Pomme SAINT-LAURENT
Synonymes. — Pommes : 1. Montréal (Elliott, Fruit boak, 1854, p. 158). — 2. Saint-Lawrence (Société Van Mons, Catalogue général de ses pépinières, 1857, t. I, p. 167).
Fertilité. — Abondante.
Description de l'arbre. —
Rois : faible. — Rameaux : assez nombreux, étalés, peu longs, grêles, légèrement coudés, à peine duveteux et d'un rouge -grenat très-foncé. — Lenticelles : petites, arrondies, clair- semées. — Coussinets : ressortis. — Yeux : petits, arrondis, peu cotonneux, entièrement plaqués sur l'écorce. — Feuilles : petites, ovales-arrondies, très-courtement acuminées, planes pour la plupart et finement dentées. — Pétiole: grêle, assez long, profondément cannelé. — Stipules : étroites et courtes.
Culture. — Ses rameaux grêles commandent de le greffer en tête, pour plein vent; mais la basse-tige, sur doucin ou paradis, lui est toujours beaucoup plus avantageuse, au double point de vue de la production et de la beauté.
Description du fruit. — Grosseur : moyenne. — Forme : globuleuse ou conique fortement arrondie, irrégulière, très -comprimée à ses extrémités. — Pédoncule : long ou de longueur moyenne , assez gros , surtout au point d'attache, planté dans un bassin rarement très -vaste. — Œil : grand, mi-clos ou fermé, à cavité irrégulière, unie, large et profonde. — Peau : vert grisâtre ou jaunâtre, abondamment striée de carmin à l'insolation, ponctuée de roux et portant çà et là
800 S Al [saint lau]
de petites taches noirâtres cerclées de vert foncé. — Chair : quelque peu verdâtre, tendre et mi-fine. — Eau : abondante, sucrée, savoureusement acidulée et parfumée.
Maturité. — Vers la moitié du mois d'août et se conservant jusqu'en septembre.
Qualité. — Première.
Historique. — Divers auteurs américains ont parfaitement décrit cette pomme, mais ne sont pas d'accord sur sa provenance. P. Barry [Fruit garden, p. 286, n° 59) affirme en 1852 qu'elle est originaire de Montréal, ville du Canada. Elliott (Fruit book, p. 158), en 1854, la dit Canadienne, sans indiquer toutefois son lieu d'obtention. Enfin Charles Downing, qui maintes fois s'en occupa, la déclarait encore d'origine incertaine, en 1869 [Fruits of America, édit. 1863, p. 193; édit. 1869, p. 345). Que conclure de ce désaccord?... Je n'en sais trop rien, et me borne à produire un renseignement qui me paraît n'avoir pas été connu des pomologues ici mentionnés : c'est que la Société horticole de Londres possède ce pommier depuis plus de cinquante ans, car en 1826 il figurait déjà dans la première édition du Catalogue de son Jardin fruitier (p. 146, n° 1016). Quant à nos pépiniéristes, ils ignorent à peu près le nom même de cette variété. Pour moi , qui l'ai reçue d'Amérique ces dernières années, il ne m'a pas été possible de la mettre au commerce avant 1873 (voir mon Catalogue de cette date, p. 53, n° 482). Le nom qu'elle porte doit lui venir de l'époque de sa maturité, arrivant généralement vers la Saint-Laurent, qui se fête le 10 août.
Observations. — Il existe dans le Calvados une Reinette de Saint- Laurent qui y fut gagnée vers 1822 ; je ne la possède plus , mais il me faut en parler pour établir que ce fruit appartient bien à notre pays, auquel on veut l'enlever; puis, aussi, afin d'éviter qu'on ne le suppose identique avec la pomme Saint-Laurent. Il est assez gros, presque conique, d'un beau jaune nuancé de rouge au soleil, et sa maturité va de décembre à mars. Le baron de Férussac le signala au cours de 1828 :
« On connaît en Normandie — écrivit-il — plus de deux cents variétés de pommes, et de temps à autre il s'en découvre qui n'avaient point encore été aperçues. La Reinette de Saint- Laurent a été observée en 1826 sur une propriété sise à Saint-Laurent-du-Mont [près Lisieux], et on lui a donné le nom de cette localité. Ses fruits, par leur saveur, l'élégance de leur forme et l'éclat de leur coloris, peuvent rivaliser avec les pommes les plus estimées. » [Bulletin des sciences agricoles et économiques, t. IX, p. 69.)
Peu après — en 1833 — cette Reinette était recommandée comme nouveauté, par Poiteau, page 422 du Bon -Jardinier, avec indication exacte de la provenance. Mais restait à faire connaître l'obtenteur, et ce fut la Société d'Agriculture de Caen qui s'en chargea : o Cette pomme — lisons-nous dans ses Mémoires (1837, t. IV, « p. 213) — a été obtenue par M. Leprêtre, sur sa propriété située à Saint- « Laurent-du-Mont (Calvados). » Enfin Yictor Paquet (1844, Traité de la conservation des fruits, p. 287) puis Couverchel (1852, Traité des fruits, p. 449) la caractérisèrent à leur tour, et rappelèrent son origine. Devant ces déclarations si formelles, on sera donc fort surpris qu'un pomologue belge, feu Auguste Royer, l'ait dite native de Liège, dans le tome VIII , année 1858, de la Belgique horticole :
« La Reinette Saint-Laurent — expose-t-il — est un gros fruit conique et jaune, dégusté le 17 février, sucré -acidulé, bon. Il a été couronné en 1849 par la Société des Conférences horticoles de Liège (Belgique). C'est un gain de M. Louis Dubois [cultivateur à Liège, rue de Glain]. » (Page 254.)
Tels étaient les faits que je désirais constater, pour qu'un jour où l'autre on pût