‹ Dictionnaire de pomologie (volume 3)Chapitre 146 sur 387 · Pomme POSTOPHE D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

Pomme POSTOPHE D'ÉTÉ

Synonymes. — Pommes : 1. De Palestine (Heririan Knoop, Pomologie, édition allemande, 1760, pp. 1 et 2; édition française, 1771, pp. 11 et 12). — 2. Witte Kruid [Id. ibid.). — 3. Pistochk d'Été (Louis du Bois, du Pommier, du Poirier et du Cormier, 1804, 1. I, p. 31, n° 9). — 4. Postoche d'Été (Calvel, Traité complet sur les pépinières , 1805, t. III, p. 29, n° 5). — 5. Avant-Toutes (Oberdieck, lllustrirtes Handbuch der Obsikunde, 1859, 1. 1, p. 203, n° 86). — 6. Sommer Gewurz (Id. ibid.).

Description de l'arbre. — Bois I fort. — Rameaux: nombreux, étalés, longs, assez gros, bien coudés, jaune verdàtre légèrement violacé, duveteux, à mérithalles irréguliers et courts. — Lenticelles : petites, arrondies, grisâtres, assez rapprochées. — Coussinets : modérément ressortis. — Yeux : moyens, coniques-arrondis, cotonneux, entièrement adhérents, aux écailles brunes et mal soudées. — Feuilles : assez grandes, nombreuses , ovales - arrondies , vert tendre, rugueuses, peu épaisses, longuement acuminées, planes ou canaliculées, ayant les bords irrégulièrement dentés. — Pétiole : de longueur moyenne, menu, très-roide, légèrement carminé à la base, et plus ou moins cannelé. — Stipules : étroites et longues. Fertilité. — Satisfaisante.

Culture. — Il fait de beaux plein- vent, même lorsqu'on l'a greffé ras terre ; les formes naines, sur paradis, lui sont aussi très-favorables.

Description du fruit. — Grosseur : au-dessous de la moyenne. — Forme : conique régulière ou cylindro-conique, quelque peu côtelée au sommet. — Pédoncule : long, grêle, renflé à son point d'attache, implanté dans un bassin étroit et assez profond. — Œil : grand , mi-clos ou fermé , placé souvent à fleur de fruit et bossue sur les bords. — Peau : mince, lisse, jaune blafard, lavée, à l'insolation, de rose légèrement carminé, plus ou moins tachée de roux dans le bassin pédonculaire et finement ponctuée de brun verdàtre et de gris-blanc. — Chair : blanche, tendre et mi-fine. — Eau : suffisante, sucrée, acidulée, possédant un parfum très-savoureux.

Maturité. — Août-Septembre.

Qualité. — Première.

Historique. — La Postophe d'Été est multipliée chez nous depuis au moins un siècle et demi. Dès 1735 les abbés Nolin et Blavet la mentionnèrent dans leur Essai sur l'agriculture moderne (p. 231), mais la connurent mal, puisqu'ils lui prêtaient «un goût très-médiocre. » Peu après (1768), Duhamel réhabilita cette variété, en déclarant (t. I, p. 263) « que son eau ressemblait beaucoup à celle de « la Calville. » Elle était assez commune, alors, dans les environs de Paris, et

POS 583

surtout à Yitry-sur-Seine, chez le pépiniériste Chaillou, dont le Catalogue de 1755 l'annonçait « greffée sur franc, doucin et paradis (p. 10). » Ce fruit est-il d'origine française? Rien ne l'indique; tout, même, le fait croire sorti delà Hollande, et peut-être des environs de Gueldre, comme le Postophe d'Hiver. Quoi qu'il en soit, Knoop nous le montre en 1760 — sous la dénomination Witte Kruid- Appel{Çomme> Kruid blanche], particulière à nombre de pommes hollandaises — exactement décrit et figuré, ajoutant qu'il le trouve identique avec la Pomme de Palestine. Et c'est aussi là l'opinion récemment manifestée par M. le superintendant Oberdieck, l'une des autorités de l'Allemagne en pareille matière :

« La provenance de la pomme Sommer Gewùrz. ou Postophe d'Été — disait-il en 1839 — est inconnue, mais on pense qu'elle fut importée de la Hollande chez les Allemands. L'Allemagne, la France, l'Angleterre et même la Russie, cultivent cette variété sous différents noms, grande propagation qui en prouve bien l'excellence. » (lllustrirtes Eandbuch der Obstkunde, t. I, p. 203, n° 86.)

Voici du reste , pour mieux démontrer que la Witte Kruid-Appel des Hollandais est entièrement semblable à notre Postophe, la double description que Knoop en a donnée :

« Cette pomme est assez grosse, unie, de forme oblongue et anguleuse. Sa couleur est blanchâtre et parfois un peu vermeille sur l'un des côtés. La chair, moelleuse, pleine de

jus, est d'un goût agréable, légèrement acre, peu relevé C'est un fruit hâtif et dont

l'arbre est très fertile Mais voyez encore à Pomme de Palestine Cette dernière est assez

grosse, de forme oblongue, très-ressemblante à la Witte Kruid, si ce n'est pas une même sorte, ce que je serais disposé à croire, avec cette différence que la Pomme de Palestine a atteint un plus grand degré de perfection pour avoir été plantée dans quelque bon terrain. Sa peau est unie; sa couleur, quand la pomme est mûre, est jaunâtre, et souvent l'un de ses côtés d'un beau vermeil clair. La chair en est moelleuse et d'une saveur très-agréable- C'est pourquoi c'est une des meilleures de sa saison, août-septembre. L'arbre en est trèsfertile et donne de bon bois. » (Pomologie, édition de 1760, pp. i et 2; édition de 1771, pp. H et 12.)

Le doute, maintenant, n'est plus possible : Witte Kruid-Appel, Pomme de Palestine, Sommer-Gewilrzapfel, et Postophe, sont bien une seule et même variété. Nous le reconnaissons avec Knoop , avec Oberdieck , puis avec le professeur Diel , qui l'an 1800, dans le tome III du Kernobstsorten (p. 23), réunissait formellement la Sommer- Gewiirzapfel à la pomme hollandaise Witte Kruid. Reste présentement à expliquer d'où put venir à cette dernière, lors de son importation en France, l'étrange surnom Postophe, n'appartenant à aucun idiome, à aucune langue, et que vainement on chercherait dans les Dictionnaires géographiques. Nous pensons que ce surnom n'est autre que le nom , défiguré , de quelqu'une des localités dans lesquelles, chez nous, ce fruit fut primitivement cultivé. Le nom, par exemple, de Postroff, lieu situé près Sarrebourg (Meurthe) et tout voisin des Flandres, pays confinant à la Hollande. Une chose m'autorise encore à le supposer, le Catalogue Chaillou de 1755, cité plus haut, où le nom de cette pomme, alors signalé pour la première fois, est écrit Posloff; ce qui, moins un r, rappelle exactement la forme orthographique du Postroff de la Meurthe. Et pour qui sait combien les dénominations, en toute espèce de nomenclature, sont fréquemment altérées, notre supposition ne paraîtra nullement inadmissible. Mais voici qui va presque me donner raison: un écrivain allemand, le docteur Diel, a relevé en ces termes une opinion controuvée qui longtemps eut cours chez nos horticulteurs, à l'égard du nom de cette pomme :

« Plusieurs pomologues — a-t-il dit — tombent dans une erreur impardonnable lorsqu'ils

POS

supposent que le nom français Postophe vient, par corruption, du terme allemand Borsdorf. Il n'en est absolument rien. » (Kernobstsorten, 180o, t. VII, pp. 14-20.)

Cette erreur signalée par Diel pourrait bien, en France, trouver encore quelque crédit, car l'A Imanach du Bon- Jardinier, généralement si répandu, la partageait toujours en 1823 : « Postophe d'Hiver — y lit-on (p. 412) — corrompu de « Borstorff ou Postdoff, Allemagne, d'où cette variété est venue. »

(Voir aussi l'article historique de la Postophe d'Hiver, qui suit.)

Page 1