Poire AH-MON-DIEU
Synonymes. — Poires : 1. De Mon-Dieo (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, éàit. de 1675, p. 87). — 2. BÉNiTi: (Knoop, Fructologie, 1771 , t. II, pp. 97 et 136). — 3. Beixe-Fertile {Id. ibid.). — 4. Petite-Fertile (Id. ibid.). — 5. Jaegoî»eixe d'Automne {Id. ibid.). — 6. Mont-Diec {Id. ibid.). — 7.MAKDIEU (Bosc, Nouveau cours d'agriculture, 1809, t. X, p. 244). — 8. D'ABONDANCE (Tliompson, Catalogue of ihe fruits of London, 1842, p. 122).
Description de l'arbre. — Bois :
assez gros. — Rameaux : peu nombreux, érigés ou légèrement écartés, forts , assez longs, cotonneux, rouge-brun, parsemés de quelques petits points; leurs coussinets ne sont pas très-ressortis. — Yeux : de moyenne grosseur, coniques, aplatis, souvent obtus, presque entièrement appliqués contre le bois. — Feuilles: ovales-allongées , cotonneuses , à pétiole court et gros . à bords faiblement dentés ; celles du sommet du rameau sont habituellement canaliculées.
Fertilité. — C'est peut-être là le plus fécond de tous les poiriers.
Culture. — On lui donne indistinctement, tant sa"\igueur est excessive, le franc ou le cognassier. Abandonné à lui-même, en plein champ, il y réussit au mieux et n'y acquiert jamais un développement nuisible. Ses p^Tamides sont remarquablement belles.
description dn frnit. — Grosseur :
petite ou moyenne. — Forme: pyriforme, ordinairement ventrue et contournée. — Pédoncule : assez long , assez gros , arqué , obliquement implanté à la surface , au milieu de quelques gibbosités^ — Œil: large, saillant, ouvert, très-développé. — Peau : jaune-citron, finement ponctuée de roux . lavée de rose vif du côté du soleO. — C/ia/r .-blanche, grosse, peu juteuse, cassante, rarement pierreuse. — Eau : suffisante, ne manquant pas de sucre, mais plutôt de parfum et de saveur.
Matltrité. — Fin d'août et commencement de septembre.
Qualité. — Troisième.
94 AHM
Hifstorique. — Jean Merlet, gentilhomme français grand amateur d'arbres fruitiers, est le premier qui ait signalé la présente poire, dans la seconde édition qu'il publiait à Paris^ en 1675, de son Abrégé des bons fruits, avec la manière de les connaître et de cultiver les arbres. Et pour montrer à quel point il posséda le talent si rare de caractériser brièvement, quoique exactement, une variété, nous allons transcrire la description qu'il donnait, il y a deux siècles déjà, de la poire Ah-mon-Dieu :
(c La poire de Mon-Dieu est belle et médiocrement bonne, d'un jaune-rouge, avec assez d'eau, et sans pierres; charge des mieux et mûrit sur l'arbre l'une après l'autre. » [Loco citato, page 87.)
Malheureusement, notre gentilhomme ayant négligé de dire d'où il avait tiré ce fruit, et depuis quelle époque il était alors connu, on en est aujourd'hui réduit à cet égard aux simples conjectures. Toutefois les Allemands, chez lesquels il est également fort ancien , le prétendent « originaire de l'abbaye de Mont- « Dieu, et pensent qu'on lui en a donné le nom. » (Oberdieck, Illustrirtes Handbuch der Obstkunde, t. II, p. 243.) Opinion que nous partageons fortement, en voyant Merlet, et divers autres écrivains après lui, appeler précisément ce fruit, poire de Mon-Dieu ou de Mont-Dieu. Du reste, la chartreuse de Mont-Dieu, construite en 1130 au milieu des bois, sur les confms de la Champagne, aux portes de Sedan, put bien enrichir de quelques variétés la pomone française, car elle fut renommée pour ses vastes vergers. Et chacun sait aussi que les chartreux tinrent en singulier honneur l'arboriculture; témoin la célèbre pépinière qu'ils créèrent à Paris en 1650, pépinière dont les bénéfices nets dépassaient annuellement 28,000 francs, lorsque la Révolution vint l'anéantir. (Voir Etienne Calvel, Notice historique sur la pépinière nationale des Chartreux, au Luxembourg, 1804, p. 12.) — Quant au second nom que reçut cette poire, et qui lui est demeuré, on l'attribue assez généralement à Louis XIV. Yisitant un jour ses magnifiquesjardins, le grand roi, surpris par l'innombrable quantité de fruits dont un arbre de cette variété était chargé, s'écria : « Ah mon Dieu î quel poi- « rier ! » et tout aussitôt l'exclamation du monarque vint modifier, grâce à la courtisanerie du directeur du potager royal ou de quelque seigneur présent, le nom sous lequel, en 1675, Merlet avait inscrit dans sa petite pomologie, la poire de Mon-Dieu.
tt Plus tard — dit Poiteau — jplusieurs amateurs éclairés, frappés de l'inconvenance d'une exclamation dans la nomenclature des fruits, ont proposé de nommer ce fruit, poire d'Abondance, terme qui exprime parfaitement la grande fertilité de l'espèce. « {Pomologie française, t. III, 1848.)
Oui, mais cette appellation n'ayant pas prévalu, on l'a reléguée au rang des synonymes, et chacun a continué d'appliquer l'exclamation de Louis XIV — ou de tout autre personnage — à la poire dont nous traçons l'historique. Cependant, constatons-le, la qualification de poire d'Abondance appartenait essentiellement à notre variété, dont il est fort commun de rencontrer des arbres qui rapportent, en moyenne, une soixantaine de francs par an à leur propriétaire.
Observations. — On a avancé à tort que Duhamel donnait à la poire Ahmon-Dieu, pour synonyme une poire d'Amour, d'été. Non, cet auteur — ce qui est bien différent — a fait uniquement remarquer « que dans quelques provinces on 0 appelait poire Ah-mon-Dieu, la poire d'Amour, miirissant en décembre. » [Traité des arbres fruitiers, 1768, t. II, p. 155.) Mais en Allemagne, par exemple, elle est cultivée de tous côtés sous cette dernière dénomination, qu'il faut se garder d'introduire dans notre synonymie, déjà surchargée de plusieurs poires d'Amour.
ATG