‹ Dictionnaire de santé ou vocabulaire de médecineChapitre 4 sur 106 · J. COS TE R · texte numérisé non relu

J. COS TE R

INTRODUCTION

Le but que nous nous proposons, en publiant cet ouvrage, n’est point d’abaisser la plus noble comme la plus difficile des sciences au niveau des intelligences étrangères aux mystères de l’organisation et de la vie. Il serait à souhaiter sans douté que chaque homme se connût assez lui-même pour se conserver dans l’état de santé, comme pour se diriger dans celui de maladie, pour être en un mot son propre médecin; mais jamais ces vœux ne pourront se réaliser, et malgré la foule d’écrits de médecine populaire que chaque jour voit éclore , la médecine restera toujours inaccessible aux hommes qui nen auront pas fait l’objet spécial de leurs études et de leurs méditations.

En effet , la médecine se compose de connaissances nombreuses et variées qui n’exigent pas moins que la vie entière de l’homme pour les acquérir. Elle suppose une connaissance précise, exacte, non-seuîement de la structure , mais encore des fonctions des divers tissus , des divers organes du corps humain ; et quiconque est étranger à ces études élémentaires ne saurait rien entendre à l’art de guérir; il lui serait

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impossible de comprendra en quoi consiste le -désordre des fonctions, puisqu’il n’en connaît pas l’ordre; et s’il ne sait pas en quoi consiste la maladie, saurat-il mieux comment il faut y remédier? Rejetant loin derrière elle ces abstractions bizarres d’une métaphysique vaporeuse, ces disputes frivoles d’une scholastique pédantesque et ridicule, cette logomachie dont l’ignorance, la sottise et la paresse savent si bien s’accommoder; ne marchant qu’à l’appui de faits rigoureusement démontrés , la médecine peut, dès. à présent, prendre une place honorable à côté des. sciences exactes et positives.

Que fautdl donc penser de ces écrits qui ont pour objet (le mettre ja médecine à la portée des gens du .monde, et qui pullulent tous les jours? Gullen les a proscrits,’ çn disant qu’ils sont au-dessous de la critique, et son opinion est devenue celle de tous les médecins et de tous les gens sensés. Eh quoi! il aura fallu qu’un homme consumé dix, quinze, vingt ans de son .existence dans un amphithéâtre , pour y interroger; les^ froides dépouilles de son semblable, tous les. jours sur la brèche de la mort qu’il affronte dans les hôpitaux, au milieu des épidémies, dans les laboratoires de chimie où il est exposé à l’action de gaz souvent délétères ; occupé dans le silence du cabinet à coordonner les faits dont il aura enrichi sa mémoire, et à en déduire des conséquences utiles : malgré, cela , cet homme sentira combien de choses il ignore encore; il hésitera, il demandera des conseils, et de pitoyables écrivains, sortiront tout à coup de leur obscurité, pour nous , dire que leur livre dispense de tpute, étude,, et qu’il renferme à lui seul

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l’arbre de la science du bien et , du mal. Il faut bien le dire : des médecins indignes de ce beau nom qu’ils prostituent, ne rougissent pas de faire chorus avec d’effrontés charlatans, et de poser les bases d’un honteux calcul sur l’ignorance et les préjugés, certains qu’ils sont que tant qu’il y aura des gens qui voudront se donner la peine d’être fripons, il y aura des dupes pour tendre le cou â leurs pièges. Comment les magistrats préposés à la santé publique n’interposent-ils pas leur ministère d’une manière plus efficace, pour réprimer ce trafic honteux de recettes et d’arcanes, dont les effets merveilleux sont tous les jours prônés dans des écrits adressés aux ignorans ? Comment l’honneur ne commande-t-il pas à tous les médecins de purifier le temple d’Epidaure de ces prêtres intrus qui en souillent les parvis, ou d’empreindre sur leur front, en gros caractères, les stigmates de l’infamie ?

Il n’y a que les ouvrages qui traitent spécialement d’hygiène qui puissent être consultés avec avantage par toutes les classes de lecteurs; car, comme ces ouvrages contiennent des préceptes d’une application journalière, il est bon, il est naturel que chacun puisse les lire et les entendre. Cependant , comme il n!est que trop vrai que plusieurs livres de médecine populaire sont entre les mains des gens du monde,, depuis l’Avis au peuple de Tissot, jusqu’à la Médecine domestique de Buchan , sans parler d’autres écrits plus récens , et dont il se trouve un bien petit nombre qui aient mérité l’indulgence des gens de Fart; malgré la défaveur qui plane sur ces sortes d’ouvrages, il nous semble qu’il est devenu nécessaire d’en faire de bons.

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par cela même qu’il en existe tant de mauvais et de pernicieux.

La plupart des hommes qui ont reçu de l’instruction lisent les livres de médecine, pour avoir, comme ils le disent, une teinture de cette science; il faut dôhc faire en sorte qu’ils ne se créent pas des opinions erronées , dont l’application pourrait avoir des conséquences funestes. Cet ouvrage , fait d’après les principes d’une doctrine claire, précise, se distingue nécessairement de toutes ces productions journalières, dégoûtantes rapsodies des vieux systèmes des humoristes, et dont la vogue populaire ne venge pointleurs auteurs du mépris des gens sensés. L’ignorance aime le merveilleux , et la foule ira toujours là où on lui promet des miracles. Qü’un homme qui a fàit de longues études possède de l’instruction, cela paraît naturel, et l’on n’y prend pas garde; mais qu’un individu connaissant à peine sa langue, sans études, ou n’en ayant fait que de superficiélles, s’annonce comme l’inventeur de secrets tout-puissans contre la plupart des maladies, cela paraît sortir des lois ordinaires, et la confiance chez certaines personnes s’alimente et s’accroît de ce qui devrait la détruire.

D’ün autre côté, les hommes instruits , frappés de la divergence qui a souvent régné dans les doctrines médicales , tombaient dans le scepticisme le plus complet, dont les médecins les plus célèbres leur donnaient d’ailleurs l’exemple. Il n’en pouvait être autrement ni pour les premiers , ni pour les seconds. Avant les progrès immenses quelle a faits de nos jours, la médecine était un véritable chaos, et ceux qui la cultivaient avec le plus d’ardeur, tra-

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vaillant sur un terrain ingrat et stérile , ne pouvaient récolter que des épines. L’opinion publique à l’égard des médecins était qu’ils ne s’entendaient pas entre eux. Il fut en effet un temps où les médecins, nouveaux aruspices, ne devaient pas oser se regarder sans rire. Et comment en pouvait-il être autrement? comment croire qu’il y eût une, science, en prenant ce mot dans sa véritable acception, qui les dirigeât dans leur pratique , en leur voyant apporter chacun une opinion , un système , lin traitement différent au lit des malades? Le vague des systèmes et des théories fut tel pendant plusieurs siècles, qu’il eût été difficile de trouver deux hommes d’accord sur la nature d’une même maladie et sur le traitement qu’il convenait de lui appliquer. Il n’y a que la vérité qui puisse faire rencontrer les hommes sur la même ligne: l’erreur les disperse. S’il se rencontrait donc que plusieurs médecins , appelés séparément au lit du malade, se trouvassent constammentd’accordsurlesiége, sur la nature de son affection, et, ce qui est plus essentiel encore, sur les moyens de guérison, il faudrait en conclure qu’ils se dirigent d’après une doctrine dont les principes sont fixes et bien compris. Or, cette heureuse coïncidence d’opinions se rencontre aujourd’hui parmi les médecins élevés à l’école des nouvelles doctrines; et, nous ne craignons pas de le dire, elle ne se rencontre que chez eux. Ces doctrines, entièrement appuyées sur les faits et sur l’anatomie pathologique, laissant de côté toute hypothèse, toute explication systématique, ont dû éprouver de nombreuses attaques dès leur apparition dans le monde scientifique ; mais, comme toute science qui ne marche

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qu’à la lueur des démonstrations, la nouvelle médecine a grandi chaque jour, et elle est sortie victorieuse à la fin d’une lutte opiniâtre. Quelques médecins en petit nombre, retenus par un vain amour, s’accrochent encore aux débris de systèmes vermoulus ; mais tout en résistant, pour sauver les apparences, aux lumières des doctrines nouvelles, ils en adoptent tacitement les préceptes au lit des malades. Il y a dans cette tactique avantage tout à la fois et pour l’amourpropre et pour le patient.

Il me semble entendre quelques retardatairesretranchés dans leur incrédulité routinière , et , après eux , le vulgaire imbécile ou trompé, se récrier contre l’abus de la saignée. Sans doute que la saignée est abusive, lorsque l’on y a recours à tout propos et à contre-temps , quand on ne sait pas discerner les cas où ce moyen curatif est utile ou dangereux, et qu’on l’administre sans discernement. En médecine, il n’y a rien d’absolu, et tout traitement doit être subordonné à l’âge , à la constitution, à l’irritabilité particulière des individus, à leurs habitudes, et surtout au degré de la maladie; mais lorsqu’une inflammation violente s’empare d’un organe, et quelle menace de le détruire, ne faut-il pas se hâter de soustraire une partie du sang qui s’y porte et sert d’aliment à cette inflammation ? Ne faut-il pas se hâter d’abattre ce surcroît d’énergie vitale qui constitue l’essence de la maladie ; et s’il est vrai que le plus grand nombre de nos affections dépendent de l’irritation , de l’inflammation qui se développe dans nos organes, faut-il s’étonner que les moyens curatifs les plus fréquemment employés soient aussi ceux qui ont pour but de calmer cette ir-

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ritation , et de rappeler les organes enflammés ajeui; état normal? Nous ne voulons certainement pas dire que toutes les maladies doivent être traitées par les émissions sanguines ; ce serait émettre une erreur grave et dangereuse; car nous n’ignorons pas çom-, bien est grande l’influence du régime , et quel avantage l’on peut retirer de certains médicamens employés à prppos;; mais nous savons aussi combien l’p&a; abusé des drogues et des remèdesde toute espèce^et cela sans tenir compte de l’action qiue ces médicamens, doivent nécessairement exercer sur le tube alimentaire /dans lequel ils sont d’abord déposés. Il ne suffit pas en effet de; donner un médicament purgatif , émétique^ fébrifuge, tonique, diurétique, sudorifiqq^ggji^tjge) pasmodique, etc.; il faut d’abord se demander comment ces diverses substances se comportent dans l’estomac; si elles ne sont point capables de l’irriter, de l’enflammer ; car avant d’arriver à leur destination , quelle qu’elle soit, l’estomac et les intestins en éprouveront toujours la première influence.

Il doit paraître étrange que nous insistions si fortement sur des vérités aussi palpables , et dont tout esprit droit est convaincüpïnâis lorsque tant de fripons éhontés jettent impunément à la tourbe ébahie des sots leurs panacées ridicules, dont ils proclament les merveilles dans leurs ouvrages burlesques et dégoutans d’ignorance, ouvrages décorés de titres spécieux pour servir d’appât à la crédulité des dupes, il faut bien répéter, même jusqu’à satiété, les principes les plus simples, afin de mettre le public en garde contre des spéculations d’autant plus condamnables, que ces entrepreneurs de cures miraculeuses ne rougissent

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pas de jouer pour quelques écus la vie de leur semblable. Il faut bien répéter aux gens du monde, pour qu’ils ne l’apprennent pas à leurs dépens , que la médecine n’est heureusement pas tombée dans des mains aussi viles; que ce n’est point sous les oripeaux du charlatanisme qu’ils doivent chercher les secours éclairés dé l’art; ils n’y trouveraient que déception. Les sciences médicales ne sont point restées en arrière ni stationnaires dans la marche progressive des autres connaissances humaines; et certes ce n’est pas en face- d’une civilisation aussi avancée qu’elle l’est aujourd’hui , que la médecine peut dégénérer en secrets et en vaines formules. Le règne des prestiges est passé.

AYXS AU RELIEUR.

re dernier feuillet de la feuille 29 doit être supprimé et remplacé par un onglet qui forme la fin du 1- volume.^ Le premier feuillet de la feuille 3o doit être ajouté sans suppression, et' former le commencement du 2 volume.

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