‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 94 sur 486 · Poire d'ANGOISSE · texte numérisé non relu

Poire d'ANGOISSE

Stynonyiues. — Poires : 1. Blanc-Collet (Gouvercïiel , Traité complet des fruits de toute espèce, édition de 1852, p. 498). — 2. Dangoisk {Id. ibid.). — 3. Grosse-Grise {Id. ibid.).

lïesei'iption de l'arbre. —

Bois : assez fort. — Rameaux : nombreux, étalés, nourris, flexueux, brun-roux, cotonneux, largement ponctués de gris cendré, et n'ayant pas, habituellement, les coussinets trop ressortis. — Yeux : renflés , coniques, légèrement obtus, non appliqués. — Feuilles : grandes, ovales-arrondies, canaliculées, denticulées ou finement crénelées, à pétiole court et gros.

Fertilité. — Des plus abondantes.

Culture. — Spécialement multiplié pour les vergers et les champs, ce poirier, fort vigoureux, exige le franc, sur lequel il prend un développement rapide et satisfaisant , sans atteindre toutefois une hauteur nuisible.

Description du fruit. — Grosseur : petite ou moyenne. — Forme : turbinée, obtuse, ventrue, assez régulière. — Pédoncule : rarement très-long, arqué, mince, renflé au point d'attache, obliquement implanté au milieu d'une faible dépression. — Œil : petit, souvent mi-clos, bien conformé, I. 10

presque saillant. — Peau : jaune d'or, ponctuée, marbrée de fauve, maculée de même autour de l'œil et du pédoncule, et lavée de rouge-brun du côté du soleil. — Chah^ : blanchâtre, peu fondante, grossière, juteuse, toujours très-pierreuse au centre. — ^aî^ .• Excessivement abondante, acidulé, sucrée, douée d'une certaine saveur, mais entachée parfois d'une âcreté assez prononcée.

Maturité. — Vers la fin du mois de décembre, et se prolongeant jusqu'en avril.

Qualité. — Troisième pour le couteau, deuxième pour la cuisson, première pour le pressoir.

Mistopiqiie. — Parmi nos poires françaises, il en est peu de plus anciennes que celle ici décrite. Dès 1094 on la signalait, on en donnait l'origine dans une chronique manuscrite attribuée au bénédictin Geoffroy, prieur du monastère de Vigeois (diocèse de Limoges). Elle tire son nom, y disait-on, du village d'Angoisse, situé proche l'abbaye de Saint- Yrieix ou Saint- Yrier, en Limousin. (Voir Eugène Forney, le Jardin fruitier, 1862, 1. 1, p. 237.) C'est alors aux environs de Périgueux, et sur les bords du charmant ruisseau le Loudour, que poussa ce poirier huit fois séculaire. En 1540, Charles Estienne ne l'oublia pas lorsqu'il parla des arbres fruitiers cultivés à son époque : « Ses produits — observait-il — causent à la bouche, « par leur àpreté, par leur détestable acerbeté, une astriction vraiment insup- « portable ; mais ce défaut disparaît quand on les mange à leur point extrême « de maturité, presque blossis. » [Seminarium et plantatman fructiferarum iwœsertim arborum quœ post hortos conseri soient, 1540, p. 70.) — Depuis Charles Estienne, cette variété ne s'est nullement améliorée ; cependant elle est commune dans la majorité de nos départements ; et l'on a bien raison de propager ce poirier, car, outre la grosseur énorme qu'il atteint — sa circonférence dépasse souvent trois mètres — les fruits abondants qu'il rapporte sont d'une vente facile, avantageuse, par suite des divers usages économiques auxquels ils sont propres.

Nos pères, qui furent très-crédules en horticulture, alors surtout que la physiologie végétale était encore inconnue de leurs jardiniers, nos pères se livrèrent à de cmieuses pratiques à l'égard du poirier d'Angoisse. Voulaient-ils, par exemple, avancer, retarder la maturité de ses produits, en prolonger même, indéfiniment, la conservation?... voilà ce qu'en 1564 ils conseillaient de faire :

« Pour avoir poires d'Angoisses un mois ou deux plustost que les autres, ou qui durent et soyent bonnes jusques aux nouvelles, entez-les en coingnier pour les avoir tard, et en franc meurier pour les avoir tost.» (Charles Esûemie, l'Agriculture et maison rustique, 1564, livre III, chap. XVII, p. 72, verso.)

Enfin — et Charles Estienne nous en a également conservé la recette — ils prétendaient pouvoir, au moyen d'un seul greffon, charger de diverses espèces de pommes, les branches de ce poirier :

«Entez — disaient-ils — en poirier d'Angoisse, des greffes de pommier, et vous aurez pommes de Blondm'el et pommes de Cliastaigner. » [Loco citato, p. 73, verso.)

Telles étaient les illusions horticoles, au xvi'' siècle; et nous aurons souvent l'occasion de revenir sur ce sujet, qui a bien son intérêt.

Observatious. — Ou a généralement, pendant un très-long temps, regardé la poire d'Angoisse comme synonyme du Bon-Chrétien d'Hiver; et même aujourd'hui nombre de jardiniers ont encore cette opinion. Si jamais fruits différèrent de forme et de qualité, ce sont pourtant bien ceux-là !... Dans le Jardin fruitier du Muséum^

M. Decaisne s'élève, avec toute l'autorité de sa science, contre une telle erreur, qu'il serait fâcheux de ne pouvoir détruire, puisqu'elle retarde la propagation d'un poirier vraiment précieux pour nos campagnes. Espérons donc que l'on croira désormais à son existence, et qu'il se répandra partout.

Poire d' ANGOISSE BLANCHE. — Synonyme de poire d'Angleterre d'Hiver. Voir ce nom.

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