‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 21 sur 486 · IL - TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

IL - TEMPS MODERNES

De la propagation du Poirier, depuis Louis XIV jusqu'à

la Révolution.

Si l'on a dit avec raison, du siècle de François I", qu'il fut celui de la renaissance des arts et des lettres, on peut aussi, sans altérer la vérité, déclarer que le siècle de Louis Xllf et de Louis XIV fut celui de la renaissance de l'arboriculture fruitière. Jamais en effet, depuis l'époque où les Romains achetaient au poids de l'or, leurs fruits, et surtout leurs poires , jamais ces dernières ne furent l'objet d'autant de soins, que sous ces deux rois.

Ainsi Claude Mollet, intendant des jardins de Louis-XIII, nous apprend que ce prince « prit plaisir par plusieurs fois, et particulièrement en son parc de « Fontaine-Belle-Eau, » à lui voir planter « toutes sortes de bons poiriers, » alors que « Sa Majesté » lui avait enjoint de placer dans cette résidence la « quantité de « sept mille pieds d'Arbres fruitiers. » [Théâtre des plans et jardinages, 1652, chap. iv, page 18.)

Ainsi encore la Quiiitinye, créateur et directeur des vergers et potagers de Louis XIV à Versailles, disait au fils de Louis XIII, dans une Épître qu'on lit en tête de son ouvrage :

« SIREj Les Jardins Fruitiers et Potagers m'ont été trop favorables pour cacher l'extrême reconnoissance des biens que je leur dois Mais comme mon bonheur ne vient que

parce que Votre Majesté est assez touchée des divertissements du Jardinage, peut-être n'est-il pas hors de propos qu'on connoisse q\\Elle sçait quelquefois descendre de ses plus grandes occupations, pour godter les plaisirs de nos premiers Pères. » [Instructions pour les jardins fmitiers et potagers, 1690, t. I, Épitre au Roy, pp. 2 et 3.)

C'est qu'en effet Louis XIV aimait avec passion l'arboriculture; il passait chaque jour de longues heures dans ses jardins; souvent même il taillait ses poiriers, les Mémoires du temps l'attestent. Comment donc un tel exemple n'eùt-il pas trouvé d'imitateurs?... Il en trouva un tel nombre, que l'horticulture atteignit, pendant les soixante-douze années que régna cet illustre monarque, un développement qui, la sortant de la routine, lui ouvrit une voie nouvelle dont les jardiniers eurent ensuite le bon esprit de ne pas trop s'écarter.

Ce fut également à cette époque que l'on commença à pressentir quelles ressources les semis pouvaient offrir. Aussi plusieurs pépiniéristes consacrèrent-ils tous

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leurs soins à accroître, particulièrement, les variétés du poirier. Un personnage non moins dévoué à la Pomologie que ne l'avait été, précédemment, le procureur du roi le Lectier, encouragea ces tentatives en s'y associant, puis en donnant d'excellents conseils aux semeurs. Nous voulons parler du docteur Nicolas Venette, de la Rochelle, connu par un très-bon livre sur les fruits, livre dans lequel on lit ce passage , témoignant de la persévérance alors déployée pour obtenir de nouveaux et méritants poiriers :

« Janaais l'industrie de nos Jardiniers n'a paru plus admirable que dans les diverses espèces de Poires que nous avons en France. Ils ont pris des soins particuliers à semer des pépins, et à en conserver les arbres qui, à leurs bois et à leurs feuilles, leur donnoient des marques d'une espérance heui^euse. Car, comme à force de semer des graines de fleurs, il en vient de toutes sortes, et même quelques-unes de belles et de doubles, de même à force de semer des pépins de Poires, il semble que la Nature se plaise à nous donner une infinité de différences de Poiriers, qui produisent tous des fruits nouveaux, et quelques-uns des fruits délicieux au

goût L'artifice de nos Jardiniers nous a multiplié les Poires d'Été, d'Automne etd'Hyver;

il nous en a donné plus de cassantes et de beurées; il nous en a fait paroître plus de douces, d'aigres et d'acerbes j et enfin il nous a procuré l'avantage d'en avoir plus de vineuses, d'ambrées et de musquées, que nous n'en avions auparavant. » {L'Art de tailler les Arbres fruitiers, suivi d'un traité intitulé : De l'usage des fruits des arbres; 1683, 2^ partie, pp. 47-49.)

Louis XY et Louis XVI se montrèrent beaucoup moins partisans de la serpette et de la bêche, que Louis XI Y; toutefois, l'élan étant donné, la culture des arbres fruitiers n'eut point à en souffrir. Le public se fût du reste , au cours du xviii" siècle, difficilement refroidi pour l'horticulture, en présence des innombrables volumes que firent paraître sur le jardinage des théoriciens et des praticiens dont la compétence douteuse donna souvent prise à de mordantes critiques. Ce que constatait dès 1776, Jean Mayer, pomologue bavarois qui par sa science et son érudition eut le droit incontestable de s'ériger en censeur , et d'écrire , à l'adresse des Français surtout, la petite méchanceté que voici :

« Jamais le Jardinage n'a plus exercé, qu'aujourd'hui, la plume des écrivains de tous les

pays, de tous les calibres H y a cent ans environ que la Quintinye se plaignoit de ce

qu'on étoit inondé d'une foule de livres sur ce sujet, parmi lesquels il n'en distingua qu'uN : les Mémoires sur la culture des arbres fruitiers... Et maintenant l'abbé Roger (1), gémissant sur le même abus, dit (en 1767) ; « Une manie assez singulière dans le jardinage, et de laquelle « on n'a point ou que très-peu d'exemples dans les autres professions, c'est la démangeaison « d'écrire, espèce de tic ou de frénésie qui, comme une maladie contagieuse, se gagne et fait « progrès. » {Pomona franconica, 1776, t. I, Préface, p. xx.)

De tous ces ouvrages, bien peu sont lus de nos jours, excepté ceux de Merlet (1667), la Quintinye (1690), Duhamel (1768) et le Berryais (178S), dont nous avons donné une analyse dans notre Introduction (pp. 9 à 20), ce qui nous dispense de revenir ici sur leur contenu. Rappelons seulement que les poires y eurent la meilleure place, et que Merlet en décrivit 187 variétés — la Quintinye, 67 — Duhamel, 119 — le Berryais, 91,

(1) L'abbé Roge)^ Scluibol, du diocèse de Paris, fut un des horticulteurs les plus remarquables de son époque. Il mourut en 1708.

PROPAGATION DU POIRTF.R , BE LOUIS XTV A LA RÈVOLUTIONo

Mais il est une Communauté religieuse qui de l'enceinte même de Paris propagea par toute la France, ainsi qu'à l'étranger, de 1675 à 1789, plus d'un million de poiriers. Le lecteur a sans doute nommé déjà les pères Chartreux, car la célébrité qu'ils surent acquérir pour leurs pépinières, fut universelle, et le souvenir en subsistera longtemps encore parmi le monde horticole.

Etienne Calvel pubha en 1804 une Notice sur l'établissement arboricole de ces religieux, et l'on y voit qu'en 1789, au moment où l'on se disposait à le fermer, « en

« semis, en plants et en arbres, on y comptait par millions ; et que dès 1712, il

« en sortait annuellement plus de 14,000 arbres fruitiers. » Comme « il est notoire « aussi — continue le même écrivain — par les comptes qu'ont laissé les Chartreux^ « que dans les vingt dernières années le bénéfice qu'ils faisaient sur leur pépinière « était annuellement, tous frais déduits, de 24 à 30,000 francs. » [Notice historique sur la pépinière des Chartreux, pp. 4, 12 et 18.)

En 1775 ils possédaient 102 variétés de poires, qui toutes furent alors parfaitement décrites , avec mention de leurs synonymes , dans un Catalogue qu'ils publièrent, et dont nous allons reproduire le chapitre Poirier, en supprimant toutefois les descriptions, les noms des fruits devant suffire ici, où il n'est question que d'histoire :

Extrait du Catalogae de la Pépinière des Chartreux de Paris , pour l'année 1995.

Vmes d'Été.

L'Épine-Rose ou poire de Rose.

La Bergamotte d'Été ou Milan de la

Le petit Muscat ou Sept-en-Gueule.

Beuvrière.

L'Aurate.

L'Orange rouge.

L'Amiré Joannet ou la poire St-Jean.

L'Orange musquée.

La poire de Madeleine ou Citron des

Le Salviati.

Carmes.

La Chair-à-Dame,

La poire à Deux-Têtes.

La Cassolette ou Friolet, ou Muscat

Le Muscat Robert ou poire à la Reine,

vert, ou Lèchefrion.

ou poire d'Ambre.

Le Roi d'Été.

La Cuisse-Madame.

La Robine ou Royale d'Été.

La Bellissime ou Suprême.

Le Parfum d'Août.

Le Bourdon musqué.

La Grise-Bonne ou la poire de Forest,

Le Gros Blanquet ou Blanquette.

ou la Crapaudine, ou l'Ambrette

L'Épargne ou le Beau-Présent, ou de

d'Été, ou la Rude-Épée.

Saint-Samson.

La poire d'Amiral.

L'Ognonnet ou Amiré-Roux, ou Ar-

Le Rousselet de Reims,

chiduc d'Été.

L'Inconnu-Chêneau ou Fondante de

La Suprême.

Brest.

Le Blanquet à longue queue.

Le Bon-Chrétien d'Été ou Gracioli.

La Fleur de Guigne ou poire Sans-

Le Bon-Chrétien d'Été musqué.

Peau.

L'Épine d'Été ou Fondante musquée

Le Rousselet hàti f ou poire de Chypre,

(en Italie Bugiarda).

ou Perdreau.

La poire d'CEuf.

IMPORTANCE ACTUELLE HE LA CULTURE DU POIRIER. SES CAUSES

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