PARALYSIES ET CONTRACTURES HYSTÉRIQUES
Les paralysies et les contractures sont des accidents hystériques des plus fréquents et des mieux connus. Relevant, comme la plupart des autres désordres hystériques, d’un trouble psychique primitif, ces accidents doivent à leur origine une allure toute particulière. Si nous insistons aussi longuement sur leur description, c’est qu'aucune autre manifestation hystérique ne peut mieux démontrer la nature réelle de cette maladie.
Les contractures hystériques ont un certain nombre de caractères communs. Leur début est brusque, en général; une fois constituée, la contracture hystérique est très intense ; les membres atteints sont immobilisés si fortement que des efforts considérables ne peuvent modifier leur situation. Quelle que soit l'attitude du membre, qu’il soit en flexion ou en extension, les muscles antagonistes sont aussi intéressés; on en juge par la palpation; ils sont également raides et durs au toucher. La contracture disparaît toujours dans le sommeil chloroformique. Persiste-t-elle dans le sommeil naturel? CHarcor et ses élèves l’affirmaient, mais BaBinskt a fait, sur ce point, de sérieuses réserves, el il est loin d’être établi que la contracture ne disparaît pas pendant le sommeil. Tous les muscles obéissant à la volonté peuvent être atteints par la contrac-
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ture. La forme hémiplégique est rare. On observe plutôt une contracture des deux membres inférieurs; les muscles du tronc, du cou peuvent être aussi atteints. Au
niveau de la face, la contracture se faisait souvent sous le type de l’hémispasme glosso- : labié, dû à une contraction spasmodique portantsur un côté de la bouche ousur la langue.
Sur les museles des yeux, la contracture donne naissance au blépharospasme, au strabisme par contracture.
Cette contracture dure parfois de années, toujours localisée aux mêmes membres ; plus rarement, elle est mobile, atteignant, suivant le genre, tel ou tel segment de membre.
Enfin, après avoir duré pendant plusieurs jours ou plusieurs mois, la contracture peut guérir souvent d’une façon brusque et en apparence miraculeuse. Mème lorsque la guérison paraîl rapide et immédiate, le malade ne retrouve pas aussitôt l'intégrité de sa force musculaire. Pendant des semaines, d’après P. Ricxer, les muscles restent dans l'état qu’il a désigné sous le nom de diathèse de contracture ; tout en étant plus faibles,
les muscles sont plus excitables, et la moindre percussion tit apparaître une contrac- :
ture plus ou moins persistante. Caarcor et P. Ricer pensaient même que les contractures ne pouvaient se développer que sur des muscles présentant des troubles de leurs contractiles ; mais les recherches modernes n’ont pas confirmé cette opinion.
Les paralysies hystériques débutent souvent, comme la contracture, d’une facon brusque. Comme les contractures, elles atteignent tous les muscles du segment du membre paralysé, et non seulement les muscles dont le mouvement est supprimé, mais les muscles antagonistes.
La paralysie est rarement complète ; on trouve quelques mouvements conservés. La
contractilité à l'excitation faradique est conservée.
Les réflexes cutanés ont, en général, disparu ; les réflexes tendineux persistent, ou sont augmentés.
Enfin, caractère important, et qui les sépare des paralysies organiques, les paralysies hystériques sont variables d’un jour à l’autre, sous l'influence d’une émotion, ou sans cause nette.
La paralysie se prolonge pendant des mois ou des années, ou dure seulement quelques jours ou quelques heures. La guérison peut être De comme le début.
La paralysie se présente sous des aspects variés. En général, on observe la forme hémiplégique souvent associée à l’anesthésie sensitivo-sensorielle du même côté.
Mais on peut trouver une HEIN sur tous les muscles obéissant à l’action volontaire.
La musculature interne de l’œil n’est jamais touchée ni par la paralysie, ni par la contracture. ”
Complications trophiques des paralysies et des contractures. — Signalée par VRELKOFF en 1884, établie définitivement par Baginskt en 1886, l’atrophie musculaire hystérique paraît toujours secondaire, lorsqu'elle existe, à une paralysie ou à une contracture ; maisilest difficile de comprendre pourquoi elle accompagne certaines paralysies ou contractures, à l'exclusion des autres. Elle s’observe surtout dans la monoplégie hystérique, et plus souvent chez l’homme que chez la femme. Le traumatisme, cause fréquente de monoplégie chez l’homme, joue peut-être un rôle dans l’étiologie de ce trouble secondaire. |
L’atrophie musculaire survient, en général, quelques semaines après l’apparition de la monoplégie. Elle atteint lu totalité des muscles du membre paralysé, aussi bien les petits muscles de la main que les muscles de l’avant-bras et du bras dans la paralysie du membre supérieur. Il n’existe pas de réaction de dégénérescence dans les muscles atrophiés. |
Enfin, au cours des contractures hystériques, on peut observer des rétractions fibrotendineuses, comme dans tous les cas où les muscles sont immobilisés pendant longtemps dans la même attitude.
Étiologie et nature des paralysies hystériques. — Comme On. Ricer et Brissaup l’ont démontré, la contracture est une forme de l’activité musculaire. En effet,
la compression du membre par la bande d'Esmarcx, en supprimant l’apport nutritif au niveau du membre, fait cesser la contracture.
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La contracture ne relève pourtant pas du même mécanisme qu’une contraction volontaire. Elle n’est pas un tétanos, elle est un état musculaire intermédiaire entre l'état de contraction et l’état de relâchement. C’est une augmentation du tonus musculaire.
L'étude de la secousse musculaire par l'excitation électrique dans les cas atténués en fournit la preuve. Entre la secousse musculaire normale et la contracture permanente, on peut trouver tous les degrés intermédiaires, dit P. Ricaer!. « Au degré rudimentaire, la secousse musculaire n’est que peu modifiée, la descente en est moins rapide; elle est interrompue parfois par un plateau de peu d’étendue. En résumé, il y a un simple allongement de la secousse, et cet allongement doit être considéré comme le premier indice de la contracture; c’est la contracture passagère... La durée de cette secousse de contracture peut s'étendre au point qu’elle devient une contracture durable ; et, dans ces transformations successives, la forme du tracé ne diffère que par la durée de la descente. » La contracture hystériqué n’est donc qu’une variété de tonus musculaire, et comme le tonus, elle persiste indéfiniment sans entraîner de fatigue.
La paralysie ne tient pas à une diminution du tonus musculaire, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Il y a seulement une suppression des mouvements volontaires. L'origine psychique de cet accident avait déjà été vue par BronE qui l’indiquait nettement dans une formule heureuse : « Cene sont pas les muscles qui n’obéissent pas à la volonté, c'est la volonté elle-même qui n'entre pas en jeu. »
Plusieurs caractères en démontrent bien la nature. Comme BaAginski l’a parfaitement signalé, la distribution est toujours semblable à celle que pourrait réaliser une contraction ou une paralysie suggérée à un sujeten élat d’hypnose. La distribution deila paralysie ou de la contracture correspond toujours à un groupe musculaire qui agit synergiquement dans la contraction volontaire. On ne trouve pas de paralysie hystérique respectant le long supinateur, comme dans la paralysie saturnine, par exemple.
L’étiologie confirme ces données dans un certain nombre de cas. Souvent paralysie ou contracture apparaissent à la suite d’un traumatisme, surtout si le traumatisme a été accompagné d’un état émotionnel violent {accident de chemin de fer). C’est l’exagération d’un trouble pour ainsi dire constant même chez des individus normaux.
« Les troubles sensitifs et moteurs qui se produisent sur les membres soumis à une contusion n’appartiennent pas, tant s’en faut, en propre aux sujets-hystériques, écrivait CHarcor. Chez ces sujets-là sans doute, ils se produisent sous l’influence de chocs en apparence les plus légers, et ils acquièrent facilement un développement considérable, hors de proportion avec l'intensité de la cause traumatique. Mais on les retrouve en dehors de l'hystérie, à peu près nécessairement chez un individu quelconque à à la suite d’une contusion, pour peu que celle-ci ait une intensité notable. C’est ainsi que sous l’influence du choc pro-
duit par exemple sur l’avant-bras par la pénétration d’une balle de fusil, le membre
tout entier peut se montrer parésié, insensible pendant une période de temps plus ou moins longue. Une simple contusion sans plaie suffit à déterminer des accidents du même genre. On peut avancer, je crois, d’une façon très générale, que plus la contusion est légère, et moins le sujet est névropathe, moins il: est hystérique, si l’on peut parler ainsi, plus les accidents parétiques et sensoriels sont légers, courts, fugaces. » (CHarcoT. Leçons sur les maladies du système nerveux, 111.)
Les émotions vives, la peur peuvent provoquer des accidents analogues. Ne dit-on pas que la peur « coupe bras et jambes »? Cette expression traduit l’inhibition que provoque une émotion quelconque chez une malade suggestible et présentant dans ces conditions des troubles moteurs; chez les hystériques, cette parésie passagère va se transformer en paralysie permanente.
Une de mes malades, dit BriQuer, reçoit à l’improviste la nouvelle de la mort de sa mère; à l'instant les jambes tremblent, osent sous elle et on la relève paraplé-
gique.
Les contractures peuvent prendre naissance dans les mêmes conditions. Nous avons vu, chez le professeur DÉJERINE, une malade atteinte d’une contracture en adduction de de en cuisses à la suite des efforts qu’elle avait faits pour résister à une tentative de viol.
4. Pauz Ricuer. Paralysies et contractures musculaires hystériques. Doin, Paris, 1892.
L’autosuggestion qui produit la paralysie peut se réaliser par un mécanisme diffé-
rent. L'hémiplégie hystérique n’est souvent qu’un phénomène d'inhibition, ajouté à une lésion cérébrale réelle. GILLES DE LA FOURRTE, a fait à cet égard des conslalations intéressantes.
«Nous avons eu bien souvent, dit-il, l’occasion d’observer des hémiplégies et des monoplégies brachialeshystériques chez ie syphilitiques dont le cerveau avait été touché
plus ou moins fortement par la vérole. Au lieu et place de l’hémiplégie ou de la mono-
plégie organiques qu'un traitement approprié avait écartées, apparaissait une hémiplégie ou une monoplégie hystérique, vis-à-vis de laquelle la be organique disparue avait certainement joué le rôle à la fois d'agent provocateur et localisateur. »
Quel que soit d’ ailleurs le mécanisme par lequel se réalise la paralysie ou la contrac-
ture, c’est en définitive à un trouble psychique qu’aboutissent toutes ces causes. Les:
re curatives de ces accidents en démontrent très nettement la nature.
C’est ici que triomphent les cures miraculeuses, et la thérapeutique moderne a su, par des procédés de suggestion ou d'éducation employés PE RAUITenEnt provoquer à volonté ces guérisons autrefois spontanées et isolées.
Peut-on aller plus loin et essayer de pénétrer le mécanisme psychologique de ces accidents? Il est bien certain que le sujet a l’idée plus ou moins uette que son bras, para- 1ys6 ou contracturé, ne peut lui obéir; mais ce qui constitue le caractère sn He c’est la rapidité avec laquelle cette idée se réalise en acte.
Nous voyons ainsi que ce qui distingue la paralysie ou contracture hystérique, c’est
la malléabilité de. l'organisme sous l'influence d’une représentation, mentale et en dehors de la volonté du sujet.
Un autre caractère non moins important, c’est qu’une action psychothérapique quel-
conque peut guérir un accident en permettant au malade d'étendre son pouvoir volontaire sur des actes dont la direction lui échappait.
Chorée hystérique. — Parmi les troubles moteurs, nous ne pouvons passer, sous.
silence la chorée hystérique, qui sous forme d’épidémie s’est répandue au moyen et à travers toute l'Europe.
La danse de Saint-Guy en Allemagne, la tarentine en Italie n étaient que des accidents hystériques. Si de nos jours ces manifestations s’observent encore, ce n est que d’une facon sporadique, ou encore chez l'enfant sous forme de petites épidémies d’ école ou de maison.
GERMAIN SÉE en 1850 sépare le premier ce syndrome hystérique de la chorée de SYDEN-
AM. CHarcor en distingue les caractères essentiels.
L’agitation musculaire, incoordonnée dans la chorée vraie, revêt ici une forme rythmique : secousses Lvihiniques du bassin, des membres, des pieds, des mains, de la tête, mouvement et salutation rythmés, ‘mouvement de danse ou chorée saftatoite, elc.
Le rôle de l’imitation dans la genèse de ces accidents lors des épidémies, la disparition
rapide par un traitement psychothérapique suffisent à démontrer l'origine psychique
de cet accident hystérique.