Les Dulcia , ou Pommes Douces
6. Les Acriores omnia servatoria , ou Pommes Acides qui toutes pouvaient se conserver longtemps.
7. Et subito comessura Primitiva , et les Pommes Précoces, bonnes à manger sitôt cueillies.
Voilà quelles furent, pour le pommier, les espèces cultivées au vra" siècle et au ix° dans les jardins de nos anciens rois. Cette collection, vu l'époque, était assez nombreuse et variée. Sous ce double rapport elle l'emportait même sur les poiriers qu'on y avait également réunis; prééminence s' expliquant par le goût des populations d'alors pour la pomme, qui pendant tout le moyen âge resta beaucoup plus recherchée que la poire , à laquelle une culture bien appropriée devait néanmoins , dans la suite , mériter le titre de Reine des fruits.
Le principal verger de la France , jadis comme aujourd'hui, ayant été la Normandie , il faut interroger les archives et les vieux écrivains de cette province , si l'on veut présenter un ensemble de faits historiques se rattachant à la propagation primitive du pommier. On y voit, de l'an 1000 à l'ao 1300, la haute noblesse, les évêques, les abbés favoriser de tout leur pouvoir les plantations de pommiers, tant dans les parcs et jardins , qu'aux champs et près des villages. A leurs vassaux, ces grands propriétaires du sol accordent fréquemment le droit d'arracher des forêts les plus beaux sujets de ce genre pour en former des pépinières. Très-souvent aussi, quand ils vendent d'importantes coupes de bois, une clause du contrat commande à l'acheteur d'abattre les pommiers âgés ou chétifs , mais d'épargner les vigoureux et les jeunes. Leur sollicitude s'étendit également sur les soins à donner à ces arbres; nous en avons pour preuve nombre de baux, de chartes où sont stipulées et définies les corvées arboricoles exigées par le seigneur; passages curieux à tous égards, et que je transcrirai au chapitre Culture.
Du reste, pendant une partie du moyen âge l'extrême cherté des pommes fit qu'elles servirent assez communément pour acquitter certaines rentes ou rémunérer certains personnages ; le bourreau de Dieppe, par exemple, qui prélevait cinq fruits sur chaque somme de pommes apportée au marché. J'ai eu sous les yeux maints documents ou leur emploi comme argent monnayé est formellement établi ; je les aurais reproduits , mais le nom des variétés ainsi utilisées n'y figurant pas , il devenait plus intéressant de rassembler, sur les pommiers et les pommes, une série de prix marchands se référant aux xiv% xv'^ et xvi' siècles, attendu qu'en ces comptes apparaissent des noms d'espèces, puis quelques synonymes et divers renseignements ayant trait soit à l'usage de ce fruit, soit à l'époque de sa cueillette ou de sa maturité — détails toujours précieux à consigner quand ils remontent à des temps d'une telle ancienneté.
Voici ces extraits de comptes; j'indique entre parenthèses, à la suite des articles qui les composent, l'ouvrage auquel je les emprunte, la page où ils se lisent. De plus, j'y joins quelques annotations, sous forme de commentaire (1).
Prix de Pommes, da XI V° siècle aa XVI^
AJiNÉES. PRIX.
1302. Un millier de pommes » L 8 s. 6 d.
— Quatre milliers (D. de S. M., 2° partie, p. 6.) H. 14 s. »
1323. Pour 700 de pommes Rouges et un quarteron de Blanches et une
liottée de nèfles [Id., p. H.) » 34 s. 4 d.
( Ces pommes Rouges étaient probablement le Cœur de Bœuf ou le Calleville rouge d'Hiver. Quant aux Blanches, on voit ci-contre, par l'article de 1327 , qu'évidemment elles se rapportaient au Blandurel , ou Blanc-Dureau. Consulter , sur ce dernier nom , le présent volume aux pages 134-136. ]
1324. Pour 1200 de pommes EoMgfes et 900 de B/anc/tes (M, p. 12.). . » 26 s. G d.
(1) Ces ouvrages, que je désigne dans le texte par les initiales du nom de leur auteur, sont intitulés :
l" Essai sur les monnaies, ou Réflexions sur le rapport entre l'argent et les denrées , par Dupré de Sainl-Maur; Paris, 1746.
2° Eludes sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie, au moyen âge, par Léopold Delisle, membre de l'Institut; Evreu.x, 1851.
3» Noies et documents concernant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers
temps du moyen âge , par Robillard de Beaurepaire, archiviste de la Seine-luférieure ; Rouen, 1865.