GIL
qu'eu 1860 M. Decaisue n'hésita nullement, dans le tome III de son Jardin fruitier du Muséum, à classer la poire de Livre de Bourgogne, ainsi caractérisée par Bauhin, parmi les synonymes de la Gilles-ô-Gilles. L'opinion de ce savant professeur vient donc soutenir la mienne, qui date déjà de loin. Mais Bauhin nous a transmis d'autres détails intéressants, sur ce poirier bourguignon :
« Il en existe à Montbéliard — ajoute-t-il — des arbres dans le jardin ducal; ils proviennent de greffes reçues de Bourgogne; j'en ai offert au prince Guillaume, landgrave de Hesse. Plus tard, cette variété fut également greffée dans le jardin de Jean Wild, notaire de Son Altesse Wurtembergeoise. En Lorraine, c'est sous le nom de poire de Seize-Onces, qu'on la cultive. »
De tout ce qui précède, on doit donc conclure que la Gilles-ô-Gilles existait en Bourgogne, sous son nom primitif, antérieurement à Bauhin, c'est-à-dire dès 1500, et qu'elle se répandit de là dans la Franche-Comté, puis chez les Allemands. Mais
les Lorrains la connurent-ils avant ou après les Hessois? .Notre auteur laisse ce
point indécis. Quant au bizarre surnom dont on l'a revêtue vers 1628, et que présentement elle porte partout, il me souvient avoir lu qu'elle le dut à la surprise d'un évêque qui visitant ses espaliers en compagnie de Gilles, son jardinier, s'écria, frappé de la grosseur et de la beauté de cette poire : « Gilles ! ô Gilles, quel fruit !... » L'ouvrage où ce fait est consigné appartient à la Bibliothèque du Jardin des Plantes de Paris, traite, sans nom d'auteur, des arbres fruitiers, et remonte à la fin du xvne siècle; malheureusement la note que j'en avais extraite me manquant aujourd'hui, je ne saurais indiquer d'une façon plus précise la source où j'ai puisé mon renseignement. Du reste on a déjà vu dans notre historique de la poire Ah-mon-Dieu! (tome I, p. 94) que ce fut un pareil sentiment d'admiration qui, manifesté par Louis XFV, fit qu'on donna ce nom, tout aussi bizarre que l'autre,
à cette dernière variété Je sais bien qu'en 1628 le Catalogue de le Lectier porte
Girogiles, mais ce n'est là qu'une légère erreur typographique, un r mis pour un /, car les pomologues Merlet, dom Claude Saint-Étienne et la Quintinye, venus peu après 1628, prononcèrent exactement ce nom comme nous le prononçons; leur façon de l'orthographier différa seule de la nôtre; ce qui pourrait être dit de la majeure partie des anciens fruits.
Observations — Les deux premiers noms de cette variété : Poire de Livre de Bourgogne et Poire de Seize-Onces de Lorraine, donneront lieu, peut-être, de la confondre avec l'antique Poire de Livre ou Râteau gris, n'ayant rang, elle aussi, que parmi les fruits à cuire. On évitera pareille erreur en se rappelant les caractères tranchés qui les différencient. Ainsi la Gilles-ô-Gilles est arrondie , grisâtre et rouge, tandis que l'autre est turbinée-allongée, vert obscur, non colorée et mûrit en février, trois mois après sa congénère. — La grosseur considérable de la Gilles-ô-Gilles (son poids dépasse parfois 800 grammes) lui a fait appliquer les surnoms d'Amour et de Trésor, si fréquemment utilisés. Notons alors qu'elle n'a aucun rapport avec la véritable poire d'Amour ou de Trésor, décrite page 120 de notre tome l''. — En 1853 j'ai reçu de Belgique un poirier Janssens, attribué à Van Mons, mais que depuis 1860 je place néanmoins parmi les synonymes de la variété Gilles-ô-Gilles, vu qu'il lui ressemble complètement, arbre et fruit. — Enfin, disons que Gros-Gillot est synonyme de Catillac, et non pas de Gilles-ô-Gilles; et qu'il en est ainsi des noms à Gobert, Dagobert et Carmélite, uniquement applicables, les deux premiers àl'Angobert, et le dernier à la poire de Prêtre. — J'ajoute que le poirier de Fontarabie est bien loin, également, d'être identique avec celui-ci, comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut (pages 182-183), à l'article qui le concerne.