‹ Dictionnaire de pomologie (volume 3)Chapitre 126 sur 387 · Pomme PIGEONNET JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

Pomme PIGEONNET JÉRUSALEM

Synonymes. — Pommes : 1. De Jddée ['?] (Bonnefond, le Jardinier français, 1653, p. 109). — 2. Pigeon (dom Claude Saint-Étienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, p. 215; — et Duhamel, Traité des arbres fruitiers, 1768, t. I, p. 306). — 3. Jérusalem (la Quintinye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, t. I, p. 392). — 4. Cœur de Pigeon (frère Bonnelle, le Jardinier d'Artois, 1766, p. 244; — et Duhamel, ibid.). — 5. Gros- Cœdr de Pigeon (Louis du Bois, du Pommier, du Poirier et du Cormier, 1804, t. I, p. 52). — 6. Gros-Pigeonnet rouge (Louis Bosc, Nouveau cours complet d'agriculture théorique et pratique , 1809, t. X, p. 323). — 7. Pigeon d'Hiver (Congrès pomologique, Pomologie de la France, 1867, t. IV, n°14).

Description de l'arbre. — Bois : assez fort. — Rameaux : nombreux, érigés au sommet, étalés à la base, courts, de moyenne grosseur, bien coudés, légèrement cotonneux et d'un brun olivâtre. — Lenticelles : assez grandes, arrondies et clair-semées. — Coussinets : aplatis. — Yeux : très-gros, coniques-allongés, obtus, sensiblement duveteux, incomplètement plaqués sur le bois. — Feuilles : petites, ovales-allongées, vert clair en dessus, gris verdâtre en dessous, contournées sur elles-mêmes pour la plupart, et faiblement crénelées. — Pétiole : grêle, assez long , à peine cannelé. — Stipules : moyennes.

Fertilité. — Très-abondante.

Culture. — Sa bonne ramification ainsi que son assez grande vigueur

PIG [PIGEONNET JÉR]

permettent de l'écussormer ras terre, pour plein-vent. Il fait sous cette forme des têtes généralement pyramidales et d'un bel aspect. Quand on le destine à la bassetige, le paradis est le sujet qu'il Pomme Pigeonnet Jérusalem. - Premier Type. faut lui donner, afin surtout de n'en

pas diminuer la fertilité.

Heseription du fruit. —

Grosseur: moyenne et parfois moins volumineuse. — Forme : conique assez régulière , ou cylindro-conique plus renflée d'un côté que de l'autre. — Pédoncule: court et bien nourri, ou de longueur moyenne et alors assez grêle, planté dans un bassin étroit et de profondeur variable. — Œil : grand ou moyen, miclos ou fermé, à cavité bossuée et peu développée. — Peau : unie, lisse, à fond blanc jaunâtre , presque entièrement lavée de rose bleuâtre, rubanée de carmin foncé et ponctuée de blanc. — Chair : très-blanche, fine, serrée, assez ferme et comme nacrée, surtout autour des loges, qui le plus habituellement ne sont qu'au nombre de quatre et disposées en croix de Jérusalem.

— Eau : suffisante, sucrée, acidulée , ayant un arôme exquis.

Maturité. — Novembre-Février.

Deuxième Type.

Qualité. — Première.

Historique. — Il en est pour ce Pigeonnet Jérusalem comme pour le Pigeonnet Blanc d'Hiver et le Commun ou Rouge : on le suppose, sans preuve aucune, originaire de la Normandie. La Quintinye, qui le décrivit en 1690, le nommait Pomme Jérusalem; c'est la première mention que j'en aie rencontrée. L'an 1653 Nicolas de Bonnefond , page 109 du Jardinier français , citait il est vrai une Pomme de Judée , mais sans nul détail ; rigoureusement , cependant , cette pomme de Judée, depuis lors disparue de la nomenclature, peut passer pour un synonyme de la variété Jérusalem. J'en ai jugé ainsi, ayant au moins, à défaut de la pomologie, la géographie de mon côté. Le directeur des jardins de Louis XIY estimait peu les pommes; toutes ses prédilections furent pour les poires, dont souvent il a parlé en poëte, plutôt qu'en arboriculteur; il n'est donc pas surprenant que ce Pigeonnet, malgré son goût si fin, si parfumé, ait paru à la Quintinye de médiocre qualité :

« Les Jérusalem — a-t-il dit — sont presque rouges partout, ont la chair ferme, et de peu de goût, quoyqu'assez sucrée, et n'ayant rien de la mauvaise odeur qui suit la plupart

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|des Pommes. Elles se gardent longtemps. » (fiuftwtfoM pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, t. I, p. 392.)

Le frère Bonnette, religieux de l'ordre des Mathurins, et très-adonné à l'étude des fruits, fut plus juste pour cette variété, ainsi décrite par lui dans le Jardinier d'Artois, qu'il publia en 1766 :

« Le Cœur de Pigeon - dit-il - pomme de moyenne grosseur, plus longue que ronde, formée en cœur, prend aisément le rouge, est beaucoup estimée; bonne jusqu'en février et mars. » (Page 244.)

Enfin Duhamel, en 1768, lui rendit également pleine justice et consigna dans son article certains détails utiles à reproduire ici :

« Pomme Pigeon ou Cœur de Pigeon ou Jérusalem Sa peau - écrivait cet auteur - est

: une unie, luisante, dure, de couleur un peu changeante, lavée d'une couleur de rose légère, tiquetée de quelques points jaunes. En la regardant d'un certain sens, on aperçoit , comme un petit nuage bleuâtre, qui, joint au changement de sa couleur, a pu lui faire ! donner le nom de Pigeon. Sa chair est fine, délicate, grenue, légère, ferme, tres-blanche , | quelquefois très-légèrement teinte de rouge sous la peau. Son eau a une acidité agréable, ' qu'elle perd presque entièrement lorsque le fruit est très-mûr. Elle n'a pour l'ordinaire que 1 quatre loges séminales qui forment une croix à quatre branches égales, d'où elle a

vraisemblablement reçu le nom de Jérusalem C'est une très-jolie pomme à la vue et au

goût. » {Traité des arbres fruitiers, 1. 1, p. 307.)

Ce fruit est très-répandu; les Allemands le possèdent depuis un siècle au moins, ainsi que les Anglais, qui dès 1729 l'ont figuré de très-exacte façon, et le nommaient uniquement pomme Jérusalem (voir Pomona de Batty Langley, planche 76, figure 3e).

Observations. — On a dit assez récemment, que le Pigeonnet Jérusalem fut signalé parle Lectier, d'Orléans, dans son Catalogue, imprimé en 1628. C'est une erreur, et bien facile à constater, puisqu'en tête de ce volume je reproduis littéralement, au chapitre de l'histoire du Pommier (§ I, temps anciens), la liste des pommes citées par le Lectier. — Nous rappelons que le Pigeonnet Bouge, ou Commun, décrit ci -dessus, page 562), ne peut prendre rang parmi les synonymes du Pigeonnet Jérusalem. Louis Liger, en 1714, commit le premier cette méprise dans son Cultivateur parfait des jardins fruitiers (p. 456); depuis, elle a reparu chez quelques pomologues et même, en 1867, s'est glissée dans les publications de notre Congrès pomologique (t. IV, n° 14).

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