‹ Dictionnaire de pomologie (volume 3)Chapitre 211 sur 387 · Pomme REINETTE FRANCHE · texte numérisé non relu

Pomme REINETTE FRANCHE

Synonymes. — Pommes : 1. De Renette (Charles Estienne, Seminarium et plantarium fructi- | ferarum prœsertim arborum quœ post hortos conseri soient, 1540, p. 54; — et Mayer, Pomona | franconica, 1776, t. III, p. 136, n° 46). — 2. Reinette (Olivier de Serres, le Théâtre d'agriculture

et ménage des champs, édit. de 1608, p. 626). — 3. Reinete Blonde [par erreur; voir, ci-après, I au paragraphe Observations] (Claude Molle L, Théâtre des jardinages, édit. de 1678, pp. 51-52; ■ — et Eugène Forney, le Jardinier fruitier, 1862, t. I, p. 279). — 4. Reinette blanche (la

QuiDtinye, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, t. I, p. 389; — Herman Knoop, Li Pomologie, 1771, édit. française, p. 53; — Manger, Systematische Pomologie, 1780, p. 24, n° VI, [ puis p. 36, n° XLIV; — et Robert Hogg, the Apple and ils varieties, 1859, p. 168). — 5. Reinette \ commune (Saussay, Traité des jardins, 1722, p. 142). — 6. Reinette triomphante (Herman Knoop, Y ibid., pp. 48 et 132) 7. Edelreinette (Diel, Kernobstsorten, 1799, 1. 1, p. 120). — 8. Reinette

de Clareval {Id.ibid., 1816, t. XII, p. 111). — 9. Reinette von Clareval ( le baron de Biedenfeld, I Bandbuch aller bekannten Obstsorten, 1834, 2e partie, p. 189). — 10. Victorious Reinette (Elliott, r Fruit book, 1854, p. 179). — 11. Reinette franche rose (André Leroy, Catalogue descriptif et raisonné

I j des arbres fruitiers et d'ornement, 1855, p. 43, n° 195 ). — 12. GoldreInette (C. A. Hennau, Annales l< de pomologie belge et étrangère, 1856, t. IV, p. 65). — 13. Reinette de Normandie (Robert Hogg,

II ibid., 1839, p. 168; — et Charles Downing, the Fruits and fruit trees of America, 1869, p. 184 ).

Description de l'arbre. — Bois : assez fort. — Rameaux : nombreux, érigés pour la plupart, gros, très-longs, coudés, bien duveteux et brun olivâtre. — Lenticelles : grandes, arrondies ou aUongées, assez abondantes et des plus apparentes. — Coussinets : saillants et se prolongeant sensiblement en arête. — Yeux : volumineux, coniques-arrondis, cotonneux, légèrement appliqués sur le bois. — Feuilles : grandes, ovales -allongées, vert terne et grisâtre en dessus, duveteuses et blanc verdâtre en dessous, souvent acuminées, canaliculées ou iv. 43

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planes, ayant les bords largement et assez profondément dentés. — Pétiole : gros, de longueur moyenne, tomenteux, faiblement cannelé. — Stipules : longues et peu larges.

Fertilité. — Ordinaire.

Culture. — Il se greffe en tête quand on le destine au plein -vent et fait alors

„ „ - ,. - , . „, des arbres convenables ,

Pomme Reinette franche. — Premier Type. '

tandis qu avec la greffe ras

terre son tronc ne grossit pas et fréquemment même ne peut atteindre la taille voulue pour la baute-tige. Les formes naines, sur paradis ou sur doucin, lui sont très - avantageuses ; il s'y montre d'une grande régularité et toujours plus productif que sur franc.

Description du fruit.

— Grosseur : moyenne ou au-dessus de la moyenne.

— Forme : très-inconstante; conique - arrondie et comprimée aux pôles, ou conique assez allongée; ou bien encore, raccourcie fortement cylindrique ; enfin, cette pomme est souvent pentagone ou côtelée, quoique cependant il ne soit I pas rare , non plus , de la trouver dépourvue de gibbosités au sommet. — Pédoncule : court ou assez long, de moyenne force ou trèsnourri, habituellement renflé au point d'attache, droit ou arqué , profondément planté dans un bassin assez étroit — Œil : grand ou moyen, mi-clos ou fermé, à cavité large, de profondeur variable et plus ou moins plissée, bossuée oucôtelée sur les bords. —

Peau : épaisse, unie ou légèrement rugueuse, jaune pâle sur la face exposée à l'ombre, jaune brunâtre à l'insolation, où parfois elle est finement lavée de rose; quelque peu maculée de roux verdàtre autour du pédoncule, puis semée de points gris ou de points bruns cerclés de blanc et souvent formant étoile; sou-, vent aussi elle est réticulée de fauve dans le voisinage de l'œil. — Chair : d'un

Deuxième Type.

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blanc jaunâtre, fine, croquante, assez ferme. — Eau : abondante, très- sucrée mais bien acidulée et possédant un parfum exquis.

Maturité. — Décembre-Mai.

Qualité. — Première pour le couteau et pour les divers usages culinaires.

Pomme Reinette franche. — Troisième Type. Historique. — En

établissant ci-dessus (voir page 614) l'origine du mot Reinette , nous avons constaté que Charles Estienne (1540) fut le premier de nos écrivains horticoles qui le mentionna :

« Les pommes Renetia, ou de Reinette en langue vulgaire — dit-il — mûrissent à peu près à la même époque qne celles de Râteau (décembre) , et leur chair est moins dure et d'une saveur encore plus agréable. » (Seminarium et plantarium fructiferarum, etc., 1340, p. 54. )

L'espèce ainsi désignée, c'était la Reinette franche, qui bientôt allait devenir la mère, la doyenne d'un groupe considérable de pommiers , et lui léguer son nom. Mais, à cette date, quel âge pouvaitelle avoir? et, surtout, d'où provenait-elle?

Je pense qu'en 1540 ce fruit comptait bien une trentaine d'années et que la Normandie l'avait vu naître. C'est effectivement dans cette province que je le rencontre tout d'abord, au milieu du xvi° siècle, et déjà fort estimé, comme il ressort du passage suivant, extrait d'un document authentique classé dans les Archives de la Seine-Inférieure et analysé en 1865 par M. Robillard de Beaurepaire, conservateur de ce dépôt :

« On voit — rapporte cet archiviste — paraître au xvie siècle la Reinette, dans des comptes relatifs à l'abbaye Saint-Amand, de Rouen : Avril 1543, demy cent de pommes de

Quatrième Type.

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Raynette, 5 sols; — le 5 may môme année, demy cent de pommes de Raynette achaptez pour Madame (l'abbesse, qui était malade), 7 sols; — 1344, S mai, demy cent de grosses pommes de Raynette achaptez pour Madame, 7 sols. » [Notes et documents concernant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps du moyen âge, p. 49.)

Mais un fait qui donne plus de force encore à mon opinion, que la Reinette franche provient de Normandie, c'est qu'un des pommiers à cidre appartenant à cette contrée — celui de Reinette sauvage — y passe pour le père même des Reinettes à couteau. Le professeur Renault, botaniste normand très-estimé, va du reste nous l'affirmer :

« On croit — écrivait-il en 1817 — que le pommier de Reinette sauvage est la source de toutes les espèces et de toutes les variétés de pommes de Rainette aujourd'hui si recherchées pour leur saveur agréable, et par la qualité du fruit, qui fait en partie la richesse de nos

jardins Il est connu sous les différents noms d'Ozanne, Belle-Ozanne, Gannevin et

d'Alouette. » (Notice sur la nature et la culture du pommier à cidre, p. 35.)

Très-répandue, et depuis au moins un siècle et demi, à l'étranger, la Reinette franche toujours y fut réputée originaire de notre pays. Mayer, le plus érudit des pomologues allemands de ces derniers temps (1776), s'exprime à cet égard en termes formels :

« L'épithète franche qui caractérise cette pomme — dit-il — se trouve traduite dans toutes les langues par française ; c'est donc l'espèce primitive des Reinettes françaises, ou la vraie, la franche, la décidément bonne et pure Remette de cette nation. » (Pomona franconica, t. III, p. 136.)

Observations. — A l'exemple du Beurré gris, que si longtemps on refusa de réunir aux prétendus Beurrés Rouge, Yert, Doré, Roux, etc. , la Reinette franche a passé, et passe encore aux yeux de plusieurs arboriculteurs, pour un fruit distinct de la Reinette blanche, ancienne, et de la Reinelte franche rose, moderne. Cependant il n'apparaît entr'elles d'autre différence qu'un coloris peu dissemblable, résultant de la nature du terrain, de l'ombre ou du soleil, de la vigueur ou de l'état maladif de l'arbre. Donc, comme l'affirme la Quintinye (1690, t. I, p. 389) — et celui-là s'y connaissait — Reinette blanche est bien synonyme de Reinette franche. Quant à la Reinette franche rose, l'ayant en pépinière depuis 1855, je certifie qu'elle est également identique avec cette dernière variété. Toutefois il faut n'avoir pu lire nos anciens pomologues pour classer, ainsi qu'on l'a fait dans de récents ouvrages, les noms Reinette prime et Reinettte blanche de Merlet, puis de Claude Saint-Étienne , parmi les synonymes de la Reinette franche. Remonter aux sources, afin d'étudier tous ces noms, est long et fastidieux. Je le sais, mais qu'importe, puisque nul autre moyen n'existe pour découvrir les erreurs? Et je vais le démontrer, le cas présent s'y prêtant parfaitement :

Dans le Catalogue de le Lectier, datant de 1628, se trouve signalée (page 22) sans renseignement descriptif, sauf celui d'être un fruit hâtif, une Reinette prime. Bonnefond, en 1653, mentionnait avec le même laconisme une Reinette hastive [le Jardinier français, p. 107). En 1667 Merlet ne parla ni d'une Reinette hâtive ni d'une Reinette prime, mais décrivit une Reinette blanche :

« La Reinette blanche — dit- il — est tendre, n'a pas l'eau si bonne que les autres, et ddre peu. » (L'Abrégé des bons fruits, p. 147.)

Pour qui sait comprendre , cette Reinette blanche semble nécessairement , vu sa courte durée, le même fruit que la Reinette prime de le Lectier, que la hâtive de Bonnefond ; aussi pourrait-on émettre une telle opinion sans donner droit

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à quelque critique de vous qualifier d'esprit aventureux; ce qu'immédiatement je prouve, à l'aide de dom Claude Saint-Ëtienne. Négligeant de contrôler l'identité des fruits, ce moine se borna simplement à les décrire sous leurs noms locaux; d'où suit que fort souvent on rencontre chez lui la même variété caractérisée sous deux ou trois différentes dénominations. Or, voici comment, en 1670, il parla des diverses Reinettes qui nous préoccupent .•

I « Rainette blanche, dite Prime — écrivait-il — est la première bonne et ne se garde pas guère que jusqu'aux Roys; est longuette, grosse comme l'autre (la Franche, sans doute?), blanchâtre et marquetée de gris. Crue, très -bonne. 11 y en a de quasi ronde et presque grosse comme Rambour. « = « Rainette hâtive est ronde et plate, grosse comme Rambour, blanchâtre, tendre et marquetée, bonne vers la my- septembre. » (Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, pp. 215 et 216.)

Je crois maintenant, grâce à Merlet puis à Claude Saint-Étienne, avoir établi que ces Reinettes Blanche , Prime et Hâtive — qu'on doit réunir à Jaune hâtive décrite ci-après, page 696 — sont identiques et n'ont rien de commun, surtout, avec la Reinette franche, pomme très -tardive, puisqu'elle atteint facilement le mois de mai. Comme je pense aussi pouvoir assurer, après la Quintinye, Knoop et Manger (pour les ouvrages à consulter, voir en tête de cet article notre sommaire synonymique), que de leur temps on cultivait une Reinette blanche qui se rapportait positivement à la Reinette franche. Au reste, les pomologues qui persistent à maintenir la Reinette blanche parmi les variétés, sont obligés d'avouer qu'extérieurement elle ressemble beaucoup à la Franche, et lui est uniquement, quoique bonne, inférieure en qualité.... J'ajoute qu'en 1801 Mayer, partageant cette erreur (t. III, p. 137) , prétendit, lui, qu'une couleur moins verte, plu s blanche et jaunâtre, distinguait seulement la Reinette blanche de la Reinette franche.... Je le demande, où s'arrêterait le nombre des variétés de pommes et de poires, s'il ne fallait, pour en créer, qu'invoquer des différences aussi légères , aussi accidentelles ?

Enfin j'ai lu dans un traité d'arboriculture fruitière publié à Paris en 1862, que « la Reinette franche était la Reinette blonde citée par Claude Mollet, jardinier de « Henri IV. » Réellement, j'ignore sur quoi l'auteur de cette assertion s'est basé pour la produire, car Claude Mollet parle de la Reinette blonde comme d'une variété servant principalement à fabriquer du cidre , et n'en donne aucune description :

« Le pommier de Renette blonde — fait-il observer — est délicat aux injures du temps. Comme son fruit commence à grossir, les eaux froides et les brouillards luy sont fort contraires, qui luy engendrent des tavelures dessus la pelure, qui l'empêchent de profiter... Les brouillards luy apportent une grande incommodité lors qu'il veut épanouir son bourgeon pour produire sa fleur en nature; et par le moyen de ces brouillards il s'engendre Un ver qui éteint et étouffe la fleur : c'est pourquoy pour y remédier il faut le greffer sur un pommier de petite Quoquerée blonde, qui n'épanouit point sa fleur que toutes les injures du temps, brouées, brouillards et vents roux ne soient passez. Toutes les personnes curieuses prennent plaisir de faire border leurs terres de tels arbres, tirant un grand profit les cidres qu'ils recueillent tous les ans d'une si grande quantité de pommes. » ( Théâtre des jardinages, édition de 1678, pp. 51-52.)

Voilà ce qu'a dit, de la Reinette blonde, Claude Mollet; ai-je tort de n'y pouvoir reconnaître la Reinette franche? — Un dernier mot, puis je termine ce long article : Couverchel, en son Traité des fruits (1852, p. 442), caractérise une Reinette blanche hâtive surnommée, dit-il, pomme de Saint-Julien en Normandie, et Reinette française chez les Anglais. Elle est de médiocre volume, bonne, un peu

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allongée, mûrit fin septembre, mais, se conservant peu, devient vite fade et cotonneuse. Ne la possédant pas, je la signale ici afin qu'on soit convaincu qu'elle n'est point cette Reinette blanche qualifiée variété par les uns, et par d'autres réunie en toute justice , selon moi, à la Reinette franche. — Je dois enfin réunir également à la Reinette franche, la Reinette de Clarevaî, que m'envoyait de Jeinsen (Hanovre), le 31 mars 1870, M. le superintendant Oberdieck. Rien ne l'en différencie, et dès 1816 le professeur Diel, pomologue allemand, paraissait à peu près convaincu du fait :

« C'est — déclarait-il — M. le pasteur Christ qui m'a donné des greffes de cette Reinette de Clareval. Elle a, extérieurement, de très-nombreux rapports avec la Reinette franche, de France, et n'est mentionnée que par Christ et les frères Baumann, pépiniéristes à Bollwiller, aux portes de Colmar. » (Kernobstsorten, 1816, t. XII, p. 111.)

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