INDIQUÉES DANS LE COURS DE CE DICTIONNAIRE
Nous avons cru convenable de réunir dans ce petit traité les différentes substances dont nous avons conseillé l’usage, à mesure que nous avons parlé des maladies dans les divers articles contenus dans ce livre. En suivant l’ordre alphabétique , nous aurions pu , à la' rigueur, faire entrer les remèdes chacun à leur place dans le corps de l’ouvrage; mais il nous a semblé plus commode pour le lecteur d’en faire un traité à part , afin qu’il pût trouver presque en un coup-d’œil les médicaméns dont il- veut connaître la propriété et le mode d’administration. Outre cela, comme il existe un grand nombre de maladies qui , quoiqu’ayant un nom différent , exigent cependant le même traitement , il s’ensuit qu’à chaque description de ces maladies , nous aurions été obligés de répéter les mêmes formules de tisanes , de décoctions , de potions, etc. ; ce qui, en donnant un travail fastidieux, aurait grossi le livre inutilement. Il semblait plus convenable , pour éviter ces répétitions , de décrire chaque remède à part , et d’y rénvoyer à mesure que le cas se présenterait.
Les médieamens se divisent naturellement en simples Bt en composés. Nous avons donc adopté cette division, en nous conformant autant qu’il nous a été possible à l’ordre alphabétique, que nous avons suivi pour le reste de l’ouvrage. Je dis autant que possible, car si nous avions suivi cet ordre rigoureusement , nous serions tombés dans une confusion qu’il était surtout essentiel d’éviter. Ainsi, on aurait vu figurer les excitans à côté des émolliens, les narcotiques avec les purgatifs , etc. Il était plus naturel de grouper ensemble les substances qui jouissent d’une propriété semblable ou du moins analogue; et c’est dans la division de ces groupes seulement que nous avons suivi notre ordre ordinaire. C’est ainsi, par exemple, que l’on trouve, sotis le mot anti-phlogistiquës, toutes les substances douées d’une propriété émolliente, rafraîchissante , adoucissante , etc.
Après cette énumération des médieamens simples, de leur propriété, de leur préparation, de la dose à laquelle on doit les administrer, nous avons indiqué et toujours par ordre alphabétique les médieamens composés dont l’usage est le plus ordinaire. Parmi les médieamens , il en est quelques-uns que l’on ne peut pas préparer soimême et qu’il n’est permis au pharmacien de fournir que sur l’ordonnance d’un médecin ; nous les avons indiqués par un
Comme il est plusieurs signes usités en médecine pour indiquer d’une manière abrégée les poids et les mesures , et que nous présumons que ces signes sont inconnus d’un grand nombre de lecteurs, on trouvera ci-jointe l’explication de ces signes, ainsi que leur valeur.
Explication des principaux signes usités pour les poids et mesures.
vaut Livre.
Once.
' g ....... Gros.
Gr . Grain.
Manip. ...... Une poignée.
Pug. ...... Une pincée.
Goût ou gutt. ... Goutte.
Cochl. ...... Cuillerée.
Sa . . . De chaque.
fi est un signe qui indiqué une demie d’un poids où d’une mesure quelconque. Ainsi îfe fi veut dire une demilivre.
P. ou *!£ veut dire Prenez.
Valeur des poids et mesures.
Pour les solides.
La livfe médicale vaut 16 onces, environ' un demi-kilogramme.
L’once, 8 gros.
Le gros, 3 scrupules.
Le scrupule, ^ grains.
Pour les liquides.
Le litre pèse environ deux livres.
La chopine est la moitié du litre, une livre.
Le demi-setier est la moitié de la chopine, huit onces. La verrée vaut environ quatre onces.
La cuillerée à bouche , une demi-oncé.
La cuillerée à café , un gros.
La goutte, un grain.
La palette, mesure dont on se sert pour la saignée, vaut trois onces.
Considérations générales et essentielles sur ce qu’on appelle médicamens , remèdes, drogues, etc.
Il existe parmi les gens du monde un préjugé sur l’action des médicamens qu’il est important de combattre. On s’est accoutumé à regarder les maladies comme quelque chose de magique , indépendant de l’affection des organes; et l’on s’est imaginé , en conséquence, qu’il existait dans la nature les substances douées d’une vertu particulière , qu’il suffisait, pour guérir, d’envoyer dans l’estomac, à l’adresse d’une maladie dont on ne connaissait ni le siège ni la nature. Cette erreur accréditée long-temps par des hommes même d’un grand nom , a fait un nombre immense de victimes. Qu’on ouvre en effet la plupart des livres de médecine jusqu’à nos jours : qu’y trouve-t-on? des listes de maladies , et des listes de remèdes pour chacune d’elles. On y voit, par exemple, un catalogue immense de fièvres toutes décorées d’un beau nom scientifique, tel que celui de fièvre bilieuse, fièvre inflammatoire, fièvre adynamique^ fièvre putride , fièvre maligne, fièvre ataxique, etc., etc. Pour chacun de ces noms, il a fallu créer des remèdes chargés, l’un de dissiper la bile, l’autre de corriger la putridité, celui-ci d’attaquer les miasmes contagieux, celui-là de donner du ton aux fibres. .De là les anti-bilieux, les anti-putrides, les anti-miasmatiques, les stomachiques, les héchiques, les toniques , les cordiaux, etc. S’agissait-il d’une maladie de poitrine qui prenait son nom du symptôme principal au heu du genre d’affection qui produisait ce symptôme ; vite , on avait un remède tout
prêt et qui devait d’autant moins manquer son effet, que l’étiquette portait sirop anti-catharreux , remède contre la toux , potion anti-phthisique , élixir contre la coqueluche , looch expectorant, tisane pectorale , bol incisif, et cent autres noms barbares qui n’ont la plupart du temps d’autre mérite que celui de servir de piège à l’ignorance et à la crédulité. Une femme est-elle privée du hénéfice de l’évacuation menstruelle : sans en examiner la cause , on la gorge , ou elle se gorge elle-même de fer , de safran , de Sabine, de rhue, de camphre, que sais-je! encore de mille secrets que chaque commère ne manque pas de connaître et d’avoir expérimentés. Le foie, la rate, ou d’autres viscères se trouvent-ils engorgés par l’effet de l’irritation qui affecte primitivement leur tissu, ou consécutivement à l’irritation d’un organe voisin, ce qui est le cas le plus ordinaire? croyez-vous que l’on cherche à calmer l’irritation pour faire cesser l’engorgement, qui n’en est que l’effet? Pas du tout, on attaque l’être engorgement, obstruction, par l’administration des prétendus fondans, des désobstruans, des incisifs qui doivent aller, comme autant de petits couteaux, inciser les humeurs trop épaisses qui obstruent les organes.
Si l’on demandait quelle action exercent sur l’estomac toutes ces diverses substances, que l’on envoie à droite , à gauche, à la tête, aux pieds, en un mot dans tous les départemens du corps , j’ignore ce que l’on pourrait répondre de raisonnable. Cependant vous avez beau les adresser à la goutte, à la migraine, aux rhumatismes , etc. , il faut quelles passent par l’estomac avant d’arriver à leur destination.
Cette question, dont on n’a nullement l’air de s’inquiéter, est néanmoins la plus importante de toutes celles qu’on puisse agiter en médecine. Elle se rattache non-seulement à l’emploi des médicamens, mais encore à l’usage des alimens et des boissons.
Pour bien faire sentir les dangers, qui résultent de l’emploi inconsidéré des substances que nous introduisons journellement dans notre estomac, il est nécessaire d’entrer dans quelques détails sur la nature du canal qu elles doivent traverser , et sur l’action quelles exercent sur ce canal. Nous tâcherons d’être aussi clairs que possible.
Depuis la bouche jusqu’à l’anus , il existe un canal dont la longueur est environ quatre ou cinq fois égale à celle de l’individu auquel il appartient. Ce canal porte le nom de tube alimentaire, de canal alimentaire, de canal digestif, de tube digestif, de canal intestinal. Dans son trajet il prend encore différens autres noms, quoique ce soit toujours le même conduit d’une extrémité à l’autre. Ainsi, on appelle œsophage la portion qui s’étend depuis la bouche jusqu’au bas de la poitrine; là il s’élargit et forme une poche qu’on nomme lestomac. L’estomac n’est donc autre chose qu’une ampliation du canal alimentaire , pour servir de dépôt aux alimens. Cette poche se rétrécit ensuite et devient de nouveau un canal étroit qui forme plusieurs circonvolutions dans l’abdomen pour se terminer à l’anus. Dans toute cette étendue il porte le nom d’intestins , ou de canal intestinal* Les parois de ce long canal sont extrêmement minces ; elles sont flexibles et se laissent distendre par les substances ingérées , de la même manière qu’une Vessie se laisse distendre par l’air qu’on y insuffle. La paroi , ou si l’on veut la doublure interne du tube digestif est molle , pulpeuse et garnie d’une infinité de petits vaisseaux sanguins , et de vaisseaux absorbans qui s’approprient par une espèce de succion la partie nutritive des alimens. Ceux-ci sont ensuite transportés dans le torrent de la circulation du sang pour y subir les changemens et lès dépurations nécessaires à la nutrition.
Telle est la première route que doivent parcourir les boissons, les alimens, les'médicamens* en un mot, tout
ce qui est introduit par la bouche, quel que soit le but que l’on se propose. Maintenant, je le demande à toute per sonne douée de quelque bon sens, ne faut -il pas tenir compte de l’action des substances mises en contact avec les parois du tube digestif, avant quelles arrivent par le moyen de l’absorption aux organes auxquels on les adresse? Vous avez mal à la tête; l’un vous dira : prenez du thé, du tilleul, de la camomille, etc.; l’autre vous dira : prenez un purgatif; un troisième prescrira un vomitif. Fort bien , mais avant de placer dans votre estomac un remède quelconque, sauf à devenir ensuite ce qu’il pourra , il faudrait savoir si l’estomac, si le canal intestinal n’en sera point attaqué; il faudrait examiner si ce canal est assez bien constitué pour ne pas souffrir du passage d’une substance souvent fort active. Pour rendre ma pensée plus claire, je vais me servir d’une comparaison extrêmement exacte. Je suppose qu’on applique sur la peau un liquide, un cataplasme, un vésicatoire, ce que vous voudrez, pour attaquer une maladie éloignée de l’endroit où se fait l’apphcation ; il faut se demander d’abord comment le topique agit sur l’endroit même, avant de produire sur la partie malade l’effet que l’on espère. Si le remede devait brûler , corroder la peau ; si son absorption devait empoisonner, certes, l’on s’écouterait avant d avoir recours à un pareil moyen. Eh bien, la membrane qui tapisse le canal intestinal est la peau de l’intérieiir nu corps , avec cette différence qu’elle est beaucoup plus sensible que la peau de l’extérieur, qu’elle s’enflammé plus facilement , et que les altérations qu’elle éprouve sont bien autrement dangereuses. Ainsi, qnand vous prenez un purgatif parce que vos selles sont difficiles, commencez par vous demander : Comment agit , le purgatif sur le canal digestif? G est en provoquant l’action de ce canal, et en faisant affluer par ce moyen les sues propres^ délayer les matières qui sont accumulées dans son intérieur,
de la même manière quon fait pleuvoir la salive dans la bouche, en mâchant du gingembre, du pyrèthre, des clous de girofle, etc. Or, de même que l’usage immodéré de çes substances ne manquerait pas d’enflammer le palais , un purgatif, un vomitif, un excitant quelconque enflammerait aussi les parois du canal intestinal avec lesquelles elles seraient en contact ou trop souvent, ou en trop grande quantité ; et si ces mêmes parois ont déjàun commencement d’irritation, ou une disposition particulière à s’enflammer, la plus petite dose de ces médieamens réveillera cette disposition et fera éclater une maladie dangereuse. En vain dirait-on qu’on a donné ces remèdes, pour le foie, les reins, les poumons ou la tête : le médicament ne s’accommode point de cet absurde raisonnement , et exerce son action partout où il passe; il use, si je puis m’exprimer ainsi, les membranes du tube digestif, qui sont les premières en contact avec lui, et qui le reçoivent dans toute sa force et dans toute son énergie.
Il ne suffit donc pas de dire, comme font les gens du peuple : ceci est bon pour le rhume, bon pour la migraine, bon pour la colique, bon pour les vents, ùon pour les vers, bon pour le dévoiement, bon pour faire uriner, bon pour exciter la transpiration, bon pour rappeler les menstrues, bon pour la goutte, bon pour la fièvre, etc. Non, mille fois non ; un pareil langage ne peut être et ne sera jamais tenu que par des personnes enfoncées dans la plus, crasse ignorance. A quoi sert , en effet, de prendre un remède étiqueté, je suppose, bon pour ou contre la goutte , si , en traversant le canal intestinal, il l’irrite, ill’enflamme, s’il amène enfin la mort ? Mais ce n’est pas ainsi qu’on en juge dans le monde : chacun vous cite un tel qui a fait usage d’un médicament et qui s’en est bien trouvé. Certes, je ne prétends pas qu’une substance même active produise toujours et sur-le-champ des accidens fâcheux; mais il est certain que si l’on s’amuse à la faire souvent passer par un couloir aussi frêlement con-~
struit et aussi irritable que le canal intestinal, tôt ou tard on en sera la victime. N’en voyons-nous pas tous les jours des exemples dans les ivrognes? Essayez d’avertir un homme accoutumé dès long-temps à l’ivresse du danger auquel l’expose sa vicieuse habitude ; il vous dira : J’ai bu hier, avant-hier, sans qu’il m’en soit arrivé aucun malje veux donc continuer de boire. Attendez quelque temps et vous verrez qu’à force d’exciter son estomac par l’usage des boissons spiritueuses, une inflammation de cet organe finira par éclater, et elle sera d’autant plus dangereuse qu’elle aura été préparée de longue main.
Ou s’autorise trop en général de l’exemple du petit nombre de personnes qui abusent impunément de leurs forces. Si elles ne succombent pas aux moyens destructeurs qu’elles introduisent dans leur corps , c’est quelles sont si fortement organisées, qu’elles résistent à l’action de ces causes; mais ce sont là des exceptions à la loi générale qui ne peuvent pas servir de guide.
Pour terminer ce que nous avions à dire sur cet article, nous devons ajouter que les animaux sauvages, et les hommes que leur genre de vie rapproche de l’état.primitif , sont presque étrangers à cette foule de fièvres qui nous assiègent au milieu de notre civilisation. Pourquoi cette différence? C’est que les animaux ne suivent que l’instinct de la nature, n’introduisent dans leur estomac que les alimens , que les remèdes qui sont appropriés à leur goût, à leur, organisation. Ils n’échauffent pas leur canal intestinal par le sel, le poivre, le vin, l’eau-de-vie, le café, et toutes ces productions insidieuses que l’art apporte à grands frais sur nos tables. Outre cela, ils ne mangent jamais chaud. Ce que j’avance est si vrai, que nos animaux domestiques , que nous avons accoutumés à une nourriture factice comme la nôtre, sont sujets aux mêmes maladies que nous , tandis que les animaux sauvages en ëont exempts en grande partie, quoiqu’ils soient de la
même nature. Et notez bien que ces maladies dépendent presque toutes de l’irritation portée sur le tube digestif, au moyen des substances qu’on le force de recevoir. Tout se fait à rebours de l’intention de la nature dans notre manière de nous nourrir et de nous médicamenter. Nous mangeons trop cbaud, trop épicé, en trop grande quantité. Le genre de nos alimens est trop varié , trop stimulant ; nos boissons sont généralement trop excitantes, enfin parsurcroît de civilisation, lorsque, par une nourriture si peu naturelle, nous parvenons à déterminer une inflammation des organes digestifs , nous recourons à des moyens plus incendiaires encore pour nous guérir. Le gastronome, après avoir provoqué la sécrétion de la bile, en échauffant son estomac qu’il charge d’alimens et de liqueurs, voit que sa langue est jaune, il la sent amère} au lieu de s’administrer des boissons aqueuses, douces, propres à calmer l’irritation qui détermine la sécrétion de la bile, il prendra un vomitif, c’est-à-dire, qu’il doublera, qu’il triplera l’irritation primitive par ce remède perturbateur. Le tube intestinal, fût-il de bronze, ne résisterait pas à l’action des 'substances destructives que nous faisons passer journellement dans son intérieur, et cependant il n’a guère qu’une demi-ligne d’épaisseur, et son tissu est d’une délicatesse excessive.
De tout ceci, le lecteur doit conclure que les médicamens, les alimens et les boissons agissant toujours sur l’estomac et les intestins avant d’agir sur les endroits plus, éloignés, il faut, avant de les introduire dans le corps, examiner s’ils ne sont point trop actifs et trop irritans ou trop excitans; si, en voulant guérir une maladie, on n’en détermine pas une plus dangereuse en passant; si un remède, parce qu’on le donne contre un mal de tête, est pourvu d’un laissez passer de l’estomac qui lui permette de le traverser intact. En un mot, il doit conclure que puisqu’une substance quelconque est douée d’une action
sur un autre organe, il est probable quelle l’exercera aussi sur le tube digestif; et que si ce dernier est tant soit peu irrité, ou disposé à l’être, on doit s’abstenir de le mettre en contact avec lui; ou, pour me servir d’une expression plus commune, on ne doit rien avaler ni d’irritant, ni dechauffant, comme le sont la plupart des drogues , des remèdes, des liqueurs spiritueuses et des mets succulens, lorsque les organes digestifs sont enflammés, ou voisins d’un état inflammatoire.
Puisque les remèdes que l’on prend par la bouche doivent agir sur le canal alimentaire avant d’exercer leur action plus au loin , il faut toujours consulter l’état de ce canal avant de se permettre d’introduire des remèdes ou des alimens stimulans. En conséquence, lorsque l’estomac ou le canal intestinal sont irrités , les purgatifs, les vomitifs, les sudorifiques, les narcotiques, les toniques, les spiritueux, ne peuvent qu’aggraver l’état de la maladie, ou du moins les cas où il est permis d’y avoir recours sont très-rares , et exigent une grande prudence de la part de ceux qui les administrent. Bien plus, comme les parties même fort éloignées sont plus ou moins sous la dépendance du canal alimentaire, si l’on stimule trop fortement ce dernier, l’irritation se répétera sur les autres organes déjà irrités, et la maladie s’aggravera encore dans cette circonstance. Donc, lorsqu’un individu portera au bras, à la jambe ou ailleurs , une plaie, une inflammation, on sé gardera bien de lui administrer des alimens de haut goût, des boissons spiritueuses, des remèdes toniques; parce que ces substances agissant primitivement sur l’estomac, elles l’exciteront, et 1 excitation se communiquera à la partie malade.
Outre cela, la majeure partie des maladies étant de nature inflammatoire, les remèdes stimulans sont naturellement ceux dont l’usage est le plus rarement indiqué. Il gst cependant des circonstances où ils sont requis ; nous
avons tâché de les signaler dans les divers articles contenus dans ce livre.
Division des substances médicamenteuses par ordre alphabétique , et d'après leur manière d'agir sur le corps humain.
Comme nous avons eu l’intention de faire un ouvrage pratique, nous avons exclu de la classification des remèdes ceux qui ne sont plus usités, et qui servent plutôt de pompe au charlatanisme qu’ils ne sont réellement utiles aux malades. Il est rare aussi que nous, parlions des remèdes venant des régions lointaines, ou de ceux que la cupidité prépare à grands frais , parce que nous sommes convaincus que la nature met presque toujours le remède à côté du mal, et que la vertu d’un médicament ne doit pas dépendre, comme le croit le vulgaire, du prix qu’il peut coûter. Je pense , au contraire , et je le pense d’après l’expérience, qu’il en est des médicamens comme des alimens; ce sont précisément ceux que l’art apprête avec le plus de soin qui sont le plus nuisibles à la santé , parce qu’en dernière analyse, ces substances doivent entrer dans l’estomac, et que l’estomac est un organe trop faible, trop irritable, pour résister à tous ces moyens destructeurs avec lesquels on le met en contact. Les médicamens se divisent naturellement en simples et en composés.
Médicamens simples.
ABSORBANS. On a donné ce nom à certaines substances auxquelles on supposait la propriété d’absorber , d’envelopper les humeurs, comme le ferait une éponge. Cependant on ne connaît pas de substances qui , administrées à finteneur, jouissent de .cette, propriété. La magnésie calcinée ,
qui est considérée comme un des principaux absorbans à l’intérieur , n’est pas avantageuse dans certains cas , parce quelle absorbe , mais parce quelle neutralise les acides ou les aigreurs qui se trouvent quelquefois dans l’estomac. Cette substance se donne à la dose de i5 à 3o grains dans un demi-verre d’eau sucrée ou de lait. Les cas où elle convient sont les aigreurs d’estomac , s’il n’y a pas inflammation. C’est aussi le contre - poison de presque tous les acides. Quant aux absorbans extérieurs, ils n’agissent la plupart que comme moyens mécaniques ; ce sont surtout la poudre decorce de chêne , l’agaric , la colophane , dont on fait usage pour arrêter les hémorragies extérieures.
APÉRITIFS, FONDANS, DÉSOBSTRUANT Ces mots sont du nombre de ceux dont l’ignorance et le charlatanisme font l’abus le plus fréquent. Lorsque l’on aperçoit un organe tuméfié , durci , engorgé comme on l’appelle , on se le représente à peu près comme un morceau de métal qu’il faut liquéfier par l’emploi des fondans , ou comme farci d’humeurs épaissies qu’il faut diviser par les incisifs. Et comme l’on ne pense qu a fondre , désobstruer , inciser les prétendues obstructions sans faire attention à l’estomac, on envoie d’abord ces médicamens dans cet organe pour qu’il les fasse passer à qui de droit. Mais puisque ces substances ont la force de désobstruer , de fondre les tumeurs , elles agiront aussi sur cet estomac avant d’arriver à leur destination intérieure. En conséquence , il faudra consulter l’état de ce viscère, pour s’assurer s’il peut ou non supporter ces médicamens ; car si l’on devait l’exciter trop fortement, autant vaudrait -il garder l’engorgement, et ne pas mourir parla violence du remède.
Les substances que l’on a mises au rang des fondans sont les plantes chicoracées , les savonneux et les sels mer- Guriaux. La propriété de toutes ces substances est de stinmler
les membranes muqueuses du canal intestinal, lorsqu’on les administre à l’intérieur. Cette stimulation s’étend de proche en proche aux organes voisins , et par ce moyen leur obstruction se dissipe dans quelques cas ; dans d’autres au contraire l’engorgement devient plus considérable. Cela a lieu surtout si les premières voies sont déjà le siège d’une irritation, car alors les prétendus fondans qui ne sont autre chose que des stimplans , ajoutant une irritation à une autre irritation, aggravent nécessairement l’état du malade. Les exemples de succès obtenus de ces médicamens ne sauraient autoriser à y avoir recours à la légère; car, puisqu’ils stimulent les organes, ils peuvent augmenter l’irritation dont ils sont déjà le siège , et par conséquent l’engorgement ; ils peuvent aussi, parleur action perturbatrice, le diminuer et même le faire disparaître entièrement. Mais un homme prudent ne doit jamais exposer la santé de son semblable à des chances si hasardeuses : c’est , en effet, un véritable quitte ou double que les charlatans seuls se permettent de tenter. Quand la chance leur est favorable , ils s’en attribuent le mérite , et lorsqu’elle est contraire , c’est la faute de, . la maladie. ~
Les circonstances où il est permis d’avoir recours à ces moyens, pour l’intérieur, dans les cas d’engorgement, ont lieu lorsque le canal intestinal est en bon état, ce que l’on reconnaît à l’absence de la fièvre $ à l’état naturel de la langue et de la peau. Cette condition est assez rare , parce qu’il est prouvé par l’expérience que l’engorgement du foie et de la rate est ordinairement accompagné de l’irritation de l’estomac ou d’une autre partie du canal intestinal. Il faut en outre que les personnes soient d’une forte constitution. Chez les individus faibles, irritables, jamais ces moyens ne réussissent.
Lorsque ces moyens ont été employés pendant quelque temps , il faut toujours en suspendre l’usage avant d’y
revenir, car à la longue ils finissent par irriter le canal intestinal, et dès lors ils ne peuvent que produire de mauvais effets. En résumé, ils ne peuvent jamais convenir que rians les engorgemens chroniques et indolens. Dans l’état aigu , il faut les rejeter.
Quant à l’administration intérieure des médicamens nommés fondans , il est certain que pour l’ordinaire on réussit mieux à enlever les tumeurs des articulations, qui sont les plus communes, par l’usage des sangsues , des émolliens et des douches , que par l’emploi des fondans , qui , je le répète , ne sont autre chose pour la plupart que des stimulans. Dans tous les cas , il ne faut jamais les appliquer qu’après l’usage des moyens antiphlogistiques que je viens d’indiquer.
Si je me suis un peu étendu sur cet article , ce n’est que pour combattre une opinion populaire , erronée , dangereuse à l’égard des médicamens connus sous le nom d’apéritifs , de dissolvans , de fondans , etc. Quand on a entendu le nom d’obstruction , d’engorgement , on pense qu’il n’y a qu’à désobstruer , qu’à dégorger , et qu’il suffit par conséquent de charger l’estomac de remèdes que l’on croit aller directement s’acquitter de cette fonction, parce que l’on entend prononcer d’un autre côté le mot magique et sacramentel d’apéritif et de désobstruant. Mais il est souvent aussi difficile de détruire les préjugés du vulgaire que les maladies elle-mêmes.
Nous ne donnons pas ici le catalogue des médicamens que l’on rangeait parmi les fondans , attendu qu’ils se retrouvent dans d’autres divisions auxquelles ils se raportent naturellement.
ANTIPHLOGISTIQUES. On appelle antiphlogistiques les substances destinées à diminuer l’état inflammatoire des parties qui en sont le siège. Ce terme a donc la même signification que adoucissant , émollient, sédatif, rafraî *
thissant , désaltérant , débilitant , etc,; en un mot, les médicamens antiphlogistiques sont ainsi appelés par opposition aux excitans, aux stimulans, aux irritans, aux échauffans.
Il est facile de prévoir, d’après' ce simple exposé, que les substances antiphlogistiques doivent être d’un trèsgrand usage dans l’art de guérir, puisque, la grande majorité des maladies qui affligent notre espèce étant de nature inflammatoire, l’indication à remplir consiste le plus souvent à calmer, à adoucir, à rafraîchir, à éteindre, pour ainsi dire, le feu ou f inflammation, par les moyens qui constituent ce qu’on appelle eti médecine la méthode antiphlogistique. Nous devons cependant avertir que la méthode antiphlogistique s’étend à tous lés moyens employés pour calmer l’inflammation, quoique ces moyens ne soient pas tous de ia nature des caïmans; mais nous ne comprenons ici sous le nom d’antiphlogistiques que les substances qui jouissent d’une propriété directement calmante. Il n’est pas difficile de concevoir la différence qui existe entre les substances antiphlogistiques proprement dites et celles qui ne le sont que d’une manière indirecte. En effet, qu’une personne soit affectée d’une inflammation, d’une ophtalmie, par exemple, on emploiera d’abord les antiphlogistiques qui consisteront ici dans le repos, l’obscurité, dans les boissons émollientes, dans l’émission d’une plus ou moins grande quantité de sang : nous appellerons ces moyens antiphlogistiques, sédatifs, caïmans. Mais si la maladie est opiniâtre, on placera en outre un vésicatoire, ou un séton à la nuque; on fera prendre des bains de pieds sinapises ; on administrera peut-être quelques purgatifs légers pour produire une révulsion du côté du canal intestinal. Cependant, ni les sétons, ni les vésicatoires, ni la moutarde, ni les purgatifs ne sont des substances calmantes ; mais quand on les place à une certaine distance du siège de la maladie, ils déterminent une irri-
tation artificielle qui détruit souvent celle qui constitue la maladie, d’après le principe établi par Hippocrate, que quand deux douleurs existent en même temps , mais en différens endroits , la plus forte anéantit Vautre. Ces moyens ne sont donc caïmans que d’une manière indirecte ; ee sont de véritables irritans qui n’aident à la guérison qu’en produisant une contre-irritation. Les médieamens de cette nature, c’est-à-dire ceux qui sont employés dans le but d’irriter les parties éloignées du siège de la maladie , s’appellent révulsifs et sont connus sous plusieurs noms différens, tels que vésicatoires, purgatifs, vomitifs, sinapismes, ventouses, cautères, sétous, etc.
Dans les maladies inflammatoires aiguës, le traitement consiste pour l’ordinaire dans l’administration des médicamens purement antiphlogistiques : je dis pour l’ordinaire, car il est des cas si urgens qu’on est obligé d’associer promptement l’usage des révulsifs à celui des antiphlogistiques. C’est ainsi, par exemple, que dans une attaque d’apoplexie, non seulement on saigne le malade, mais on applique des ventouses; on administre des lavemens îrritans, etc. : ici la saignée est un des moyens antiphlogistiques ; les ventouses et les lavemens purgatifs sont des révulsifs; quoiqu’on doive regarder les ventouses comme un moyen calmant et révulsif, puisqu’en même temps quelles irritent les parties sur lesquelles on les applique, elles déterminent une évacuation de sang, laquelle constitue le moyen calmant le plus direct. Le grand art dans l’emploi de la méthode combinée des antiphlogistiques et des révulsifs consiste ordinairement à faire en sorte, s’il est possible, que les premiers se trouvent en contact avec la partie enflammée, et que les révulsifs soient placés à une certaine distance du siège de la maladie. Il est extrêmement facile de comprendre la raison d’un semblable traitement. En effet, si l’on mettait les substances irritantes, ou révulsives, en contact immé-
diat avec la partie malade, on augmenterait infailliblement l’irritation primitive, celle qui constitue la maladie 5 au lieu qu’en les plaçant convenablement à une certaine distance, et en calmant le point malade par l’application des émoiliens, l’inflammation cède avec beaucoup plus de facilité. Qu’on se garde de croire, toutefois, qu’il soit permis de recourir indistinctement aux moyens révulsifs dans tous les cas où il est prescrit d’employer la méthode antiphlogistique; car les révulsifs, en irritant les organes avec lesquels ils se trouvent en contact, produisent une inflammation dont le but est bien, il est vrai, de détourner celle qui constitue la maladie, mais il arrive souvent que cette inflammation artificielle, au lieu de produire cet effet, se propage au loin et ne fait qu’aggraver l’état primitif de la maladie. Cet accident arrive surtout lorsqu’on administre des irritans énergiques aux personnes maigres et nerveuses : au reste, nous ne nous étendrons pas davantage sur les révulsifs ; on peut voir ce que nous en disons dans l’article qui porte ce nom ; d’ailleurs nous indiquons les cas où l’on doit recourir à un moyen plutôt qu’à un autre, à mesure que nous traitons des maladies en particulier.
Les médicamens antiphlogistiques , comme presque tous les autres, s’administrent à l’intérieur, ou à l’extérieur. Parmi les moyens employés à l’extérieur, la saignée tient le premier rang, lorsqu’on y a recours à propos, et avec les précautions convenables. Viennent ensuite le repos, la diète, les bains qui ne sont cependant pas toujours caïmans; les cataplasmes émolliens, les aspersions d’eau froide, la glace, etc. A l’intérieur, les médicamens antiphlogistiques se donnent le plus souvent sous forme de boissons dont l’eau constitue la base principale. C’est l eau, en effet, qui sert de véhicule aux différentes substances de la nature dont il est ici question, et qui, étant introduite en quantité plus ou moins grande dans le canal intestinal, calme les irritations dont il est le siège, et
maintient le corps dans un état d’affaiblissement favorable à la guérison d’autres irritations même placées ailleurs. Si l’on doutait de la vérité de cette assertion , on n’a qu’à se rappeler qu’une plaie située au bras, à la jambe, etc., s’irrite et s’enflamme durant l’usage des boissons échauffantes , tandis quelle se calme si les boissons sont prises parmi les antiphlogistiques. C’est par conséquent une erreur capitale que de s’imaginer que les stimulans qui entrent par la bouche dans l’estomac ne doivent pas déranger la marche des maladies placées loin de cet organe.
Il ne faut pas croire que les boissons émollientes soient douées d’une vertu particulière, dont les unes seraient bonnes, comme dit le vulgaire, contre une inflammation , les autres contre une autre, de telle façon que chaque irritation particulière supposerait l’usage d’une tisane particulière qui ne devrait jamais manquer son effet, parce quelle s’appelle tisane pour les maux d’estomac , de poitrine, de tête. H n’en est point ainsi, car une inflammation , quelque soit le beu quelle occupe, est toujours une inflammation ; et une plaie ne change pas de nature parce qu’elle a son siège à la cuisse, au bras, à la poitrine ou à la tête. Puisqu’il y a inflammation, le traitement doit donc être constamment de nature calmante, émolliente : il doit toujours être de la même nature quant au fond. Le tempérament, la constitution, l’âge, le sexe de l’individu, le traitement qu’il a déjà subi, les saisons, la température, indiquent les modifications à faire.
Les médecins auront encore long-temps à lutter contre cette erreur populaire que le caractère des maladies peut changer d’heure en heure, et qu’il faut changer dans la meme proportion la nature du traitement. Le caractère des maladies ne change point ainsi. Lorsque vous voyez une maladie inflammatoire prendre un aspect différent de celui qu’elle avait d’abord , souvenez- vous bien que la mala-
die n’a point changé pour cela de nature , qu’elle est toujours la même, mais quelle n’a fait que diminuer ou augmenter de force et d’activité. Dans ce cas , que faut-il faire? Au début de l’irritation, on avait commencé par administrer les boissons émollientes, mettre le malade à la diète , etc. : puisque l’inflammation augmente, malgré ces moyens, puisque le feu ne s’éteint pas, la méthode antiphlogistique doit être administrée d’une manière plus rigoureuse; c’està-dire que la diète sera plus sévère, le repos plus absolu; il faudra peut-être recourir aux émissions sanguines et aider l’action de tous ces moyens antiphlogistiques par celle des révulsifs, si le cas le permet : ce qui, pour le dire en passant, exige beaucoup de circonspection et un tact exercé par une expérience longue et éclairée.
On peut diviser les substances antiphlogistiques ou sédatives en plusieurs classes , suivant; la manière dont s’exerce leur action calmante; car il ne faudrait pas croire qu’ils aient tous précisément la même, et qu’il soit indifférent de recourir à un agent ou à un autre. Personne, en effet, ne met en doute que les boissons acides ne soient rafraîchissantes , et par conséquent de la nature des antiphlogistiques; l’on sait aussi que les boissons mueilagineuses, telles que l’eau de gomme arabique, de guimauve, etc., sont de la même nature. Cependant, on ne pourra pas donner indistinctement des boissons acides dans toutes les affections inflanîmatbires , car il est des cas où elles sont nuisibles, dans les irritations dé poitrine, pâr exemple, et l’on est obligé de recourir à des moyens plus appropriés. Pourquoi donc, me direz- vous, appeler caïmans, ou antiphlogistiques, des substances qui ne le sont pas dans tous les cas ? Je répète ici ce que je n’ai cessé de dire dans cet ouvrage , c’est que les antiphlogistiques , non plus que la plupart des autres remèdes, ne sont pas des spécifiques : ils ne sont sédatifs que dans certaines circonstances, ou en d’autres termes, ils exercent toujours la même action ,
mais l’état dans lequel se trouvant les organes, fait que ces derniers ne répondent pas également aux médicamens qui leur sont appliqués; de la même manière que les alimens sont toujours nutritifs de leur nature, mais qu’ils ne nourrissent cependant que lorsque l’estomac est dans un état propre a ies digérer. Et pour nous servir du même exemple, les boissons acidulées qui pénètrent dans l’estomac sont certainement antiphlogistiques de leur nature; mais, comme elles provoquent la toux dans les affections de poitrine, on s’abstient de les donner, parce que les secousses qu’éprouvent les poulmons irritent ces organes et retardent la guérison.
Ce n’est pas tout ; il y a des substances qui produisent la sédation pour un moment, et qui donnent lieu plus tard à un développement plus considérable de l’inflammation. De cette nature sont le froid et généralement toutes les substances astringentes. Nous expliquerons cette singularité d’action à l’article Astringent.
Dans rémunération des médicamens anti-phlogistiques ,, nous avons tâché de suivre l’ordre qui- est naturellement indiqué par leur -action calmante plus ou moins directe,, plus ou moins constante. D’après cet ordre il paraît que l’on doit adopter la division suivante :
i° Médicamens antiphlogistiques émolliens.
2° — antiphlogistiques acidulés.
3° — antiphlogistiques aeides.
Les médicamens antiphlogistiques sont fournis par le règne végétal , le règne animal et le règne minéral.
Antiphlogistiques émolliens.
Il est dés circonstances où l’estomac et le reste du canal intestinal son tellement irrités qu’ils; ne peu vent supporter le contact des boissons tant soit peu stimulantes ou nutritives. Il faut alors que ces boissons soient aussi aqueuses qu’il est
possible , et dans un très-grand nombre de cas l’eau pure serait le meilleur breuvage, si elle ne déplaisait pas au malade, et s’il ne fallait pas dans tous les cas avoir égard à son moral , pour ne pas entraver la guérison. Cependant, dans une gastrite portée à un très-haut degré , toutes les boissons sont rejetées indistinctement : l’eau sucrée l’est aussi , et l’on ne parvient à la faire séjourner dans l’estomac qu’en la donnant pure, part cuillerée et de distance en distance. Le plus léger émollient devient dans ce cas un stimulant. Il faut donc s’en abstenir , et ne pas imiter l’empressement d’une foule de commères ignorantes qui veulent à toute force, gorger le pauvre; malade de ce qu’elles nomment des cordiaux, des toniques , sous prétexte qu’il faut fortifier T estomac qui ne peut plus rien garder . Malheureuses ! qu’allez-vous faire? Savez-vous que dans ces circonstances vos prétendus toniques sont des poisons mortels? L’estomac ne peut plus rien garder : ce n’est pas, comme vous le pensez, parce qu’il se trouve dans un état de faiblesse mais parce qu’il est le siège d’une irritation violente. C’est une loi de l’organisation que les parties enflammées sont plus sensibles que dans leur état naturel; donc festomae enflammé sera irrité par la présence des boissons trop stimulantes , et les rejettera ; donc il faut en pareil cas avoir recours aux moins excitantes de toutes ; et comme les émolliens -, malgré leur nom, sont encore stimulans dans lès cas de vive inflammation, on est obligé, dans certaines circonstances, de s’en tenir à l’eau pure en petite quantitité, sous peine de voir rèjeter de l’estomac quelqu’autre boisson que ce soit.
Après les boissons simplement aqueuses viennent celles qui contiennent en plus ou moins grande quantité des substances mucilagineuses en dissolution. Mais les substances émollientes ne servent pas seulement à préparer des boissons , on les emploie encore sous plusieurs autres formes, tels que cataplasmes, lotions, loochs, émulsions, etc.
Voici les noms des substances émollientes qui sont le plus généralement employées en médecine.
Lorsque ces substances sont des plantes, nous indiquons leur nom commun et leux nom botanique d’après Linné : lorsque les médicamens ont deux noms, l’un ancien et l’autre nouveau , nous avons également indiqué les deux dénominations , de peur de n’etre pas compris par les personnes qui ne les connaissent que sous l’un de ces deux noms. Les médicamens émolliensne sont fournis que par le règne végétal et le règne animal.
Indivision. — Antiphlogistiques èmoUiens. — Règne végétaL
Amandes douces.
Amygdalus communis.
Bouillon blanc.
Verbascum thapsus.
Bourrache.
B'orrago officinalis.
Buglose.
Anchusa officinalis.
Canne de Provence.
A rundo donax.
Capillaire.
Adiantkum capillus veneris.
Consoude.
Symphitum officinale.
Coquelicot.
Papaver rfiœas.
Dattes, fruit du
Phænix dactylifera.
Figues , fruit du
Ficus carica.
Gomme adragant.
A stragalus tragacantha.
Gomme arabique.
Mimosa nilotica.
Guimauve.
A Ithœa officinalis.
Hysope.
Hyssopus officinalis.
Jujubes, fruit du
Rhamnus zizyphus.
Laitue.
Lactuca satina.
Lierre terrestre.
Glecoma hederacea.
Lin.
Linum usitatissimum ,
Mauve.
Malva rotundifolia.
Miel.
Nénuphar.
Nymphcea alba.
Orge.
Hordeum vulgare.
Poirée ou bette.
Beta alba et rubra i.
Réglisse. Gtycyrrhisa glatira.
Semences froides de melon ,
de concombre, de courge et
de citrouille.
Tussilage ou pas-d’âne. Tussilago farfara.
Violette. Viola odorata.
AMANDES DOUCES. Elles servent à préparer des émulsions, des loachs; mais on les emploie rarement seules. Elles entrent en grande partie dans la composition du sirop d’orgeat , qui est très-rafraîchissant et peut servir de boisson, étant mélangé avec l’eau, dans les inflammations internes légères. Si elles étaient aiguës, cette boisson ne conviendrait pas, parce quelle est nourrissante. L’huile /d’amandes douces est employée pour un grand nombre de préparations, mais surtout pour les émulsions et les loocbs. Voy. ces deux derniers mots.
BOUILLON BLANC. Fleur en infusion , 2 ou 3 pincées dans un litre d’eau employée en boisson dans les irritations de poitrine.
BOURRACHE. Infusion. P. feuilles de bourrache 2 ou 3 poignées.
Eau commune, 1 litre. Faites une infusion : édulcorez avec du sucre ou du miel, ou du sirop de gomme. Trèsusitée en boisson dans les inflammations de la peau, telles, que la variole, la rougeole, etc.; elle est destinée à entretenir une douce transpiration. La bourrache entre souvent aussi dans la composition des jus d’bèrbes. On en fait du sirop avec lequel on édulcore l’eau pour boisson ordinaire.
BUGLOSE s’emploie comme la bourrache et dans les mêmes cas.
CANNE DE PROVENGE. On l’emploie sous forme de décoction et de sirop.
En décoction : P. canne de Prov, de 2 à 3 onces.
Eau commune, i litre; pour boisson ordinaire. Le sirop uni à l’eau s’emploie aussi en boisson. Le vulgaire regarde cette substance comme d’une grande vertu pour faire passer le lait aux accouchées et aux nourrices. Elle n’a rien de particulier qui ne convienne également aux autres substances qui excitent les urines et les sueurs; mais comme elle est peu active et sans danger, on peut l’accorder au caprice du malade , pour satisfaire son imagination.
CAPILLAIRE. On ne l’emploie guère qu’en sirop mêlé avec une boisson aqueuse.
CONSOLIDE. On se sert de la racine, des fleurs et des feuilles de cette plante.
Racine en décoction. P. racine de consoude de demionce à 2 onces.
Eau commune, i litre. Faites une décoction ; édulcorez. Pour boisson ordinaire.
Fleurs e n infusion. P. fleurs de consoude de 2 à 3 pincées.
Eau commune, 1 litre.Edulcorez. Pour boisson ordinaire.
La feuille sert à faire des Cataplasmes, des lotions, des fomentations.
On en fait aussi des sirops pour édulcorer l’eau.
Cette substance est un peu excitante et ne convient pas avant la saignée, dans les inflammations aiguës. On peut l’employer lorsque l’inflammation est abattue ; dans la convalescence. Peu usitée.
COQUELICOT. Fleurs en infusion.
P. fleurs de coquelicot une ou deux pincées.
Eau commune, 1 litre. Pour boisson. Elle est légèrement narcotique et stimulante, et ne conviendrait pas dans les fièvres aiguës. On l’emploie dans les irritations de poitrine % pour calmer la toux, la douleur, et pour porter légèrement à la peau.
On fait aussi des décoctions avec les capsules (têtes) de cette substance pour lavemens. La fleur sert encore plus souvent au même usage.
DATTES. On emploie rarement ce fruit seul ; on associe ordinairement les dattes aux figues , aux jujubes et aux raisins secs, pour en faire ce qu’on appelle la tisane des 4 fruits pectoraux; cette tisane est adoucissante et trèsusitée dans les irritations de poitrine. On la prépare de la manière suivante :
P. Dattes dépouillées de leur noyau.
Jujubes,
Figues grasses,
Raisins secs,
Faites bouillir pendant un quart d’beure dans un litre d’eau. On peut remplacer l’eau pure par un bouillon de veau très-léger.
FIGUES. Voy. Dattes pour la manière de s’en servir. GOMME ADRAGANT. En infusion.
P. gom. adrag. de i à 2 gros.
Eau commune, 1 litre. On édulcore avec du sucre ou un sirop pour boisson dans les affections inflammatoires. La gomme adragant a les mêmes propriétés émollientes que la gomme arabique , mais on ne peut pas l’employer à une aussi forte dose, parce qu’elle est très mucilagineuse et qu’elle rendrait les tisanes trop épaisses. Elle entre souvent dans la confection des émulsions et des loochs. GOMME ARABIQUE. En infusion.
P. gomme arabique, de deux gros à une once.
Eau commune , 1 litre. Elle se dissout très-bien à froid. Ajoutez du sucre ou un sirop émollient. Cette boisson est d’un usage très-fréquent dans les inflammations aiguës du canal intestinal; c’est, après l’eau pure, une des moins excitantes qui existe; on peut la rendre plus légère en augmentant la proportion d’eau. Quelquefois, au lieu d’eau simple,
| de cbaquè 1 once.
on fait dissoudre la gomme arabique dans une limonade, une orangeade, dans une tisane d’orge, de guimauve; on peut la rendre légèrement acide par l’addition d’une pomme de reinette coupée en quatre, lorsque le malade est tourmenté par la soif.
Le sirop de gomme arabique est très- souvent employé avec l’eau pure; de cette manière il a la même propriété que la tisane, et peut la remplacer dans tous les cas. Ce sirop sert aussi très -souvent à édulcorer d’autres boissons.
Dans les campagnes où l’on n’aurait pas de gomme arabique, on pourrait se servir avec avantage de la gomme de cerisier, de prunier, d’abricotier. Ces gommes s’emploient de la même manière que la précédente.
GUIMAUVE. On se sert de la racine, des fleurs et des feuilles. De la racine on fait des décoctions pour boissons oulavemens, de la fleur des infusions, et delà feuille des lavemens, des cataplasmes, des lotions, des fomentations.
Racine en décoction. P. racine de guim. i once.
Eau commune, i litre. Edulcorez avec sucre, miel ou un sirop approprié. On emploie cette boisson comme celle de gomme arabique et dans les mêmes cas.
Fleurs en infusion. P. fl. de guim. une pincée.
Eau commune , i litre ; pour boisson comme la précédente.
Le sirop de guimauve est très-usité pour édulcorer les autres boissons ; avec l’eau il peut remplacer la tisane. Pour un lavement, on fait bouillir une poignée de feuilles dans un litre d’eau. La racine sert également à cet usage.
H1SOPE. Feuilles en infusion.
P. feuilles d’hysope de 2 à 3 pincées.
Eau commune, 1 litre. Edulcorez avec du sucre, du miel, ou un sirop émollient. Cette boisson a été vantée contre les irritations de poitrine; mais : elle n’a aucune propriété
bien merveilleuse. Comme elle gst un peu excitante et quelle provoque les sueurs, on ne peut la dojnner dans les cas d’inflammations aiguës du canal intestinal. On en fait des sirops qui, pris avec beaucoup d’eau , ont la même propriété que la tisane. En général , les boissons d’hysope sont données pour exciter la transpiration.
JUJUBES. V oy. Dattes.
LAITUE. Il est rare que l’on emploie cette plante seule pour tisane; elle est au reste très-adoucissante : on en met environ une poignée pour un litre d’eau, en décoction, ou en infusion ; elle entre souvent dans la préparation des jus d’herbes. On se sert encore de la feuille pour préparer des cataplasmes émolliens ; l’eau distillée de laitue est conservée dans les pharmacies pour servir de véhicule à d’autres substances.
On vante beaucoup, et avec raison, comme calmant, le suc laiteux de la tige de laitue. Voici la manière de l’obtenir. Lorsque la laitue est près du temps de la floraison , on fait avec la pointe d’un instrument tranchant de petites incisions sur ses tiges. Il en coule une espèce de lait que l’on recueille tous lés jours avec soin ; on laisse épaissir ce suc, qui se durcit ensuite, et on le conserve dans un endroit sec. Un autre moyen d’obtenir le suc laiteux de la laitue, serait d’ôter les feuilles à la même époque, et de couper la tige en morceaux ; on presse ces morceaux pour en extraire le suc, que l’on fait ensuite concréter par l’évaporation ; mais par ce moyen le suc laiteux n’est pas aussi pur que dans le cas précédent. Voici maintenant la manière de s’en servir.
P. suc laiteux de laitue , de 3 à 4 grains.
Eau comm. 6 onces. Edulcorez avec du sucre ou un sirop à prendre par cuillerée toutes les heures. On peut aussi mettre la même quantité de ce suc dans une boisson douce ordinaire , la tisane de gomme arabique , par
exemple. Cette préparation qui se trouve rarement pure dans les pharmacies , convient surtout aux personnes sujettes aux irritations nerveuses; rien n’empêche de l’employer dans les autres espèces d’inflammations : elle est très-calmante.
LIERRE TERRESTRE. La feuille en infusion.
P. Lierre terrestre , de 2 à 3 pincées.
Eau commune, 1 litre. Pour boisson ordinaire dans les irritations de poitrine. On associe très-souvent cette tisane au lait de vache ou d’ânesse. Il convient pourtant de dire que le lierre terrestre est loin d’avoir les propriétés^ que le vulgaire se plaît à lui prêter. Dans les cas où il fait quelque bien , nous pensons que cela dépend entièrement de l’eau qui lui sert de véhicule ; on peut en dire autant d’un grand nombre d’autres substances émollientes.
La feuille dé lierre sert encore à panser les cautères ét les vésicatoires qui n’ont que peu d’étendue, tels que ceux que l’on met derrière les oreilles.
LIN. On se sert de la graine en infusion. -
P. graine de lin, de 2 gros à 1/2 once.
Eau commune, 1 litre. Faites infuser, ajoutez du suere ou un sirop pour boisson ordinaire. Elle est souvent employée dans les irritations des voies urinaires pour provoquer la sécrétion de l’urine , pourvu toutefois qu’il n’y ait pas d’irritation vive de l’estomac et du canal alimentaire ; car la graine de lin contient un arôme âcre qui ne conviendrait pas dans ces derniers cas.
Très-souvent employée en décoction pour lavement.
La farine sert à préparer des cataplasmes émolliens; pour cela, il suffit de prendre cette farine et d’en faire une pâte avec de l’eau chaude ou tiède. On étend cette pâte entre deux linges et on l’applique sur les endroits convenables. C’est le cataplasme que l’on applique ordinairement
sur les piqûres de sangsues pour amollir la peau et faire couler le sang plus abondamment.
MAUVE. Voy. Guimauve.
MIEL. Il sert à édulcorer les boissons. Mêlé avec l’eau pure il forme ce qu’on appelle l’hydromel , et constitue une boisson douce et légèrement purgative. La dose est d’environ i ou 2 onces par litre d’eau. On en fait des gargarismes avec l’eau simple, ou en y ajoutant un peu de vinaigre jusqu a un degré d’acidité agréable. Le sirop de miel sert aux mêmes usages que le miel pur.
Comme cette substance est nutritive et aromatique, elle ne convient pas dans les gastrites où la diète est rigoureusement prescrite. Les inflammations de poitrine qui ne sont pas compliquées de gastrite sont les cas où les boissons miellées se trouvent le mieux indiquées. Les personnes habituellement constipées se trouvent quelquefois très-bien de la boisson d’eau miellée.
NENUPHAR.. On emploie la fleur quand elle est fraîche, mais on se sert plus communément de la racine. Cette substance contient beaucoup de mucilage, comme la guimauve, et convient par conséquent à peu près dans les mêmes cas ; mais il ne faut pas ajouter la moindre foi aux fables que l’on débite sur son extrême puissance débilitante des organes génitaux.
Fleur en infusion. P. fleur fraîche de nénuphar, de 2 gros à ili once.
Eau commune, 1 litre. Edulcorez avec du sucre ou un sirop émollient pour boisson à volonté.
Racine en décoction. P. racine de nénuphar, de 1/2 à 2 onces.
Eau commune , 1 litre. Edulcorez pour boisson à volonté.
Le sirop de nénuphar sert à édulcorer d’autres boissons , ou il se prend avec l’eau pure.
ORGE. Dès les temps les plus anciens, on fait usage de la décoction d’orge, autrement dite eau d’orge. Pour préparer cette tisane , on se sert d’orge entier ou d’orge mondé ou perlé. La décoction est simple , c’est-à-dire, faite avec de l’orge et de l’eau seulement, ou composée.
Décoction simple. P. orge entier ou mondé, de 1/2 à 1 once.
Eau commune, 1 litre. Faites bouillir jusqu’à ce que l’orge s’amollisse et se gonfle. Passez à travers un linge, ajoutez du sucre ou un sirop émollient ou du miel pour boisson ordinaire.
Décoction composée. Au lieu d’eau pure, on ajoute quelquefois à l’orge des racines de réglisse, de chiendent, de chicorée, etc. ; on peut aussi ajouter à la décoction simple des jujubes, des dattes, des figues, des raisins, suivant l’indication.
On coupe quelquefois la décoction d’orge avec l’eau de gomme , de guimauve, et plus souvent encore avec le lait. On peut la rendre légèrement acidulé , en y ajoutant une pomme de reinette coupée par morceaux , ou bien en la coupant avec la limonade, l’orangeade, un sirop acidulé.
Le gruau d’orge sert à préparer des crèmes pour les convalescens ; ces crèmes ou potages se font avec le lait ou avec l’eau simple , ou avec un bouillon léger.
L’orge est moins émollient que la gomme arabique , que la guimauve. Comme il est nutritif , il ne convient pas dans les inflammations aiguës de l’estomac qui exigeraient une diète rigoureuse. Mais on peut l’employer sans crainte lorsque l’état inflammatoire a peu de violence. Coupé avec le lait, il constitue une des meilleures boissons qu’on puisse employer contre les irritations chroniques de l’estomac et de la poitrine; parce que, administré de cette manière, il tient lieu de nourriture et de boisson. N’oublions pas que le reste du régime doit concorder avec ces moyens ; car il serait inutile de se mettre à l’eau d’orge et au lait, si d’un
autre côté on allait s’échauffer par des alimens succulens , du vin , des liqueurs spiritueuses , du café , des exercices violens.
POIRÉE ou BETTE. On ne s’en sert guère que pour faire des cataplasmes. Pour cela, on fait bouillir la feuille dans de l’eau, et on l’applique sur les parties convenables pour faire hâter la suppuration. On la met assez communément sur les croûtes de lait des enfans pour les faire tomber.
RÉGLISSE. Racine en décoction.
P. racine de réglisse , de i à 2 gros.
Eau commune , 1 litre , pour boisson à volonté.
On peut aiguiser cette boisson par l’addition d’une pomme de reinette coupée en morceaux; la réglisse est plus souvent employée pour édulcorer les tisanes quelle ne l’est en simple décoction.
Elle convient surtout dans les irritations de poitrine, les rhumes, les catarrhes; dans ce cas, il ne convient pas de l’unir aux acides.
SEMENCES FROIDES. Les anciens leur donnaient ce nom, sous prétexte quelles avaient une propriété sédative particulière, ns les distinguaient en majeures et mineures. Les 4 semences froides majeures sont celles de melon, de concombre , de courge et de citrouille. Les 4 mineures sont les semences de laitue, de chicorée, d’endive et de pourpier. Ces dernières ne sont plus employées. Les semences froides majeures servent à faire des émulsions ; on les emploie séparément ou toutes quatre à la fois. Elles sont rafraîchissantes et adoucissantes , mais pas autant qu’on le dit, puisqu’elles contiennent beaucoup de parties nutritives. Foyez , pour la manière de les préparer , l’article Emulsion.
TUSSILAGE ou PAS-D’ANE. Fleur en infusion.
P. fleur de tussilage , de 1 à 3 pincées.
Eaa commune , i litre. Faites infuser , édulcorez avec du sucre , ou un sirop émollient. Pour boisson ordinaire.
Le tussilage, quoique assez souvent employé, est moins émollient que la guimauve ou la gomme, et ne doit pas* en conséquence, être prescrit dans les gastrites aiguë*.
VIOLETTE. Fleur en infusion.
P. fl. de violette , de 2 à 3 pincées.
Eau commune, 1 litre. Faites infuser; édulcorez avec du sucre ou du miel, pour boisson ordinaire. Cette tisane est moins adoucissante que celle de mauve et de guimauve.
I^e sirop de violette est souvent employé pour édulcorer d’autres boissons. Avec l’eau simple, il donne une boisson douée de la même propriété que la tisane ci-dessus.
Comme la violette est légèrement stimulante, à cause de l’arome qu’elle contient ; on s’abstiendra de la donner dans les cas d’inflammations vives internes. Elle pourrait convenir dans les irritations chroniques et lorsqu’on veut exciter la transpiration.
Règne animal. — Les principales substances émollientes fournies par les animaux sont :
LES BOUILLONS de grenouille,
- - de limaçons ( escargots de -vigne).
- de poulet,
- - de tortue,
— - de veau ,
auxquels on peut
ajouter. . le lait ,
le petit-lait,
quoique ces derniers liquides appartiennent presque autant au règne végétal qu’au règne animal.
Les bouillons les plus légers étant tous nourpssans, aucun ne convient dans les gastrites (fièvres ), jusqu’à ce que l’appétit soit bien prononcé. Dans les affections catarrheuses, rien ne presse même de donner des bouillons géla-
tineux. A mesure que la convalescence se manifeste, on peut commencer à les donner unis avec le lait. Comme ils ne sont cependant pas tous nutritifs au même degré, on commencera par administrer ceux qui sont le plus émoiliens. Parmi ces derniers , ceux de grenouilles et de limaçons tiennent le premier rang. Vient ensuite le bouillon de tortue ; mais il n’est pas toujours facile d’avoir sous la main des grenouilles, des limaçons ou des tortues : on y supplée aisément par ceux de poulet et de veau. On peut les rendre extrêmement légers en augmentant la proportion d’eau. Le bouillon de jeune poulet est plus émollient que celui de poule, etc. : il y a ainsi des gradations jusqu’à celui de bœuf qui est le plus nourrissant et que l’on ne peut plus mettre au rang des bouillons émolliens. ,11 faut donc passer lentement par ces gradations, si l’on ne veut exposer le malade à des rechutes, toujours plus dangereuses que la maladie primitive.
C’est dans la convalescence qui suit les maladies aiguës que les personnes qui soignent le malade doivent redoubler d’attention ; car alors il désire les alimens avec une espèce de voracité, et si l’on se prêtait à ses goûts, il chargerait son estomac de substances qu’il n’est point encore en état de digérer. D’ailleurs, quand bien même il les digérerait , les alimens pris en trop grande quantité réveilleraient l’excitation , la fièvre, l’inflammation qui commence seulement à s’éteindre, et cela avec d’autant plus de facilité, que lorsque le corps a été malade, il est beaucoup plus sensible et plus facile à le redevenir qu’auparavant. Voyez pour plus amples détailsl’article Convalescence. Nous ne croyons pas devoir parler ici de la préparation de ces bouillons , parce que tout le monde la connaît. Nous dirons seulement qu’on peut y ajouter quelques plantes légèrement aromatiques , dans les cas où l’inflammation est peu violente; tels sont les navets, les porreaux, les ognons.
LE LAIT constitue une nourriture extrêmement douce. 33 convient dans la convalescence aux personnes qui ont souffert des gastrites aiguës, ou qui en portent encore de chroniques. Cette nourriture est infiniment préférable à tous ces toniques, à tous ces bons consommés, à tous ces vins généreux dont on charge l’estomac des pauvres malades, sous prétexte de les fortifier et de les restaurer.
Le lait peut se prendre pur ou mélangé avec d’autresboissons ; mais on ne le donnera jamais avec des acides, et l’on fera en sorte qu’il n’en entre point dans l’estomac, soit avant de le prendre, soit après qu’on l’aura pris, parce que les acides font cailler le lait et en rendent la digestion difficile. La même chose arrive lorsqu’on a des aigreurs dans l’estomac. Il est des personnes chez lesquelles le lait pur se caille presque toujours; un peu de sucre, ou un sirop émollient suffisent ordinairement pour empêcher cet effet. On a vu des personnes exténuées de faiblesse, ne pouvant presque plus rien digérer, recouvrer l’embonpoint, les forces et la santé au moyen du régime lacté pendant plusieurs mois et même des années. Mais il ne faut pas oublier que ce régime ne réussit aux personnes dont les organes digestifs sont surexcités , qu’à condition qu’ils y seront constans, et qu’ils ne feront pas comme tant d’imprudens qui, se soumettant le matin à un régime adoucissant, prennent plus tard un repas copieux et composé de mets et de liqueurs échauffantes. C’est proprement éteindre le feu pour le rallumer; malheureusement nos organes ne s’accommodent pas de ce passage des émolliens aux excitans, et à force d’éteindre et de rallumer , l’on finît par réveiller un incendie qui dévore tout l’é'difice.
PETIT-LAIT. Il est bien moins nourrissant que le lait; mais il l’est cependant un peu , et ne convient pas par conséquent dans les cas où il y a inflammation vive , qui exige un traitement franchement émollient. On peut le donner lors-
que l’irritation se calme , et qu’il y a constipation. Le petit' lait est employé avec assez d’avantages dans les affections de la peau , telles que les dartres, les éruptions cutanées, etc. Dans ce cas , on peut l’associer à la gélatine ; et c’est alors un aliment fort léger; mais il faut toujours voir si l’estomac peut le supporter. Le petit-lait est aussi conseillé comme rafraîchissant durant les chaleurs, et les personnes qui sont disposées aux inflammations se trouvent assez bien d’en prendre quelques tasses tous les matins pendant huit à quinze jours. On peut le rendre purgatif par l’addition de quelques substances , telles que le sel de Sedlitz (sulfate de magnésie), le sel de Duobus (sulfate de potasse) ou le sel de Glauber ( sulfate de soude ). La quantité de ces sels est de demi-once jusqu’à une once et demie pour un litre de liquide, à prendre par verrées dans la matinée.
Antiphlogistiques acidulés.
Les substances ainsi nommées sont toutes plus ou moins acides, mais elles contiennent en outre d’autres principes qui ne le sont pas. C’est pour cette raison qu’on les distingue des acides purs et simples. Elles sont fournies par les fruits et les plantes acides. Parmi lés acidulés , il en est qui sont assez nutritifs, d’autres le sont moins; les premiers, par conséquent, sont plus excitans que les autres* Leur propriété nutritive est due en grande partie aü sücre et au mucus des fruits acides quôn peut appeler pour cela mucoso-sucrés , et leur qualité excitante dépend d’un principe particulier qui constitue ce qu’on appelle l’arôme de ces fruits.
Les boissons préparées avec les fruits ou les plantes acides sont d’un grandusage en médecine. Elles conviennent surtout dans les inflammations de l’estomac et des intestins accompagnées d’une soif ardente ; mais l’emploi de ces boissons exige un peu plus de précautions que celles qui
ont pour base les substances émollientes et dont il est question dans le précédent article. En effet , elles ne conviennent jamais dans les fièvres qui sont compliquées d’irritation de poitrine, parce quelles provoquent la toux et quelles augmentent par conséquent cette irritation. Outre cela, comme les substances acides ne sont rafraîchissantes que lorsqu’elles sont étendues de beaucoup d’eau , elles devront en contenir une plus grande quantité à mesure que l’inflammation sera plus vive, et dans les cas où elle diminue, on courrait risque de la réveiller par l’usage de boissons acidulés trop chargées, ou données pendant trop long-temps. On peut conclure de là que les boissons acidulés , pour produire l’effet antiphlogistique , c’est-àdire rafraîchissant, doivent être très-aqueuses ; que l’on doit choisir celles qui sont le moins irritantes ; que les cas où elles sont le mieux indiquées sont ceux où il y a. irritation gastrique et intestinale accompagnée de soif ardente; ( telles sont les fièvres dites inflammatoires ) que l’usage n’en peut être continué pendant long-temps comme celui des émofliens ; qu’il faut les rejeter dans les affections de poitrine, et dans les coliques accompagnées de dévoiement. Les acides ne doivent jamais être donnés avec le lait.
Yoici maintenant les substances acidulés dont l’usage est le plus commun.
Alléluia.
Citron, (fruit.)
Fraises, (fruit.)
Framboises. ( fruit. ) Groseilles, (fruit.)
Mûres. ( fruit. )
Orange, (fruit.)
Oseille.
Pomme de reinette, (fruit. ) Pruneaux, (fruit.) Tamarins (pulpe de).
Oxalis acetosella.
C itras medica. Fragaria vesca.
Rubus idœus.
Ribes rubrum.
Morus nigra.
Citrus aurantium .
Rumex acetosa.
Pjrus malus.
Prunus domestica .
T amarlndus indica.
A T, T, FUJI A. Feuille en infusion.
P. feuilles d’alleluia, i pincée.
Eau bouillante , i litre.
Cette boisson plaît beaucoup à certains malades , surtout quand ils sont dégoûtés des émolliens. On peut la donner sans sucre , si la soif est vive. On peut aussi en aromatiser d’autres boissons pour leur donner une agréable acidité. Cette tisane ne conviendrait pas si l’inflammation était forte. Au printemps et dans les grandes chaleurs, les personnes sanguines et disposées aux maladies inflammatoires se trouvent bien de cette tisane prise tous les matins pendant quelques jours, à la dose de quelques verrues. Quelquefois on la coupe avec une décoction d’orge, avec la tisane de gomme, ou une autre boisson émolliente.
CITRON. Le jus seul de ce fruit est acidulé. L’écorce est très-stimulante et ne convient jamais dans les fièvres inflammatoires. Il est inutile de parler ici de la préparation. du citron pour servir de boisson , tout le monde sachant faire de la limonade. Cependant il ne sera pas inutile d’avertir que la limonade faite à l’eau froide est plus convenable dans les inflammations que celle faite à l’eau chaude , et qu’on appelle limonade cuite. La raison en est que l’eau chaude dissout le principe amer et aromatique du citron, ce qui rend la limonade plus stimulante. L’écorce doit donc toujours être séparée. On emploie ordinairement cette boisson seule et sans mélange. D’autres fois dn l’associe à la tisane de gomme , de guimauve , d’orge , etc., pour la rendre moins acide et plus adoucissante. Elle convient dans les irritations peu intenses de l’estomac. On la rejetera dans les hauts degrés d’inflammation intestinale , à moins qu’elle ne soit extrêmement légère ; elle ne convient jamais quand il y a diarrhée accompagnée de colique, dans les irritations pulmonaires.
FRAISES. Elles sont peu employées , comme étant trop nourrissantes et de difficile digestion.
FRAMBOISES. Le sirop de framboise est d’un goût très-agréable , on l’emploie souvent pour édulcorer les autres tisanes. Cependant il n’est pas rare de s’en servir avec l’eau pure. Il convient dans les irritations peu intenses , et qui ne sont accompagnées ni de toux ni de diarrhée avec colique.
GROSEILLES rouges et blanches. La groseille étant fortement acide n’est pas supportée par tous les estomacs indifféremment; mais étendue d’une grande quantité d’eau , elle constitue une boisson très-rafraîchissante. On ne doit jamais en continuer l’usage pendant long-temps , à moins qu elle ne soit du goût du malade , et l’on s’en abstiendra dans des complications d’irritation de poitrine et de colique avec diarrhée. On prépare cette boisson en exprimant le jus de la groseille auquel on ajoute une quantité suffisante d’eau. Le sirop a la même propriété ; on peut s’en servir avec l’eau pure , ou pour édulcorer d’autres boissons.
MURES. Leur acide est encore plus fort que le précédent; il ne peut convenir en boisson qu’aux personnes robustes. On emploie souvent le sirop de mûres en gargarisme dans les inflammations de l'arrière-gorge , ‘après la saignée. Il y aurait danger d’augmenter l’irritation en le donnant durant l’état aigu.
PRUNEAUX. On les emploie comme aliment ou comme boisson rafraîchissante et laxative. Une décoction de i5 à 20 pruneaux par litre d’eau convient donc dans les cas de fièvre peu aiguë accompagnée de constipation. On augmente l’effet laxatif en édulcorant avec du miel. Bien entendu qu’une pareille boisson ne conviendrait pas dans une gastrite aiguë, ni dans les cas d’irritation de poitrine et de colique.
POMME DE REINETTE. On en fait d?assez bonnes tisanes adoucies avec le sucre , le miel ou la racine de réglisse. On s’en sert également pour donner un goût agréable aux autres boissons. Dans tous les cas , la préparation consiste à la couper par morceaux dans l’eau ou la tisane bouillante.
ORANGE. Elle est d’une acidité agréable , et, comme elle ne contient rien de nutritif, elle constitue une boisson excellente dans les inflammations aiguës de l’estomac. Si la soif est intense , on peut même la donner dans les affections de poitrine qui ne sont pas accompagnées de toux. On prépare la boisson d’orange absolument comme celle du citron. On la boit pure , édulcorée avec du sucre ou un sirop convenable , ou bien on l’associe aux tisanes de guimauve , de gomme , d’orge , etc.
OSEILLE. On s’en sert dans les mêmes cas et de la même manière que l’alleluia. Voy. plus haut cet article. Le sel d’oseille ( oxalate acidulé de potasse ) a les mêmes propriétés que la plante. On en prépare des boissons avec l’eau pure, ou bien l’on s’en sert pour aromatiser d’autres tisanes et leur donner une agréable acidité. La dose de pe sel est d’un 1/2 gros à 1 gros pour 1 litre de liquide.
A ntiphlogistiques acides.
Nous plaçons les acides parmi les antiphlogistiques lorsqu’ils sont étendus dans une grande quantité d’eau; s’ils sont purs , loin d’être rafraîchissans , ils sont stimulans , et un grand nombre d’entre eux sont corrosifs et constituent des poisons énergiques. Comme les acides ne contiennent pas de substances nutritives , à la manière des acidulés , ils conviennent mieux que ces derniers lorsque la diète doit être sévère.' Les cas où leur emploi est convenable sont à peu près les mêmes que ceux indiqués pour les acidulés ; donc ,
,on ne les donnera jamais lorsqu’il y aura toux , irritation de poitrine , colique. Ils ne conviennent pas dans les inflammations chroniques des intestins. Plus l’inflammation sera vive , ce que l’on reconnaît à la rougeur du pourtour de la langue , à la sécheresse de la peau , à l’accélération du pouls , à la douleur de la tête , au brisement des membres , moins la quantité d’acide devra être considérable ; parce qu’en pareil cas, l’eau est le moyen prescrit par la nature pour étancher le feu qui dévore les entrailles. Mais l’eau aiguisée de quelques gouttes d’acide n’en devient que plus rafraîchissante dans bien des circonstances.
Les acides dont l’usage est le plus fréquent sont les sùivans :
ACIDE acétique ou Vinaigre.
- carbonique.
— - — citrique — de Citron.
- - malîque — de Pomme.
- muriatique — Hydro-chlorique.
- nitrique — Eau forte.
- oxalique — Sel d’oseille.
- sulfurique — Huile de vitriol. 1
- tartarique ■ — Acide de tartre.
ACIDE ACÉTIQUE ou Vinaigre. Comme il est le plus facile à se procurer, il est aussi celui dont on -fait le plus fréquemment usage. Ajouté à l’eau miellée , il forme ce qu’on appelle l’oximel ou l’oxycrat. La dose est de i à 2 cuillerées sur un litre d’eau miellée , ou mieux, jusqu’à acidité agréable. Cette eau ainsi préparée peut servir de boisson rafraîchissante ou de gargarisme. Le vinaigre s’emploie également pur pour aciduler d’autres boissons. Le sirop de vinaigre est assez souvent employé avec l’eau pure. La dose est de 1 à 4 onces pour 1 litre d’eau.
On ne l’emploiera jamais dans les coliques, dans les irritations de poitrine, ni dans les inflammations chroniques des intestins,
ACIDE CARBONIQUE. Il est contenu dans l’eau de Seltz les eaux minérales acidulées. Voyez Eaux minérales , art. Eau de Seltz.
ACIDE CITRIQUE. Il est extrait du citron et a les mêmes propriétés que le jus de ce fruit. Dose : de io à i5 grains pour un litre d’eau pure ou d’un autre liquide donné en boisson ordinaire. Il est moins irritant que le vinaigre , et il mérite la préférence dans presque tous les cas.
ACIDE MALÏQUE. Il est extrait des pommes, des prunes, et de quelques autres fruits acidulés. La dose est la même que celle du précédent. Il est rarement employé.
* ACIDE MURIATIQUE ou Hydro-chlorique. Dose : de 1 5 à 3o gouttes dans un litre d’eau ou de tisane émolliente. Il provoque plus facilement la toux que les autres acides, et l’on doit par conséquent s’en abstenir pour peu qu’il y ait irritation de poitrine. On l’emploie surtout, mais très-étendu d’eau , lorsque la bouche exhale une mauvaise odeur. Cet acide est rarement employé, et peut être remplacé facilement par un autre moins dangereux. Pur, il constitue un poison violent.
* ACIDE NITRIQUE ou Eau forte. Dose : de 20 à 3o gouttes dans un litre d’eau , ou mieux , jusqu’à acidité agréable. On édulcore avec du sucre pour en faire une boisson ordinaire dans les fièvres qui revêtent la forme dite putride. Comme acide, cette boisson peut servir en qualité de rafraîchissant dans les fièvres inflammatoires. Son usage intérieur exige des précautions. On peut également le remplacer par un autre moins dangereux. Pur, il constitue un poison violent.
ACIDE OXALIQUE ou Sel d’oseille. Voyez plus haut Oseille.
* AGIDE SULFURIQUE ou Huile de vitriol. Quelques
gouttes de cet acide dans une grande quantité d’eau donnent une boisson préférable aux autres, lorsque la soif est trèsgrande, le pouls fort, la fièvre ardente. Dose : de 20 à 3o gouttes par litre d’eau; édulcorez avec le sucre. On l’associe à l’eau de riz, aux soupes féculentes pour arrêter le dévoiement lorsqu’il n’est pas accompagné de coliques. On se sert aussi de cet acide, et toujours en petites doses, pour aiguiser les tisanes émollientes de gomme, de guimauve, etc.
ACIDE TAUTABIQUE. Dose : de i5 à 25 grains dans un litre d’eau sucrée. De cette manière on fait une limonade assez agréable, et très-souvent employée pour boisson ordinaire dans les fièvres ardentes , pourvu toutefois qu’elles ne soient compliquées ni de colique, ni d’irritation de poitrine.
Antiscorbutiques.
Il s’en faut bien que lés substances auxquelles on attribue la propriété antiscorbutique jouissent réellement toutes de cette propriété. Le scorbut est une maladie qui cède plus facilement à un régime approprié qu’aux remèdes que l’on emploie ordinairement pour la combattre : cependant, il faut convenir qu’il en est quelquesuns dont l’utilité ne saurait être contestée; mais leur emploi demande de la prudence. En effet , la plupart des plantes crucifères , qui sont celles qui fournissent les antiscorbutiques , sont douées d’une action âcre et irritante. Données à fortes doses , ces substances peuvent déterminer l’inflammation du canal intestinal; elles peuvent produire cet accident, même à petites doses, lorsque ce canal, sans être enflammé, est déjà disposé à l’être. Les boissons acidulés telles que la limonade de citron et autres, la gélatine végétale et animale, les végétaux frais en nourriture, le lait, sont les moyens les plus appropriés
pour guérir le scorbut. Voyez , pour plus de détail, l’article Scorbut. Mais ces moyens ne sont pas ceux que les auteurs ont appelés antiscorbutiques , quoiqu’ils mériteraient peut-être mieux ce nom, puisqu’ils contribuent pour le moins autant qu eux à la guérison.
Les antiscorbutiques proprement dits sont tous tirés du règne végétal. Voici ceux dont l’usage est le plus fréquent:.
Beccabunga,
Cochléaria.
Cresson alénois.
Cresson de fontaine.
Raifort.
Trèfle d’eau.
V eronica Beccabunga.
Cochléaria ofjîcinalis.
Lepidium sativum.
Slsymbrium nasturtium-.
Cochléaria armoracia.
Menyanth.es trifoliata.
BECCABUNGA ou Véronique. (Hertae.) On en fait des sucs que l’on prend à la dose de 2 à 4 onces. On fait aussi dès infusions avec la feuille. Dose : de 1 à 2 pincées pour 1 litre d’eau. On en fait également des sirops que l’on prend par cuillerée une ou deux fois le jour. On l’emploie rarement seul, et on l’associe ordinairement à d’autres plantes, telles que le cresson, la chicorée, la laitue, etc.
COCHLÉARIA. (Herbe.) On en fait des sucs que l’on prend à la dose de 172 once jusqu’à 2 onces par jour; des infusions de 1 à 2 onces pour 1 litre d’eau. Le sirop de cochléaria se prend pur et par cuillerée à café une ou deux fois par jour, mais plus ordinairement on l’associe à d’autres boissons. L’esprit de cochléaria est une préparation faite avec l’alcool; comme il est très -excitant, il suffit d’en mettre quelques gouttes dans une boisson appropriée.
Le cochléaria est un des antiscorbutiques les plus forts. A haute dose il ne manquerait certainement pas d’irriter les voies digestives, et ne pourrait être que nuisible. H ne conviendrait pas même à très-petites doses dans les cas où 1 estomac serait légèrement irrité ou disposé à l’inflammation.
CRESSON ALENOIS. (Herbe.) Il s’emploie de la même manière 'que le suivant ; seulement comme il est moins âcre, il peut être administré à plus haute dose*
CRESSON DE FONTAINE. (Herbe.) On en fait des sucs, qu’on prend à la dose de 2 à 4 onces par jour; des infusions, de 1 à 2 onces de feuilles de cresson pour 1 litre d’eau. Le sirop de ce cresson peut être pris seul à la dose d’une cuillerée à café une ou deux fois le jour; ou bien l’on s’en sert pour aromatiser d’autres boissons. On associe quelquefois le suc de cresson avec le lait. Celui-ci corrige alors l’âcreté du cresson , et se trouve en même temps mieux digéré par certaines personnes. C’est un moyen que l’on peut tenter* Dans ce cas, la proportion de suc serait environ d’une ou deux onces pour un demi-litre de lait*
Le cresson est le plus généralement usité de tous les antiscorbutiques* On le prescrit au hasard aussitôt que l’on voit une personne pâle, affaiblie, sans faire attention que cet état dépend souvent d’une gastrite chronique que le cresson ne peut qu’aggraver; oü, s’il réussit, c’est une chance douteuse que la prudence ne permet pas de tenter. C’est un véritable préjugé que la vogue populaire dont jouit le cresson comme rafraîchissant et conservant la santé. Nous sommes loin de nier les hons effets que bon peut en retirer, mais encore faut-il tenir compte de l’état de l’estomac dans lequel on l’envoie; car il est hors de doute que si ce viscère est irrité ou disposé à l’être, le cresson, qui est âcre, stimulant, irritant, ne saurait produire les bons effets que l’on peut en attendre . en l’employant convenablement.
Le cresson, la chicorée, le pissenlit, la fumeterre, l’oseille, le bette sont assez souvent associés pour préparer les jus d’herbes. Ces jus produisent au moins un aussi bon effet que le cresson pur, comme étant moins stimulans.
S’ils l’étaient trop, on diminuerait ou l’on retrancherait les plantes les plus excitantes.
Lorsqu’il y a irritation des reins ou de la vessie, le cresson doit être rejeté , ainsi que les autres antiscorbutiques proprement dits.
RAIFORT. (Racine fraîche.) On en fait des infusions, des. sucs, des sirops, que l’on emploie comme le cresson, mais à plus petites doses, parce qu’il est plus âcre et plus stimulant. Il entre aussi dans la composition du vin antiscorbutique que l’on trouve tout préparé chez les pharmaciens. Ce vin, pour le dire en passant, ne peut convenir que dans le scorbut appelé scorbut froid. Dans le scorbut chaud, il est trop stimulant; et, loin d’être alors un antiscorbutique, il ne ferait qu’aggraver l’état du malade. On le donne à la dose de i ou 2 cuillerées, et même plus , tous les matins ; la quantité doit être proportionnée à l’âge et aux forces du malade. S’il y avait irritation de l’estomac, on s’en abtiendrait entièrement. On en fait également des sirops. Dose : de 1 à 2 onces par jour.
Les vins , les sirops , les teintures préparées avec les antiscorbutiques que nous venons de décrire, servent aussi en forme de gargarisme lorsque les gencives sont livides, saignantes , et qu’il y a des aphtes dans la bouche. Des. moyens ne conviendraient pas s’il y avait douleur et chaleur un peu intense des gencives ou d’autres parties de la bouche. Dans presque tous les cas , les antiphlogistiques en gargarismes, les acidulés unis aux astringens réussissent mieux que les antiscorbutiques. Voyez article Scorbut.
TREFLE D’EAU. R n’est pas de la même nature que les précédens qui sont tous de la famille appelée crucifères; aussi ne le regardons-nous pas comme un antiscorbutique proprement dit.
La feuille sert à faire des infusions. Dose : une pincée ou deux pour un litre d’eau. La racine sert en décoction
à la dose de 2 ou 3 gros pour un litre d’eau. On prépare aussi des sucs avec la feuille, que l’on prend à la dose de 2 ou 3 onces par jour. Ce médicament, comme les autres antiscorbutiques, est souvent associé à d’autres substances. H ne convient que lorsqu’il n’y a pas irritation du canal intestinal. Cependant il est moins âcre et moins stimulant que la plupart des crucifères.
A ntispasmodiqu.es.
Les substances antispasmodiques, comme leur nom l’indique, fournissent les remèdes destinés à combattre les affections spasmodiques. Ainsi tout ce qui aide à la guérison de ce genre de maladies semblerait devoir être rangé parmi ces remèdes j mais on a restreint cette dénomination à certaines substances qui détruisent l’habitude convulsive et les attaques dites nerveuses ; tels sont le camphre , l’éther , l’opium , et une infinité d’autres substances que l’on oppose souvent aux maladies nerveuses.
Les antispasmodiques sont les remèdes dont lé charlatanisme et l’ignorance abusent le plus communément, parce qu’il est rare que dans les violentes convulsions, dans les accès d’hystérie , ils ne produisent pas un bienêtre momentané. Mais il ne faut pas s’y tromper, ces moyens aggravent assez souvent l’état dix malade. En effet, les antispasmodiques sont presque tous des stimulans énergiques qui ne font souvent que dissimuler le mal en exerçant une action perturbatrice sur les organes , ou en produisant une révulsion passagère. Comme les affections spasmodiques sont dues à un grand nombre de causes différentes, ainsi qu’on peut le voir à l’article Névroses , il est impossible que les antispasmodiques puissent en être regardés comme le spécifique. On peut établir pour règle générale que les névroses étant de véritables irritations des nerfs, il faut les calmer par les antiphlogistiques , et qu’après les
antiphlogistiques, les moyens les plus efficaces sont l’exeiv cice, la distraction, les voyages; qu’enfin les antispasmodiques ne sauraient convenir à l’intérieur lorsqu’il y a sensibilité excessive, irritation, inflammation du canal intestinal, et que dans ces circonstances il faut détruire l’inflammation ou l’irritation par les antiphlogistiques , avant d’administrer les antispasmodiques $ s’il y a lieu de le faire sans danger*
On a divisé les antispasmodiques en deux classes; savoir, en narcotiqués et en antispasmodiques proprement dits. Les narcotiques sont ainsi appelés, parce qu’ils provoquent au sommeil; ils calment les douleurs dans certains cas. Les antispasmodiques proprement dits sont destinés à interrompre les mouvemens convulsifs des muscles. Nous allons les décrire sous cette double division :
Ire Division* — Antispasmodiques narcotiques . — Tous les remèdes narcotiques agissent en stimulant l’estomac , et non en diminuant l’action vitale de cet organe, comme le pensent plusieurs personnes. En effet , si l’on examiné l’action primitive de ces substances j on verra qu’un grand nombre d’entr’elles produisent l’hilarité, l’exaltation de l’imagination, les désirs vénériens. Mais lorsque cette excitation est portée plus loin, l’abattement survient, puis le sommeil , les rêves , et même le délire. Voilà bien l’effet de la stimulation. Quiconque â observé l’action de l’opium et du vin , sera convaincu de la vérité de cette assertion $ que les narcotiques, surtout l’opium, le plus puissant d'entre eux, sont des substances excitantes.
A petites doses , les narcotiques produisent l’effet précité, mais à fortes doses, le sujet tombe dans un profond assoupissement; il peut mourir d’apoplexie, ainsi qu’il eri existe d’assez nombreux exemples.
Les narcotiques ne conviennent donc pas dans les in-1 flammations aiguës des organes intérieurs, par conséquent
jamais dans les fièvres, jamais dans les affections cérébrales aiguës, jamais dans les affections aiguës de la peau.
G’est contre les affections chroniques que l’on pourra en faire usage de préférence , par exemple dans la diarrhée chronique non compliquée de gastrite. L’opium est alors un excellent moyen , pourvu qu’il soit accompagné de la méthode antiphlogistique. Nous nous éloignerions trop de notre but en indiquant ici les cas nombreux où l’on peut recourir à ces agens. Nous lavons fait dans les articles de ce dictionnaire , à 'mesure que l’occasion s’est présentée. Cependant nous pouvons encore ajouter que les narcotiques sont très -souvent employés comme palliatifs de la douleur, plutôt que comme moyens vrai- •• ment curatifs ; mais il . est dès cas où la douleur est si vive , que l’on songe d’abord à l’éloigner pour le moment i sauf à recourir ensuite aUx moyens propres à détruire la véritable cause qui la produit. Toutefois, il ne faut pas se dissimuler qu’en éloignant momentanément la douleur, on peut aggraver l’état réel de la maladie, et augmenter les difficultés de la guérir radicalement.
Get exposé rapide suffit pour faire comprendre que l’administration des narcotiques exige la plus grande prudence, et qu’elle ne peut guère être confiée qu’à des mains habiles j à dès médecins éclairés , non de ceux qui, enfoncés dans les ténèbres d’une routine aveugle hérissée de contradictions , ne traitent jamais qué les symptômes des maladies , sans songer à porter leur at* tention sur l’altération des organes, que souvent ils ne connaissent pas , et qu’ils ne veulent pas apprendre à connaître. Malheureusement pour l’humanité, ces médicastres téméraires jouissent aux yeux du. vulgaire ignorant d’une célébrité plus grande que les hommes instruits, qu’une connaissance plus précise des parties malades et de l’action des remèdes rend plus circonspects. La raison en est très-simple , c’est que les narcotiques
palliant un instant la douleur, et souvent très-promptement,. on admire celui qui a la vertu de produire un effet si merveilleux ; on lui fait honneur de la guérison j et, quoique le mal reparaisse un peu plus tard avec plus d’intensité, on le regarde comme une seeonde maladie, sans songer que c’est . la : même que l’emploi intempestif des narcotiques n’avait fait que dissimuler, et qui, en stimulant trop fortement les organes déjà irrités, préparait une augmentation réelle de leur état morbide.
Au reste , une: règle générale pour l’administration de ces substances, comme pour tous les stimulans, c’est qu’il faut .toujours considérer l’état de l’estomac avant de les donner à l’intérieur, et renoncer a ces moyens dans tous les cas ou il. serait enflammé. Il y aurait encore beaucoup d’autres considérations à faire à l’égard de chacune des substances narcotiques: en. particulier;; car il n’en est pas ici comme des antiphlogistiques , qui peuvent bien souvent être remplacés les uns par les autres ; les narcotiques , au contraire, ont souvent , outre leurs propriétés générales, une action particulière à chacun d’eux, et que nous allons faire connaître. Les substances narcotiques dont l’usage est Je plus fréquent sont les suivantes : ’
Belladone. Alropa Beltadona.
Ligue. Conium maculatum.
Jusqniame. Hyoscyamus niger.
Morélle. Solanum nigrum .
Opium.
Pavot. Papaver somniferum.
Pomme épineuse. Datur a stramonium.
* BELLADONE. On emploie les feuilles et les racines en poudre. Cette plante est un poison très-violent, et ne peut etre conseillée que par une personne de l’art. L’une de ses propriétés les plus remarquables, c’est de produire la dilatation de la pupille, soit qu’on la prenne à l’intérieur, soit
quon Rapplique directement sur l’œil. On la vante aussi comme le spécifique de la coqueluche, et même comme un préservatif de cette maladie. Nous ne disconvenons pas quelle ne soit quelquefois utile eh pareil cas, mais ses bons effets sont loin d’être eonstans. La dose des feuilles ou de la racine en poudre ne doit pas être de plus d’un demigrain à un grain par prise dans la journée. Lorsqu’on l’emploie -contre la coqueluche, on la fractionne en plusieurs parties, à prendre cinq ou six fois dans la journée, suivant cette formule.
P. Poudre de feuilles, de belladone, 2 grains ; émulsion d’amandes douces, 4 onces; à prendre par cuillerée toutes les deux heures. .
Au lieu de la poudre, on peut employer l’extrait dont la quantité doit être un peu moindre, comme étant plus actif
* CIGUÈ. On la regarde comme le spécifique des squirres, mais elle n’a pas plus de vertus particulières que les autres narcotiques à cet égard. Elle n’est donc point un fondant du squirre. Pendant long-temps les médecins ont administré la ciguë à l’intérieur , sans tenir compte de l’état de lestômac ; et si l’inflammation dè ce viscère arrivait , on ne pensait nullement que cet accident était dû au remède, et l’on continuait par conséquent à l’administrer jusqu’à ce qu’il eût produit des ravages sans ressources. Nous sommes convaincus7 qu’il n’est jamais nécessaire de donner la ciguë intérieurement. Il n’y a pas autant de danger d’en faire des lotions ou des cataplasmes , que l’on applique sur les tumeurs cancéreuses. Les emplâtres de ciguë se préparent dans les pharmacies.
* JÜSQUIAME. Nous ne parlons ici de cette substance que pour en indiquer les dangers. Tantôt préconisée contre les affections nerveuses, tantôt condamnée comme inutile et dangereuse , la jusquiame ne doit être regardée que côthme un poison, et rejetée de la pratique par tout médecin pru-
dent et qui agit d'après les règles d’une saine physiologie. Cependant on peut l’administrer avec moins de crainte à l’extérieur, en cataplasme , en lotion , en fomentation, en bain. L’huile de la graine de jusquiame peut être appliquée en Uniment sur des surfaces douloureuses et peu étendues.
* MOllELLE. Cette plante ne s’emploie guère qu’à l’extérieur pour calmer les douleurs et pour provoquèr la résolution des tumeurs. On l’administre, sous forme de cataplasme, de lotion, de fomentation, de lavement, de bain, d’injection. La dose varie suivant l’usage. En décoction , par exemple, 2 ou 3 gros de feuilles de morelle Suffisent pour un litre d’eau. Souvent on y ajoute d’autres substances , entre autres l’opium , pour augmenter ses propriétés narcotiques. Son usage exige de la prudence.
* OPIUM. C’est le suc épaissi du pavot somnifère. Il a deux propriétés bien distinctes , celle d’exciter le système nerveux , et celle de produire le sommeil.
L’opium est regardé comme le calmant par excellence ; mais , il ne faut pas se le dissimuler, c’est à l’excitation qu’il détermine sur les nerfs et principalement sur le cerveau qu’est dû ce calme qui n’est souvent qu’apparent. Les effets de l’opium sur le corps humain ont beaucoup d’ànalogie avec ceux du vin. A petite dose , d’un et l’autre produisent l’hilarité ; à plus forte dose, ils produisent Pivresse , l’assoupissement , le délire. Or , comme il n’y a personne qui regarde le vin comme un calmant , on ne doit pas non plus regarder l’opium comme tel. J’insiste sur ce point, parce qu il est certaines gens qui s’imaginent que l’opium doit être donné dans tous les cas où il y a douleur, dans tous les cas où il y a insomnie. C’est une erreur et une très-grande erreur ; car si une personne a perdu le sommeil , pour avoir le cerveau trop excité , enflammé même, comme cela arrive le plus souvent , ne croyez pas le provoquer par 1 administration de 1 opium. En effet, puisque cette
substance agit, en excitant cet organe, vous pourriez déter*. miner une véritable congestion, cérébrale, si vous aviez l’imprudence de le donner quand la tête est déjà , comme on dit, trop échauffée. En pareil cas, la méthode antiphlogistique réussira mieux que l’opium , qu’il faut rejeter $ je dirai même que c’est la seule qui puisse réussir. D’ailleurs l’expérience est là pour confirmer ce que j’avance.
Ce n’est pas à dire pour cela que l’opium ne soit d’une très-grande utilité dans certains cas où les douleurs sont aiguës, insupportables , et même dans un grand nombre d’irritations chroniques ; mais que l’on se souvienne que l’opium, administré à l’intérieur , ne peut jamais convenir lorsqu’il y a irritation aiguë du cerveau et du canal intestinal. Les coliques non inflammatoires sont au contraire assez facilement apaisées par cette substance, ainsi qu’un grand nombre de douleurs nerveuses, indépendantes de, l’inflammation aiguë.
> L’opium s’administre sous un grand nombre de formes : en substance , en teinture , en sirop. On peut le faire . entrer dans presque toutes les prescriptions médicamenteuses. Il nous serait par conséquent impossible d’indiquer ici tous les remèdes dans la composition desquels ou l’emploie ; mais nous devons établir certaines règles pour la quantité que l’on peut en prendre. A l’intérieur , on n’en préndra guère que la dose de demi-grain à, deux grains dans les vingt-quatre heures. Ainsi', si l’on emploie le laudanum , dont seize ou vingt gouttes contiennent environ un grain d’opium, on pourra mettre de dix à trente gouttes de ce liquide dans .une potion quelconque , à prendre dans les vingt- quatre heures. Le sirop d’opium en contient environ un grain par demi-once : donc on pourra donner ce sirop à la dosedun gros, d’une demi-once, jusqu’à une once dans, une potion, pour vingt-quatre heures. Mais comme l’habitude fait supporter des doses bien plus fortes quç celles indiquées, on peut en augmenter progressive-.
ment la quantité , pourvu que ce soit avec prudence , et d’après les avis d’un médecin éclairé.
A l’extérieur ., on arrose les cataplasmes avec 3o, 4° ■> 5o gouttes , ou même un grqs de laudanum. Dans un lavement, on peut en mettre de io à 3o gouttes. Notez bien que si le cariai intestinal était tant soit peu enflammé , la dose devrait être extrêmement petite , même en lavement , si toutefois il y avait lieu de le prescrire.
PAYOT. Le pavot que nous tirons de l’Orient, et qui est le même qui fournit l’opium , possède à peu près les mêmes propriétés que ce dernier; c’est de la capsule (la tête) dont on se sert pour les usages médicinaux. C’est ordinairement en lavement et à l’extérieur que l’on emploie les têtes de pavot. On en fait des décoctions; dose : i ou 2 têtes par litre d’eau destinée au lavement , ou pour un bain partiel. Le sirop diacode est fait en partie avec le pavot. On en édulcore les tisanes, les décoctions , les potions.
Le pavot indigène peut très-bien remplacer le précédent; il est même préférable , en ce qu’il ne contient point de narcotine , qui est la partie la plus excitante de l’opium.
* POMME ÉPINEUSE. Cette substance est d’un emploi dangereux tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les avantages que l’on en retire ne sont d’ailleurs pas assez grands pour qu’on ne puisse pas la rejeter de la pratique.
Cependant on retire d’assez bons effets de la graine contre les engelures, en la faisant brûler sur des charbons ardens et en recevant la vapeur sur la partie endolorie.
H* divison. — Antispasmodiques proprement dits. Nous avons déjà averti plus haut que les véritables antispasmodiques étaient destinés à apaiser les mouvemens convulsifs des différentes parties du corps. Nous avons dit aussi que la plupart des stimulans étant très-énergiques , ils ne produisaient pas toujours d’aussi bons effets qu’on pourrait le
croire. Les substances antispasmodiques ont presque toutes une odeur forte, quelquefois fétide. Leur première impression se porte sur le système nerveux, elles en apaisent les désordres, s’il n’y a point d’inflammation aiguë qui les occasione ou qui les accompagne; car, dans ce dernier cas, cette inflammation , cette irritation sera réveillée par l’emploi de cés cxcitans diffusibles , ét là maladie deviendra nécessairement plus grave. Gomme nous avons indiqué , dans différens articles dé ce Dictionnaire , les cas où il convient d’avoir recours aux antispasmodiques , il est inutile de nous y arrêter ici plus long-temps. La classe des substances regardées comme antispasmodiques est extrêmement nombreuse. On peut y rapporter toutes celles que l’on désigne vulgairement sous le nom. de sédatifs du système nerveux , de caïmans des nerfs , bien que ces substances ne soient ni sédatives ni, calmantes. , dans un très-grand nombre de circonstances , ainsi qu’on peut le voir d’après ce que nous en avons dit jusqu’ici.
Voici maintenant le nom et l’usage des antispasmodiques . que l’on peut employer le plus souvent. Ils sont tirés du règne végétal et du règne animal. Nous ne parlerons pas de ceux que fournit le règne minéral , parce qu’ils peuvent être remplacés par les autres.
Règne végétal.
A'mygdalus amarus.
Pimpinella anisüm.
Artemisia vulgaris.
Ferula assa-fœtida Laurus camphôra .
Digitalis pur pur ea.
A nethiim. fœniculum.
Prunus lauro-cerusus .
Lavandula spica.
Métissa oflicinatis.
Amandes amères.
Ànis.
Armoise.
Assâ-fœtida.
Camphre.
Digitale pourprée.
Fenouil.
Laurier cerise.
Lavande.
Mélisse.
Menthe poivrée. Mentha piperita.
Oranger (fleurs d’). Cilrus aurantium.
Pêcher. Amygdalus persica.
Tilleul. Tilia europœa.
Valériane. V aleriana ojjicinalis pu Sylves¬
tres, k
Ajoutez à cela Y éther et plusieurs- huiles essentielles.
Règne animal. '
Ammoniaque ou Alcali volatil.
Musc.
AMANDES AMÈRES. Elles entrent assez souvent dans la confection des émulsions , des loochs , des laits d’amandes. Mais on ne doit pas les employer en grande quantité , parce qu’elles contiennent de l’acide prussique , et que cet acide est un des poisons des plus énergiques que l’pn connaisse. Il suffira donc d’en mettre 4 ou 5 dans une émulsion d’amandes dopces de 4 ou 5 onces. Ainsi préparées, les amandes amères ont été employées avec succès dans les irritations dé poitrine, dans les palpitations du cœur , et dans d'autres convulsions.
AMS. Graine en infusion.
P. apis de i à a gros.
Eau commune , i litre. Faites infuser. A boire , par petites doses, dans quelques cas de coliques accompagnées de flatuosités. Gomm p cette substance est échauffante, stimulante , il est bien clair que l’on ne peut s’en servir que dans les cas ou il n’existe pas d’irritation vive du tube digestif. Dans tous, les cas , on ne doit jamais en faire une boisson habituelle..
On peut aromatiser d’autres boissons aveG quelques cuillerées de cette infusion , ou avec la teinture d’anis , à la dose de quelques gouttes, pour les rendre agréables au goût du malade. Une ou 2 gouttes d’essence d’anis produisent le même effet.
ARMOISE. Racine en décoction . On a beaucoup vanté , dans ces derniers temps , cette racine contre l'épilepsie. Nous sommes loin de croire aux merveilles que l’on en débite ; mais comme l’épilepsie est une maladie contre laquelle nous avons si peu de remèdes , rien n’empêcbe de tenter celui-ci, qui est au reste bien moins dangereux que la plupart de ceux usités jusqu’à ce jour. On peut voir , à l’article Épilepsie , ce que nous pensons de cette maladie. Lorsqu’on se décide à donner l’armoise contre cette affection , on doit choisir l’instant où le malade sent approcher l’accès. La première dose est d’un gros et demi de racine en décoction dans une verrée d’eau commune; après qpoi le malade se met au lit et se couvre de manière à favoriser la transpiration qui survient presque constamment. La deuxième prise est de 2 scrupules , et les suivantes , lorsqu’on est obligé d’y recourir, peuvent être portées jusqu a i gros et même 2 gros.
N’oublions pas que cette substance , étant d’une action stimulante très-énérgique , il ne conviendrait pas de l’administrer dans les cas où le canal intestinal serait le siège de quelque irritation aiguë , accompagnée de symptômes fébriles un peu marqués.
ASSA-FOETIDA. Cette substance , douée d’une odeur très-fétide, ne peut jamais convenir à hautes doses. On en fait des teintures dont on met 3 ou 4 gouttes dans une potion.
Mais on l’emploie le plus communément en lavement. Pour cela, on en délaie de 3 à 10 grains dans un jaune d’œuf, ou dans un peu d’huile , que l’on incorpore ensuite, au liquide destiné pour le lavement. Administré de la sorte , l’assa-fœtida rompt quelquefois sur-le-champ les accès d’hystérie , ceux d’épilepsie , ainsi que d’autres accès convulsifs.
* CAMPHRE. Lorsque le canal intestinal permet l’emploi
de cette substance , on l’administre quelquefois avec succès dans plusieurs affections nerveuses ; mais il doit être employé à petites doses , autrement il constitue un poison énergique. Au reste c’est un des médicamens auxquels on ne doit avoir recours que sur l’avis d’un médecin éclairé. On le donne à l’intérieur dans une potion ou en lavement.
Potiün a V intérieur. P. camphre de io à 20 grains. Faites dissoudre dans un jaune d’œuf ou dans un mucilage. Incorporez 'ce mélange avec une potion appropriée, par exemple une-émulsion d’amandes douces ou autre à prendre dans la journée. On peut aussi le donner sous forme de pilules aux malades à qui son odeur serait trop désagréable. Quand on le donne en lavement, on commence par le faire dissoudre de la même manière que précédemment , puis on ajoute cette dissolution au liquide préparé pour le lavement.
Le camphre est aussi employé dans certaines affections de là vessie, contre les vers, et comme sudorifique; mais comme il est très-stimulant, les médecins le prescrivent bien plus rarement aujourd’hui qu’autrefois , encore plusieurs en font-ils abus.
* DIGITALE POURPRÉE. Cette substance jouit d’une propriété extrêmement remarquable pour apaiser les palpitations du cœur qui ne sont pas compliquées d’altérations organiques. Elle produit des guérisons durables , dans ces cas , lorsqu’elle est administrée avec précaution pendant quelque temps. Mais si elle est placée dans un estomac -enflammé , elle agit comme les autres stimulans, et les palpitations augmentent.
Si , après avoir traité les gastrites , d’abord par les antiphlogistiques , la fièvre tombe, alors on peut donner la digitale : elle produira son effet ordinaire.
On donne encore la digitale dans plusieurs cas d’hydropisie , surtout lorsque cette maladie tient à quelque affection du cœur, telle qu’un anévrisme. Elle est également' utile
dans ces sortes de cas, en ce quelle provoque les urines, et quelle aide par ce moyen à l’excrétion des liquides épanchés. Voy. , pour plus amples détails , les articles Palpitations du cœur et Hydropisie.
Mode d’administration. Feuille en poudre. P. poudre de pourprée, 12 grains.
Poudre de racine de réglisse ou de guimauve , ou bien sucre pilé, 1 gros. Mêlez et divisez en 12 parties égalés. A prendre une de ces doses d’abord 3 fois par jour , dans un peu d’eau ou de tisane émolliente. On peut ensuite porter les doses progressivement jusqu’à 5 ou 6 grains de digitale par prise. On doit en suspendre l’administration aussitôt que l’on aperçoit de l’inflammation dans le canal intestinal, ce qui se connaît, comme l’on sait , à la rougeur du pourtour de la langue , à l’accélération du pouls , à la chaleur et à la sécheresse de la peau.
Il y a plusieurs autres modes de donner la digitale. Ainsi , on en fait des infusions à la dose d’un demi-gros à 2 gros pour 1 litre d’eau, à prendre dans les heures. L’extrait de digitale , préparation qui se trouve dans les pharmacies, se donne à la dose de 6 à 12 grains dans une potion , à prendre en plusieurs fois dans les 24 heures.
On augmente progressivement cette dose suivant les cas particuliers.
FENOUIL. On peut employer toutes les parties de la plante , mais particulièrement les semences.
Semences en infusion. P. semences de fenouil, de 1 à 2 gros. Eau , 1 litre. Faites infuser , édulcorez. À. prendre par demi-verrées , de distance en distance. On fait des décoctions avec la racine. Dose de dëmi-once à 1 once pour 1 litre d’eau. Même usage que la semence. Cette substance réussit très-bien dans les affections nerveuses du bas-ventre telles que celles que l’on observe chez les hypocondriaques,
6 oi.
les femmes hystériques ; dans les coliques des enfans qyj ne sont pas produites par les vers ou par une inflammation violente. L’essence de fenouil, à la dose de 3 ou 4 gouttes, donne aux boissons un goût fort agréable.
^LAURIER CERISE. On emploie la feuille en poudre ; mais on se sert plus ordinairement de l’eau distillée de cette substance , qui se conserve toute préparée dans les pharmacies. Cette eau estemployéeà la dose de 4 à 6 gouttes, dans une potion , dans les 24 heures. On peut l’augmenter progressivementjusqu’àun demi-gros. Cette substance doit son activité à l’acide prussique quelle contient en grande quantité. On l’emploie dans les irritations de poitrine, dont on l’a même regardée comme le meilleur remède; mais elle paraît réussir plutôt à assoupir la douleur qu’elle ne procure une guérison réelle. Il ne convient pas de recourir à ce médicament sans l’avis d’un médecin sage et éclairé.
LAVANDE. Elle entre en grande partie dan s la confection de l’eau de Cologne , dont tout le monde connaît les propriétés et l’usage. Les sommités de lavande servent à faire des infusions. La dose est alors d’un à 2 gros pour 1 litre, d’eau. Cette boisson est très-stimulante et ne conviendrait que dans les cas où l’estomac serait entièrement exempt de toute inflammation.
MELISSE; Feuille en infusion.
P. feuilles de mélisse , de 1 à 2 pincées.
Eau commune , 1 litre. Faites infuser , et édulcorez avec du sucre ou un sirop émollient. Quoique cette plante ne jouisse pas de propriétés très-actives , cependant elle est quelquefois utile dans plusieurs espèces d’affections nerveuses , telles que les accès d’hystérie , certaines douleurs d estomac , connues dans le public sous le nom de crampes, etc. H ne faut pas oublier toutefois qu’une telle boisson, pe saurait convenir si le canal intestinal était le siège de quelque inflammation aiguë. On peut encore se servir dj?
cette infusion pour aromatiser d’autres tisanes* Elle est très-usitée parmi les femmes.
MENTHE POIVREE. Cette plante , qui contient un principe analogue au camphre , est très-stimulante. Il est rare qu’on l’emploie seule ; mais on se sert de la feuille pour faire des infusions que l’on mélange avec d’autres boissons moins actives. L’eau distillée de menthe, qui se trouve toute préparée daus les pharmacies, est plus ordinairement employée pour aromatiser les autres potions ou tisanes que l’infusion , mais c’est à tort , car la propriété est à peu près la même. L’infusion se prépare ainsi :
P. feuilles fraîches ou desséchées de menthe , de z à 2 pincées.
Eau, 1 litre. Faites infuser. À prendre par demi-tasses; de distance en distance.
Le Sirop de menthe peut servir à édulcorer les boissons Ou il convient d’administrer cette plante* La dose serait de 1 à 2 onces sur demi-litrè de boisson.
Cette substance convient à peu près dans les mêmes cas que le Camphre. Voy. Camphre.
ORANGER (i feuille et fleur £ ). On en fait des infusions, mais on se sert plus ordinairement de l’eau de fleurs d’oranger qui se trouve toute préparée dans les pharmacies, et que même plusieurs personnes préparent dans les familles pour l’usage domestique. L’eau de fleurs d’oranger peut être ajoutée à la plupart des boissons, tant pour leur donner un goût agréable que pour calmer plusieurs espèces d’affections nerveuses. Nous devons cependant dire qu’il est certaines femmes hystériques qui se trouvent violemment tourmentées par l’odeur de cette fleur ou de ses préparations , quelque suave quelle soit.
On prépare aussi avec l’écorce du fruit de l’oranger un sirop fort agréable dont on édulcore souvent les potions et les tisanes , et même l’eau de fleur d’oranger , dans les
cas où on l’administre seule ou unie à une certaine quantité d’eau , soit pure , soit chargée de quelques médicamens.
Il est inutile d’insister sur l’usage de cette substance qui est assez généralement connue ; cependant nous devons avertir que dans les cas où l’estomac et même le cerveau seraient le siège d’une inflammation aiguë , il ne faudrait pas l’administrer. Le jus d’orange , étendu d’eau , est alors préférable.
PÊCHER. Feuilles ou fleurs en infusion.
P. feuilles de pêcher , i ou 2 pincées.
Eau , demi-litre. Faites infuser. A prendre par demiverrées de distance en distance. Le sirop de pêcher sert aux mêmes usages que l’infusion : on l’emploie à la dose de 2 gros jusqu’à 1 ou 2 onces , pour aromatiser des potions ou des tisanes.
La feuille de pêcher contient de l’acide prussique , et a par conséquent les mêmes propriétés que les amandes amères et le laurier cerise. Voy. ces deux mots.
Le sirop de pêcher est en outre un excellent remède contre les vers. Pour cela on le mélange avec parties égales d’huile d’olive et de jus de citron , et l’on donne cette potion , à la dose d’une cuillerée à bouche , 2 ou 3 fois par jour aux enfans , suivant l’âge du sujet.
TILLEUL. Fleur en infusion.
P. fleur de tilleul , de 1 à 3 pincées.
Eau , 1 litre. Faites infuser , édulcorez pour boisson à volonté , à condition pourtant que l’estomac ne soit pas le siège d’inflammation aiguë. Cette boisson est agréable; aussi est-elle souvent usitée par les personnes sujettes aux affections nerveuses ; cependant il est bon de dire que lé tilleul est loin d’opérer les merveilles qu’on lui prête ordinaireiiient. Il peut remplacer le thé avec avantage.
VALÉRIANE. Racine en poudre ou en infusion.
Poudre. P. poudre de racine de valériane, de demi-gros
à i gros. Délayez dans un verre d’eau ou d’une tisane ordinaire, ou même dans du vin. A prendre en une ou 2 prises. On peut aussi l’incorporer avec une substance molle pour en faire des bols ou des pilules.
Infusion. P. racine de valér. de; 2 gros à demi-once. '
Eau, 1 litre. Faites infuser dans un vaisseau fermé; édulcorez.- A prendre par demi-verrées dans les A4 heures. Elle réussit quelquefois dans les affections hystériques , et dans quelques autres affections nervéüsës ; mais comme elle jouit d’une action fortement stimulante , il n est jamais permis d’y avoir recours lorsqu’il y a fièvre , ët par conséquent irritation de quelques parties du canal intestinal. Nous pensons qu’il serait plus prudent de donner cette substance en lavement , dans la plupart des cas où son usage est conseillé. On en fait alors : une décoction à la mêmë dose que l’infusion ci-dëssus.
La poudre de valériane ,-à la dose d’un scrupule , plus ou moins , suivant l’âge , mélangée avec le lait , . calme assez bien les mouvêmens convulsifs des enfans ; bien entendu que ces symptômes ne sont pas dépendans de quelque inflammation ; en ce cas , la valériane serait plus nuisible qu’utile.
ETHER.. Il y en a de plusieurs espèces , mais celui que l’on emploie de préférence est celui que l’on nomme éther sulfurique. Gê médicament jouit dune action stimulante à un très-haut degré, et qui se propage rapidement à toutes les parties du corps. H est donc évident qu’il ne doit jamais etre donné dans les cas où le canal intestinal est le siège d une inflammation aiguë , et que lors même qu’il serait dans un très-bon état , il ne conviendrait pas de donner l’éther, ni à haute dose, ni pendant trop long-temps. L’éther est ün des antispasmodiques dont l’effet est le plus prompt, aussi en retire-t-ôn beaucoup d’avantage pour rompre les
accès convulsifs qüine sont pas compliqués d’inflammation comme dans l’hystérie , daxis les défaillances produites par affection vive , par le froid , par une perte de sang. Mais que l’on n’oublie pas qiie éet effet üe doit pas engager à en prolonger l’usage , sous prétexte que l’on en a éprouvé un bien-aise de prime abord. Nous devons dire aussi qu’il est des personnes à qui l’odeur de l’ether donne des attaques nerveuses ; il ne convient pas de leur donner ce médicament.
Mode d’administration. On peut le prendre à la dose de 5 ou 6 gouttes sur un morceau de sucre. On peut en mettre de io à 20 gouttes dans une potion ou une tisane • convenable ; chez les personnes peu sensibles , on peut porter la dose jusqu’à un scrupule et même à un demi-gros, existe dans les pharmacies une liqueur connue sous le nom de liqueur anodine d’Hoffmann , ou d’ éther suljvA rique alcoholisé. On s’en sert plus communément que de lether pur , parce quelle est moins forte , et qu’elle n’est pas sujette aux mêmes inconvéniens. Cette liqueur s’administre de la même manière que l’éther. La dose peut en être un peu plus considérable.