Poire MUSETTE D'ANJOU
Synonyme. — Poire Musette ( dom Claude Saint-Étienne, Nouvelle instruction pour connaître les
bons fruits, 1670, pp. 53 et 86).
Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : peu nombreux , étalés et courts, très-gros, légèrement flexueux, vert-brun foncé, abondamment et fortement ponctués, aux coussinets presque aplatis. — Yeux : volumineux, ovoïdes, obtus, écartés du bois, ayant les écailles grisâtres et mal soudées. — Feuilles : assez grandes, généralement coriaces, ovales ou elliptiques, profondément crénelées, à pétiole court et fort.
Fertilité. — Satisfaisante.
Culture. — Il est doué d'une grande vigueur, végète parfaitement sur franc et sur cognassier, développe bien son écusson, mais prend une forme pyramidale peu régulière.
Description du fruit. — Grosseur: au-dessous de la moyenne. — Forme : très-allongée, aplatie à ses extrémités, qui sont beaucoup plus ventrues que son milieu, où elle est toujours fort amincie, fort étranglée; souvent aussi toute sa partie supérieure se recourbe obliquement , et c'est alors que ce fruit ressemble le mieux à l'instrument musical dont il porte le nom. — Pédoncule : excessivement court et parfois à peine développé, gros ou de moyenne grosseur, légèrement
Poire Musette d'Anjou.
plissé ou lisse, inséré verticalement, ou de côté, à fleur de peau et presque cpntinu, quelquefois, avec la chair. — Peau : jaune-citron ou jaune d'ocre, uniformément parsemée de points gris et de points bruns, et quelque peu maculée de roux dans
le bassin ombilical. — Chair : blanche, grosse et cassante, aqueuse, marcescente et pierreuse. — Eau : suffisante, rarement très-sucrée, plus ou moins astringente , faiblement parfumée et possédant généralement un arrière -goût herbacé fort désagréable.
Maturité. — Commencement et courant de septembre.
Historique. — Le Catalogue des arbres cultivés dans le verger et plant du procureur du roi le Lectier, publié par lui en 1628., à Orléans, nous prouve qu'à cette époque la poire Cuisse-Madame, mûrissant au mois d'août, était aussi appelée Musette (voir notre tome Ier, p. 44). Or, comme il existait une Grosse et une Petite poire Cuisse-Madame, les surnoms de Grosse et de Petite - Musette eurent également cours en ce même temps. Ce fait, ignoré de la majeure partie de nos pomologues modernes, vu l'excessive rareté du Catalogue de le Lectier (on n'en connaît qu'uN exemplaire) , ce fait les a conduits à croire qu'il y avait eu jadis deux variétés de Musette d'Anjou. Il n'en est rien ; celle ici décrite représente l'unique espèce de ce nom , et sa forme si caractéristique eût bien dû l'exempter de toute méprise. Feu Prévost, de Rouen, est le seul, peut-être, qui n'ait pas commis d'erreur en la décrivant (1839, Cahiers de pomologie, p. 38), aidé qu'il fut, dit-il, par « le petit livre de dom Claude Saint-Étienne, édition de 1687, « où l'on en parle brièvement. » Ce moine-pomologue , le premier qui mentionna la Musette d'Anjou, le fit toutefois avant 1687, car je la trouve citée dès 1670 dans l'édition originale de sa Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits (pp. 53 et 86) ; et là il prouve, en lui assignant le mois de septembre pour terme de maturité, qu'il ne la confondait pas avec la Cuisse-Madame, ou fausse Musette. Cette curieuse, mais peu savoureuse variété, regardée comme appartenant à la pomone angevine, se rencontre encore dans quelques pépinières du département de Maine-et-Loire, mais plutôt à titre de rareté, qu'en vue d'en tirer un sérieux profit. Je n'ai pu, malgré de longues recherches, découvrir dans quelle partie de l'Anjou on l'a primitivement cultivée. Quant à son nom, il lui vient uniquement de sa forme , rappelant assez bien celle du champêtre instrument aux sons duquel nos paysans bretons, surtout, dansent si volontiers.
Observations. — Le Lectier, dont nous avons invoqué plus haut le témoignage, mentionna en 1628 dans son Catalogue (p. 18) une Musette d'Hiver à laquelle il ne donnait aucun synonyme. Ce fruit, c'est la poire Pastorale, appelée aussi, par la Quintinye (t. I, p. 314), Musette d'Automne en 1690, mais qui atteint la fin de décembre et parfois le commencement de janvier. Le pomologue allemand Jean Mayer l'a décrite et figurée fort exactement en 1801 [Pomona franconica, t. III, p. 274, pi. lxxviii); seulement, au lieu de la surnommer, d'après la Quintinye,
Musette d'Automne, il lui attribue, comme synonyme, le nom de notre Musette d'Anjou. Inutile d'insister pour démontrer qu'il ne peut lui appartenir.
Poire MUSETTE D'ANJOU D'ÉTÉ. — Synonyme de poire Gros-Blanquet long. Voir ce nom.
Poire MUSETTE D'AUTOMNE. — Synonyme de poire Pastorale. Voir ce nom.
Poire MUSQUÉE DE BRETAGNE. — Synonyme de poire Muscat fleuri d'Été. Voir ce nom.