POI
Pomme-Poire offre en effet tous les caractères si tranchés de ces poires à peau bronzée, dont le Beurré Bosc, particulièrement, est un des types les mieux caractérisés. Mayer, un des arboriculteurs les plus compétents de l'Allemagne, me paraît avoir eu sur ce point une opinion conforme à la mienne :
« J'ai fait venir — disait-il en 1776 — le Pommier-Poire de plusieurs pépinières françaises, hollandaises, allemandes, et jamais je ne crois avoir obtenu la véritable espèce, puisque jamais ces arbres ne m'ont donné des fruits piriformes, mais toujours des fruits ronds, aplatis par haut et par bas, absolument semblables aux différentes variétés de Reinette
grise, excepté qu'ils leur étaient fort inférieurs en bonté Quant à des pommes qui
s'amincissent en pointe vers la queue, comme les poires, j'avoue n'en avoir jamais vu. » (Pomona franconica, t. III, pp. 133-134.)
La Pomme-Poire est cultivée en France, sous ce nom, depuis bien des siècles; Charles Estienne, qui l'a décrite en 1540, page 54 de son Seminarium, constate que déjà c'était là sa commune dénomination. Enfin Benedict. Curtius nous apprend au mot Girodeta du chapitre Pommier de l'ouvrage intitulé Hortorum , et publié à Lyon l'an 1560, que cette variété jouissait alors d'une grande estime chez les Allobroges , c'est-à-dire en Savoie et dans le Dauphiné. A dater de cette époque elle se répandit de tous côtés et fut mentionnée ou décrite par la majorité des pomologues du xvnc siècle et du xvme ; puis ensuite le silence se fit, chez nous, autour d'elle; bientôt même on l'y méconnut entièrement, comme le montre le passage suivant, écrit en 1805 par Etienne Calvel :
« Pomme-Poire. — Cette variété est au Jardin du Muséum d'histoire naturelle;.... le fruit est d'une médiocre grosseur, allongé, presque pointu vers le bas, ce qui rappelle l'idée d'un piriforme. Sa peau assez peu épaisse, jaune, légèrement tiquetée, est un peu rouge au soleil. La chair en est grossière, mais d'une eau assez parfumée. Cette pomme mûrit vers le i 5 novembre et se conserve assez longtemps. » ( Traité complet sur les pépinières, t. III, pp. 40-41.)
Ce n'est certes pas là notre Pomme-Poire, l'antique fruit dont Curtius, cité plus haut, disait en 1560 : « De forme arrondie, il a la peau roussâtre; » et Merlet, en 1667 : a La Pomme-Poire est une espèce de Reinette grise, qui a la chair assez « bonne et se garde bien » {l'Abrégé des bons fruits, p. 153), description que Duhamel, en 1768 (t. I, p. 304), appliquait à cette même variété. — Quelle est donc la prétendue Pomme-Poire de Calvel?... La Pomme-Poire d'Herefordshire, qu'en 1802 le pomologue anglais William Forsyth décrivait de la sorte :
« Elle est jaune, d'un beau coloris à l'insolation, et fouettée de rouge, également, sur l'autre face; sa chair, très-juteuse, est bonne à l'étuvée. La maturité de ce fruit arrive en novembre ou décembre. » (A Treatise on the culture and management of fruit trees, p. 90, n° 20.)
Et cette Pomme-Poire d'Herefordshire, dont le nom, depuis Forsyth, semble complètement oublié, n'est autre que le très- petit fruit conico-ovoïde sur lequel un pomologue allemand, Diel, va parfaitement nous renseigner :
« Je dois — disait cet auteur en 1801 — à mon ami le professeur Credé, de Marburg (Hesse électorale), ce fruit nouveau,.... qui est petit, bon, jaune verdâtre clair, carminé et
rouge sur le côté du soleil, et mûrit de décembre à la fin de l'hiver Il me l'a envoyé
étiqueté Pomme-Poire véritable [Wahbeb Birnapfel], mais moi je l'ai surnommée Pomme forme de poire [Birnfôrmigen ApfelJ, afin d'éviter toute confusion entre lui et la Pomme-Poire déjà connue » (Kernobstsorten, t. IV, pp. 187-192.)
Ainsi, voilà qui ne prête nullement à l'équivoque : Diel reconnaît que sa Pomme forme de Poire — identique, on l'a vu, avec celle décrite par Calvel et