Poire DUC DE LA FORCE
Synonymes. — Poires : .1. Dame-Jeanne (la Quintinye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1G90-1739,' t. I, p. 316). — 2. ROUSSE DE LA MERLIÈRE (Id. ibid.). — 3. LA FORCE (Herman Kaoop, Fructologie, 1771, pp. 122 et 135). — 4. Belle de Noisette (le baron de 13iedenfeld, Handbuch aller bekannten Obstsorten, 1854, p. 107). — 5. Amour d'Hiver [des Allemands] (Jahn, Illustriries Handbuch der Obstkunde, 1860, p. 335, n° 156). — 6. Dame-Jeanne rousse (Id. ibid.). — 7. Angleterre Noisette d'Hiver (André Leroy, Catalogue descriptif et raisonné des arbres fruitiers et d 'ornement , 1865, p. 44).
Premier Type.
Description de l'arbre. — Bois : très-fort.
— Rameaux : assez nombreux, érigés dans la partie supérieure de la tige, étalés et arqués à sa base, des plus gros, courts, géniculés, légèrement cotonneux, d'un beau vert herbacé, ayant les lenticelles larges, rapprochées, les coussinets fortement ressortis et les mérithalles courts. — Yeux : volumineux, ovoïdes-allongés, à écailles mal soudées, cotonneux, appliqués contre le bois. — Feuilles ; coriaces, elliptiques, faiblement acuminées et duveteuses, presque entières sur leurs bords, au pétiole court, très-fort et ordinairement un peu rosé.
Fertilité, — Ordinaire.
DUC [duc for]
Culture. — Cet arbre forme de belles pyramides, pousse vigoureusement et se greffe avec non moins de succès sur cognassier que sur franc.
Description du fruit.
Poire Duc de la Force. — Deuxième type. — Grosseur : volumineuse.
— Forme : elle passe de l'ovoïde arrondie et ventrue, à la turbinée régulière et légèrement obtuse, mais elle est presque toujours mamelonnée au sommet. — Pédoncule :
court , mince , peu arqué , souvent renflé à son point d'attache , perpendiculairement ou obliquement implanté dans une faible dépression. — Œil : grand, très-ouvert, assez profondément enfoncé. — Peau : vert jaunâtre, ponctuée, rayée et tachée de roux, veinée de même autour de l'œil, nuancée de rose vif du côté du soleil. — Chair ; blanche, demi-fine, cassante, aqueuse, pierreuse au-dessous des loges et quelque peu marcescente. — Eau : abondante, douce, rarement bien sucrée, non parfumée, ayant généralement un arrière-goût herbacé.
Maturité. — Fin de décembre ou commencement de janvier et se prolongeant jusqu'aux derniers jours de février.
Qualité. — Première comme fruit à compote, mauvaise comme fruit à couteau.
Historique. — C'est une variété plusieurs fois séculaire, puisque dans sa Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, dom Claude Saint-Étienne la mentionnait déjà en 1670, sous le plus ancien nom que nous lui trouvions : sous celui de Dame-Jeanne rouge. Il la classe au chapitre « Mémoire des Poires qui se mangent « cuites » (page 113) et n'en fait aucune description; exemple que suivit en 1690 la Quintinye, lequel se contenta, non sans raison, de la ranger parmi les « mauvaises «poires» (t. I, p. 315). Cet auteur, cependant, nous apprend qu'alors elle était appelée ou poire Dame-Jeanne ou poire Rousse de la Merlière. Ce dernier nom est maintenant oublié, mais le premier n'a pas encore disparu des Pomologies, surtout chez les Allemands où M. Jahn, dans Y 1 llustrirtes Handbuch der Obstkunde, le donnait en 1860 à cette variété (p. 335), ainsi que le suivant : Duc de la Force, sous lequel Herman Kuoop l'avait décrite de la sorte, en 1771, dans son recueil hollandais :
« Poire passablement grande, grosse et un peu oblongue, finissant en pointe du côté de la queue, qui est assez longue. Lorsque la poire est mûre, sa couleur est jaune, souvent
DUC [duc. for — mor]
vermeille d'un côté, et de belle apparence. Elle n'est pas bonne à être mangée crue, mais c'est une des meilleures sortes pour étuver, étant de couleur rouge lorsqu'on la prépare de cette façon. C'est pourquoi elle mérite d'être cultivée. » (Fructologie , pp. 122 et 135.)
M. Jahn, dont il vient d'être parlé, croit ce fruit de provenance allemande, mais il n'apporte aucune preuve ni même aucune hypothèse à l'appui de son opinion. Pour nous, en voyant dès 1690 la Quintinye nommer cette variété, Rousse de la Mcrïïere, puis Knoop l'appeler ensuite Duc de la Force, nous la regardons comme ayant du sortir de la Merlière, hameau situé non loin de Ruffec et qui jadis appartint aux Caumont, ducs de la Force et originaires de la Guyenne, province dans laquelle se trouvaient ces, deux localités. Aussi préférons - nous lui rendre son ancien nom poire Duc de la Force , rappelant celui d'une illustre famille française, plutôt que de lui laisser un des pseudonymes sous lesquels nous la recevions il y a cinq ans : Belle de Noisette et Angleterre Noisette d'Hiver ; — pseudonymes d'autant plus impropres qu'ils donnent à penser que le pépiniériste Louis-Claude Noisette, mort à Paris le 9 janvier 1849, pourrait avoir été l'obtenteur d'un fruit qui précisément compte pour le moins, actuellement, deux siècles d'existence.