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Poire d'ANGORA

Description de l'arbre. — Bois :

fort. — Hameaux : peu nombreux , légère ment étalés, très-gros, longs, flexueux, vert olivâtre ou vert-brun, à lenticelles larges et rarementabondantes, à coussinets des plus marqués. — Yeux :

ovoïdes, pointus, volumineux, non appliqués. — Feuilles :

excessivement grandes et d'un beau vert, ovales, non canaliculées, ayant les bords crénelés ou denticulés , et le pétiole trèslong, très-nourri.

FERTU.ITÉ. — Remarquable.

Culture. — Le cognassier lui convient essentiellement; sur ce sujet, sa vigueur est satisfaisante et ses pyramides sont assez convenables , quoique peu ramifiées.

Deseription du fruit. — Grosseur: audessus de la moyenne et parfois considérable. — Forme : turbinée, obtuse, ventrue, irrégulière, bosselée , ayant souvent un côté plus renflé que l'autre. — Pédoncule : assez fort, long, arqué,

formant bourrelet à son point d'insertion, obliquement implanté au centre d'une faible dépression que surmonte constamment un mamelon bien prononcé. — Œil: grand, des plus ouverts, placé presque toujours à fleur de fruit dans un large bassin. — Pea?i ; jaune pâle, légèrement verdàtre, finement ponctuée de fauve et portant quelques petites taches roussâtres. — Chair : blanche, tendre, juteuse, à gros grain, pierreuse autour des loges. — Eau /abondante, sucrée, douce, délicate, faiblement parfumée.

Maturité. — Commencement d'octobre, et se prolongeant très-exceptionnellement jusqu'à la fin de novembre.

Qualité. — Deuxième.

Historique. — Originaire de l'Asie Mineure, elle fut importée en France par feu Léon Leclerc, qui la reçut de Constantinople en 1832, lorsqu'il était député de Laval. Il l'avait vue signalée dans le journal du voyage d'Orient qu'accomplit en 1700, sur la demande de Louis XIV, l'illustre botaniste Tournefort. Mais voici le passage de l'ouvrage où il est question de ce fruit :

« Le 2 novembre 1701, nous partîmes d'Angora pour Pruse ou Brouse, comme disent les Francs, et nous arrivâmes le 4 à Bdbazar, petite ville bâtie siu" trois collines à peu près

égales C'est de là que viennent ces excellentes poires que l'on vend à Constantinople sous le

nom de poires d'Angora ; mais elles sont fort tardives, et nous n'eûmes pas le plaisir d'en

goûter » (Tom-nefort, Relation d'un voyage du Levant, édition de 1727, t. III, lettre sxi,

pp. 335-336.)

Quant au promoteur de cette poire, il raconte ainsi les motifs qui le portèrent à s'en occuper, et par qui elle lui fut envoyée :

tt Elle fait, en hiver, les déhces de Constantinople et il est certain qu'au double

titre de sa bonté et de l'époque de sa matiu-ité , elle paraît susceptible de présenter im but d'acquisition des plus précieux poui' nos jardins... J'ai donc cru rendre un service à notre

horticulture, en tentant cette conquête, indiquée et dédaignée depuis plus d'un siècle

M. le général Guilleminot, notre amLassadem' à Constantinople, voulant bien s'associer à toute

mon insatiabilité d'amateur..., m'a procuré cette précieuse variété de poirier » (Léon

Leclerc, Lettre au président de l'Académie des Sciences de l'Institut, datée du 13 janvier 1833, et lue en séance le 4 février suivant.)

Observations. — La poire d'Angora a dû perdre, en changeant de climat, de sol, beaucoup de sa qualité, puisqu'elle occupe à peine le deuxième rang parmi nos espèces d'automne. Nous disons d'automne et non pas d'hiver, car elle mûrit le plus souvent au début d'octobre, pour disparaître complètement avant la fin de novembre. On doit donc croire, en présence des textes de Tournefort et de Léon Leclerc, qui la donnent comme « fort tardive, » que sous cet autre rapport elle est également loin de justifier, chez nous, la haute réputation dont elle jouit en Asie. Et Yan Mons, l'intelligent semeur, avait prévu dès 1834 que nous aurions à subir un tel désenchantement. Il écrivit alors :

« Vu l'ancienneté de la poire d'Angora, on pourrait prédire qu'elle sera dégénérée dans ses qualités ; d'aillem-s, un finiit bon sous le ciel de Constantinople, ne le sera pas pour cela en France. Nos poires fondantes sont cassantes et à cuire, en Morée. J'ai eu connaissance de ce fait par M. l'abbé Mertens, de Bruxelles, qui habite ce pays. Par contre, nos poires fondantes d'automne y deviennent d'été, et blettissent dans les contrées plus méridionales que le midi de la France. Aussi la Belgique et la France doivent-elles rarement, et moins qu'aucun autre pays, aller chercher des fruits ailleurs. » [L'Horticulteur belge, cité par lafleuue horticole, année 1834, pp. 503-306.)

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