ORIGINE DU POMMIER
divine, et sous les suggestions d'Eve, il en mangea un fruit. Aussile médecin bavarois Agricola, mort à Ratisbonne en 1738, assure-t-il — vérifie qui voudra — qu'en coupant transversalement une pomme , on y aperçoit dix stigmates , emblèmes des commandements que Dieu , par suite de cette désobéissance , imposa aux hommes. Il ajoute : « On cultive encore, aujourd'hui, l'espèce à laquelle « appartenait la pomme qu'Adam goûta et dont le nom lui fut appliqué parce que a le fruit de ce pommier a conservé, très-bien marquées, les empreintes du coup « de dent qu'y donna notre premier père. » C'est dans son Essai sur la multiplication des arbres, paru en 1716, qu' Agricola s'exprimait de la sorte; il y disait également « posséder le secret de faire sortir d'une feuille, ou d'une branche , de a grands arbres en moins d'une heure 1 1 î... » Sur ces différents points , combien le docteur aura-t-il trouvé de croyants ?...
Mais propagée par tous, prêtres, laïques, écrivains, peintres, graveurs, la légende de la pomme ainsi mangée au Paradis, a tellement séduit les imaginations des peuples, que même en ce siècle les illettrés — toujours nombreux — la croient extraite de l'Ancien Testament.
Erreur positive , car dans le chapitre de la Genèse où l'on voit le serpent exciter Eve et son époux à désobéir au. Seigneur, les mots pomme, pommier, n'apparaissent pas. Pour désigner l'objet convoité, les termes généraux fructus, ARBOR — le fruit, l'arbre de la science du bien et du mal — seuls y sont employés. Il est alors assez naturel de se demander comment Ursinus (1) , l'érudit auteur de YArboretum biblicum (1663), a pu mettre en tête de pareil ouvrage une gravure représentant le Paradis terrestre, dont un pommier chargé de fruits occupe le premier plan et supporte une banderole où je lis : « E malo nascitur omne malum a [de la pomme est né tout le mal] ; calembour emblématique complété par un serpent qui descend de l'arbre en tenant à la gueule une pomme cueillie à l'intention d'Eve. Voilà certes, reproduite fort naïvement, la fameuse légende du pommier de l'Éden et de ses fruits maudits, à laquelle, en 1705, Boileau devait aussi faire allusion. Personnifiant l'Équivoque, et la prenant à partie, l'immortel poëte dit effectivement dans la xu° de ses Satires :
N'est-ce pas toi, voyant le monde à peine éclos, Qui, par l'éclat trompeur d'une funeste pomme , Et tes mots ambigus , fis croire au premier homme Qu'il allait, en goûtant de ce morceau fatal, Comblé de tout savoir, à Dieu se rendre égal ?
Quoiqu'il soit inutile de multiplier les preuves de la croyance universelle professée pour cette légende , je ne puis cependant résister au désir d'en fournir une dernière , et des plus piquantes. Elle est consignée par Charles Nodier dans son Examen critique des Dictionnaires de la langue française (1829), au mot Eve :
« Eve — y est-il dit — nom de la première femme , signifie bonne ou agréable , dans les
langues typiques de l'Orient Il est homonyme d'un impératif de la langue celtique, celui
du verbe boire. Ce rapprochement a suggéré à un savant Bas-Breton l'idée la plus ridicule qui soit jamais entrée dans la tête d'un étymologiste de profession Il présume qu'Adam
(1) J7ramMs(/ea)i-iîem't), superintendant des églises luthériennes de Ratisbonne (Bavière), mort eu 1667.