Pomme LANTERNE
Synonymes. — Pommes: 1. Douce sonnante (Jean Bauliiii, Hiiloria foniis e! ba/nei Boltensis, 1Î9S, p. 68). — 2. Sonore {Ici. ibid.). — 3. Chatenon (Idem, Hisloria planlarum universalis, 1613-1651, t. l, p. 21). — 4. Chatenod {Ici. ibid.). — 3. Crillaut {Id. ibid.; — et Henri Manger, Syslemalische Pomo/ogie, 1780, p. 84, n» 190). — 6. Loqueite {lid. iibid.). — 7. De Loquet ( dom Claude Sainl-Élienne, Nouvelle instruction pour connuitre les bons fruits, 1670, p. 212). — 8. De Cloche (Mayer, Pomona franconica, 1776-1801, t. III, p. 84). — 9. SONNANTE d'Automne ( W. iijid.). — 10. Fr.EUR EN Cloche (Pépinières d'Ançer» avant 1846; — et le baron de Biedenfeld, HandburM a'ier beknnnten Ojslsorten , 1S54, p. 101). — 11. Grelot (Lachaume, Revue horticole de Paris, 1866, pp. 31-32). — 12. De Sinopë (Id. ibid.).
Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : assez nombreux, étalés et arqués, gros, de longu r moyenne, peu duveteux, à mérithalles courts, d'un rouge plus ou moins ardo. . — Lenlicelles .- allongées, petites et clair-semées. — Coussinets : saillants. — Yeb : gros, ovoïdes-obtus, renflés au sommet, cotonneux, faiblement écartés du bois, ayant les écailles mal soudées. — Feuilles : grandes, ovales-allongées, épaisses, coriaces, vert-pré en dessus, vert grisâtre en dessous, courtement acuminées, finement et irrégulièrement dentées ou surdentées sur leurs bords. — Pétiole : gros, très -long, amplement carminé, à cannelure profonde. — Stipules : étroites et courtes.
Fertilité. — Satisfaisante.
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Culture. — Sa riche végétation permet de l'élever sous toute espèce de forme et sur toute espèce de sujet ; cependant pour en obtenir de beaux et très-volumineux produits, il doit être greffé sur paradis et disposé en cordon ou espalier.
Pomme Lanterne. — Premier Type. Description du jruit.
— Grosseur : habituellement au-dessus de la moyenne et parfois plus considérable. — Forme : assez inconstante , elle est tantôt ovoïde-allongée, tantôt conique-obtuse et ventrue, mais le plus généralement cylindrique- allongée et toujours plus ou moins pentagone. — Pédoncule :
court ou de longueur moyenne, grêle ou assez nourri, légèrement arqué , souvent étranglé à son milieu et renflé au point d'attache, implanté dans un bassin rarement bien développé. — Œil: grand ou moyen, ouvert ou mi-clos, à courtes et larges sépales, à cavité assez étroite, de profondeur variable et sensiblement plissée ou bossuée sur les bords. — PeaM.- onctueuse, mince , jaune verdâtre clair, amplement lavée et mouchetée de rose, striée de rouge foncé, surtout à l'insolation, largement maculée de roux squammeux dans le bassin pédonculaire, puis finement ponctuée de blanc et de gris. — Chair : fine ou très -fine, odorante, tendre quoique croquante, blanche, nuancée de vert sous la peau, ainsi qu'auprès des loges, lesquelles, excessivement grandes, renferment de petits et peu nombreux pépins qui, non attachés, résonnent très-distinctement quand on agite le fruit. Parfois, néanmoins, ces pépins sont entièrement avortés. — Eau : suffisante, bien sucrée, sans parfum et presque sans acide, mais possédant une saveur vineuse et douce -amère qui, n'ayant rien de trop prononcé, est assez agréable. Maturité. — Septembre-Novembre.
Qualité. — Deuxième pour le couteau; première pour la cuisson.
Historique. — En décrivant plus haut (pp. 223-22i) la pomme Cloche, j'ai constaté que depuis le xvii° siècle les pomologues avaient mentionné diverses autres variétés de pommier à produits également pourvus de pépins détachés, s' agitant avec bruit comme font ceux de cette dernière , quand , bien mûre , on la secoue. Le fruit ici caractérisé appartient évidemment à ce groupe de pommiers, et doit même en être le plus intéressant par sa forme, son volume, son ancienneté, son coloris. Après l'avoir longtemps désiré, j'ai fini par le rencontrer à Caen, où je l'ai obtenu de l'obligeance de M. Croisy dit Richard, l'un des principaux horticulteursgrainiers de la contrée. Je trouve dès 1598, puis vers 1613, ce fruit exactement
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Pomme Lanterne. — Deuxième Type.
signalé dans les ouvrages du docteur Jean Bauhin, d'Amiens [Historia fonds et bnlnei Bollensis, p. 68 — et Historia plantamm universalis, t. I, p. 21). Alors il
portait déjà plusieurs noms , dit ce naturaliste :
« CRU.LAUT, à Montbé- « liard et chez les Bour- « guignons; Loquette, « dans la Lorraine ; puis a encore à Montbéliard , a PojniE DE Chatenou. » Bauliin ajoutait : a Je « l'ai cueilli, en cette der- « nière ville , dans le « verger du prince. » Or ce prince , dont notre compatriote fut le médecin, c'était le duc de Wurtemberg, qui pour lors possédait le comté de Montbéliard. Est-ce du Wurtemberg qu'on importa chez nous cette variété ? Je l'ignore, mais je puis affirmer qu'elle appartient positivement à l'Allemagne. Michel Knab , en son Horlipomologium publié à Nuremberg en 1621 , se contenta d'inscrire la Kling Apfel, ou pomme Sonnante, parmi les fruits d'origine germanique; Henri Manger (1780, Systematische Pomologie, p. 80), qui mentionne sept variétés de pommes Cloche, l'imita; Jean Mayer (1776-1801), moins concis dans sa Pomona frunconica , en produisit un fort beau dessin colorié et l'accompagna du texte suivant :
(( Toutes les pommes Cloclies appartiennent à la famille des Calvilles. Il y en a plusieurs, dont nous ne donnons que la Schlotter, ou Sonnante, l'espèce allemande la plus recherchée et que nous avons figurée avec tant d'exactitude, que notre dessin nous permet de ne pas la décrire extérieurement. Sa chair est blanche, odorante; son eau douce, relevée par une saveur vineuse très-agréable. Elle mûrit à la Toussaint.... Ses loges sont si grandes, qu'elles contiendraient aisément deux fois plus de pépins qu'on n'y en trouve. » (T. III, pp. 84-8S, planche X, figure n° 14.)
, Pour ceux de mes lecteurs qui n'auraient pas la Pomona franconica, ouvrage rare et coûteux, je dois nécessairement suppléer, en ce qui touche les caractères extérieurs de cette pomme Sonnante , au silence gardé sur ce point par Mayer, en raison même de la fidélité du dessin colorié qu'il donnait. Voici donc, d'après ce dessin, la description complémentaire destinée à prouver l'identité de notre pomme Lanterne avec la Kling ou Schlotter des Allemands :
« Grosseur : au-dessus de la moyenne. — Forme : cylindrique-allongée, fortement côtelée,
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surtout au sommet. — Pédoncule : de longueur moyenne, assez grêle à son milieu, renflé à ses extrémités, arqué, légèrement enfoncé dans un bassin de faible dimension. — Œil : moyen, ouvert, occupant le centre d'une vaste dépression dont les bords sont très-gibbeux. — Peau : à fond jaune clair et blafard, amplement lavée de carmin pâle que rebaussent de nombreuses vergetures rouge sang , ponctuée de gris et portant autour du pédoncule une tacbe rousse, frangée.'»
Croyant maintpnant la démonstratioTi parfaitement établie, il ne nous reste plus qu'à expliquer pourquoi ce fruit aTlemand fut gratifié chez nous du surnom Lanterne, puis à dii'e qui le lui appliqua. 11 le dut, vers la fm du xvn" siècle, à quelque arboriculteur de la province de Normandie, où cette variété est abondamment cultivée depuis au moins deux cents ans. Quant au motif qui le lui valut, Couverchel me semble dans le vrai, lorsqu'en son Ti'aité des fruits il s'exprime ainsi:
« Pomme Lanterne. — Nous ne reviendrons pas — écrivait-il en 1832 — sur ce que nous avons dit des étranges dénominations qu'ont reçues certaines espèces de fruits; vouloir les modifier serait augmenter la confusion que présentent les synonymies; nous nous garderons d'y contribuer, elle n'est déjà que trop grande; nous nous bornerons à chercber l'étymologie, que nous croyons due à la similitude qu'offre cette variété avec l'espèce de lanterne
plissée ou à côtes que l'on fait communément en papier La pomme Lanterne, très-i'are
aux environs de Paris, est beaucoup plus commune en Normandie. » (Page 431.)
J'ajoute que les lanternes en papier dont parle Couverchel, sont surtout d'un très-ancien usage en Normandie, particiilièrement dans le Calvados, la veille de Noël, où le soir, avant la messe de minuit, on voit des troupes d'enfants parcourir les rues, portant de semblables lanternes, appelées aussi falots, au bout d'un bâton , et chantant un couplet tout de circonstance.
Obsert-atioiis. — Louis du Bois, l'un des traducteurs de l'agronome romain Columelle, a pensé « que la pomme Lanterne pourrait bien être la Spadonium, ou a Sans-Pepins, citée par Pline. » [Classiques latins, Collection Panckoucke, 1843, t. 11, p. 462.) Une telle supposition n'a rien de fondé, nous le prouverons en décrivant la Passe-Pojbie d'Été. D'ailleurs, je l'ai déjà dit au début de cet article, la pomme Lanterne n'est que très -exceptionnellement dépourvue de pépins; ce qu'il faut bien admettre, puisque Cloche, Sonnante, Loquette, ses premiers noms, le démontrent jusqu'à l'évidence. — Sous la dénomination Sonnette il existe dans l'Orne, le Calvados et l'Eure, une pomme tardive à peau unicolore, brillante, jaune-citron, à chair flasque, blanc verdàtre, ayant l'eau succulente et douce; on ne saurait donc confondre ce fruit avec la variété Lanterne. Le seul rapport qu'il ait avec elle consiste dans le bruit que font, quand on l'agite, ses très-petits pépins, jouant librement au milieu des vastes loges qui les contiennent. Quoique comestible cette pomme Sonnette est presque uniquement utilisée pour la fabrication du cidre. — En 1866, sous la signature de M. Lachaume, arboriculteur à Vitry (Seine), la Revue Horticole a publié avec dessin colorié (pp. 31-3'2) un article sur une pomme Grelot qui n'est autre que la pomme Lanterne ; aussi le premier type que nous donnons de cette dernière semble-t-il calqué sur celui produit par M. Lachaume, tellement il s'y rapporte. Notre honorable confrère a cru cependant à l'existence de deux variétés, puisqu'il recommande de ne pas confondre sa pomme Grelot avec la pomme Lanterne, laquelle, objecte-t-il, « n'a pas de pépins et doit son « nom au grand développement des loges, embrassant souvent le tiers du fruit. » Je le répète, ici l'erreur est formelle: on a pris l'exception pour la règle. M. Lachaume assure qu'en Crimée on cultive cette variété sous le nom pomme de Sinope, et qu'à Constautinople elle est très -estimée pour faire des compotes.