Poire de DEUX FOIS L'AN
Synonymes. — Poires : 1. Bonne Deux Fois l'An (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés clans son verger et plant, 1628, p. 4). — 2. Bellissime (Merlet, l'Abrège' des bons fruits, édition de 1675, p. 74). — 3. Figue musquée (Id. ibid.). — 4. Bahut (Thuillier-Aloux, Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans la Somme, 1855, p. 69). — 5. De Jodoigne (de Liron d'ALroles, Liste synonymique des variétés du poirier, 1857, Table des fruits à l'étude, pp. 39 et 40).
Description de l'arbre. — Bois : très-fort. — Rameaux : assez nombreux , arqués et légèrement étalés, gros, longs, des plus géniculés, brun-vert rougeâtre, finement et abondamment ponctués, à coussinets saillants, à longs mérithalles.
— Yeux : moyens ou petits , coniques, duveteux, à écailles mal soudées, presqu'appliqués contre l'écorce. — Feuilles : peu nombreuses, grandes , elliptiques - allongées ou lancéolées, cotonneuses, canaliculées et contournées, entières sur leurs bords, ayant le pétiole excessivement long, bien nourri et accompagné de stipules des plus développées.
Fertilité. — Prodigieuse.
Culture. — Greffé sur cognassier, il croît convenablement et fait debelles pyramides qui seraient irréprochables si leurs rameaux étaient un peu plus feuillus.
Description «lu fruit. — Grosseur : au-dessous de la moyenne. — Forme : turbiuée plus ou moins allongée, rarement bien obtuse, généralement très-ventrue dans sa partie inférieure, s'amincissant subitement auprès du pédoncule et toujours inoins renflée d'un côté que de l'autre. — Pédoncule : de longueur et de force moyennes, à peine courbé, augmentant de volume à ses extrémités, implanté obliquement à la surface du fruit, avec lequel, parfois, il est presque continu. —
Œil : moyen, irrégulier, ouvert, assez enfoncé, entouré de petites gibbosités. — Peau : jaune brillant un peu verdàtre , tachetée et finement ponctuée de gris, principalement sur la face exposée au soleil, où elle est en outre rayée et lavée de rouge carminé. — Chair : blanc jaunâtre, grosse, demi-cassante, granuleuse auprès des pépins. — Eau : suffisante, douce, sucrée, à parfum musqué souvent très-affaibli.
Maturité. — Fin de juillet ou début d'août.
Qualité. — Deuxième, et troisième lorsque sa chair est trop dépourvue d'eau.
Historique. — L'un des auteurs de l'Album de pomologie, imprimé à Bruxelles, a parfaitement décrit cette poire en 1850 ; mais le manque de documents ne lui aura pas permis , sans doute , d'en bien connaître l'âge et l'histoire. On lit en effet ce qui suit, à la page Mo du IIIe volume de l'Albion :
« Quoique la poire de Deux fois l'an me paraisse ancienne, je ne l'ai pas encore rencontrée
ailleurs qu'à Jodoigne (Belgique) Les anciens pomologues n'en disent pas un mot : elle
leur était probablement inconnue »
Les anciens pomologues ont au contraire , du moins en France , beaucoup parlé de ce fruit, qu'ils regardaient comme un des meilleurs parmi ceux à maturité précoce. Dès 1598 il était répandu chez nous, où le Lectier, procureur du roi à Orléans, le possédait dans son immense verger, ainsi qu'on le voit aux pages 3 et 4 du Catalogue publié en 1658 par cet amateur d'arboriculture. Il l'y inscrivit sous le nom poire « Boxxe Deux Fois l'An, » et le classa parmi les variétés mûrissant « en Juillet et commencement d'Aoust. » Mais celui de nos vieux écrivains horticoles qui s'en occupa le plus , ce fut Merlet :
« La Bellissime, ou Figue musquée — disait-il en 1673 — est une poire assez grosse, poiu estre native, nommée Bellissime pour sa beauté : elle est jaune, fouettée de rouge, d'un goust fort relevé; son bois est fort gros, et sa feuille grande et large : on l'appelle aussi BONNE DEUX FOIS L'AN, fleurissant à la S. Jean pour la seconde fois, et donnant du fruit en Septembre et Octobre, qui ne meurit que rarement, » [L'Abrégé des bons fruits, édition de 1675, p. 74.)
Ce passage le montre bien, la variété que nous venons de décrire est positivement celle qui existait au temps de le Lectier et de Merlet. Il se peut qu'elle ne soit pas originaire de notre pays, rien ne nous met à même de l'affirmer ou de le nier; cependant quand on la sait, depuis trois siècles, cultivée chez les Orléanais, il doit être loisible de la supposer née dans leurs contrées, ou tout au moins en France.
Observations. — On a souvent confondu la poire de Deux Fois l'An, avec la Bellissime d'Été, ou Suprême , également fort ancienne et mûrissant aussi , comme l'autre, de juillet en août. (Yoir notre tome Ier, pp. 216 à 218.) Du reste, il eût été difficile de ne commettre à cet égard aucune erreur, puisque le mot Bellissime était déjà synonyme en 1675, Merlet nous l'a prouvé plus haut, du nom poire Bonne Deux Fois l'An. Mais cette dernière variété, maintenant qu'on la rencontre un peu partout , ne saurait tromper personne , en raison du privilège si particulier qui la distingue : celui de fructifier deux fois chaque année. — Les Allemands la cultivent depuis longtemps, la trouvent excellente, et la nomment Gros-Muscat de deux fois l'an.