Pomme de BORSDORF
Synonymes. — Pommes: 1. Porstorffer (Cordus, avant 1544, Historia stirpium, chap. Pommier, n" 13). — 2. Reinette Bâtarde (la Rivière et du Moulin, Méthode pour bien cultiver les arbres à fruits, 1738, p. 267). — 3. BORSDORFFER ( Mayer, Pomona franaonica. 1776-1801,1. III, p. 112, n°16).
— 4. Reinette Bâtarde de Leipsick {Ici. ibid., note de la p. 115). — S. Borstorffer (Manger, Systematische Pomologie, 1780, p. 16). — 6. BLANCHE DE Leipzig (Van Mons, Catalogue descriptif de partie des arbres fruitiers qui de 1798 à 1828 ont forme' sa collection, p. 19, n»481 ). — ■ 1. Elder Winterborstorfer (M. ibid., p. 34, n" 379). — 8. Reinette de Misnie (Id. ibid., p. 2), b" 1427;
— et Thompson, Catalogue of fruits cullivated in the garden of ihe horticultural Society of London, 1842, p. 7, n<= 73). — 9. ORGUEIL DES GERMAINS {Die\, Kernobstsorten, 1800, t. II, p. 81). -- 10. De Prochain [Id. ibid., p. 80). — 11. Reinette d'Allemagne {Id. ibid.). — 12. Bursdorff ( Lindley, Guide io the orchard and liitchen garden, iSSl, p. 39, n° 73 ). — 13. Ql'een's ( Id. ibid. ). — 14. Garret PippiN (Tliompsou, Catalogue cité ci-dessus, p. 7, u" 73). — 15. Le Grand-Bohemian Borsdôrffer {Id. ibid.). — 15. King {Id. ibid.). — 17. KiNG George {Id. ibid.]. — 18. Reinette Borsdôrffer {Id. ibid.). — 19. Winter Borsdôrffer {Id. ibid.). — 20. Edelborsdorfer (Edouard Lucas, Illustrirtes Handbuch der Obsikunde, p. 303, n» 136). — 21. Borstorff hâtive (Alexandre Bivort, Annales de pomologie belge et étrangère, 1860, t. VIII, p. 71). — 22. Borstoff a longue queue {Id. ibid.).
nescviption de l'arbre. ■ —
Bois : assez fort. • — Rameaux :
érigés ou légèrement étalés , surtout vers la base , gros , longs , bien géniculés, duveteux, brun clair verdâtre. — Lenticelles : arrondies ou allongées , grandes et abondantes. — Coussinets : peu saillants. — Yeux : petits, arrondis, faiblement cotonneux, collés contre l'écorce. — Feuilles : petites, arrondies, d'un vert brillant et foncé, planes, courtement acuminées , très-fmement dentées ou crénelées sur leurs bords. — Pétiole : court, épais, à cannelure profonde. — Stipules : courtes mais assez larges.
Fertilité. — Remarquable.
Culture. — La vigueur de ce pommier le rend propre à toutes les formes,
plein-vent, cordon, espalier, buisson, etc. ; mais il a le défaut bien reconnu d'être
très-lent à donner ses premiers produits.
Uesci'iptioii dit fruit. — Grosseur : moyenne. — Forme : variable ; tantôt conique légèrement allongée, tantôt sphérique fortement aplatie aux pôles, mais le plus souvent globuleuse irrégulière. — Pédoncule : court ou assez long, grêle ou bien nourri, inséré dans un bassin peu considérable. — Œil : faiblement enfoncé, grand, très-ouvert, à courtes sépales. — Peau : mince, jaune d'or ou jaune orangé, maculée de fauve autour du pédoncule, semée de quelques gros
points roux, parfois vermillonnée et tachetée de brua sur le côté de l'insolation. — Chair : blanc jaunâtre, fine, compacte, assez tendre. — Eau : suffisante, sucrée, \ineuse, possédant une saveur acidulé et un parfum particulier qui la rendent fort délicate.
Maturité. — Novembre-Mars.
Qualité. — Première.
Historifiue. — C'est la pomme préférée des Allemands, chez lesquels elle a, du reste, pris naissance avant le xvi' siècle. Deux localités se disputent l'honneur d'avoir vu pousser l'arbre qui l'a produite : Borsdorf-sur-Misnie, puis Borstorflez-Leipsick. Manger, dans sa Systemadsche Pomologie, semblait en 1780 donner gain de cause à ce dernier lieu :
« J'affirme — écrivaiHl — que sur la route de Dresde , à un mille et demi de Leipsick, j'ai vu en 1739, aux environs d'un village, nombre de jiommiers de cette espèce chargés de beaux et bons fruits, et qu'ayant questionné les paysans sur Torigine qu'ils leur attribuaient, on me répondit : « Depuis des siècles la culture s'en fait dans la contrée. » (Page 16.)
Voici maintenant l'assertion contraire, exprimée en 1791 par un contemporain de l'auteur que je viens de citer, par Mayer, dont la Pomona franconica jouit en Allemagne, et chez nous, d'une si grande autorité :
« La Pomme de Borsdorf — lit-on dans cet ouvrage — est bien décidément d'origine
allemande ; les Postophes français ne lui ressemblent en rien. Elle tire son nom du village de Borsdorf, en Saxe, où vraisemblablement elle est née. Weber croyait ce nom venu de Borst, Bnist , poitrine, en ce sens que jadis on prescrivait aux pulmoniques l'usage des Borsdorfs cuits. » (T. III, p. 113.)
C'est Mayer qui me paraît ici dans le vrai, puisque, remontant aux sources les plus anciennes de la pomologie, je trouve au tome I" de VHistoria stirpium écrite par Valerius Cordus, mort à Rome en 1344, le passage suivant sur la pomme de Borsdorf :
« Les Borsdorf, qui ressemblent beaucoup aux Duracina alba (le Blanc-Dureau ) pour la
forme, la couleur et le volume , se cultivent dans La Misnie (Saxe), et leur saveur
délicate les y fait choisir de préférence à toute autre variété » (Chap. Pommier, n" 13.)
Ce fut seulement vers 1730 que cet excellent fruit pénétra en France. La Rivière et du Moulin ont été les premiers à l'y signaler dans la Méthode pour cultiver les arbres fruitiers qu'ils publièrent en 1738. Ils le décrivirent exactement (p. 267) sous l'un de ses synonymes. Reinette Bâtarde, mais en lui donnant à tort une sous-variété blanche. Le coloris de sa peau, généralement assez variable selon le sol ou selon l'exposition de l'arbre, causa leur méprise. De très-fausses idées furent, au reste, émises à l'égard de notre pays, sur cette variété, par les pomologues allemands. Ainsi Mayer lui-même, malgré tout son mérite, crut pouvoir dire dans l'œuvre dont je viens d'extraire un passage :
« On prétend que le Borsdorf soutient si bien son indigénat germanique, qu'il ne veut
absolument pas réussir en d'autres royaumes Henné pense que les régions un peu plus
chaudes que la nôtre lui sont contraires , et que le dépit de voir tous leurs soins infructueux à son endroit, a porté les Français à le nommer Reinette Bâtarde [!!]. » (Mayer, ibid., p. 113.)
J'avoue qu'en France les écrivains horticoles — et je n'en suis nullement étonné — ne m'ont jamais rien montré qui pût confirmer la plaisante étymologie ainsi créée pour le nom Reinette Bâtarde, par Mayer et Henné son compatriote. Cette
dénomination, d'ailleurs, s'explique naturellement par les caractères généraux di Borsdorfj dont beaucoup rappellent ceux de nos anciennes Reinettes, sans possibi' lité, toutefois, de confondre avec elles ce fruit allemand, ni de le classer dans leui groupe.
Observations. — En décrivant l'arbre de la pomme de Borsdorf, j'ai fai ressortir son plus grand défaut : sa lenteur à se mettre à fruit ; puis son principa mérite : une remarquable fertilité. Pour prouver qu'à ce double point de vue il es le même en sa terre natale, que chez nous, je vais encore donner la parole à Mayer :
« L'arbre — affirme-t-il — n'achève entièrement sa croissance et n'entre en plein rappor
que vers sa quarantième année, aussi dure-t-il deux siècles et au-delà Ce n'est que 1;
dixième année après qu'il a été greffe et transplanté , qu'il commence à porter du fruit ; ei s'il en donne beaucoup alors^ on peut être assuré qu'il restera ensuite deux ou trois ans à ss reposer. Dans sa vingtième année il parait se décider à un rapport plus régulier; mais ver; son huitième lustre [quarante ans], lorsqu'il est entièrement formé, sa fécondité devieni prodigieuse; dans un terrain convenable un seul arbre isolé, ou situé dans une plantatior grandement espacée, donne souvent de douze à quinze boisseaux de pommes. » (Mayer. ibid. , p. 114.)
Enfm la Borsdorf non mélangée fait un cidre exquis, ajoute ce même auteur (p. 117, note 21), auquel un cultivateur en fit boire qui avait, disait-on, sept ans, et que néanmoins chacun préférait au vin... Assertion que, bien entendu, je ne veux pas confirmer.
Pomme BORSDORF NOIR. — Synonyme de pomme de Bohémien. Voir ce nom.