‹ Dictionnaire de pomologieChapitre 571 sur 742 · Poire ROYALE D'HIVER · texte numérisé non relu

Poire ROYALE D'HIVER

Synonymes. — Poires : 1. Spina di Garpi (les Chartreux de Paris, Catalogue de leurs pépinières, année 1736, Poires, n° 61 ). — 2. Duchesse de Montebello (Decaisae, le Jardin fruitier du Muséum, 1859 , t. II). — 3. Jean-Baptiste Bivort [Jd. ibid.). — 4. Pera Gasentina (Id. ibid.; — et Congrès pomologique, Pomologie de la France, 1865, t. III, n° 138). — 5. Pera Passana (Iid. iibid.).

Description de l'arbre. — Bois : très-fort. — Rameaux : peu nombreux et étalés, longs, des plus gros, non coudés, vert grisâtre souvent nuancé de brun, ayant les lenticelles assez apparentes , rapprochées , et les coussinets presque nuls. — Yeux : volumineux, ovoïdes, aigus, légèrement écartés du bois. — Feuilles : très-grandes mais très-peu nombreuses, ovales-arrondies, à bords faiblement denticulés, à pétiole de longueur moyenne et bien nourri.

Fertilité. — Médiocre.

Culture. — Doué d'une extrême vigueur, le cognassier lui convient avant tout ; il développe vite son écusson, mais ses pyramides, quoique très-fortes, sont trop irrégulières, trop dégarnies de rameaux.

Description du fruit. — Grosseur : volumineuse et souvent considérable. — ■ Forme : turbinée, obtuse et quelque peu raccourcie, très -ventrue, fortement bosselée, mamelonnée au sommet et des plus côtelées à la base. — Pédoncule : long ou très-long, mince à son milieu, renflé à ses extrémités, recourbé et souvent contourné , obliquement implanté au centre d'une faible dépression. — Œil : trèsgrand, régulier, arrondi, ouvert, placé daus un vaste bassin en entonnoir, qui toujours fort profond est en outre bien accidenté sur ses bords. — Peau : assez mince, vert jaunâtre, toute parsemée de points, de stries et de mouchetures fauves, et largement maculée de même autour du pédoncule. — Chair : blanc jaunâtre, demi -fine et demi -fondante, juteuse, presque exempte de pierres, — Eau ; des

ROY [royale hiv]

plus abondantes et très -sucrée, savoureusement parfumée et possédant un aigrelet excessivement agréable.

Maturité. — Fin de Poire Royale d'Hiver. novembre, se conser-

vant aisément jusqu'en janvier, mais gagnant rarement les derniers jours de février.

Qualité. — Première.

Historique. — Il

est certain que cette poire n'appartient pas à la France, où nul pomologue ne l'avait encore décrite ou mentionnée en 1701 ; mais en 1704 dom le Gentil, directeur de la pépinière des Chartreux de Paris, la signalait en ces termes dans la première édition de son Jardinier solitaire :

« C'est une poire nouvelle, qui a la figure et la grosseur d'une poire de Bon-Chrestien d'Esté; elle est jaune et demi-beurrée ; elle a l'eau très sucrée; on la mange en janvier et février : on dit qu'on l'a apportée de Constantinople pour le Roy [Louis XIV], qui l'a trouvée à son goust. »

(Page 56.)

Cette origine turque assignée d'abord, mais comme un simple « on-dit, » à la Royale d'Hiver par les Chartreux, ne se trouva pas, ensuite, confirmée, puisqu'en 1736 et 1775, dans le Catalogue de leurs pépinières , la décrivant de nouveau (n° 61 et pp. 43-44), ils eurent soin de préciser qu'elle n'était autre que « la poire « Spina di Carpi des Italiens. » Aussi, depuis lors, lui a-t-on toujours conservé, chez nous, ce dernier synonyme , qui fait connaître son lieu de naissance , Pero Spina di Carpi signifiant : Poirier sauvageon de Carpi , ville située dans l'ancien duché de Modène. Et nous pouvons ajouter que cette variété doit remonter au plus à 1600, car Agostino Gallo, agronome italien fort célèbre et qui s'occupa beaucoup des fruits de son pays, ne l'a citée ni en 1559 ni en 1575 dans ses Vinti giornate dell' agricoltura.

Observations. — ■ Souvent on a confondu la poire Muscat allemand avec la

ROY ROYALE HIV — VENj

Royale d'Hiver ; et les Chartreux eux-mêmes, en 1787, avaient fautivement réuni, dans leur Catalogue, ces deux espèces. Mayer, en 1801, releva cette erreur :

« Les Chartreux — dit-il — ne font plus, en 1787, de la Royale d'Hiver et du Muscat

allemand qu'une seule et même poire Je les aurois presque soupçonné de n'avoir jamais

connu la vraie Royale d'Hiver, si le fruit dont je donne la ligure n'étoit réellement venu sur un sujet tiré de leur pépinière. » (Pomona franconica, t. 1IÏ, p. 188, n° 17.)

Actuellement, beaucoup commencent à ne plus croire à l'identité de ces deux poires. MM. JDecaisne et Willermoz les ont , dans leurs Pomologies , déclarées distinctes, ainsi que notre Congrès. Pour moi, je m'étonne qu'après examen on ait pu les supposer semblables, ces variétés ayant véritablement, arbres et fruits, des caractères bien distincts. (Voir ce Muscat, pp. 439-440.) — Nous répétons avec M. Decaisne ce que nous avons dit ci-dessus (p. 307) du poirier Jean-Baptiste Bwort : qu'il ne diffère en rien , ainsi que ses produits , de la variété Royale d'Hiver ; et toujours nous l'avons étudié sur des sujets venus de chez son propagateur même. — Quant à la poire Louis -Grégoire, également réunie par quelques pomologues à la Royale d'Hiver, je dois affirmer que le poirier qui m'a été envoyé sous ce nom, de Belgique, s'éloigne entièrement de cette dernière espèce (comparer sa description, pp. 352-354). — Enfin il est utile aussi de noter que la Royale d'Hiver a parfois reçu, mais à tort, le*surnom Citron d'Hiver, appartenant uniquement, comme synonyme, à l'Orange d'Hiver.

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