On crut d’abord pouvoir expliquer ces phénomènes par les courants électriques qui prennent naissance au contact de la peau et du métal. Mais Soirr fit remarquer que cette action est aussi marquée lorsqu'on interpose un corps violent entre la peau et le métal, etc. Lorsque Burner et Hack-Tuke eurent montré que l’anesthésie disparaît lorsque l’on emploie au lieu du disque une plaque de bois, il fallut bien reconnaître que la raison de ces phénomènes était dans une suggestion inconsciente exercée par le médecin sur son malade. Il ne faudrait pas croire pourtant que l’on obtient toujours une guérison absolue et complète par simple suggestion. Certaines anesthésies hystériques sont tenaces, bien que leur nature psychologique soit suffisamment démontrée par les exemples que nous ävons rappefés. Cerlains malades conservent leur anesthésie malgré les affirmations répétées de guérison. On peut avoir alors recours à des moyens détournés qui, par une action psychique, peuvent amener la guérison de l’anesthésie.

Si l’on n’aitire plus l'attention de la malade sur son anesthésie, au bout de quelque temps on s'aperçoit que l’anesthésie n’existe plus.

On peut aussi, comme le préconise DÉJERINE, user de la claustration absolue, la malade étant prévenue qu’elle ne pourra sortir de l’hôpital ou de la maison de santé que lorsque tous les désordres auront cessé. En quelques jours l’anesthésie disparaît, avec tous les autres accidents,

Quel que soit d’ailleurs le procédé thérapeutique employé, qu'il s'agisse a’une suggestion ou d’un oubli systématiquement provoqué des accidents anesthésiques ou d’une contrainte violente exercée par l'isolement absolu, le traitement met en évidence l’influence de l’idée dans la répartition et l'étendue de l’anesthésie. Quand par un procédé quelconque la malade ne se souvient plus de la nécessité de ne pas sentir, l’anesthésie disparaît. Elle ne revient que si on la fait renaître pour ainsi dire en la cherchant et en appelant l'attention du malade.

Par quel mécanisme psychologique peut-on expliquer ces anesthésies hystériques

d’un ordre si particulier ?

PIERRE JANET, qui en a fait une LRQ dés plus complètes, pense que l’anesthésie est semblable à celle que l'on observe dans les états de distraction. L’hystérique ne sent

pas, parce qu'elle ne peut pas réunir dans le champ rétréci de sa conscience toutes les excitations qui lui parviennent. Cette explication met en évidence la nature psychologique de l’anesthésie. Mais on peut lui opposer une objection sérieuse : l’anesthésie, bien loin d’être créée par distraction, apparaît lorsque la malade songe à son anesthésie. Nous avons déjà insisté sur ce fait. D'autre part, cette en souvent n’est pas totale, l’anesthésie est souvent limitée à un certain groupe de sensations qui ne sont pas perçues parce que la malade lés reconnaît. BERNHEIM nous paraît bien plus près dela vérité, lorsqu'il dit — sans que ce soit guère une explication, il est vrai — que l’idée de l’anesthésie inhibe la sensation.

On observe des phénomènes analogues sur l'individu normal : l'habitude du microscope permet de ne percevoir que les images reçues par l'œil dirigé sur l’oculaire. Toutes les sensations qui arrivent par l’autre-œil ne sont plus perçues. Mais cette inhibition volontaire de la sensibilité, peu apparente à l’état normal, joue chez l’hystérique un rôle des plus importants.

LES HYPERESTHÉSIES.

Les considérations que nous a suggérées l’étude des anesthésies hystériques pourraient s'appliquer avec autant d’exactitude aux hyperesthésies. Aussi nous étendronsnous fort peu sur ce point : l’exaltation de la sensibilité est d’ailleurs un symptôme moins souvent noté que sa diminution, peut-être parce qu’il est moins souvent cherché.

L'hyperesthésie cutanée peut être répartie sur tout le corps (BriQuer) ou sur une moitié du corps (GiLLEs DE LA Touretre). Elle peut être disposée en segments au niveau des membres ou disséminée en plaques. Ces zones d’hyperesthésie siègent parfois au niveau d’un organe malade. Dans toutes les dyspepsies hystériques, il y a une augmentation ou une diminution de la sensibilité cutanée à la piqûre. Ces hyperesthésies, comme les anesthésies, sont de nature psychique. BroDiE avait noté « que la douleur est plus forte quand la le voit l’examen auquel on la soumet; si au contraire quelque chose vient la distraire, c’est à peine si elle profère une plainte ». L’attention paraît y jouer le même rôle que dans l’anesthésie.

On peut d’ailleurs, sur des sujets en état d’hypnose, et tes certains malades par simple affirmation, créer des zones hyperesthésiques présentant tous les caractères observés chez les hystériques. Ces zones hyperesthésiques peuvent apparaître après un traumatisme qui réalise une véritable suggestion à l’insu du patient.

Nous retrouverons tous les caractères des hyperesthésies localisées dans des zones hystérogènes. Nous pourrions en aborder ici l’étude, mais nous préférons reporter leur description et la discussion sur leur nature à la fin du chapitre consacré aux attaques convulsives.

On a signalé également chez les hystériques la possibilité de la Roue des viscères. SOLLIER et Bain ont publié quelques observations qui laissent supposer que les malades perçoivent le cheminement d’un corps étranger dans leur tube digestif. Mais les observations publiées sont loin d’entraîner la conviction.

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