‹ Dictionnaire de pomologie (volume 3)Chapitre 305 sur 387 · Pomme de la SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

Pomme de la SAINT-JEAN

Synonymes. — Pommes: t. Joannine (Benoit le Court, Hortorum libri XXX, 1561, cap. Malus, n° 23). — 2. Sainct-JaN (Olivier de Serres, le Théâtre d'agriculture et ménage des champs, 1608, p. 626). — 3. De Jannet (Claude Mollet, Théâtre des jardinages, 1652-1678, p. 55).

Description de l'arbre. —

Bois : faible. — Rameaux : assez nombreux , légèrement étalés , courts , un peu grêles, sensiblement coudés, à peine duveteux et d'un brun verdâtre lavé de rouge. — Lenticelles : arrondies ou allongées, petites, abondantes. — Coussinets : aplatis. — ■ Yeux : moyens, coniques -arrondis, peu cotonneux et imparfaitement collés sur le bois. — Feuilles : petites , ovales, longuement acuminées, à bords régulièrement crénelés. — Pétiole: court, bien nourri, carminé et profondément cannelé. — Stipules : faisant presque toujours défaut.

Fertilité. — Abondante.

Culture. — Il faut, pour le plein vent, le greffer en tête, sa végétation étant trop lente pour le greffer ras terre; sous formes naines on lui donne indistinctement, comme sujet , le paradis ou le doucin.

Description du fruit. — Grosseur : très -variable, mais le plus habituellement au-dessous delà moyenne. — Forme: conique sensiblement pentagone et assez irrégulière. — Pédoncule : long ou très -long, grêle, profondément planté dans un vaste bassin. — Œil : petit ou moyen, mi-clos, à cavité côtelée et peu développée. — Peau : très -mince, ponctuée de gris clair, jaune blanchâtre sur la partie placée à l'ombre , jaune plus intense à l'insolation , où parfois même elle est quelque peu marbrée de rouge -brun. — Chair : tendre et plus ou moins marcescente, blanche, mais devenant rousse presque aussitôt que la peau en a été enlevée. — Eau : abondante, bien sucrée, douce, agréablement parfumée.

Maturité. — Par exception, fin juin; assez ordinairement, courant de juillet. Qualité. — Deuxième.

Historique. — Je trouve la première description de cette très -ancienne variété dans Hortorum libri XXX d'un auteur lyonnais, Benoît le Court, né vers 1485 et dont le nom jouit encore d'une certaine célébrité. Il en parla brièvement,

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mais avec une telle précision que je réunis sans hésiter sa pomme Joannine à notre pomme de la Saint-Jean :

« Les pommes Joannine— écrivait-il en 1360— tirent leur nom de l'époque de leur maturité, car on les peut manger au jour, environ, où l'on fête la nativité de saint Jean-Baptiste. Elles sont d'un faible volume, blanchâtres, se conservent peu, et mûrissent avant toute autre variété. » (Cap. Malus, n° 23.)

Cette pomme si précoce a souvent occupé les traducteurs des agronomes romains. Le père Hardouin (1685) et Saboureux de la Bonneterie (1774), eutr'autres, ont cru reconnaître en elle la Musteum de Caton; mais cet auteur même infirme leur assertion, puisqu'il dit au livre VII : « Ayez soin de planter dans vos vergers des

« arbres dont les fruits soient de garde le pommier Musté, par exemple. »

Or, nulle pomme, précisément, n'est aussi fugace que celle de la Saint-Jean

Cependant Pline pourrait peut-être donner raison à ces deux savants, car il cite (livre XV) une pomme Mustée et la qualifie de précoce, sans toutefois en fournir la moindre description. Sur cette Musteum, le désaccord règne donc entre les agronomes romains comme entre nos anciens pomologues, qui, Ruel et Charles Estienne, notamment, pensent la retrouver dans la pomme de Paradis, contrairement à l'opinion de Saboureux et d'Hardouin, qui la supposent cachée sous le nom Saint- Jean. Disons maintenant, à la décharge des Romains, que chez eux, de Caton à Pline — près d'un siècle — il a bien pu surgir une seconde Mustée, la précoce de ce dernier auteur? Un tel doute me vient, en voyant le Lectier inscrire dès 1628 (page 25 du Catalogue de son verger d'Orléans), parmi les pommes de garde, et au-dessous du Drap d'Or, allant jusqu'en avril, a une Sainct-Jehan à chair tendre. » Ce qui est le cas de ne pas oublier que le 27 décembre se fête saint Jean l'Évangéliste, et le 6 mai saint Jean Porte latine, si cher aux imprimeurs, dont c'est le patron. Néanmoins, si deux pommiers Saint -Jean, l'un très -précoce et l'autre très-tardif, ont réellement existé dans les jardins français, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il soit possible, faute chez Pline d'un texte descriptif, de réunir notre Saint- Jean précoce à la Mustée de ce naturaliste; comme il me serait fort difficile, également, de parler de la variété tardive possédée et signalée par le Lectier. Jamais, en effet, je ne l'ai rencontrée, soit en pépinière, soit dans les Catalogues marchands, soit même au rang des synonymes de quelqu'autre espèce. Pour terminer, je rappellerai ce que j'ai dit en étudiant les variétés de pommier cultivées au xv° siècle chez les Italiens (t. III, p. 14, n08 1 et 2) : C'est que la Dolciano Nano et la Dolciano Mezzano, ou Petite -Pomme Douce et Pomme Douce Moyenne, les plus précoces qu'ils aient — elles mûrissent fin mai — semblent assez se rapporter à notre pomme de la Saint -Jean. Mais, s'il en était ainsi, auquel des deux pays devrait-on attribuer cette variété? — La réponse serait embarrassante, je l'avoue, puisque ses premiers descripteurs, le Court, en France, et Gallo, en Italie, furent contemporains et n'ont laissé aucun renseignement qui puisse aider à résoudre une telle question. Quoi qu'il en soit , je prends acte que chez nous , au temps d'Olivier de Serres (1539-1619), le pommier delà Saint-Jean était déjà fort ancien dans la culture, et fut, dans les jardins de plaisance, le premier dont on se servit pour former des palissades ou contre -espaliers; par « l'opinion, dit Olivier de « Serres (p. 598), qu'on avoit telle seule espèce de fruit souffrir d'estre ainsi « bassement maniée. »

Observations. — Couverchel, dans son Traité des fruits, mentionnait en 1852 (p. 430) , comme variétés distinctes, une Grosse puis une Petite Pomme delà Saint- Jean , toutes les deux mûrissant fin juin ou commencement de juillet. Je ne crois

S AI [saint jul — lad]

pas me tromper en prétendant qu'il n'existe qu'une seule pomme de la Saint- Jean. Couverchel , chimiste et médecin , n'a pu vivre au milieu des arbres fruitiers et constamment les étudier, à l'exemple des pépiniéristes; autrement il eût été frappé de l'extrême variabilité qu'offrent, sous le rapport du volume, les produits du pommier de la Saint -Jean; et n'aurait certes pas émis l'opinion contre laquelle je m'inscris aujourd'hui. — On a parfois, aussi, confondu ce fruit avec la pomme de Paradis, moins précoce et qui, pour la forme, en diffère beaucoup. Un simple coup d'œil jeté sur cette dernière, figurée plus haut (p. 522), le prouvera, du reste, d'uue complète façon.

Pomme de SAINT- JULIEN [de Normandie].

Voir ce nom.

Synonyme de Reinette marbrée.

Pomme de SAINT-JULIEN. — Voir Reinette franche, au paragraphe Observations.

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