Pomme PASSE-POMME D'ÉTÉ
Synonymes. — Pommes : t. Spadone des Belges (Pline, l'an 80 après J.-C, Historia naturalis, lib. XV, cap. xv; — et Daléchamp, Histoire générale des plantes, 1586-1653, t. 1, p. 242). — 2. Passebon {Registres de l'ancien tabellionnage de Rouen, année 1462, analysés par M. Robillard de Beaurepaire en 1865, dans l'État des campagnes de la Haute Normandie au moyen âge, p. 49).
— 3. Passe-Pomme (Charles Estienne, Seminarium et plantarium fructiferarum prœsertim arborum quœ post hortos conseri soient, 1540, p. 54). — 4. Châtrée ( Daléchamp, ibid.). — 5. De Grilloi (Daléchamp, ibid.). — 6. Gros-Cousinot hatip (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 22 ; — et Mayer, Pomona franconica, 1776, t. IN, p. 70). — ; 7. Royale hâtive (le Leetier, ibid.; — et Mayer, ibid., p. 74). — 8. Caleville d'Été (Claude Mollet, Théâtre des jardinages, 1652-1678, p. 55 ; -~ et Duhamel, Traité des arbres fruitiers, 1768, t. I, p. 275). — 9. Calvil rouge hatif ( Bonnefond, le Jardinier français, 1653, p. 106). -S 10. Passe-Pomme rouge (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, 1667, p. 145 ; — et Manger, Systematische Pomologie, 1780, 1" partie, p. S4, n° cvi). — 11. Cousinet d'Été (dom Claude Saint-Etienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, p. 210 ; — et Manger, ibid., p. 56, n° cvn).
— 12. Faux-Calleville d'Été (Duhamel, ibid., p. 277). — 13. Calville blanche d'Eté (Société I économique de Berne, Traité des arbres fruitiers, 1768, t. II, p. 100 ; — et Mayer, ibid., p. 74). i
— 14. Cousinotte d'Été (Mayer, ibid., p. 70). — 15. Cuisinotte d'Été (Id. ibid.). — 16. De Jacob (M. ibid., p. 75). — 17. Royale d'Été (Id. ibid., p. 74). — 18. Couleur de Chair (Manger, ibid., p. 56, n" cvn). — 19. Cuisinot tulpé (Id. ibid.). — 20. Grillotte (Id. ibid., p. 54, n" cvi)lj
— 81. Passe-Calville (Id. ibid., p. 56, n° cvn). — 22. Quisinot (Id. ibid.). — 23. De Saint-Jacques (Mayer, ibid.). — 24. De Saint-James (Sickler, Teutscher Obstgurtner, 1794, t. I, p. 186). — j| 25. Grosse-Madeleine (de Launay, le Bon-Jardinier, 1808, p. 139). — 26. Calville rouge d'Été des Anglais (George Lindley, Guide to the orchard and kitchen garden. 1831, p. 9,n° 14). -31 27. Calville précoce (Diel, Verzeichniss der Obstsorten, 1833, p. 8). — 28. Madeleine (Louis ■ Noisette, le Jardin fruitier, 1839, p. 195). — 29. Madeleine blanchb (le baron de Biedenfeld, Handbuch aller bekannten Obstsorten, 1854, 2e partie, p. 13).
Passe-Pomme d'Été. — Premier Type. Description tle l'arbre. —
Bois : peu fort. — Rameaux : assez ; nombreux, légèrement étalés, longs, de moyenne grosseur, à peine cou- !
dés, très-duveteux et d'un brun grisâtre. — Lenticelles : allongées ou arrondies, petites, clair-semées. —i Coussinets : larges mais peu saillants.
— Yeux : petits ou très-petits, obtus, entièrement collés sur le bois, ayant les écailles grisâtres et bien soudées.
— Feuilles : assez abondantes, grandes ou moyennes, ovales ou ovalesallongées, vert jaunâtre en dessus, gris verdâtre en dessous , acuminées, largement dentées ou crénelées.
— Pétiole : gros , long , carminé , à cannelure étroite. — Stipules : cour-i tes et larges.
Fertilité. — Très-grande.
Culture. — Lorsqu'on le greffe à hauteur de tige, pour plein-vent, il fait des arbres assez convenables ; toute forme naine peut lui être appliquée, en l'écussonnant sur doucin plutôt que sur paradis.
Description du fruit. — Grosseur : moyenne. — Forme ; conique-allongée
Passe-Pomme d'Été. — Deuxième Type.
>u conique-raccourcie et ventrue, côtelée au sommet, ayant généralement une face (lus développée que l'autre. — Pédoncule: de grosseur et longueur moyennes, liante dans un bassin large et peu profond. — Œil : grand ou moyen, mi-clos,
parfois mal formé, à fleur de fruit, entouré de plis et de gibbosités. — Peau : coriace, à fond jaune blafard ou blanc jaunâtre, ponctuée de gris et de brun, plus ou moins lavée de rouge lie de vin à l'insolation , où elle est en outre fouettée de carmin vif et recouverte assez habituellement d'une légère efflorescence glauque. — Chair : blanche au centre, quelque peu verdâtre à la surface, fine et tendre, devenant aisément pâteuse sous la peau, quand elle est encore très -saine auprès des loges, dont parfois près- que tous les pépins sont avortés.
— Eau : suffisante, acidulé, assez sucrée et plus ou moins parfumée.
Maturité. — Fin juillet et commencement d'août.
Qualité. — Deuxième.
Historique. — Quand une pomme se présente, comme celle-ci, gratifiée de lix-neuf siècles d'existence, il faut lui pardonner les nombreux déguisements sous esquels, à diverses époques, elle s'est montrée pour se rajeunir ; et pourtant l'y •econnaître devient souvent bien difficile.
Anciennement la précocité de ce fruit le fit beaucoup rechercher. De nos jours es pommes hâtives importées de Crimée (Russie) ont notablement diminué sa muliplication. Pline, dont Y histoire naturelle date de la seconde moitié du premier siècle le l'ère chrétienne, ayant cité (livre XV) parmi les pommes connues des Romains, la Spadone des Belges, sans pépins, disait-il, ce qui lui semblait une castration, » dusieurs naturalistes, Daléchamp entr' autres en 1586 (t. 1, p. 242), crurent pouvoir la déclarer synonyme de l'espèce alors appelée Passe- Pomme. Depuis eux ce sentiment s'est généralisé, grâce aux compilateurs, si rarement disposés à l'examen, à la discussion. Quant à moi, tout en le reproduisant, je le combats, car on ne saullrait qualifier la Passe-Pomme d'Été de fruit sans pépins, comme on l'a fait pour la pomme Figue d'Hiver , par exemple , qui jamais n'en contient (voir plus haut, [Ip. 304, sa description). Ce n'est qu'exceptionnellement, ainsi qu'il arrive pour la îpomme Lanterne, décrite page 421, que la présente variété s'en trouve à peu près •dépourvue. Si donc je voulais rattacher la pomme Figue d'Hiver et la Passe-Pomme 'd'Été à quelqu'une de leurs congénères romaines, je dirais la première semblable à ila Spadone ou Châtrée, et la seconde identique avec certaines pommes « farineuses » également signalées par Pline, et par lui réputées « les plus précoces de toutes. » ,De la sorte, je serais d'accord avec la logique, sinon avec la vérité, puisque les caractères principaux et constants de ces quatre fruits sont parfaitement les 'mêmes. En Normandie, où les jardiniers se contentent de cultiver leurs pommiers sans songer à ceux que mentionna Pline, on regarde la Passe-Pomme comme
originaire du lieu. Et de fait elle paraît bien là dans son sol natal, y étant plus parfumée, moins pâteuse qu'ailleurs. Du reste, des actes très-anciens rendent assez plausible celte opinion. Ainsi M. Robillard de Beaurepaire, archiviste de la Seine- Inférieure, a publié en 1865 un volume intitulé État des campagnes de la Haute Normandie au moyen âge, duquel il résulte (pp. 49 et 57) qu'avant 1462 les Normands appelaient ce fruit Passe-Bon, et Passe-Pomme en 1544. Mais ce dernier nom, qui fait allusion à l'extrême fugacité de ce fruit, remonte plus haut que 1544, Ruel en 1536 l'ayant inscrit déjà dans le de Natura stirpium (chap. Pommier, n° 3).
Observations. — Parmi les nombreux synonymes de ce pommier, quelques pomologues considèrent encore les suivants comme des variétés : Calleville précoce ou d'Été, Calleville blanc, Passe-Pomme rouge, Passe-Pomme blanche, Cousinotte. Cette erreur, car c'en est une, prend sa source dans certaine inconstance de forme et de coloris qu'affecte assez fréquemment la Passe-Pomme d'Été , dont la chair elle-même offre parfois, selon la nature du sol et l'exposition de l'arbre, des différences marquées. Duhamel prémunissait cependant, dès 1768, les horticulteurs contre de telles méprises, lorsque caractérisant le prétendu Calleville d'Été, il disait :
« Sa peau est dure, d'un beau rouge foncé du côté du soleil, plus clair du côté de l'ombre; les endroits couverts par les feuilles sont d'un blanc de cire. Sa chair est blanche, quelquefois elle a une légère teinte de rouge du côté où elle a été frappée du soleil. Elle devient bientôt cotonneuse. L'eau est peu abondante et peu relevée lorsque la pomme a acquis sa
parfaite maturité Mais le fruit que je viens de décrire me 'garait n'être qu'une Passe-Pomme,
et mérite peu le nom de Calville, dont il n'a presqu' aucune qualité. La véritable Pomme de Calville [rouge] d'Été, est plus grosse, d'une forme presque cylindrique, très-rouge en dehors et en dedans; son eau est abondante et relevée d'un aigrelet assez vif.... » [Traité des ai'bres fruitiers, t. I, p. 276-277.)
Si Duhamel me semble avoir parlé là sans aucune ambiguïté, l'arboriculteur allemand Mayer ne fut pas moins précis non plus, lorsqu'en 1801 il affirma que « la Cuisinotte ou Cousinotte d'Été ne différait nullement de la vraie Passe-Pomme » [Pomona franconica, t. III, p. 70). — Il est toutefois deux synonymes très-anciens, Êpice et Capendu, que je n'ai pas cru devoir accepter pour cette variété, qui certes n'a jamais pu les mériter.
Pommes : PASSE-POMME GÉNÉRALE, \
I Synonymes de Calleville rouge
\ d'Hiver. Voir ce nom.