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LES TROUBLES TROPHIQUES DANS L'HYSTÉRIE

Nous abordons ici un des chapitres les plus curieux et les moins bién connus de V FES térie. Il y a vingt ou trente ans, on a décrit des troubles trophiques des plus variés au cours de l’hystérie et ces désordres conduisaient évidemment aux hypothèses les plus intéressantes. fé |

Pour cértains auteurs, ces troubles trophiques étaient consécutifs à des processus psychiques et il fallait naHietiré que la volonté consciente ou subconsciente pénétrait assez profondément dans l’orgänisme pour en modifier la nutrition. Pour d’autres auteurs, il s'agissait d’un une dans les échanges chimiques caractérisant le terrain sur lequel évolue l’hystérie. Nous aurons à discuter ces questions. Mais notre premier soin Sera de determiner tout d’abord quels sont les troubles trophiques que l’on peut observer dans l’hystérie d’une façon certaine, car sur bien des points, comme nous le verrons, il faudra faire de sérieuses réserves. Dans bien des cas, ce n’est pas seulement la nature du trouble trophique qui est inconnue, mais sa réalité même est difticile à

établir, On comprend donc que nous ne pouvons apporter ici que des données provi-.

soires; nos conclusions, loin d’être définitives, seront plutôt des hypothèses desti-

nées à indiquer dans quelle voie doivent s'orienter les recherches ultérieures. Dans

cette description des troubles trophiques, nous suivrons surtoutles études de GILLES DE LA TourETTE et CATHELINEAU‘, qui ont résumé d’une facon très complète presque tout cé que l’on peut connaître sur ce point. Mais nous insisterons aussi sur un certain nombre dé faits qu'ils passent sous silence et sur quelques travaux postérieurs à la publication de leur mémoire qui nous paraissent avoir une importance prépondérante.

Par elle-même, l'hystérie n’entraîne aucun trouble nutritif. Chez la grande majorité des malades en puissance d’hystérie, présentant les stigmates ou même des accidents tels que contracture, paralysie, etc., la nutrition paraît normale. Gizés DE LA TOURETTE n'a noté chez la plus grande partie des malades de Gnarcor aucun trouble appréciable. « Pendant les deux années qu'ont duré mes recherches, vivant pour ainsi dire continuellement au milieu des malades, nous avons tenu à connaître exactement comment vivaient et s’alimentaient les hystériques. Ge que nous avons noté, ce qu’avaïent d’ailleurs parfaitement constaté les surveillantes de nos salles chargées de distrinutions jourualières, c’estque la quantité d'aliments i ingérés par les hystériques sutfirait à entretenir eu parfaite santé une personne saine ayant le même train de vié... Elles mangent très substautiellement et à de nombreuses reprises dans la journée; c’est même pour certaines d’entre elles une véritable occupation. »

Des nombreux hystériques anorexiques que j'ai pu suivre dans le servicé de DÉJERINE

à la Salpêtrière se comportent comme des individus normaux. Dès qu’on commençait à alimenter ces malades, leur poids se relevait et augmentait au prorata de la quantité d’aliments ingérés. Les urines renfermaient une quantité d’urée proportionnelle à la quantité dalburmine contenue dans la ration alimentaire.

REGNaRD avait aussi noté que le taux des excreta urinaires rapporté au kilogramnie est égal chez l’hystérique et chez l’individu sain dans des conditions d’ alimentation sé de vie équivalentes ?,

La nutrition n’est donc pas constamment modifiée chez les hystériqués.

Les troubles de la nutrition que l’on a décrits ne peuvent représenter que des accidénts apparaissant parfois chez certaines malades hystériques et dont la nature doit être discutée,

Nous rangerons cés accidents sous quatre chefs :

1° Les troubles de Ja nutrition dans les paroxysmes hystériques décrits par GILLES DE LA TOURETTE et CATHELINEAU.

1. Giicés pe LA Toükerre èt CATHRLINEAU. La nütrition dans l'hystérie. Paris, 1890.

2. RéGnarD. Réchérchés expérimentales sur les variations pathologiques de combustions res-

piratdirés. Paris, 1878. Libr. du Progrès médical. Paris.

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> L'ischurie hystérique et la polyurie hystérique.

3° Le ralentissement de la nutrition chez certaines hystériques, en particulier dans le sommeil prolongé, dans l’anorexie et dans la léthargie.

4° La fièvre hystérique.

5° Les troubles trophiques cutanés.

I. — Les troubles de la nutrition dans les paroxysmes hystériques. — GILLES DE LA TOURETTE et CATHELINEAU ont décrit avec un grand soin les modifications que l’attaque d’hystérie détermine dans la composition des urines, et attribuent à la formule qu’ils en ont dégagée une valeur indiscutable pour reconnaître la nature de l'attaque. Les crises épileptiques en particulier se traduisent par une formule exactement inverse, de sorte que la séméiologie urinaire peut trancher ce diagnostic parfois si difficile. Quels sont donc ces caractères dans la sécrétion de Purine, qui viennent révéler le trouble profond que le paroxysme convulsif provoque dans la nutrition de l’hystérique ?

Les modifications portent à la fois sur la quantité de l’urine, sur sa teneur en résidu

fixe et en phosphates, et enfin sur la proportion relative des phosphates alcalins et des

phosphates terreux.

En ce qui concerne la quantité des urines, l’attaque convulsive est suivie d’une miction abondante d'urine claire, de faible densité. Briquer avait noté déjà ces caractères, et il comparait ces urines, abondantes après la crise, aux urines nerveuses qui suivent les émotions morales. Il est donc bien certain que l’attaque s'accompagne d’une polyurie immédiate. L’urine totale de 24 heures est au contraire diminuée le jour de l'attaque; dans une faible proportion, il est vrai.

La composition de l’urine de 24 heures, recueillie à partir de l'attaque, indique aussi des modifications profondes. Le poids du résidu fixe diminue d’un tiers en moyenne. Alors qu’à l’état normal, le jour où il n’y avait pas d’attaque, GiLLEs DE LA ToureTTE et CATHELINEAU ont trouvé en moyenne 46 grammes de résidu fixe pour 1000 centimètres cubes, le jour de l’attaque le résidu fixe n’était que de 35 grammes.

La même diminution s’observe en ce qui concerne l’urée et les phosphates. On ne trouve en moyenne que 13 grammes d’urée par 24 heures, alors que les mêmes malades, en dehors des périodes des Roses convulsifs, ont en moyenne 20 grammes d’urée.

De même pour l'acide phosphorique total dont la moyenne n’atteignait le jour du paroxysme que 1 gr. 24 alors que la moyenne normale était de 2 gr. 19. Mais ici on trouve un autre caractère qui aurait une haute importance. Tandis qu’à l’état normal il y a dans l’urine de 24 heures trois fois plus de phosphates alcalins que de phosphates terreux, dans la période d’attaque les quantités respectives de ces phosphates deviennent égales : il y a presque autant de phosphates terreux que de phosphates alcalins.

Cet abaissement du résidu fixe el de l’urée ne provient pas d’une modification dans l'alimentation habituelle : GILLES DE LA TourETTE, qui avait prévu cette objection, maintenait ses malades au même régime le jour de l’attaque et les jours intermédiaires.

- Une objection plus sérieuse a porté sur la méthode du dosage. Orrviero ! (B. B., 22 avril 1902) a soutenu que la méthode de séparation des phosphates alcalins et terreux par

- l’ammoniaque, leur dissolution par l’acide acétique et leur dosage par l’acétate d’urane,

était imparfaite et ne donnait pasla quantité totale de phosphate terreux. Mais, d’après GizLes DE LA TouretTre et Marrer, Les erreurs possibles sont minimes, toujours de même sens, et n’altèrent pas sensiblement les conclusions, très importantes, que l’on peut tirer de ces dosages.

En effet, d’après GILLES DE LA TOURETTE, la formule urinaire de l'attaque d’ hystérie s’opposerait presque point pour point à la formule que l’on trouve dans l'attaque d’épilepsie. La quantité totale d’urine augmente lors d’une attaque dans l'épilepsie et tous les

excreta, résidu fixe, urée, phosphate, s'élèvent également par rapport à l’état normal.

Enfin l’inversion de la formule des phosphates n° existerait pas dans l’épilepsie. Il est vrai que ces conclusions ont été en partie réfutées par Féré (B. B., 1892) et par RoGEr. (B., B., 1893), ces deux auteurs ayant trouvé dans l'épilepsie la formule urinaire soi- ATX, caractéristique de l'hystérie. Quelle que soit la valeur séméiologique de cette donnée, il n'en est pas moins vrai qu’un état émotif aussi violent que la crise

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