Poire GRASLIN
Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : très-nombreux , érigés ou légèrement étalés, de moyenne grosseur et des plus longs , coudés , gris - vert nuancé de jaune pâle , finement et abondamment ponctués, aux coussinets saillants.
— Yeux : moyens, ovoïdes et pointus, bien écartés du bois, souvent même sortis en éperon. — Feuilles : de forme assez variable , elles sont cependant habituellement ovales-allongées ou elliptiques, dentées ou crénelées, portées sur un pétiole long et un peu grêle.
Fertilité. — Remarquable et soutenue.
Culture. — C'est un poirier très-vigoureux , dont le développement de l'écusson n'offre rien d'exceptionnel et qui prospère bien sur cognassier; ses pyramides sont de toute beauté.
Description du fruit. — Grosseur : volumineuse. — Forme : ovoïde assez
irrégulière, fortement ventrue, mais beaucoup moins d'un côté que de l'autre. — Pédoncule : implanté obliquement dans une faible dépression, long, arqué, mince daDS sa partie supérieure et plus gros vers sa base, où même il est généra, lement très-renflé. — Œil : grand ou moyen, ouvert, souvent contourné, placé à fleur de fruit. — Peau : jaune d'ocre, presque entièrement ponctuée et marbrée de gris-roux, et quelquefois couverte de larges taches fauves. — Chair : fine, blanche, veinulée de jaune verdâtre, très-fondante, juteuse, légèrement pierreuse autour des pépins. — Eau : des plus abondantes, sucrée, acidulée, parfumée, fort délicate.
Maturité. — Depuis la mi- octobre jusqu'à la fin de novembre. Qualité. — Première.
Historique. — En 1841 l'un de mes amis, le célèbre docteur Bretonneau, de- Tours, décédé en 1862, m'offrit des greffes de ce poirier. Il venait de le découvrir à l'état d'égrasseau dans la commune de Fiée (Sarthe), au château de Malitourne, appartenant à la famille Graslin. Cet arbre, me dit-il, paraissait âgé d'une cinquantaine d'années et rapportait des fruits depuis 1825 environ. Il lui donna le nom
des propriétaires du pied-type, et d'autant mieux que l'un d'eux, N Graslin,
jadis consul de France à Santander (Espagne), sous la Restauration, passait pour l'avoir semé. Je crois être le premier qui ait mis cette variété dans le commerce. En 1846 elle figurait encore parmi les poiriers nouveaux annoncés et décrits dans mon Catalogue (page 18).
Observations. — Le directeur des cultures du Jardin des Plantes de Paris, M. Decaisne, s'inscrivit dans les termes suivants, en 1860, contre l'identité du poirier Graslin :
« Dans mon opinion — assurait-il — on doit réunir en synonymes les poiriers Dathis, Graslin et [Beurré] Superfm; en effet, leur forme, leur coloration, leur époque de maturité sont tellement semblables, que je ne sais pas sur quels caractères on se fonderait pour les séparer. Les marcbands, que l'intérêt porte à multiplier les variétés, leur assignent, je le sais, des époques de maturité différentes; mais depuis cinq ans j'ai pu déguster ces trois poires en parfait état, du 10 au 15 octobre, bien que provenant toutes trois soit de localités fort éloignées, soit du Muséum ou des environs de Paris. » {Le Jardin fruitier du Muséum, tome III.)
M. Decaisne, on peut le croire, n'avait pas encore eu sous les yeux, en 1860, les véritables poiriers Graslin , Dathis et Beurré Superfin, autrement il les aurait jugés ce qu'ils sont, c'est-à-dire fort dissemblables. Mais aujourd'hui le savant professeur doit être éclairé sur ce point, car jaloux de lui prouver que chez moi « l'intérêt — pour me servir de ses expressions — ne portait pas à multiplier les « variétés, » je lui ai fait parvenir, depuis longtemps déjà, des fruits et des sujets de ces trois poiriers. J'ajouterai que le Congrès pomologique ne s'est pas mépris non plus sur leur manque de ressemblance, puisque dans sa Pomologie de la France il a placé en 1864 les lignes ci-après en tête de l'article consacré à la poire Graslin :
« La poire Graslin n'a pas de synonymes, et c'est à tort qu'on la confond avec les variétés Beurré Swperfri, laure de Glymes et Dathis. Si ces dernières ont quelque ressemblance de forme avec la Graslin, les qualités des fruits, leur époque de maturité et les arbres n'en ont aucune. » (Tome II, n° 100.)