‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 20 sur 486 · Longues Vertes · texte numérisé non relu

Longues Vertes

On peut juger, par ce chiffre de variétés, à quel point le verger de le Lectier dut exciter l'émulation des amateurs et des horticulteurs. Il régnait alors un véritable engouement pour le poirier; chacun s'en occupait; et, cet engouement, Olivier de Serres fut un de ceux qui contribua le plus, non pas à le faire naître — en 1600 il existait déjà — mais à le développer, à l'a'fîermir par le charmant article que voici :

« 11 n'y a Arbre entre tous les privés qui tant abonde en espèces de fruits, que le Poirier, dont les diverses sortes sont innumerables, et leurs différentes qualitez esmerveillables. Car despuis le mois de Mai jusques à celuy de Décembre, des Poires bonnes à manger se trouvent sur les Arbres. En considérant particulièrement les diverses figures, grandeurs, coulem's, saveurs et odeurs des Poires, qui n'adorera la diverse sagesse de l'Ouvrier? Des Poires se voient rondes, longues, goderonnées (1), pointues, mousses. Des petites, moiennes, grandes. L'or, l'argent, le vermillon, le satin vert reluisent aux Poires. Le sucre, le miel, la canelle, le girofle y sont savourés. Et flairés, le musc, l'ambre, la civete. Bref, c'est l'excellence des fruits que les Poires, et ne seroit digne Verger, le lieu auquel les Poiriers defaudroient. » [Le Théâtre d'agriculture et mesnage des champs, livre VI, cbap. xxvi, pp. 627-628.)

A-t-on jamais écrit, sur le poirier, rien de plus vrai, de plus gracieusement naïf, que ces lignes?... Qu'elles soient donc le dernier mot de ce long paragraphe, dans lequel nous avons essayé de dissiper un peu l'obscurité qui dès les premiers âges s'est faite autour de cet arbre, actuellement si répandu, si connu de tous.

(1) Goderonné: de godron, ornement sculptural ayant la forme d'un œuf allongé.

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