DUC [DUCHESSE ANG
Maturité. — Depuis la moitié d'octobre jusqu'à la fin de décembre, et parfois pouvant atteindre le mois de janvier.
Qualité. — Première.
Poire Duchesse d'Angoulême. — Deuxième Type.
Historique. — L'origine de cette précieuse variété angevine, dédiée à Marie- Thérèse de France, fille de l'infortuné Louis XVI, n'a pas toujours été précisée avec exactitude. Ainsi chez les Belges on voulait en 1831 , mais sans doute par suite d'une faute typographique, qu'elle fût née près d'Anvers. Puis tous les pomologues ont dit que le domaine sur lequel avait poussé le pied-type, était situé dans la commune de Cherré (lisez Querré) , où selon les uns il aurait fructifié
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en 1808 pour la première fois, et seulement en 4819 selon les autres. Enfin la Société d'Horticulture de Paris insérait en 1852 dans ses Annales (page 198) uu Certificat dont les affirmations, erronées en partie, allaient jusqu'à déposséder de ses droits le promoteur et parrain de ce fruit.
Les renseignements suivants, puisés aux sources les plus authentiques, vont rectifier ces diverses erreurs , fort involontaires nous le croyons :
En 1809, Anne-Pierre Audusson, horticulteur à Angers (mort le 3 février 1845), remarqua dans le jardin de la ferme des Éparonnais — dépendant de la commune de Querré, près Champigné, et appartenant à M. le comte Germain de la Forest d'Armaillé — un poirier venu naturellement et dont les fruits étaient aussi bons que beaux. On lui permit d'en prendre des greffes pour le multiplier. Ce qu'il fit; et dès 1812 il livrait au commerce cette nouvelle variété, après l'avoir nommée Poire des Éparonnais; dénomination qu'elle garda jusqu'en 1820. Mais alors cet horticulteur ayant fait offrir à la duchesse d' Angoulême une corbeille de ces délicieuses poires , avec prière de l'autoriser à les propager désormais sous le nom de l'auguste princesse , vit sa demande aussitôt accueillie ; comme le prouvent les lettres inédites ci-dessous, copiées par nous sur les originaux, soigneusement conservés dans la famille de notre défunt concitoyen :
« A Monsieur Audusson père, jardinier -"pépiniériste faubourg Saint -Laud, à Angers.
« Paris, 16 octobre 1820.
« Le Secrétaire des Commandements et Trésorier Général de Madame, duchesse
d'Angoulême,
« A Monsieur Audusson père.
« Monsieur, Son Altesse Royale Madame, duchesse d'Angoulême, a reçu le panier de Poires que vous lui avez envoyé. C'est avec plaisir que je vous annonce que cette Princesse a bien voulu vous accorder l'autorisation que vous lui avez demandée, de donner à cette espèce de poire le nom de Madame la duchesse d'Angoulême. « J'ai l'honneur,... etc..
« Signé : Th. CHARLET.
« P. S. — J'ajouterai, Monsieur, que Madame a trouvé vos poires excellentes. »
Cinq semaines après la réception de cette lettre, M. Audusson père crut devoir expédier à Paris, pour être plantés dans l'un des jardins de la Couronne, quelques poiriers Duchesse d'Angoulême, ce qui lui valut du secrétaire de Madame, le remerciement que voici :
« Paris, 13 décembre 1820.
« Monsieur, j'ai reçu les six Poiriers que vous m'avez adressés pour Son Altesse Royale Madame, duchesse d'Angoulême; je me suis empressé, d'après votre désir, de les remettre à cette Princesse, qui m'a chargé, Monsieur, de vous remercier en son nom, de cet envoi.
« Recevez,... etc..
« Signé : Th. CHARLET. »
Tels sont, dans toute leur simplicité, les faits relatifs à la propagation et aux deux baptêmes de cette célèbre variété. Quant à l'âge réel du pied-type poussé à Querré, il est beaucoup plus avancé qu'on ne l'avait supposé jusqu'alors; M. Millet, ancien président du Comice horticole d'Angers, et si connu par ses travaux historiques et scientifiques , le démontrait ainsi avant 1862 :
« Sa naissance remonte — écrivait cet auteur — à un temps qu'il serait difficile de pou-* Voir précise^ mais que l'on peut croire fort reculé, si l'on fait attention cà la grosseur et à la
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taille élevée de cet arbre , tellement grand pour un poirier qu'on le prendrait pour un petit chêne, si toutefois le port qui lui est propre ne venait rompre l'illusion. La caducité de ce poirier se faisait remarquer depuis un certain nombre d'années, et en 1863 nous apprîmes que l'année précédente il avait cessé d'exister. » {Indicateur de Maine-et-Loire, 1865, t. I, p. 445.)
On peut donc conclure, de ce passage, que ledit sauvageon comptait bien une centaine d'années lorsqu'en 1862 il mourut de vieillesse. Aujourd'hui, la renommée des poires Duchesse d'Angoulême est européenne; on les expédie de tous côtés et à grands frais, ainsi qu'on expédiait, il y a plusieurs siècles, les fameuses poires de Bon-Chrétien d'Hiver.
« Ce très-estimable fruit est très-facile à transporter — écrivait en 1858 M. de Liron d'Airoles — d'où suit qu'il est maintenant un véritable objet de spéculation, presque une marchandise de long cours. Il serait difficile de dire le nombre de milliers de poires Duchesse qui s'enlèvent chaque année de Nantes et de ses environs pour l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, le Portugal, les ports du Nord et la Russie; mais surtout pour Paris, où ce fruit est fort recherché. » [Notices pomologiques , 3e livraison, p. 49.)
Complétons ces détails intéressants par la reproduction de l'alinéa ci-après, emprunté à un autre pomologue :
« On évalue — dit M. Eugène Forney — à plus d'un million de francs les envois qui sont faits annuellement, en Duchesse, par le Centre de la France ; aussi ce poirier est-il devenu l'objet d'une culture considérable. » {Le Jardinier fruitier, 1862, t. I, p. 205.)
On comprend facilement, devant ces deux passages, qu'à Angers, berceau de cette variété, les expéditions qu'on en fait soient plus considérables encore. Aussi, sur les 230,000 kilogrammes de poires qui sortent annuellement de la gare de notre ville pendant les mois de septembre et d'octobre , la Duchesse d'Angoulême figure-t-elle au moins pour la :moitié. (Voir le tableau statistique inséré à la page 66 du tome Ier. )
Observations. — La fertilité de ce poirier est souvent prodigieuse, comme aussi le volume de ses produits. Les lignes suivantes, que nous lisions le 4 octobre 1863 dans un journal de Paris, l'Union, ne s'éloignent donc en rien de la vérité :
« En 1862 nous citions à Vervins — dit le journal de cette ville — un poirier de Duchesse sur lequel on avait compté près d'un millier de poires. Cette année (1 863), nous y signalons un arbre de la même espèce sur lequel les fruits ont atteint une grosseur peu commune; ils pèsent de 500 à 800 grammes, et l'un d'eux a atteint une hauteur de 14 centimètres, non compris le pédoncule, et une circonférence de 35. Il faut affirmer aussi que la Duchesse est une des poires qui s'accommodent le mieux du sol et du climat de la Thiérache. »
La Thiérache — petit pays jadis enclavé dans la Picardie et compris actuellement dans la partie nord du département de l'Aisne — n'a pas seule, du reste, le privilège de voir mûrir des poires Duchesse d'Angoulême d'une telle pesanteur : le deuxième type que nous avons figuré, pesait 915 grammes, et dans diverses expositions, notamment à Paris, à Chartres, à Namur, à Berlin, nous en avons vu beaucoup qui dépassaient 750 grammes. — Terminons en faisant remarquer que le pomologue américain Charles Downing appliquait en 1863, à cette variété (page 494), le synonyme Beurré Soulé, qui probablement n'est connu qu'aux Jitats-Unis. Toutefois nous l'aurions accepté si cet auteur avait indiqué la source où il l'a puisé, mais il ne l'a pas signalée.