‹ Dictionnaire de pomologie (volume 4)Chapitre 294 sur 439 · Pomme FIGUE D'HIVER · texte numérisé non relu

Pomme FIGUE D'HIVER

Synonymes.— Pom»!ei : I.Sans-Fleurir ( le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 24 ; — et Merlet, l'Abrégé des bons fruits, 1667, p. 148). — 2. A Trochets (Henri Hessen, Gartenlûst, 1690, p. 290; — et Manger, Systematische Pomologie, 1780, l": partie, p. 82). — 3. Sans-Pepins (les Chartreux de Paris, Catalogue de leurs pépinières, année 1736^ chapitre Pommier, n" 14). — 4. D'Adam (Calvel, Traité complet sur les pépinières, 1805, t. III, p. 64, n» 61 ).

Description tle l'arbre. — Bois :

assez fort. — Rameaux : peu nombreux, étalés, gros, de longueur moyenne et bien flexueux, plus ou moins géniculés, sensiblement duveteux , olivâtres , à très-courts mérithalles. — Lenticelles :

petites, abondantes, allongées ou arrondies. — Coussinets : saillants. — Yeux : gros, cbtus, très-allongés, couverts de duvet et complètement collés sur l'écorce. — Feuilles : grandes, épaisses, coriaces, ovales-allongées, courtement acuminées, vert luisant en dessus, blanc verdâtre en dessous, largement et régulièrement crénelées sur leurs bords. — Pétiole : très-long , fort et tomenteux , carminé en dessous , à cannelure prononcée. — Stipules : peu longues et très-étroites.

Fertilité. — Satisfaisante.

Culture. — Sa végétation permet de le destiner au plein- vent, mais en le greffant à hauteur de tige pour qu'il ait une jolie tête. Écussonné sur paradis il fait de convenables buissons et cordons , et gagne en fertilité.

Description du frnit. — Grosseur : moyenne ou au-dessous de la moyenne.

— Forme : conique-obtuse plus ou moins allongée, légèrement étranglée vers l'œil et sensiblement côtelée, surtout au sommet. — Pédoncule : grêle, assez long, mais quelquefois très-court, arqué, implanté dans un bassin de faible dimension.

— Œil : grand, très-ouvert, cotonneux, à courtes sépales, placé dans une vaste dépression, et laissant voir une cavité des plus profondes où gisent les pétales desséchés et les styles du pistil. — Peau : jaune blafard, ponctuée de gris roussâtre , tachée autour du pédoncule de fauve légèrement squammeux , et lavée de rose tendre qui parfois passe au rouge carminé sur la face exposée au soleil. — Chair : d'un blanc jaunâtre, fine, ferme, serrée et quelquefois nuancée de vert auprès des loges , qui toujours sont complètement dépourvues de pépins. — Eau : suffisante, peu sucrée, bien acidulée, ayant un faible parfum dont la saveur est assez agréable.

Maturité. — Janvier-Mars.

Qualité. — Deuxième pour le couteau; première pour la cuisson.

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Historique. — Presque tous les anciens pomologues se sont trompés sur cette variété, même la Quintinye (1690) et les Chartreux (^736); ils avaient la conviction, l'ayant superflciellement étudiée, qu'elle ne fleurissait pas; d'où le surnom pommier Sans -Fleurir, que dès i628 on lui trouve page 24 du Catalogue du verger de le Lectier, d'Orléans. Une telle erreur physiologique ne pourrait plus, aujourd'hui, s'accréditer chez nos horticulteurs; mais jadis, où la superstition le disputait généralement à la science , on acceptait à peu près sans contrôle les faits prétendus anormaux. Ce fut en 1768 l'académicien Duhamel qui le premier, par une excellente description des fleurs du pommier Figue, ébranla fortement la fausse conviction régnant à leur égard. Néanmoins, longtemps encore elle eut des pai'tisans; à ce point, qu'en 1846 le botaniste Poiteau dut s'exprimer ainsi, dans sa remarquable Pomologie :

« On entend — dit-il — raconter des histoires plus ou moins amusantes, sur ce

pommier, par des personnes qui, ne connaissant pas l'essence d'une fleur, croyent qu'il en est dépourvu parce qu'il manque de pétales, et s'évertuent pour expliquer comment un arbre qui ne produit pas de tleurs, peut produire des pommes. Mais ces personnes se ti'ompent; cet arbre produit des fleurs munies de pétales; si elles ne les voyent pas, c'est qu'ils restent petits et verts comme les folioles du calice, avec lesquelles ils alternent, comme font tous les pétales. 11 y a pourtant une chose remarquable, dans cette flem", et une structure, dans son ovaire, qui ne se rencontrent sur aucun pommier : d'abord la fleur est unisexe; elle manque absolument d'étamines; ses styles sont triplés; c'est-à-dire qu'ils sont au nombre de quinze, au lieu d'être au nombre de cinq, selon l'ordre naturel; ensuite les loges, dans l'ovaire, sont disposées sur deux rangs, au lieu de l'être sur un seul. Voilà des anomalies qui doivent exciter l'attention des botanistes, plus que des pétales qui ont diminué leur dimension, augmenté leur consistance et changé de couleur. » (Pomologie française, t. IV, n" 46.)

Si le surnom Sans-Fleurir fut immérité par le pommier Figue, on n'en peut dire autant de cet autre. Sans- Pépins, qu'en 1690 il portait déjà. Les produits de cette variété sont effectivement, et de façon constante, dépourvus de pépins; tout au plus voit-on dans leurs loges de très-petits points noirs, embryons avortés par suite du manque d'étamines. Quant au nom séculaire sous lequel on la cultive encore de nos jours, il découle uniquement de l'erreur physiologique dont nous avons parlé au début, comme le démontre ce passage de Merlet, écrit en 1667 : « La pomme Sans-Fleurir est nommée pomme Figue, sortant de son bois ainsi que «la Figue. » [L'Abrégé des bons fruits, p. 148.) L'origine de ce fruit n'est pas aussi facile à préciser, a Quelques personnes, disait Etienne Calvel en 1803 , le nomment « Pomme d'Adam, parce qu'on prétend que réellement ses premières greffes sorti- «rent du Paradis terrestre. » [Traité sur les pépinières, t. IIl, p. 63); puis cet auteur ajoute aussitôt : « J'aime mieux le croire, que l'avoir vu. » Je suis un peu comme lui. Seulement, sachant que Pline, en son Historia naturalis, parlait au premier siècle de notre ère d'une pomme appelée chez les Belges, Spadonium [Châtrée], parce qu'elle n'avait pas de pépins, je me demande si ce n'est point là celle qui nous occupe? Cette supposition, en tout cas, paraîtra beaucoup plus acceptable que l'autre.

Observations. — Divers auteurs, Mayer particulièrement [Pomona franconica, t. III, p. 68) , ont cru la pomme Sans-Fleurs décrite et figurée dès 1598 par Jean Bauhin [Hist. nat., t. I, p. 21), identique avec la pomme Figue d'Hiver. Il n'en est ' rien, puisque Bauhin la dit des plus petites, toute jaune, et mûrissant fin juillet. — Nous le répétons donc en terminant : la pomme Figue d'Hiver a été très-peu , très-mal connue de la majeure partie de ses descripteurs, même des .plus savants, ni. 20

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