Poire de COLMAR
Synonymes. — Poires : 1. Bergamote tardive (de la Quintinye, Instructions pour les Jardins fruitiers et potagers, 1690, p. 311). — 2. Manne {Id. ibid.). — 3. Incomparable (Herman Knoop, Fructologie, 1771, pp. 124 et 135). — 4. Belle-et-Bonne d'Hiver (Alexandre Bivort, Album de pomologie, 1851, t. IV, p. 3). — 5. MoNiÉ (d'Albret, Cours théorique et pratique de la taille des ai-bres fruitiers, 1851, p. 329). — ti. GoLMAR d'Hiver (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, l&b9, t. II).
Description de l'arbre. — Bois : assez fort. — Rameaux: nombreux, étalés, gros, de longueur moyenne, peu coudés, vert brunâtre, ayant les lenticelles fines , abondantes , et les coussinets presque nuls. — Yeux :
petits, ovoïdes, éloignés de l'écorce, à écailles mal soudées.
— Feuilles : peu nombreuses, ovales, faiblement dentées en scie sur leurs bords , munies , d'un pétiole épais et long.
Fertilité. — Presque nulle en pyramide ; satisfaisante en espalier à bonne exposition (jamais au nord).
Culture. — Le développement de ce poirier est trèsvif et sa vigueur , extrême ; on le greffe sur franc ou sur cognassier ; ses pyramides sont remarquables.
Description du fruit.
— Grosseur : volumineuse. — Forme : ovoïde , ventrue et bosselée , mamelonnée et
long ou un peu court, de force moyenne,
plissée au sommet. — Pédoncule
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droit ou arqué, habituellement renflé à ses extrémités, obliquement inséré, et souvent en dehors de l'axe du fruit, au centre d'une cavité bien prononcée et dont les bords sont accidentés. — OEil : grand, ouvert ou ini-clos, rarement très-enfoncé. — Peau : idLUwe, d'ocre, ponctuée et tachetée de brun clair, parfois lavée de rouge pâle sur le côté frappé par le soleil. — Chair : blanc jaunâtre, fine, demi-fondante, aqueuse, un peu pierreuse au cœur. — Eau: fort abondante, très- sucrée, acidulé, délicieusement parfumée.
Maturité. — Fin de novembre, se prolongeant jusqu'en février ou mars.
Qualité. — Première.
Historique. — On croyait en Belgique, il y a quelques années, que cette variété datait du commencement du xviii* siècle, et qu'elle devait son nom à la ville de Colmar (Haut-Rhin), dans les environs de laquelle sa culture avait toujours été des plus communes. Cette opinion manque un peu d'exactitude, puisqu'on connaissait ce fruit dès la moitié du xvii^ siècle; mais quant à le croire natif de Colmar, ou tout au moins provenu d'un lieu voisin de cette cité, cela nous semble d'autant plus admissible, que poire de Colmar fut le nom sous lequel on le mentionna d'abord. Avant 1687, la Quintinye, directeur des jardins potagers de Louis XIV, possédait à Versailles, ce poirier, et même depuis un assez longtemps, car il le décrivit et signala les divers surnoms qu'il portait déjà, dans le recueil pomologique qu'en 1788 la mort vint inopinément l'empêcher de terminer, mais que son fils, deux ans plus tard, publia intégralement. Or, on y lit ce passage :
« La Poire de Colmar m'est venue sous ce nom-là par un illustre curieux de Guyenne^ et m'estoit venue d'un autre endroit sous le nom de Poire Manne, et sous celuy de Bergamotte TARDIVE » [Instructions 'pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, p. 311.)
En 1690, Merlet, dans la 3° édition de l'Abrégé des bons fruits, disait également : « La Foire de Colmar, qui donne beaucoup de bois et de fruit, est des plus rares, des plus NOUVEAUX en ce païs [Paris], et des plus exquis, qui se mange tout l'hyver. » (Chap. ix, p. 93.)
Mais dans la 2^ édition, faite en 1675, il ne parlait pas du Colmar. Le Lectier, d'Orléans, qui publiait en 1628 le Catalogue de sa collection d'arbres fruitiers, alors la plus riche, la plus nombreuse, ne le mentionne pas davantage. On peut donc en conclure que réellement ce poirier ne se répandit qu'après 1675. Couverchel a prétendu que : « Elle doit à sa saveur, très-sucrée lorsqu'elle est cuite , le nom « de poire Manne. » [Traité des fruits, 1852, p. 486.) Je croirais plutôt qu'on la surnomma ainsi en raison de sa grosseur ou de son exquise bonlé, et par allusion à la manne dont les Hébreux, rapporte la Bible, se nourrirent dans le désert. Comment, en effet, pourrait-on la comparer à la manne du commerce, à cette substance essentiellement purgative, dont la saveur douce et nauséabonde n'a rien, assurément, de sucré ni d'agréable?...
Obserirations. — M. Decaisne a fait remarquer en 1839, avec beaucoup de raison , « que cette poire n'acquiert ordinairement toutes ses qualités que lorsque a l'arbre est placé en espalier, et à bonne exposition. » [Le Jardinier fruitier du Muséum, t. H.) En 1704, Dom le Gentil, appelé aussi frère François, et qui pour lors dirigeait la célèbre pépinière des Chartreux de Paris, pensait à cet égard comme M, Decaisne, mais il n'osait encore recommander formellement , à ses lecteurs , de placer en espalier le poirier Colmar :
« J'ay fait planter — leiu' disait-il — à l'exposition du midi, il y a sept ou buit années, trois arbres de Colmart; ils sont à baute tige, en espalier, et ils ne manquent point, tous les ans, de me donner des poires dont la beauté et la grosseur font plaisir; elles sont jaunes d'un costé et rouges de l'autre. Neantmoins, quoy-que je sois sûr de cette expérience, je ne