Pomme RICHARD
Description de l'arbre. — Bois : fort. — Ra-
meaux : assez nombreux, légèrement étalés à la base, érigés au sommet, de grosseur et longueur moyennes, non géniculés, très -lisses, un peu duveteux, marron clair à l'insolation , vert jaunâtre du côté de l'ombre. — Lenticelles : allongées, blanches et des plus clair- semées. — Coussinets :
aplatis. — Yeux : gros ou moyens , ovoïdes, peu bombés, collés sur le bois et rougeâtres à leur sommet.
— Feuilles : grandes , ovales, vert clair en dessus, faiblement duveteuses et vert grisâtre en dessous, courtement acu minées et profondément dentées. — Pétiole : court, assez gros , rosé et très-nourri à son point d'attache, à cannelure large mais rarement profonde. — Stipules : moyennes. Fertilité. — Satisfaisante.
Culture. — Sa croissance assez rapide permet de le greffer ras terre pour plein-vent et d'en obtenir des arbres d'un bel avenir. La basse-tige, sur paradis, peut également lui être appliquée avec profit.
Description du ïruit. — Grosseur : moyenne. — Forme : globuleuse irrégulière, assez fortement comprimée aux pôles, quelque peu pentagone et toujours ayant un côté moins volumineux que l'autre. — Pédoncule : long, faible, profondément planté dans un assez vaste bassin. — Œil : moyen, mi-clos, à courtes et larges sépales, à cavité peu développée mais plus ou moins ondulée sur les bords. — Peau : jaune clair, amplement tachée et veinée, à la base, de roux verdâtre et squammeux, finement ponctuée de fauve, puis, sur le côté du soleil, lavée et fouettée de rouge-cerise brillant. — Chair : jaunâtre, une, tendre et croquante. — Eau : abondante, sucrée, acidulée, très -rafraîchissante.
Maturité. — Octobre, et se prolongeant plusieurs mois.
Qualité. — Deuxième pour le couteau, première pour la cuisson.
Historique. — Des pommiers normands, le pommier Richard est probablement le plus ancien, puisque dès le xie siècle un poëte en parlait louangeusement dans la Chronique des ducs de Normandie :
Pomier è pommes de Richart ,
Bêles, grosses, verz è vermeilles, Mult le tindrent à grant merveilles
(Tome II, pp. 342-344. )
Un membre de l'Institut, M. Léopold Deiisle, le mentionne également (1851]
dans ses Études sur l'état de l'agriculture en Normandie, au moyen âge, et de plus donne la traduction du passage où le chroniqueur en a raconté l'histoire :
« Une variété — écrit-il — qui jouit d'une grande vogue dans notre province pendant le sie siècle, était connue sous le nom de Pommier de Richard. Le trouvère Benoît en a
longuement chanté l'origine et les qualités.. Résumons son récit : Un jour que Richard Ier
était allé à la chasse, il lui prend envie de voir voler ses faucons. Un héron s' étant élevé dans les airs, il les lâche tous après lui, les uns après les autres. Bientôt le duc est seul, et ; voyant venir la nuit il craint de perdre ses oiseaux. Il se décide à rejoindre sa suite , dont il entend les cors retentir; mais l'épaisseur de la forêt, jointe à l'obscurité de la nuit, | l'empêche de retrouver son chemin. Il arrive dans une petite pièce de verdure, au milieu ! de laquelle se trouvait un pommier chargé de feuilles et de fruits ; il en est d'autant plus ! étonné, que la récolte était achevée depuis longtemps. Le duc mange des pommes avec un vif plaisir, fait une marque au pommier, puis se remet en route. A l'issue de la forêt, il
■ retrouve son monde. De retour à son palais il raconte sa trouvaille, et montre un échantillon. i Les courtisans expriment leur admiration à la vue des pommes et déclarent n'en avoir I jamais vu de si belles. Ils demandent à Richard de leur indiquer l'arbre qui les a produites; Imais, malgré toutes les recherches, il ne peut être retrouvé. Le duc fit alors planter dans i ses jardins les pépins des pommes qu'il avait apportées. Ils produisirent une espèce de 1 pommier qu'on appela, depuis, le Pommier de Richard. » (Pages 498-499.)
M. Delisle dit, en terminant ce résumé : « Je ne crois pas que maintenant
! «la pomme de Richard soit connue de nos jardiniers. » Il se trompe, et mes
] recherches générales sur les fruits vont me permettre de prouver que c'est bien
elle qui est décrite ici. Pour cela , citons d'abord l'archiviste actuel de la Seine-
'. Inférieure, M. Robillard de Beaurepaire :
« Le Pommier Richard — déclarait-il en 1865 — était encore connu à la fin du xve siècle, et au xvie, dans les environs de Saint-Wandrille [Seine-Inférieure]. L'aumônier (de l'abbaye j de ce nom), dans le bail du manoir du Mouchel, en la paroisse de Betteville , nomme en I 1498 les pommes et pommiers de Richard. Dans le bail de 1515, il les laisse au fermier et | retient pour récompense les poires d'Abbé et de Bon-Chrétien. » (Notes et documents concer- ; riant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps du moyen âge, p. 50.)
Maintenant, faisons intervenir un moine-pomologue de la ûu du xvn" siècle, ' dom Claude Saint-Étienne , du couvent des Feuillants de Paris :
« La Pomme de Richart — rapportait-il en 1670 — est ronde et grosse comme Rambour, plus rayée de rouge, et meilleure; bonne après le Rambour, jusques vers Noël. Crue, trèsbonne. « (Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, p. 216.)
Ainsi, voilà qui montre qu'en 1670 nous cultivions toujours cette antique variété; puis, aussi, que sa description par Claude Saint-Étienne s'accorde bien avec celle donnée par moi, plus haut. Il me reste à dire, présentement, comment j'ai pu retrouver, et posséder, le pommier Richard , dont je perdais la trace à partir de 1670. Pendant plusieurs années, questionnant à son sujet mes principaux i confrères de la Normandie, je parvins enfin, grâce aux démarches de M. Boisbunel
■ fils, pépiniériste rouennais, par le découvrir :
« Monsieur — m'écrivait le 22 septembre 1866 cet habile arboriculteur — j'ai la satisfaction de vous annoncer qu'hier je vous ai expédié quelques-unes des variétés de pommes
que vous désiriez tant, entre autres le Pommier de Richard cultivé de temps immémorial
sur les bords de la Seine, du côté du Havre, puis dans la plaine appelée pays de Caux, et dont les produits sont apportés, chaque année, en grand nombre sur les marchés de Rouen. »
Plus tard, en 1870, voulant confronter, pour plus de sûreté, les fruits que j'avais iv. 48
obtenus des sujets greffés à l'aide des rameaux de pommier Richard envoyés par M. Boisbunel , je priai ce pépiniériste de m'en tracer une description ; voici celle qu'il m'adressa :
« La Pomme Richard est moyenne, à peau lisse, jaune à la maturité, mais bien rayée de rouge très-vif du côté du soleil. Sa forme est sphérique, un peu aplatie aux extrémités; sa chair, demi-Ane et assez acidulée, ce qui la rend propre à l'usage, également, de la cuisson. La maturité de ce fruit arrive en octobre. »
Pour terminer, j'ajoute que le Richard I" dont cette variété rappelle la mémoire, gouverna la Normandie de 943 à 996 ; ce qui reporte ainsi au xe siècle la naissance du pommier que le trouvère Benoît dit avoir été semé par ce duc.
Pomme RICHARD (GRAND-). — Voir Grand-Richard.