Pomme REINETTE JAUNE HATIVE
Synonymes. — Pommes : 1. REINETTE prime (le Lectier, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 22; — et dom Claude Saint-Etienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, p. 215). — 2. Reinette hâtive (Bonnefond, le Jardinier français ,1653, p. 107;—! et dom Claude Saint-Étienne, ibid.). — 3. Reinette blanche (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, 1667, p. 147; — et dom Claude Saint-Étienne, ibid.).— 4. Reinette jaune d'Adtomne (la Rivière et du Moulin, Méthode pour bien cultiver les arbres à fruit, 1738, p. 264). — 5. Petite-Reinette jaune hâtive (Manger, Systematische Pomologie, 1780, 1" partie, p. 24, n° vu). — 6. Reinette d'Été (M. ibid.). — 7. Reinette dorée d'Été (Diel, Kernobstsorten , 1806, t. VIII, p. 97). — I 8. Citron des Carmes (Thompson, Catalogue of fruits cultivated in ihe garden ofthe horlicultural Society of London, 1842, p. 36, n° 672). — 9. Reinette marbrée (ld. ibid.). — 10. Rambouillet (baron de Flotow, Illustrirtes Handbuch der Obstkunde, 1859, t. I, p. 271, n° 120).
Description de l'arbre. — Rois : fort. — Rameaux : nombreux , étalés , peu longs, de grosseur moyenne, à peine coudés, duveteux, brun olivâtre nuancé de rouge. — Lenticelles : grandes, arrondies ou allongées, assez abondantes. — 1 Coussinets : larges et modérément ressortis. — Yeux : petits, arrondis et plats, légèrement cotonneux, fortement collés sur le bois. — Feuilles : grandes, ovales ou elliptiques, longuement acuminées, assez profondément dentées et surdentées.
RËI [reinette jau]
Pomme Reinette jaune hâtive. — Premier Type.
Deuxième Type.
— Pétiole : gros, très-court, toineuteux , souvent carminé, à cannelure peu prononcée. — Stipules : très-longues mais étroites. Fertilité. — Abondante.
Culture. — Le plein- vent lui est des plus profitables, même avec la greffe ras
terre; sur paradis il fait aussi, comme arbre nain , des sujets irréprochables et très-productifs.
Description du fruit. — Grosseur : moyenne et parfois volumineuse.
— Forme : inconstante, elle est cylindroglobuleuse quelque peu déprimée d'un côté , à la base , ou conique assez régulière. — Pédoncule : de longueurmoyenne , ou court , droit ou arqué , gros, surtout au point d'attache, inséré dans un bassin étroit et profond.
— Œil : grand, mi-clos , à cavité généralement très-vaste et plus ou moins ondulée sur les bords. — Peau : unicolore, jaune blanchâtre, tachée de fauve autour du pédoncule et semée de larges et nombreux points grisâtres. — Chair :
blanche , mi-fine , tendre et croquante, sujette à devenir pâteuse.
— Eau : suffisante , sucrée, vineuse, faiblement acidulée et parfumée.
Maturité. — Fin septembre, mais se conservant parfois au fruitier jusqu'en décembre et même janvier.
Qualité. — Deuxième.
Historique. —
Duhamel fut en 1768 le premier de nos pomologues qui décrivit cette variété sous son présent nom , Reinette jaune hâtive (Traité des arbres fruit., t. I, p. 294).
Ce savant ne s'étant pas attaché à découvrir l'origine des fruits dont il s'occupait, ne dit rien du passé de celui-ci, pourtant fort intéressant. Si l'on étudie les plus anciens recueils horticoles français, on voit effectivement une Reinette prime apparaître en 1628, dans le Catalogue de le Lectier, d'Orléans (page 22); une
698 REI [reinette jauI
Reinette blanche précoce en 1667, dans F Abrégé des bons fruits, de Merlet (p. 147) ; puis en 1670, chez dom Claude Saint-Ëtienne, également une Reinette blanche dite Prime, ainsi qu'une Reinette hâtive — toutes pommes qui ne sont pas la trèstardive Reinette franche, comme l'ont indûment avancé quelques auteurs, mais bien le fruit appelé par Duhamel, Reinette jaune hâtive. Et nous le démontrerions immédiatement, si plus haut (pp. 676-677) la preuve n'en existait déjà dans nos Observations sur la Reinette franche, auxquelles on voudra bien recourir, au besoin. Du reste il est facile de s'expliquer que le nom Reinette blanche ait pu d'abord appartenir à cette Reinette jaune, car sa peau unicolore est plutôt blanchâtre, que jaune , particulièrement sur la face placée à l'ombre. La Reinette jaune hâtive a pénétré depuis longtemps chez les Anglais et surtout chez les Allemands, où Mayer en donnait, voilà près d'un siècle, la description suivante, des plus exactes, et qu'il affirme avec raison se rapporter entièrement à celle qu'en 1768 Duhamel avait publiée :
« Le fruit de cette variété — dit-il — n'est appelé hâtif, précoce, Remette d'Été, que parce qu'il mûrit le premier d'entre les Reinettes, ce qui n'arrive guère avant la un de septembre. Comme elle se trouve alors la meilleure pomme de la saison, on l'estime et la cultive beaucoup, quoiqu'elle ne soutienne pas la comparaison avec les bons fruits d'hyver qui lui succèdent. Sa grosseur est moïenne; sa forme, aplatie [aux pôles] ; sa couleur, jaune clair tiqueté de gros points bruns. La chair est tendre; l'eau, abondante, vineuse, moins relevée cependant que celle des autres Remettes; elle cotonne. L'œil est grand, placé dans une cavité unie, profonde, évasée; la queue, menue, insérée dans une cavité étroite et profonde. » (Pomma franconica, 1776, t. III, p. 143.)
Observations. — Communément la Reinette jaune hâtive mûrit dans la dernière quinzaine de septembre et se conserve jusqu'en novembre; mais lorsqu'on a eu soin de la cueillir avant sa complète maturité, puis de la porter au fruitier, alors il n'est pas rare de la voir atteindre, sans devenir pâteuse, le mois de décembre et même celui de janvier. Ainsi, chez moi, souvent on l'a mangée, très-bonne encore, à Noël. — Thompson, dans le Catalogue des fruits du Jardin de la Société horticole de Londres, a 'compris en 1842 le nom Reinette grise d'Automne parmi les synonymes de la Reinette jaune hâtive. Je l'ai rejeté, par la raison que cette pomme n'a jamais la peau grise, et qu'ensuite, comme il existe réellement une Reinette grise d'Automne, décrite ci-dessus page 688, ce synonyme n'eût pas manqué de donner lieu à quelque méprise. — Van Mons dit avoir obtenu une Reinette jaune hâtive (Catalogue général de 1798 à 1823, p. 24, n° 60, et p. 28, n° 2); ne connaissant pas cette variété, je n'en parle ici que pour mémoire.