Pomme REINETTE GRISE
Synonymes. — Pommes : 1. REINETTE TOUTE GRISE (Triquel, Instructions pour les arbres frui-, tiers, 1653, p. 229). — 2. De Cuir (Mayer, Pomona franconica, 1776, t. III, p. 131). — 3. Leder (Id. ibid.). — 4. De Maroquin (ld.ibid.). — 5. De Peau (Id. ibid.). — 6. Reinette grise double (Manger, Systematische Pomologie, 1780, lrc partie, p. 22, n° V). — 7. Reinette grise de Grandville (Galvel, Traité complet sur les pépinières, 1S05, t.IIl, p. 56). — 8. Bec-de-Lièvre (Louis Noisette, le Jardin fruitier, 1839, p. 210, n° 69). — 9. Belle-Fille (Thompson, Catalogue of fruits cultivated in the garden of the horticultural Society of London, 1842, p. 35, n° 663). — 10. Prager (Id. ibid.). — H. Reinette grise extra (Id. ibid.). — 12. Reinette franche de Grandville (Couverchel, Traité des fruits, 1852, p. 445). — 13. Reinette grise française (A. Royer, Annales de pomologie belge et étrangère, 1857, t. V, p. 17). — 14. Reinette grise d'Hiver (Id. ibid.). — 15. Reinette de Darnetal (de quelques pépiniéristes de la Seine-Inférieure, 1860). — 16. Reinette grise de Darnetal (des mêmes pépiniéristes).
Description de l'arbre. — Rois : peu fort. — Rameaux : nombreux, légèrement étalés, longs, assez gros, bien géniculès, très-duveteux et vert brunâtre. — Lenticelles : petites ou moyennes , arrondies et clair-semées. — Coussinets : peu développés. — Yeux : moyens, coniques, très-cotonneux, complètement collés sur le bois. — Feuilles : assez petites, ovales-allongées, vert terne et grisâtre en dessus, blanc brunâtre en dessous, acuminées et profondément dentées. — Pétiole : gros et long, à cannelure presque nulle. — Stipules : étroites pour la plupart, mais assez longues.
Fertilité. — Abondante.
REI [reinette grise] Pomme Reinette grise. — Premier Type.
Deuxième Type
Troisième Type.
Culture. — Il fait, comme plein -vent, des arbres très-convenables quand on le greffe en tête. Les formes cordon, buisson, espalier, sur paradis ou doucin, lui sont toujours des plus favorables, tant pour la beauté des sujets que pour leur fertilité et le volume de leurs produits.
Description du fruit. — Grosseur :
généralement au - dessous de la moyenne, mais parfois assez considérable. — Forme :
irrégulièrement globuleuse, plus ou moins pentagone, souvent trèscomprimée aux pôles.
— Pédoncule : droit ou arqué , de longueur moyenne , habituellement bien nourri et renflé à la base, quelquefois grêle, cependant , profondé ment planté dans un bassin étroit et peu régulier.— Œil: moyen, mi-clos ou fermé , à cavité unie ou gibbeuse sur les bords et de dimensions fort variables.
— Peau : rugueuse, à fond vert -pré, entièrement ou presque entièrement lavée de gris bronzé , ponctuée de roux , souvent verruqueuse et souvent aussi veinée ou réticulée de fauve près l'œil et le pédoncule, puis, à bonne exposition solaire, nuancée faiblement de rouge sombre. — Chair : fine
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ou très- fine , jaunâtre ou verdâtre, compacte, odorante et tendre. — Eau : abondante, des plus sucrées, agréablement acidulée et possédant un parfum d'une saveur exquise.
Maturité. — Janvier- Avril.
Qualité. — Première ; et peut-être la meilleure de toutes les pommes , pour faire de la gelée.
Historique. — Des Reinettes, la Grise est assurément celle qui se rapproche le plus, par l'âge et l'excellence, de l'aînée du groupe, la Franche ou Blanche, décrite ci-dessus (p. 673). En 1650 le pommier de Reinette grise devait se trouver dans la culture depuis assez longtemps , car déjà nos pomologues le mentionnaient ou caractérisaient. Ainsi Bonnefond (1651), qui dans le Jardinier français signalait cinq Reinettes, ne l'oublia pas. Un ouvrage posthume, paru en 1652, de Claude Mollet, directeur des jardins royaux sous Henri IV et Louis XIII, prouve également que cet horticulteur fameux l'avait connu, puisqu'on y lit le passage suivant :
« Le pommier de Renette grise est un bon arbre, n'estant nullement délicat ; il prend sa croissance promptement ; son fruit se garde long-temps, il rapporte grande quantité. Si vous voulez estre curieux, il le faut greffer sur un pommier de Grosse Quoquerée grise, le fruit en sera plus excellent. » (Théâtre des jardinages, p. 51.)
Claude Mollet mourut à Paris vers 1613, selon la Biographie Didot, la Reinette grise existait donc avant cette date, mais sans être alors bien commune, car en 1628 elle ne fut pas citée dans le Catalogue de l'immense verger que possédait à Orléans le procureur du roi le Lectier. La première édition du recueil de Merlet, datée de 1667, en fournit une courte description :
« La Reinette grise — y lit-on — est des plus excellentes pommes ; elle est plus ferme, a l'eau plus sucrée et, dure plus long-temps qu'aucune Reinette. » (L'Abrégé des bons fruits, p. 148.)
De Merlet jusqu'à nous, presque tous les écrivains horticoles, tant Hollandais qu'Anglais et Allemands, ont parlé de cette pomme et se sont plu à la dire originaire de notre pays. Malheureusement il ne m'a pas été possible de rencontrer un renseignement quelconque de nature à m'éclairer sur la contrée dont elle est provenue. Toutefois je rappelle ici, à litre de simple réminiscence pomologique, ce que j'ai dit au premier chapitre de l'histoire générale du pommier (t. III, p. 15) : en étudiant les pommes cultivées par les Italiens vers la fin du xve siècle, on en rencontre une, la Rugginenlo Garbo, à peau bronzée ou rouillée, à chair acide, qui, mûre à Noël, se conserve plusieurs mois et fait involontairement songer à l'antique Reinette grise. Mais comment la reconnaître d'après ces seules indications? Qui le pourrait ou le voudrait? — Assurément , ce n'est pas moi.
Observations. — Dans sa Pomona franconica, Mayer, en 1801, s'est longuement occupé de cette variété , et de façon aussi neuve qu'intéressante. Voici , de l'article qu'il lui a consacré , les passages que je crois devoir reproduire :
« Imaginez — dit-il d'abord au sujet de la peau de ce fruit — un morceau de maroquin vert-olive dont le dessus seroit usé, râpé, bronzé ou chagriné, et qui conserveroit encore, par-ci, par-là, des parcelles ou parties lisses, olivâtres, plus fraîches que le reste, et vous aurez une idée assez juste de son coloris. C'est peut-être de cette ressemblance que lui est venu le nom allemand Lederapfel, Pomme de Cuir, de Peau de Maroquin?.... La plupart de
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mes compatriotes ne reconnoîtront pas les Reinettes grises au portrait que je fais de leur bonté. J'avoue qu'il leur faut des années chaudes comme celles de 1775, 1783 et 1788 pour bien réussir dans nos climats. Les années froides et pluvieuses, elles pourrissent sur l'arbre, et celles qui mûrissent au fruitier sont souvent sans goût ni saveur. Cependant tous les auteurs assurent qu'en des pays plus septentrionaux que le nôtre, Suède, Danemark, Zéelande , leur maturation se fait parfaitement. La France, leur sol natal, restera toujours, généralement pris, le lieu qui leur convient le mieux; aussi les y cultive-t-on si abondamment qu'on en fait des envois considérables à l'étranger. De Bordeaux, des vaisseaux en apportent de pleines cargaisons à Hambourg puis à Lubeck. » (Tome III, pp. 130-132.)
Vers 1783 une Reinette grise dite de Grandville commença chez nous à faire parler d'elle, mais bientôt quelques écrivains fort compétents, Calvel entr'autres, reconnaissant l'erreur ou la supercherie, en prévinrent le public :
« On a prétendu faire — déclara Calvel en 1803 — de la Reinette grise de Grandville, une variété, quoique cette pomme ait absolument les mêmes caractères que la Reinette grise. » [Traité complet sur les pépinières , t. 111, p. 56, n° 48. |)
Malgré cet avertissement , la Reinette grise de Grandville fit si bien son chemin , qu'elle arriva jusqu'à nous. Aujourd'hui même, beaucoup de pépiniéristes la mentionnent encore dans leurs Catalogues; et je voyais récemment un pomologue en décrire une à peau jaune-citron, lavée puis rayée de rouge, deux couleurs qui justifient mal, il faut bien l'avouer, la dénomination Reiuette grise. Après tout, comme on croit aussi à l'existence d'une Grosse-Reinette grise de Grandville, cette jaune-citron nuancée de rouge pourra, si on le désire, la représenter. Quant à moi, qui si souvent ai demandé le pommier Reinette grise de Grandville dans divers établissements, et n'ai jamais, sous cette étiquette, reçu que la variété Reinette grise, je le classe depuis quelques années parmi les synonymes, seule place où l'on ne puisse lui chercher noise ; comme longtemps on l'a fait , avec non moins de raison . à ce fameux Bon-Chrétien d'Auch , que chacun consent enfin , maintenant, à prendre pour ce qu'il est : le Bon-Chrétien d'hiver !
Au nombre des synonymes de cette Reinette, figurent les noms Belle -Fille, Haute- Bonté et Reinette grise d'Hiver, appartenant également à trois variétés dont les deux premières sont caractérisées dans ce Dictionnaire (t. III, pp. HO et 372). La dernière n'est pas en notre possession , mais nous savons qu'elle eut en Belgique, vers 1832, pour obtenteur M. Parmentier, d'Enghien. Nous rappelons ces faits, quoiqu'il semble bien difficile de commettre quelque confusion entre les trois pommes ici désignées, et la Reinette grise. — Enfin sous le nom Reinette grise deDametal, bourg de la Seine-Inférieure, en 1866 j'ai reçu d'Y vetot, ville du même département, des pommiers et des pommes qui n'étaient autres que la Reinette grise. — J'oubliais de rapporter qu'en 1846 Poiteau, dans sa Pomologie française, attribue à la Reinette grise une vertu particulière presque surnaturelle : « Si l'on «applique, dit-il, cuite et très -chaude, cette pomme sur une partie rasée d'un « cheval, le poil qui repoussera sur cette partie, sera blanc... » Voilà mon oubli réparé. Peut-être trouvera-t-on qu'il n'avait pas grande importance? Je serais, alors , parfaitement de cet avis.
Pomme REINETTE GRISE D'ANGLETERRE. — Synonyme de Reinette grise d'Automne. Voir ce nom.
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