ANE
Maturité. — Fin août et commencement de septembre.
Qualité. — Troisième pour la table , deuxième pour la cuisson et la vente sur les marchés.
Poire d'Ane. Historique. — Dans notre Anjou , le
poirier d'Ane est aussi répandu qu'il y est ancien, vigoureux et rustique. On l'y rencontre toujours en plein champ ; et souvent, parmi ces arbres , on en voit qui sont plus que centenaires. Je ne saurais dire s'il a pris naissance, ou non, sur le sol angevin, mais je sais qu'ailleurs on doit très-peu le cultiver, car il ne m'est apparu que là. Cependant cette poire pourrait bien, sous une dénomination différente, sans doute, se trouver aussi dans ceux de nos départements qui avoisinentla Suisse, puisque Jean Bauhin , médecin du duc de Wurtemberg, et célèbre naturaliste du xvi^ siècle, prouve qu'elle existait avant 1598, à Boll, localité du canton de Fribourg. En étudiant un curieux ouvrage allemand et latin laissé par ce docteur sur les végétaux, les minéraux, etc., nous lisons en effet, au chapitre Poirier, c®tte description, de tout point applicable à la présente variété , et qu'accompagne un dessin qui rend le doute impossible :
« Sûsselbirne. — Elle est belle, allongée, haute de cinq doigts, épaisse de trois, peu ventrue, turbinée vers le sommet, légèrement arrondie à la base ; la longueui' de son pédoncule excède rarement un doigt. Ce fruit ne se conserve pas longtemps, il mûrit à la fin d'août; on le nomme aussi ilfans6mie.»(Johan. Bauhinus, Historiœ fontis et balnei Bollensis admirabilis liber qmrtus, 1598, p. 125.)
Qui put valoir à cette poire le nom rien moins que flatteur — pour le consommateur, cela s'entend — sous lequel nous la cultivons?.... Peut-être sa forme allongée, rappelant assez bien les interminables oreilles de l'âne ; ou sa mauvaise qualité, quand elle est mangée trop verte. N'a-t-on pas appelé déjà poire de Cochon, pour la nauséabonde âcreté de son eau, l'une de ses congénères fort connue sur
les marchés de Paris? Oui, mais comme la poire d'Ane est plutôt bonne que
médiocre, nous supposons que son nom lui vient de sa configuration, et nullement de la saveur plus ou moins délicate de sa chair. Cette appellation si malsonnante, nous la retrouvons, du reste, appliquée également, en Allemagne, à deux fruits : VEselsbirne, poire d'Ane, et VEselsmaul, poire Museau d'Ane ; ce qui nous servirait d'excuse, au cas où l'on nous reprocherait de conserver dans la nomenclature de la pomone française, le nom si peu poétique de l'un des plus vieux poiriers de
VM
l'Anjou. Terminons cet historique en constatant que les variétés allemandes Esehmaul et Eselsbirne^ n'ont aucun rapport avec notre poire d'Ane.
Observations. — Ce poirier, par son excessive et constante fertilité, est un de ceux que l'on peut, sans crainte, multiplier dans les vergers. Comme l'Ah-mon- Dieu, comme l'Alouette, il paiera largement son maître , ses fruits étant passables crus, et bons cuits ou desséchés. Nous faisons remarquer de nouveau, car cela est important, que si parfois ils ont été trouvés d'une astringence rappelant celle des poires à cidre, c'est uniquement parce qu'on avait dû les manger avant leur complète maturité.