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mauve, ou bien on induirait les lèvres de quelques corps gras, pour les garantir de l’impression de l’air ; mais les émolliens sont préférables aux graisses, qui peuvent s’opposer à la cicatrisation. Il est inutile de dire qu’il faut s’abstenir d’irriter le!» parties malades avec les doigts, parce que cette mauvaise habitude retarde constamment la guérison.
FIEVPiE. Voici le mot magique qui a servi si souvent et si long-temps de voile à l’ignorance et au charlatanisme. Dès qu’il existait une maladie dont on ne connaissait ni le siège ni la nature, et qu’il y avait accélération delà circulation du sang, on prononçait le mot fièvre, e t Ton n’allait pas plus loin. Je me trompe , on allait beaucoup plus loin ; car quoiqu’on ignorât complètement ce que c’était que la fièvre, on n’en avaitpas moins fait des divisions en genres et en espèces, auxquels on donnait des noms différens suivant la forme sous laquelle elle se manifestait. Cç n’est pas tout, comme on avait divisé et sous-divisé les fièvres de mille manières, il avait fallu imaginer un traitement particulier pour chacune d’elles. On verra bientôt combien une telle manière d’envisager la fièvre était erronée et dangereuse. D’abord, qu’est-ce que la fièvre ? Peut-on en connaître la cause et en préciser la nature? Pour résoudre ces questions , les plus importantes que l’on puisse agiter en médecine, il faut procéder avec ordre et marcher du connu à l’inconnu. Nous croyons pouvoir affirmer d’avance i° que la fièvre n’est pas une maladie par elle-même, mais seulement le signe d’une ou de plusieurs affections locales ; a° que l’on peut toujours préciser le siège de l’aflectionqui donne lieu à la fièvre ; 3° que les différentes formes que peut revêtir la fièvre, telles que les formes dites fièvre bilieuse , inflammatoire , maligne , putride , ataxique , adynamique , nerveuse , hectique , etc. , etc. , n’indiquent nullement une maladie de nature différente , mais seulement un degré plus ou moins élevé de l’irritation ou de l’inflammation qui donne lieu à la fièvre ; 4^ que ce n’est point à la fièvre que doit s’adresser le traitement pour obtenir la guérison de la maladie, mais bien à l’irritation locale qui l’a produite ; 5° que le fond du traitement curatif est à peu de chose près le même dans la plupart des fièvres ; 6° que dans le plus grand nombre des cas ce traitement doit être émollient , parce que la fièvre est toujours le résultat d’une inflammation qu’il s’agit de calmer ; 7“ enfin qu’il faut s’attacher à reconnaître le siège de l’irritation qui donne lieu à la fièvre , et ne tenir compte de celle-ci que comme d’un symptôme propre à indiquer le degré et la violence de l’irritation locale.
Nous disons que ; la fièvre est toujours le résultat ou lesymp -
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tome d’une irritation locale ; voici les preuves. Toutes les fois qu’il existe à l’extérieur du corps une inflammation très-inlense , il y a accélération du pouls, chaleur de la peau ; or, c’est à l’accélération du mouvement du sang indiqué par l’état du pouls que l’on donne le nom de fièvre : c’est donc cette inflammation externe qui a produit la fièvre; donc en faisant cesser l’inflammation, la fièvre cessera par la même raison. On voit souvent la fièvre survenir à l’occasion d’un panaris , d’un furoncle, d’un érysipèle, d’une angine, d’une ophtalmie, d’une plaie, etc. Dans ces cas, je le demande, est-ce la fièvre qui est la maladie principale ? est-ce à la fièvre qu’il faut adresser les moyens curatifs ? Tout le monde a déjà répondu que la véritable maladie, c’était le panaris, c’était l’érysipèle , c’était l’angine, etc., et qu’en guérissant ces inflammations locales, on aura par là-même guéri la fièvre. Allons plus loin : supposons que la fièvre existe , et que l’on n’aperçoive aucune trace d’inflammation à l’extérieur, en,conelura-t-on que la fièvre peut avoir lieu sans inflammation locale? Point du tout : on doit présumer au contraire, par analogie, que cette inflammation existe à l’intérieur. En effet, qu’un individu soit affecté d’inflammation du cerveau, de la poitrine, de la vessie, de la matrice, il y a ordinairement fièvre. Dans ces cas, comme dans les précédons, la fièvre n’est rien, c’est l’inflammation qui est tout; mais toutes les fois que le siège de l’inflammation était connu, quoique celle-ci occasionât la fièvre * on ne lui donnait point le nom de fièvre. Ainsi l’inflammation de la poitrine s’appelait et s’appelle encore pneumonie , pleurésie , catarrhe , phthisie; celle du cerveau, cérébrite, encéphalite, méningite, araçhnitis; celle de la vessie, cystite; celle de la matrice , mètrile, etc. Ce n’est que lorsqu’on perdait tout-à-fait de vue le foyer inflammatoire qu’on supposait qu’il n’en existait pas, et alors on regardait la fièvre comme une maladie générale dont le siège n’était nulle part, parce qu’il était partout, et on l’appelait alors fièvre inflammatoire, bilieuse, maligne, etc. Comment cette erreur s’était-elle accréditée pendant des siècles ? comment n’était-011 pas parvenu à découvrir que ces prétendues fièvres générales étaient pourtant produites sous l’influence d’une inflammation locale interne, puisque ces fièvres ne diffèrent pas, quant à leurs symptômes, de celles qui se manifestent sous l'influence d’une inflammation extérieure bien connue? Le voici : quand la fièvre existe sans irritation extérieure, sans inflammation du cerveau, de la poitrine, du cœur, de. la matrice, de la vessie, ou dans toute autre partie où il serait facile de la découvrir, c’est l’inflammation du canal intestinal qui donne lieu à la fièvre. En voici la preuve ;
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lorsqu’on examine le corps des individus qui ont succombé à la fièvre, on trouve constamment des traces d’inflammation, soit dans l’estomac, soit dans les intestins, ou dans toutes ces parties à la fois. Si on n’a pas reconnu celte inflammation plus tôt, c’est qu’on n’examinait pas assez les altérations du canal intestinal , et que d’ailleurs, d’autorité en autorité, on s’était fait une routine de regarder la fièvre comme quelque chose d’inexplicable , comme une maladie distincte de toute autre maladie. L’inflammation n’était donc rien , puisqu’on ne la connaissait pas, et la fièvre était tout. Cette antique et funeste erreur était soutenue par des médecins, hommes d’esprit d’ailleurs, mais qui ne connaissaient nullement les maladies du canal intestinal. Ils croyaient que la fièvre devenait indépendante de toute affection locale, lorsqu’ils la voyaient se manifester sans douleurs .fixes , sans inflammation appréciable, -ou continuer après qu’ils avaient fait cesser les douleurs de l’estomac et des intestins. Ils ne savaient pas que la membrane interne du canal intestinal, et que l’on nomme membrane muqueuse, peut être enflammée, sans que cette inflammation soit rendue sensible par la douleur dans les points mêmes où elle existe ; que le sentiment de lassitude et de contusion, de brisement des membres, la chaleur plus ou moins âcre de la peau , les douleurs de tête et principalement du front sont les signes ordinaires par lesquels cette inflammation se manifeste , surtout s’il y a en même temps rougeur de la langue, dégoût des alimens, soif. Ils ne savaient pas qu’à mesure que l’irritation de l’estomac et des entrailles fait des progrès, tous ces symptômes s’exaspèrent; que la langue, de rouge qu’elle était d’abord, passé à une nuance plus foncée, et peut devenir noirâtre, fuligineuse (couleur de suie) ; que l’inflammation du canal intestinal peut entraîner sympatiquement celle du cerveau , et donner lieu à différens symptômes cérébraux, tels que la stupeur, le délire et les douleurs violentes de tête. Il est en effet plus facile de reconnaître l’irritation de l’estomac par l’influence qu’il exerce sur les autres organes que par ses propres douleurs. -
Mais , dira-t-on , si les fièvres ne sont que l’indice de l’inflammation, du feu qui les produit, commentexpiiquer l’état de faiblesse, de prostration, d’anéantissement complet des forces où la fièvre conduit presque toujours les malades, lorsqu’elle arrive à un haut degré ? Qui dit inflammation dit augmentation de forces ; or, comment arrive-t-il que plus l’inflammation est violente , plus les forces sont anéanties ? La réponse n’est ni longue ni difficile. En effet, si la faiblesse est dans les muscles , dans les organes du mouvement, c’est parce que la force
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et l’activité sont concentrées à l’intérieur sur les points enflammés, ainsi que le démontrent évidemment l’ardeur qui consume les malades et qui se porte à la peau , l’accélération de la circulation du sang, que l’on reconnaît à la vivacité et à la précipitation des battemens du pouls. Nous avons un exemplebien frappant de perte complète des forces dans l’apoplexie ; or, qui dira que l’apoplexie est une maladie causée par la faiblesse ? Tout le monde sait que, quand cette affection est susceptible de guérison, c’est de la saignée seule qu’on doit attendre le plus d’effet. La faiblesse dans les fièvres n’est donc qu’apparente ; s’il en était autrement , c’est-à-dire s’il y avait réellement faiblesse des organes malades , les Ioniques, les stimulans, les cordiaux, le bon vin,, les alimens.sueculens devraient rétablir les forces ; or, c’est le contraire qui arrive. Le moyen le plus sûr d’augmenter la fièvre serait d’avoir recours à un pareil traitement ; mais l’abstinence d’alimens-, les boissons aqueuses et rafraîchissantes, les saignées soit locales, soit générales, sont les seuls, oui les seuls moyens qui puissent arrêter la fièvre, parce qu’ils sont les seuls propres à calmer l’inflammation qui en est la cause. C^est à cette ignorance de la direction vicieuse des forces que l’on doit la prolongation de la plupart des fièvres, en suivant les erreurs des anciens sur la nature de ces maladies. Il est pêu de médecins qui ne commencent le traitement des fièvres parles émolliens; mais aussitôt qu’ils voient les forces diminuer, ils s’empressentvle recourir au quinquina, au camphre, au musc, au vin et à tout le cortège des stimulons. Sous l’empioi de ces moyens incendiaires, l’inflammation se ranimé, elle désorganise. les tissus qui en sont le siège et quand elle ne mène pas le pauvre ma-? lade au terme fatal, il faut béaucoup de temps pour obtenir la guérison, même en suivant le traitement le plus convenable..
Les fièvres dont nous avons parlé jusqu’ici sont celles que les auteurs appelaient fièv^es essentielles, parce qu’ils les regardaient comme une maladie par elle-même, qu’ils ne songeaient nullement à l’inflammation qui les produit, et que d’ailleurs ils ne connaissaient pas. De nos jours, il est clairement démontré que ces prétendues fièvres essentielles sont produites par l’irritation de la membrane muqueuse , soit de l’estomac, soit des intestins, et le plus souvent des deux en même temps. Lorsqu’il y a seulement inflammation ou irritation de l’estomac, on appelle cette inflammation gastrite ; s’il y a en même temps irritation de l’estomac et des intestins, on l’appelle gastro-entérite.
La gastrite et surtout la gastro-entérite , comme toute autre
inflammation, peuvent être aiguës ou chroniques. Quand elles sont aiguës, la fièvre est plus active; elle est plus lente , quand elles sont chroniques. L’irritation gastro-intestinale peut exister depuis le degré le plus faible jusqu’au degré le plus intense. Entre ces deux extrêmes, la fièvre peut revêtir des formes tellement différentes qu’à un examen superficiel, on pourrait croire qu’il s’agit de maladies de nature essentiellement différente. D’ailleurs le tempérament, l’âge, la constitution, les forces de l’individu font prendre à l’inflammation intestinale un aspect qui varie d’une manière étonnante. Quoi! va-t-on s’écrier, les fièvres bilieuse , inflammatoire s muqueuse , maligne , putride , adynamique , ataxique, jaune, etc., ne sont que des formes différentes d’une même maladie? Ce ne sont que des inflammations du canal intestinal, des gastrites et des gastro-entérites! Une fièvre ardente, où les forces sont tellement exaltées, ,que le malade veut s’échapper et s’enfuir, serait la même maladie qu’une fièvre adynamique, où l’individu est tellement abattu qu’il ne peut exécuter le plus petit mouvement. Quelque extraordinaire que cette assertion puisse paraître au premier abord, elle n’en est pas moins l’expression de la vérité. En examinant les symptômes des fièvres que l’on nommait essentielles, on parvient à trouver que cê sont des gastrites ou des gastro-entérites. C’est ce que nous allons prouver.
'Lu fièvre bilieuse est une gastro-entérite chez une personne où l’inflammation du canal intestinal rend les muscles des membres douloureux et la sécrétion de labile fort abondante. Il faut bien se garder de croire que la présence de la bile soit ici cause de la maladie; elle n’est au contraire que l’effet dé l’irritation de l’estomac. Piien n’est mieux prouvé en effet que cet axiome : Ubi dolor, ubi fluxùs ; « où il ÿ a douleur, irritation , il y a appel de fluide. » Il ne faut donc pas s’étonner que l’irritation de l’estomac fasse affluer dans ce viscère la bile en plus grande abondance qu’à l’ordinaire. En donnant dans ces cas de l’émétique pour faire vomir la bile, on ajoute une irritation à une autre irritation, et loin de guérir la maladie, le plus souvent on l’exaspère. Il faut calmer l’irritation parles boissons émollientes, la diète, la saignée locale faite dans le voisinage des points enflammés, c’est-à-dire sur le creux de l’estomac , et l’inflammation ne tardera pas à disparaître; la langue perdra sa couleur de bile, et l’appétit reviendra.
La fièvre inflammatoire est, comme la précédente , une gastro-entérite, où le canal digestif est peu douloureux et où la bile et les glaires sont peu abondantes. Les autres symptômes sont d’ailleurs les mêmes que dans la fièvre bilieuse. Cette
forme de la gastro-entérite se manifeste principalemént chez les individus sanguins et doués d’une forte constitution. Quand elle est très-intense, elle se rapproche de la fièvre ardente. Elle est ordinairement le premier degré des autres fièvres , ou plutôt les autres fièvres ne sont que la fièvre inflammatoire à un degré plus élevé.
La fièvre muqueuse est la même maladie , mais chez un sujet lymphatique dont le canal intestinal fournit beaucoup de mucosités, que le vulgaire appelle glaires. Elle se manifeste par une bouche pâteuse et glaireuse, par des aphtes, espèce de petits ulcères qui viennent dans la bouche, par des vomissemens muqueux ou -glaireux et des selles de même nature , par une marche lente, surtout si on a traité la maladie par les stirnulans. Or, la sécrétion des mucosités ou des glaires, soit par la bouche, soit par l’anus, accompagnée de fièvre, de dégoût, de soif, de douleur de tête, de lassitude dans les membres , indique constamment l’inflammation de la membrane muqueuse du canal intestinal. Chez les individus qui ont le malheur de succomber à cette affection , on trouve constamment cette membrane tachetée de rouge , de brun , parsemée d’une grande quantité de petits ulcères : or, ces altérations ne peuvent' être que le produit de l’inflammation.
La fièvre ardente indique un très-haut degré de ces mêmes affections avec chaleur brûlante, et se manifeste principalement chez les individus d’un tempérament sanguin , forts et vigoureux.
. La fièvre adynamique n’est également que l’effet de la gastroentérite portée à un tel degré, que les forces diminuent ou se perdent totalement. Il y a stupeur, air hébété, perte ou affaiblissement des facultés intellectuelles; la langue brunit, la bouche, les lèvres et les dents se tapissent d’un enduit noirâtre; mais cette couleur foncée était d’un rouge éclatant au début de la maladie; le mucus noirâtre, fuligineux était blanc, jaune ou gris, et tous ces changemens n’ont eu lieu que parce que l’inflammation a fait des progrès, et qu’elle n’a pas été arrêtée dès le principe, ou qu’on l’a exaspérée par des remèdes stimulanset échauffans. La preuve que cet étatd'anéantissement n’est que lé résultat de l’inflammation, c’est que les sangsùes appliquées à propos, les boissons rafraîchissantes font souvent rétrograder la couleur brune vers le rouge; c’est que, sous l’influence de ce traitement, l’enduit muqueüx et noirâtre de la bouche disparaît, et que les forces musculaires reviennent peu à peu.
La fièvre putride est absolument la même maladie que la pré-
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cédente; seulement il se joint aux autres symptômes la fétidit' repoussante de l’haleine, de la transpiration et des selles °
. La fièvre maligne ou cérébrale est encore une gastro -entérite comme les autres, mais qui réagit plus fortement sur le cerveau et développe l’inflammation de cet organe. Dans d’autres circonstances, l’inflammation débute parle cerveau, et donne lieu à celle de l’estomac. Quand l’inflammation débute par le cerveau, on lui donne le nom de frénésie, d’encéphalite d’arachnitis, etc. (V. Ekcéph alite.) On lui donne de préférence celui de fièvre maligne ou cérébrale, quand l’inflammation a commencé par l’estomac.
Telles sont les fièvres auxquelles on donnait le nom d’essentielles. 11 y a en outre plusieurs autres formes de fièvre sous lesquelles la gastro-entérite se manifeste; d’autres inflammations peuvent s’associer à celles de l’estomac, et il est même rare que cette inflammation puisse marcher long-temps seule. Ainsi l’on voit souvent le cœur, les poumons, le foie, le cerveau, etc., s’enflammer sous l’influence de la gastro-entérite ou inflammation d’estomac. Ces irritations ou inflammations secondaires portent le nom d’inflammations sympathiques; elles cèdent ordinairement avec l’irritation primitive^ qui les détermine ; mais il arrive souvent que l’irritation secondaire ou sympathique se fixe dans les organes, et il y a alors deux, trois foyers inflammatoires , que l’on peut regarder comme primitifs. Exemple : une gastrite légère produit une douleur de tête peu intense; faites cesser la gastrite , et la douleur de tête disparaît. Une gastrite très-vive peut produire une irritation violente du cerveau, qui ne disparaîtra pas toujours avec la gastrite, parce que le cerveau a fini par garder l’irritation , , qu’il fau t alors attaquer en même temps dans ce nouveau siège, si l’on veut obtenir la guérison. Autre exemple : une affection morale pénible détermine une irritation légère du cerveau, laquelle se répète sur l’estomac et diminue l’appétit; ôtez l’irritation du cerveau, et éloignez l’affection triste, l’appétit revient aussitôt; mais que cette irritation secondaire de l’estomac produite par celle du cerveau , soit répétée souvent et long-temps, l’estomac finira par la garder , et les fonctions digestives resteront long-temps en souffrance, lors même que l’affection
morale n’exister/at plus. Nous pourrions multiplier ces exemples , mais nouy. pensons être suffisamment compris.
Le mot /Zèrré, dont on a tant abusé et derrière lequel le charlatanisme s’est retranché pendant si long-temps, n’est donc pas l’expression d’une maladie la fièvre , quelle que soit sa forme, n’est jamais erq’un symptôme d’une inflammation; ce n’est
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pas plus une maladie principale que la rougeur de la langue ? la soif, l’abattement, etc.", ne sont une maladie essentielle.
Que penser donc de ces nombreuses formules de remèdes divers, dont les uns étaient adressés à la fièvre maligne pour corriger la malignité , à la fièvre putride pour s’opposer à la putridité, à la fièvre bilieuse pour évacuer la bile, à la fièvre adynamique pour relever les forces? Qu’en penser? Que ces remèdes étaient tous extrêmement dangereux, parce que, sous le nom barbare à' antiputrides , a antibilieux 3 de toniques , de cordiaux , de fortifians , etc., ces remèdes sont de véritables et violens stimulans qui ne peuvent manquer d’augmenter l’inflammation, première et Unique causé de la malignité, de la putridité , de l’adynamie, de la bile, etc. Calmez celte inflammation, et tout sera dit : or, il n’y a qu’une manière de calmer les inflammations , c’est le traitement antiphlogistique ou émollient.
Avant que l’on connût la gastro-entérite , les médecins avaient assigné aux préteudues fièvres essentielles des marches, des durées,, des périodes qu’ils regardaient comme nécessaires. Ainsi, d’après leurs principes , la fièvre bilieuse devait durer quatorzeou vingt-un jours ; la fièvre muqueuse devait durer pendant un temps beaucoup plus long; la fièvre inflammatoire devait durer sept jours, et, passé ce terme, on lui donnait le nom d’une autre fièvre ; la fièvre putride avait une durée de sept ou quatorze jours; la fièvre maligne n’avait aucune durée certaine, et se terminait souvent, ‘contre la prévoyance du médecin , par la mort ou par une guérison sur laquelle on n’osait pas compter.
De cette manière, les médecins s’étaient ménagé un fauxfuyant pour n’être jamais pris au dépourvu, en cas que l’événement ne fût pas conforme à leur pronostic. Les fièvres n’en suivaient pas moins une marche souvent çpposée à celle que l’on avait prévue : c’est qu’on ignorait que l’inflammation qui produit la fièvre s’apcroît, se termine on se propage d’un point à l’autre, suivant que le canal intestinal est ou n’est pas stimulé', échauffé , excité parles substances que l’on place dans son intérieur. Plusieurs attendaient l’effet d’uneerise, au lieu do calmer l’ardeur du tube digestif : or, les crises des fièvres ne sont autre chose que la cessation de l’inflammation du canal intestinal , qui est remplacée par une autre irritation de la peau, des reins, du nez, et qui se manifeste par des sueurs, des éruptions cutanées, des hémorrhagies/, etc. Pour pousser aces crises, on donnait des stimulans , qui ne faisaient que fixer de plus en plus l’inflammation sur les organes digestifs : ceux-ci se désorganisaient, et la maladie se terminait par la
inôrl ou la chronicité. Quand on ne comptait pas sur les crises, on saignait d’abord, et on stimulait ensuite; ce qui rendait l’irritation gastro-intestinale beaucoup plus intense. Bans la forme adynamique, on donnait du quinquina, du vin et autres toniques pour relever les forces; or, rien ne contribue autant que ces moyens à accroître la cause de la faiblesse en augmentant l’inflammation. Les antispasmodiques étaient prodigués pour calmer les attaques nerveuses dans les fièvres malignes, ou bien l’on donnait sous le nom de caïmans d’autres substances des plus stimulantes, telles que l’opium, lè camphre, le musc, etc.
A travers tiiî traitement si bizarre, si incertain,' si peu cohérent, il était impossible de savoir si les médicamens avaient été utiles ou nuisibles,; si on devait leur attribuer les succès ou les revers. ''Aussi, la plupart des anciens médecins croyaient peu à la médecine, et ils avaient quelque raison de ne pas croire à la leur. Heureusement pour l’humanité, ce chaos inextricable a été remplacé par des connaissances claires, lumineuses, exactes. Puisque les fièvres inflammatoire , bilieuse , muqueuse , ardente , jaune , maligne , adynamique, ataxique sont produites par une inflammation locale, ces prétendues fièvres essentielles ressemblent à celles causées par une fluxion de poitrine, une angine, diverses éruptions cutanées et d’autres inflammations. : cés fièvres rie sont donc pas essentielles, mais l’effet d’une inflammation; c’est donc à l’inflammation qu’il faut adresser le traitement et non aux fièvres, qui n’èn sont que lès signes ou symptômes. Le meilleur moyen de caimer ces inflammations consiste dans les saignées locales, c’est-à-dire pratiquées dans le voisinage du siège de la maladie; et, comme dans les fièvres dont nous avons parlé, le foyer de l’inflammation /est l’estomac ou les intestins, ou tous deux en même temps, les applications de sangsues au creux de l’estomac et sur (le ventre, les boissons aqueuses et émollientes, la diète, Fabiuinence de tout stimulant , tant que la fièvre dure, le repos Sont les meilleurs moyens de se rendre maître de ces affections.
On se gardera bien d’introduire dans le canal intestinal des émétiques , des purgatifs, des toniques, parce que ce canal étant précisément lé siège de l’inflammation, toutes ces substances irritantes ne font qu’augmenter le mal. Les succès que l’on en obtient dans' quelques cas ne sont point un motif suffisant pour autoriser à recourir ù de semblables moyens. Ce sont de véritables quittes ou doubles dont il n’est point permis de courjr les chances. Nous ne croyons pas devoir entrer dans de plus longs détails sur les fièvres. Puisque ce ne sont que
des -gastrites ou dés gastro-entérites , nous réûvôyôtis à ces articles pour ce qui regarde les symptômes, les causes et le traitement de ces maladies. (Y. Gastrite et Gastro-Entérite.)
Puisqu’il est démontré que les fièvres, dites essentielles , ne sont que le résultat d’une inflammation locale , ces fièvres seront aiguës, si l’inflammation est aiguë; elles seront au contraire lentes, chroniques, si l’inflammation est lente et chronique. Les médecins qui, jusqu’en ces derniers temps , ont traité les fièvres chroniques par les apéritifs, les désobslruans, les amers, les savonneux et les stimulans de toute espèce, avaient donc complètement méconnu la nature de ces fièvres. Ils l’avaient méconnue ; car s’ils avaient su qu’ils avaient affaire à une inflammation qui , pour être lente, n’en dévorait pas moins peu à peu les organes, jamais ils n’auraient pensé à lui appliquer un traitement aussi incendiaire. Ils l’avaient méconnue; car ils croyaient qu’il fallait relever' les forces du malade par des toniques, ce qu’ils n’auraient jamais pu croire, s’ils avaient su que l’affaiblissement général n’avait lieu que parce que les forces se concentraient sur un point en particulier, le point enflammé. Ils l’avaient méconnue; car s’ils avaient examiné l’intérieur du canal intestinal chez ceux qui avaient succombé à la suite de ces fièvres chroniques, ils y auraient trouvé des taches rouges, brunes, noires > des cicatrices , des ulcérations , des épaississemens^, etc. , qui ne sont jamais quele résultat de l’inflammation. Ils l’avaient méconnue ; car s’ils avaient su que ces fièvres étaient produites par l’inflammation et rien quepar l’inflammation locale; ils auraient cherché à calmer cette inflammation , et ils n’auraient pas dirigé leurs batteries contre la chimère qu’ils appelaient fièvre. Ils l’avaient méconnue ; car ils avaient classifié les fièvres d’après les symptômes ou signes extérieurs, sans tenir compte de rinfiammation qui les produit. Ils l’âvaiént méconnue ; car ils avaient établi un traitement particulier pour chaque groupe de symptômes qu’ils avaient formé ; ce qu’ils n’auraient pas fait, s’ils avaient su que la même inflammation peut se manifester sous différentes formes, suivant son degré, son étendue , les désordres qu’elle a produits ; suivant la constitution, le tempérament, l’âge , le sexe, et surtout la sensibilité des individus
Nous condamnons donc franchement tout usage de substances-fortes, toniques, spiritueuses , anti-spasmodiques, excitantes, stimulantes , fortifiantes , cordiales, béchiques , etc. , dans les fièvres, ou, pourparler avec plus de justesse, dans les inflammations chroniques du canal intestinal ët de tout autre viscère. Ces prétendus toniques font mentir leur nom , car ils: ne font qu’ affaiblir le malade, puisqu’ils sont tous* lus ou
moins stimulans ou excitans ; puisque tous les excitans augmentent l’inflammation , et que ce qui augmente l’inflammation , loin de fortifier et de soutenir , comme l’indiquent ces termes pompeux, ne fait qu’affaiblir de plus en plus , amener la désorganisation des parties enflammées et ensuite la mort.
Il n’y a donc et il ne peut y avoir qu’une seule manière de traiter les fièvres chroniques : c’est un régime doux, léger, suivi avec persévérance pendant des mois, et même des années entières. Ce régime consiste principalement en lait, soit pur, soit préparé de diverses manières , en légumes frais , en viandes de jeunes poulets, de veau, en fruits doux, etc. J’ai vu des personnes maigres, délabrées , atteintes d’une fièvre lente existant depuis long-temps, reprendre des forces et de l’embonpoint, et recouvrer une excellente santé par l’usage*exclusif du lait pendant un long espace de temps. Il faut beaucoup de patience et de bonne volonté de la part des malades pour ne pas s’écarter de ce traitement ; mais, je le répète, on ne doit attendre que des malheurs d’un traitement contraire. Lorsque la fièvre s’exaspère, on s’abstient de tout aliment, ou du moins on en diminue considérablement la quantité , et on se conduit comme dans les fièvres à l’état aigu. Au reste on doit se régler d’après le degré de l’inflammation. (Y., pour le traitement et de plus amples détails , les art. Gastrite et Gastro-Entérite.)
F1ÈVEES- D’ACCÈS ou fièvres intermittentes , fièvres périodiques j fièvres réglées. Ces fièvres, que l’on devrait plutôt appeler irritations intermittentes , sont ainsi appelées, parce qu’elles reviennent à des intervalles plus ou moins irréguliers, et que dans l’espace d’un accès à l’autre le malade jouit entièrement ou presque entièrement de sa santé ordinaire.
On a divisé les fièvres intermittentes en légitimes 3 en pernicieuses ^ en larvées. Les légitimes sont celles dont la marche est simple et franche , sanssymptômes alarmans et sans signes sensibles d’affection locale ; les pernicieuses sont celles qui sont accompagnées de symptômes violens et dangereux ; les larvées sont accompagnées de l’irritation de quelques parties externes du corps.. Ces divisions ne sont que des subtilités comme nous le dirons plus bas en parlant de la nature des fièvres d’accès. Nous allons commencer par indiquer les symptômes communs aux fièvres intermittentes.
L’accès est partagé en trois temps principaux que l’on nomme stades , savoir : le stade de froid , le stade de chaud et le stade de sueur. Le stade de froid débute par des lassitudes dans les membres, des douleurs de tête, des hâillemens. Ensuite froid Jïlus ou moins vif, commençant dans le dos et s’étendant
atout le corps. Il dure plus ou moins long-temps; ordinairement il est accompagné de frissons , de claquement de dents , de nausées , de douleurs dans les lombes. La peau est sèche , livide , marbrée. Il y a soif ardente , sécheresse de la bouche, accélération du pouls; la respiration est difficile, les urines sont limpides et claires; peu à peu le froid se dissipe et le stade de chaud commence ; une chaleur vive , âcre se développe ; le pouls devient plein , fort , dur , la respiration plus libre, la peau est rouge et comme tuméfiée ; les douleurs de tête sont insupportables, les urines sont rouges, la chaleur est dévorante; bientôt alors survientle stade de sueur. Des sueurs abondantes se manifestent, l’urine dépose un sédiment briquelé, touies les sécrétions se rétablissent , tous les symptômes diminuent et disparaissent peu à peu ; l’accès est terminé , et il ne reste plus qu'un sentiment de malaise, de fatigue et de faiblesse qui dure pendant quelques heures, après quoi tout se passé comme dans l’état de santé, jusqu’à l’apparition d’un nouvel accès.
On appelle paroxysme , intermission ou intermittence l’intervalle qui existe entre deux accès.
On appelle type l’ordre avec lequel les accès se succèdent. Si l’accès revient toutes les vingt-quatre heures, c’est la fièvre quolU t tienne ; si c’est toutes les quarante-huit heures , tous les deux jours, c’est la fièvre tierce ; si C’est toutes les soixante-douze heures , tous les trois jours , c’est la fièvre quarte. La fièvre intermittente quintane , sextane , etc. s’observe beaucoup plus rarement que les trois formes précédentes.
Quelquefois les accès reviennent irrégulièrement, et on dit alors que les fièvres sont ■ atypiques \ c’est-à-dire sans type ou erratiques. Les accès, quoique réguliers, peuvent avancer ou retarder d’une ou de plusieurs heures; il vaut mieux en général qu’ils retardent, c’est ordinairement un signe de bon augure.
Il peut arriver que les accès soient incomplets, c’est-à-dire qu’il manque le stade de froid, celui de chaud ou celui dé sueur, ou bien que l’ordre en soit interverti, de manière que le stade de sueur précède celui de chaleur, et vice versa. Dans quelques cas, il y a retour périodique , mais l’accès n’est point marqué par le frisson, ni par la chaleur, ni par la sueur, mais • ces sypmptômes sont remplacés par un érysipèle , une ophlhalmic , fa toux, la jaunisse , un rhumatisme , une hémorrhagie, une attaque de nerf, etc. , qui reviennent à des époques fixes et plus ou moins régulières ; c’est ce que l’on a nommé fièvres larvées ou masquées.
Le retour périodique des accès n’a rien qui doive surprendre. Toutes les maladies ont une espèce d’accès ou de redouble-
ment , et il n’y a point de douleur qui soit absolument continue. D’ailleurs la plupart de nos fonctions s’exécutent avec' périodicité. Ainsi le sommeil, le besoin de prendre des ali— mens, d’évacuer les matières fécales ont lieu à. des heures réglées chez les personnes bien portantes. On peut comparer ces besoins à des irritations ; il n’y a donc rien que de très-naturel dans le retour périodique des irritations ou des inflammations.
Les causes des fièvres intermittentes sont, en première ligne, l’habitation dans les pays marécageux, dans le voisinage des eaux croupissantes , des rivières qui laissent à sec leurs rivages fangeux pendant les grandes chaleurs. En effet, les fièvres d’accès attaquent toutes les années un grand nombre de personnes à Rome et dans tous les pays qui avoisinent les marais Pontins. 11 en est de même dans le voisinage des rizières du Piémont, où peu de personnes échappent aux fièvres d’accès, à cause des émanations miasmatiques qui s’élèvent des terres fangeuses où le riz est cultivé. On peut encore regarder comme causes des fièvres d’accès les exercices forcés, les évacuations abondantes, la fatigué, la suppression de. la transpiration , le coucher en plein air sur la terre humide , les vers , les affections morales , etc.
Les fièvres intermittentes simples ou bénignes sont en général une affection de peu d’imptfrtance. On a observé que les quartes duraient plus que les tierces ; et celles qui se manifestent en automne plus que celles qui surviennent au printemps; mais si les fièvres intermittentes bénignes ou simples offrent peu de danger, il n’en est pas de même de celles qui sont compliquées de symptômes graves , et que l’on connaît sous le nom de fièvres pernicieuses , et dont il est question plus bas.
Quelle est la nature des fièvres intermittentes ? Est-elle connue? Voilà des questions qui pourraient être embarrassantes et qui l’étaient réellement avant les progrès que la médecine a faits de nos jours. Nous n’hésitons point à dire que les fièvres intermittentes ne sont autre chose que des irritations ou des inflammations intermittentes , ayant un siège fixe, déterminé, et qu’il est toujours facile de reconnaître.
F iévres intermittentes dites légitimes , o u mieux gastro-entérites intermittentes. Nous avons dit dans l’article précédent que la fièvre continue, c’est-à-dire sans accès, était constamment le résultat d’une irritation locale, et le plus souvent de l’estomac. Il en est de même de la fièvre avec accès : toutes les irritations ou inflammations locales peuvent être intermittentes, et c’est la seule chose qui les distingue des inflammations continues. Ainsi l’on voit des ophthalmies, des hémorrhagies, des pneumonies, des éruptions cutanées, des érysipèles, des douleurs
d’oreilles , des maux de tête, etc., etc., se manifester pendant quelques heures, disparaître pour revenir le lendemain ou plus tard, mais à des époques fixes. Voilà bien des inflammations externes périodiques qui sont absolument semblables pendant l’accès aux mêmes inflammations sans accès : il en sera de même des internes. Nous avons dit aussi dans l’article précédent que toutes les fois que l’on avait méconnu la nature de la fièvre , c’était une irritation de l’estomac et des intestins qui la produisait ; nous disons la même [chose à l’égard dés fièvres intermittentes. Ce que les médecins appellent fièvre intermittente n’est autre chose qu’une irritation de l’estomac et des intestins. En voici la preuve : il y a rougeur de la langue, soif ardente, chaleur de la peau, lassitudes, maux de tête comme dans la gastro-entérite ordinaire. Si on donne des stimulans durant l’accès , on exaspère à coup sûr tous ces symptômes, et l’on peut faire passer la fièvre intermittente à l’état de continuité; et si Ton s’obstine à stimuler, on amène la prostration complète des forces , la fuliginosité de la langue , en un mot l’adynamie : or, tout cela n’est-ce pas la gastroentérite, dont nous avons parlé plus haut?
Mais comment expliquer le frisson , le chaud et le3 sueurs qui constituent l’accès? Comment expliquer les bâillemens, le sentiment de compression et de malaise que l’on éprouve à l’intérieur, surtout au creux de l’estomac? L’irritation suffit pour donner l’explication de ce phénomène. En effet, le sang se porte avec abondance dans les viscères de la poitrine et principalement vers la région de l’estomac. Il diminue par conséquent en même proportion dans les membres etdans toute la surface du corps. Or, c’est l’irritation qui appelle le sang dans ces parties , en vertu du principe invariable que nous avons déjà rappelé tant de fois , que là où il y a irritation , il y a appel de fluides. Cela veut dire que l’action vitale augmentant tout à coup dans les viscères , le sang s’y précipite et abandonne les parties extérieures , qui deviennent plus sensibles au froid : de là le tremblement et le frisson.
On observe les mêmes résultats au moment où la digestion commence; le sang se porte vers l’estomac, qui a besoin de plus de chaleur qu’à l’ordinaire ; il abandonne en conséquence les membres et la -surface du corps, et un léger mouvement de Frisson a lieu ; une douce chaleur lui succède ensuite, par la même l’aison que le stade de chaud succède à celui de froid dans l’accès de fièvre. Voici comment cela arrive : nous avons dit que le froid résultait de l’irritation de l’estomac, des organes intérieurs et surtout de la congestion sanguine qu’elle y détermine; cette irritation excite vivement Je cœur; lacir**
culation est accélérée; le sang est poussé avec force vers les extrémités ; le froid disparaît et fait place à la chaleur ; la peau est brûlante, sèche , âcre jusqu’à ce que la violence de l’impulsion du sang ait forcé ses pores à s’épanouir et à laisser couler la sueur qui termine l’accès.
11 est donc certain que les fièvres intermittentes sont des irritations intermittentes locales; il est certain en outre que l’estomac est le siège principal de cette irritation. Ce qui le prouve, c’est qu’aussilôt que l’accès commence, l’appétit disparaît, la langue devient sèche et la soif se manifeste; phénomènes qui n’ont lieu qu’à l’occasion de l’irritation ou d’un commencement d’inflammation de la membrane muqueuse de l’estomac; ce qui le prouve, c’est que, quand les fièvres intermittentes ordinaires sont mal traitées, elles se changent souvent en continues, et que nous avons prouvé dans l’article précédent que les fièvres continues n’étaient autre chose que des gastrites ou des gasiro-entérites, ou, ce qui est la même chose, des inflammations du canal intestinal. Outre cela, quand les fièvres intermittentes ont duré un peu longtemps, on trouve chez les personnes qui succombent les mêmes altérations organiques qu’à la suite des gastrites et des gastro-entérites.
Quelquefois la congestion est pins forte dans les poumons ou dans le cerveau que dans les voies gastriques. Dans ce cas , si la fièvre n’est point arrêtée, ces organes finissent par garder Pirritation, ou, en d’autres termes, la congestion devient permanente dans ces organes, et l’on a une pneumonie, une inflammation du cerveau continue.
Mais, dira-t-on, si les fièvres intermittentes sont des irritations ou des inflammations , comment expliquer les guérisons que l’on obtient par les slimulans, tels que le quinquina? Le voici : en plaçant dans l’estomac une substance stimulante, tonique, telle que le quinquina, on détermine une excitation artificielle qui dérange l’ordre et l’habitude de la périodicité, et empêche la congestion qui donne lieu à l’accès. Que le quinquina soit plus propre pour déterminer cet effet qu’un autre tonique , c’est ce que l’on explique en disant que le quinquina produit précisément le mode et le degré d’excitation convenable pour intervertir Iapériodicité de l’irritation fébrile. Au reste , il ne faut pas croire que le quinquina guérisse toujours la fièvre intermittente; il faut pour cela que les intervalles des accès soient très-calmes, et qu'il y ait ce qu’on appelle a pyrexie complète ; car si l’intermittence n’est pas franche, le quinquina non-seulement ne guérit point, mais il augmente souvent la fièvre, ou même il la fait dégénérer en fièvre con-
fie m
tioue. Pourquoi cela? Parce que, quand l’intermittence n’est pas franche, que la langue conserVe de la rougeur, c’est une preuve qu’il reste encore un peu d’irritation dans la membrane muqueuse de l’estomac. Dans ce cas, le contact du quinquina avec cette membrane ne fait qu’augmenter l’irritation. 11 est donc important i° de ne donner le quinquina que durant l’intervalle d’un accès; 2° de se garder de l’administrer durant faCCès, parce que c’est précisément lè temps où l’estomac est le plus irrité, et que l’on ne ferait qu’ajouter irritation à une irritation; 3° de ne jamais le donner, à moins que l’intermittence ne soit franche et complète; 4° de commencer toujours le traitement des fièvres jntermittentes parles émolliens, ou, en d’autres termes, les antiphlogistiques; car le quinquina réussit beaucoup mieüx à la suite de cé traitement. II n’est même pas rare d’obtenir la guérison par le seul moyen des sangsues sur l’estomac et les boissons émollientes et sans quinquina.
On appelle légitimes les fièvres intermittentes, quand la gastrite seule en est la cause : c’est la fièvre intermittente proprement dite; c’est celle que nous venons de décrire.
FIÈVRES INTERMITTENTES LARVÉES. Les auteurs de médecine donnaient le nom de fièvres larvées aux irritations intermittentes dont ils connaissaient le siège. Cependant aucune fièviBi^jl moins larvée ou masquée que celles-ci, puisqu’ellWWîft ordinairement externes, ou qu’elles sont accompagnées de symptômes locaux, sensibles et très-faciles à apercevoir : ainsi une ophthalmie , une douleur de tête, une hémorrhagie, une attaque de nerfs, etc. , peuvent être intermittentes ; dans ce cas , on disait qu’une fièvre intermittente était déguisée sous ces inflammations apparentes. Nous disons au contraire que ces irritations ne cachent point une fièvre intermittente; que toute la maladie consiste dans ces irritations, dans ces ophthalmies, ces hémorrhagies, etc.; q.içoes irritations intermittentes sont de 3a même nature que leslrritations non intermittentes, et que la périodicité seule en fait la différence. Ces prétendues fièvres larvées sont produites de la même manière que celles dites légitimes, c’est-à-dire par l’irritation. L’irritation et la congestion, au lieu de se faire vers l’estomac, ont lieu à la peau, sur les poumons , sur un œil, sur la membrane muqueuse du nez , etc., etc. Elles guérissent par les mêmes moyens , les boissons émollientes et les saignées locales d’abord , puis par le quinquina, si l’estomac est en bon état.
FIÈVRES INTERMITTENTES PERNICIEUSES. Les fièvres intermittentes sont quelquefois accompagnées de symptômes es*
trêmement graves, dont l’apparition annonce ordinairement un danger prochain. En effet , si l’on n’y porte un prompt remède, elles peuvent emporter le malade dès les premiers accès.
Ces fièvres pernicieuses , dont les auteurs de médecine avaient fait une classe à part, ne diffèrent pourtant pas par leur nature des fièvres intermittentes ordinaires. En effet, dans la plupart des cas les fonctions des organes intérieurs sont peu dérangées;. mais il arrive quelquefois que la congestion est plus forte dans le poumon , dans le cœur , oü dans le cerveau que dans le canal intestinal. On reconnaît facilement cet état parla douleur, L’ardeur, la plénitude que l’on ressent dans ces parties. L’expérience prouve que si la fièvre n’est point arrêtée, les organes gardent l’irritation ; la congestion devientpermanente, et l’on a une véritable inflammation continue des poumons, du cerveau , de la même manière que dans les cas moins compliqués, la gastrite intermittente peut se changer en gastrite continue ou non intermittente. Tout cela n’est pas encore la fièvre pernicieuse; celle-ci n’est réellement qu’un degré très-élevé de la fièvre intermittente ordinaire avec complication de l’irritation d’un des organes dont nous venons de parler. Yoici comment : lorsque l’irritation qui donne lieu à un accès fébrile est excessive, il y a une congestion considérable dansles parties qui en sont le siège; la réaction ver^a surface du corps qui amène la fin de l’accès ne se îaàt^^Êtc la plus grande difficulté;' elle peut même n’avoir pasTœu^ürtout à la suite de quelques accès. Alors, l’organe affecté garde l’irritation; et si celle-ci est violente, il y a désorganisation rapide, et la mort arrive. Lorsque cette irritation excessive existe dans la membrane muqueuse de l’estomac, il y a nausées, vomissemens , douleurs aiguës de l’estomac ; si c’est sur les intestins, il y a diarrhée, coliques horribles ; si l’irritation s’étend jusqu’au foie, il y a douleurs au côté droit, épanchemèns de bile ; si cette congestion a lieu dans les poumons , il y a toux, fluxion de poitrine, pleurés^. catarrhe pulmonaire ; dans le cerveau, il y a violent mal de tête, délire, quelquefois attaque d’apoplexie ; si l’irritation est partagée par le cœur, le sang est retenu dans cet organe , ce qui donne lieu aux défaillances, aux angoisses, aux palpitations violentes. Tels sont les symptômes qui caractérisent en général les fièvres intermittentes, que l’on nomme pernicieuses. Il est de la dernière1 évidence qu’elles ne diffèrent des fièvres intermittentes ordinaires que par le degré beaucoup plus élevé de l’irritation , et par la violence de la congestion sanguine qui en est la suite.
Les fièvres intermittentes, soit bénignes, soit pernicieuses, quand elles ont duré long-temps et surtout quand on a abqsé
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du quinquina, laissent souvent des traces de leur existenoe après la guérison : telles sont un visage pâle, une grosse rate, un gros foie., de l’oppression^, de la toux, l’hydropisie. Tous ces résultats sont le produit de l’inflammation chronique des viscères , que l’on déterminait la plupart du temps par le quinquina, dont ôn gorgeait le malade pendant des mois entiers. La formation des engorgemens, des obstructions qui viennent à la suite des fièvres intermittentes, surtout des pernicieuses s n’est donc pas un mystère ; ils sont l’effet naturel et nécessaire d’une irritation violente ou prolongée.En vertu de cette irritation, le sang et la lymphe sont appelés dans le foie, dans la rate, dans les poumons, etc., qui acquièrent par ce moyen un développement considérable; ce qui arrive, parce qu’au lieu d’apaiser l’irritation dans sonxlébut, on la laisse marcher, ou qu’on la fixe dans les organes par une médication stimulante, échauffante, par le quinquina donné intempestivement, par le vin blanc, l’eau-de-vie, la poudre à canon, etc., etc. Nous ne voulons pas dire pour cela que ces moyens et surtout le quinquina doiventêtre rejetés du traitement des fièvres d’accès, car l’expérience prouve qu’il réussit souvent dans ces fièvres, lorsqu’il est administré dans des circonstances favorables. Nous allons dire quelles sont ces circonstances, en exposant la nature du traitement:
Traitement des fièvres d’accès. La première indication à remplir est d’éloi'gner les causes. Parmi les nombreuses causes des congestions internes qui donnent lieu à l’accès, il en est une qui paraît beaucoup plus fréquente que toutes les autres , ce sont les vicissitudes de chaud et de froid. C’est pour cette râison que les fièvres intermittentes se rencontrent très-fréquemment au printemps et en automne, et dans le voisinage des marais, des étangs, où la chaleur du jour contraste avec le froid humide des nuits. On supporte d’abord ces alternatives de chaud et de froid; mais si elles sont répétées un grand nombre de fois, elles deviennent morbides. La congestion , qui résulte nécessairement de l’action du froid qui refoule le sang vers l’intérieur, devient enfin une irritation; au froid succède une réaction vers l’extérieur, qui produit la chaleur. Si cette chaleur persévère, on a une fièvre continue; si elle disparaît pour revenir, on a une fièvre intermittente.
11 est donc important de soustraire les malades à l’influence des vicissitudes de l’atmosphère, surtout de les éloigner des pays marécageux, si cela eet possible. Il suffit en effet , dans un très-grand nombre de cas, de -faire transplanter les malades loin du voisinage des marais où ils ont contracté leur maladie, pour obtenir une très-prompte guérison; mais je
sais que ce moyen est impraticable pour la majorité des maladies. Lorsqu’une fièvre intermittente se présente, il faut examiner si, l’accès passé, il ne reste plus d’irritation dans les organes intérieurs; ce qu’il est facile de reconnaître , lorsque le malade recouvre son appétit habituel, s’il n’y a ni lassitude dans les membres, ni soif, et que la langue ne soit point rouge, si toutes les fondions s’exécutent bien, en un mot, si l’apyrexie est complété. On administre alors le quinquina ou mieux le sulfate de quinine dans l’intervalle d’un accès à l’autre. Nous avons dit plus haut que le quinquina agissait en pareil cas , en produisant une irritation artificielle qui prévenait ou empêchait celle qui donne lieu à l’accès. (Voyez, pour ce qui regarde l’emploi du quinquina, page go.) Si l’intervalle des accès n’est pas nettement sans fièvre, ou mieux sans irritation, ce que l’on connaît lorsque , l’accès passé,, la bouche reste amère, qu’il y a rougeur de la pointe de la langue avec mucosités sales à son centre, dégoût des alimens, douleur et pesanteur de tête, fatigue dans les membres, faiblesse, découragement; en un mot si Yapyreæie est incomplète, le quinquina pourrait changer la fièvre intermittente en fièvre continue, parce qu’il se trouverait en contact avec la membrane muqueuse de l’estomac encore irritée, stimulée, et qu’il ajouterait ainsi irritation à irritation. Il faut dans ces cas employer d’abord le traitement émollient , les saignées locales au moyen de 20 ou 3o sangsues appliquées sur le creux de l’estomac pendant le stade de chaud, pour abattre i’inflammalion. Cette méthode a l’avantage , quand elle ne dissipe pas tout-à-fait la fièvre, de rendre l’apyrexie complète. On donne ensuite avec le plus grand succès le quinquina, ou mieux le sulfate de quinine , comme dans le cas précédent.
Si les accès sont d’une très-grande violence; s’il y a complication des symptômes graves, c’est-à-dire que la congestion se fasse vers le cerveau, les poumons, le foie , etc.; s’il y a en même temps prostration subite des forces, altération profonde des traits du visage, en un mot si la fièvre est portée au degré qu’on appelle fièvre pernicieuse , lors même que l’apyrexie est complète, il ne faut pas employer le quinquina avant la saignée, caron court risque de faire dégénérer la fièvre intermittènte en fièvre continue, putride, maligne, comme le prouvent une foule d’exemples, malgré la théorie contraire de la plupart des auteurs de médecine ; mais ici il faut agir avec énergie, appliquer pendant le stade de chaud 5o ou 40 sangsues sur l’estomac, et s’il y a congestion cérébrale ou du poumon, faire précéder l’application des sangsues par une saignée de bras. Après cela on' aura recours au quin-
rtuioa, dont le stiecès est beaucoup plus certain après avoir diminué l’irritation et la congestion par les saignées.
Nous avons dit que la marche des fièvres intermittentes pernicieuses, c’est-à-dire d’un très-haut degré, était rapide. Le danger augmente à chaque accès; la mort peut arriver au troisième, au quatrième, au cinquième : c’est à cause de l’imminence du danger qu’il faut à tout prix s’opposer au retour d’un nouvel accès , en administrant le quinquina à des doses plus hautes que dans les cas ordinaires, après les saignées. On donne de x à 3 onces de quinquina en substance, ou de 10 à 3o grains de sulfate de quinine entrois, quatre, cinq doses dans l’intervalle des accès.
Le traitement des fièvres qu’on appelle larvées ou déguisées ne diffère pas de celui des fièvres intermittentes ordinaires; il consiste à donner le quinquina dans les intervalles des accès. Si l’inflammation externe qui se manifeste durant l’accès ou plutôt qui le constitue est violente, il ne faut pas craindre de l’attaquer par des saignées locales et le traitement émollient.
Résumons en quelques mots ce que nous venons de dire dans cet article. Les fièvres intermittentes ordinaires, dites légitimes , ne sont autre chose que des irritations du canal intestinal. Ces irritations peuvent se compliquer avec celle de quelque autre organe , de la même manière que les irritations continues développent celle de la tête, >du cœur, du poumon , etc. Les fièvres intermittentes pernicieuses ne diffèrent que par le degré des précédentes; les fièvres larvées sont des irritations intermittentes ordinairement externes , mais qui ne déguisent pas une autre fièvre, comme on l’a faussement écrit. Le quinquina convient dans ces affections; on ne le donne jamais que dans l’intervalle des accès; on ne le donne que lorsque l’apyrexie est complète. Si elle n’est pas complète , on la ramène à cet état, en calmant l’irritation par une application de sangsues pendant le stade de chaleur. Lors même que l’àpyrexie serait complète, on débuterait par la saignée si l’accès était très-violent, et surtout si la fièvre prenait la forme dite perni cieuse. Les sangsues doivent être appliquées durant le stade dé chaleur, plutôt que dans tout autre temps.
Règle générale : on administre les toniques et surtout le quinquina dans l’intervalle des accès, et les boissons émollientes durant les accès. Pour diminuer la violence du frisson et pour en abréger la durée, on fera bien de mettre le malade dans un bain cbaud, qui aura l’avantage de rendre moins brûlant le stade de chaleur , et d’amener plus promptement celui dé sueur.
FIÈVRE RÉMITTENTE. On donne ce nom aux fièvres qui sont marquées par des accès comme les précédentes, mais qui n’ont pas des intervalles entièrement calmes. Dans les fièvres rémittentes il n’y a pas d’apyrexie franche et complète; ou peut dire que les intervalles sont marqués par la diminution plutôt que par la cessation de la fièvre : il n’y a donc d’autre différence entre les fièvres intermittentes et les rémittentes, qu’en ce que les premières laissent le malade libre entre les accès , et que dans les secondes , il reste un peu d’irritation entre un accès et un autre.
Les causes sont les mêmes. Le3 fièvres intermittentes mal traitées peuvent dégénérer et dégénèrent très-souvent en rémittentes; le traitement par les stimulans , surtout durant les accès, doit souvent conduire à ce résultat. La première indication à remplir consiste, après avoir éloigné les causes, à ramener la fièvre rémittente à l’intermittente; pour cela on se gardera bien de donner le quinquina, puisqu’il n’y a pas de véritable apyrexie, et que la membrane muqueuse de l’estomae conserve toujours de d’irritation , que cette substance ne ferait qu’accroître. On débutera donc par les saignées locales si la fièvre est aiguë, par les boissons émollientes, l’abstinence de toute espèce de stimulans; par ce moyen on réussira souvent à amener la fièvre rémittente à la forme intermittente; et lorsque les intervalles dès accès seront bien décidément sans irritation, on administrera le quinquina. J’ajouterai que dans un grand nombre de cas, on réussira à guérir la maladie sans être obligé de recourir au quinquina, et parle seul traitement qui doit précéder son administration.
FIÈVRE HECTIQUE, FIÈVRE LENTE, FIÈVRE DE CONSOMPTION. On donne ce nom à la fièvre qui accompagné les inflammations chroniques avec désorganisation profonde des parties qui en sont le siège. La fièvre hectique n’est donc pas une maladie par elle-même; elle n’est , comme toutes les fièvres , que le siège d’une inflammation locale. La phthisie pulmonaire ou inflammation chronique du poumon, le carreau ou inflammation chronique des entrailles, le cancer des seins, de la 'matrice, de l’estomac, arrivé à son dernier terme , beaucoup d’autres inflammations chroniques très - avancées , les larges plaies suppurantes à la suite de l’amputation des membres peuvent donner lieu à la fièvre hectique. Voici quels en sont les symptômes ordinaires :
D’abord accélération et petitesse du pouls, diminution de l’appétit, digestion difficile, selles rares, insouciaueè, inertie
an physique etau moral. On est convenu de regarder ces àÿrtiptômes comme le premier degré de la fièvre hectique ; plus tard il y a des alternatives de chaud et de froid, ou ce qu’on appelle des bouffées de chaleur, amaigrissement, chaleur à la paume des mains, et qüelquofois, mais non constamment, à la plante des pieds, joues colorées, face blême, gêne de la respiration, toux sèche, urines ordinairement peu abondantes , tristesse, humeur irascible, sécheresse de la peau, sommeil inquiet, redoublement le soir : ces symptômes sont regardés comme le deuxième degré de la fièvre hectique. Enfin survient la diarrhée accompagnée de coliques; il y a affaiblissement général, amaigrissement extrême, marasme, peau terne ou terreuse ; le pouls devient petit, faible, mais précipité, sueurs nocturnes; quelquefois, mais rarement, le délire survient yers la fin de la maladie ; le plus-souvent le malade conserve ses facultés intellectuelles jusqu’à la mort, terme heureux d’une triste et pénible existence.
Le traitement de la fièvre hectique n’est autre chose que celui des inflammations qui y donnent lieu; en général ce traitement doit être calmant, émollient; le lait, les potages farineux au lait, les bouillons de poulet, etc., les légumes frais, l’abstinence jde vin, de liqueurs spiritueus.es* de café, de thé, etc., doivent constituer la base du régime. Le siège, ^particulier de l’inflammation qui donne lieu à la fièvre exige quelques particularités qui sont indiquées dans les divers articles où il est parlé des ces inflammations. (Y. Cancer, Phthisie pulmonaire , Carreau , Gastrite chronique.)
FIÈVRE JAUNE, FIÈVRE DES ANTILLES, TYPHUS. Cette maladie se développe dans les climats chauds pendant les grandes chaleurs dé l’été. Elle règne particulièrement en Amérique et dans les Antilles; elle peut être portée d’une région à une autre par un vaisseau à bord duquel règne cette maladie. Voici quels sont les symptômes de ce'tte affection :
Elle débute ordinairement d’une manière brusque ; quelquefois elle est précédée de malaise , de dégoûts , de nausées , de lassitudes vagues. Dn peut distinguer trois périodes dans la marche de cette fièvre. Dans la première période, on observe ce qui suit : il y a sentiment de froid, puis chaleur vive , sèche, âcre, mal de tête plus ou moins violent, air d’étonnement, douleurs dans les membres, dans le dos et dans le bas des reins, sensation pénible vers le creux de l’estomac, visage rouge, luisant et enflammé, yeux fixes et hagards, tantôt secs , tantôt larmoyans , respiration forte et plaintive, langue sale, pâteuse dans le milieu, et rouge sur les bords, constipation ou diarrhée, évacuation de matières d’abord naturelles, . ■
pais bilieuses et rousses , urines roussûtres, pouls fréquent et fort, quelquefois toux stomacale; après deux ou trois jours les douleurs d’estomac augmentent; il y a vomissemens des boissons, de mucosités roussâtres, puis de couleur de café enfin de couleur noirâtre ; il n’est pas rare de voir ces vomisi semens survenir dès le premier jour. A la seconde période, les douleurs de tête disparaissent , ainsi que la rougeur du visage et des yeux; il en est de même des douleurs des membres et de la toux; mais il y a une espèce de somnolence, d’assoupissement, des rêvasseries ; la langue passe- du rouge au brun; couleur jaunâtre du blanc des yeux et de la peau, accompagnée d’éruptions dites pétéchies ou de taches rouges, brunes, noirâtres plus ou moins larges. A la troisième période , les douleurs de l’estomac deviennent brûlantes; il y a des vomissemens et des selles noires, des hémorrhagies par le nez, par les gencives, la bouche, l’anus et d’autres ouvertures ; les taches de la peau s’élargissent; le pouls devient faible de fort qu’il était; la respiration est embarrasée ; les urines sont rares ou même se suppriment entièrement; très-souvent il y a délire , convulsions; peau est froide, le corps exhale une odeur cadavéreuse, et la mort arrive au bout de sept ou huit jours.
Causes de la fièvre jaune. Puisque cette maladie règne particulièrement dans les climats chauds, tels que le Sénégal, Galcuta, Pondichéri, la Guyane, la Havane, Cuba, Haïti, toutes les Antilles et la plupart des côtes de l’Amérique méridionale , il est assez naturel de conclure que l’excessive chaleur en est la cause principale; ajoutez à cela les foyers d’infection dans lesquels les individus se trouvent comme plonges. On a observé que la fièvre jaune attaquait beaucoup plus fréquemment les étrangers qui arrivent dans les colonies que les naturels , ét plus souvent lès blancs que les noirs. Voici pourquoi : la chaleur atmosphérique échauffe l’estomac des personnes nées dans les pays plus tempérés et qui se trouvent transportées dans les pays très-chauds, tels que ceux dont nous venons de parler. Non-seulement ces personnes ne diminuent pas la quantité de leurs alimens, mais elles se nourrissent Comme dans leur pays, et un malheureux préjugé les porte à faire usage de liqueurs fermentées , de quinquina et d’autres toniques pour se fortifier et se prémunir contre la fièvre jaune. Ces moyens n’ont d’autre effet que celui d’élever l’irritation gastrique, développée par l’influence du climat, et de la porter jusqu’au degré inflammatoire ; ce qui arrive d’autant plus certainement que les sujets sont plus jeunes et plus sanguins.
On peut déjà conjecturer, d’après ces courtes réflexions, que la fièvre jaune et la plupart des affections qui lui ressem-
blent ne sont que des irritations du tube intestinal portées à un très-haut degré ; mais cette présomption se change en certitude quand on examine le cadavre de ceux qui ont eu le malheur de succomber à celte maladie. En effet on trouve constamment dans le canal intestinal des taches rouges , brunes, noires , plus ou moins étendues , et d’autres altérations absolument semblables à celles des fièvres les plus intenses , et qui sont, comme nous l’avons dit à l’article fièvre , des gastro-entérites. Comme celle-ci est très-intense , il n’y a rien d’étonnant que cette irritation se répète dans d’autres organes , tels que le foie, le poumon et le cerveau; c’est ce que l’on observe aussi à l’égard de toutes les irritations du canal intestinal , lorsqu’elles arrivent à un degré très-élevé. La peau peut en être affectée ; aussi rencontre-t-on souvent des ecchymoses ou taches sanguines , des pustules , des érysipèles , etc.
Mais, va-t-on s’écrier, quelle analogie, quelle ressemblance peut-il y avoir entre les gastrites ou les gastro-entérites et la fièvre jaune, qui est une maladie contagieuse? Nous répondons d’abord que la fièvre jaune n’est point contagieuse, c’est-à-dire qu’elle ne se transmet pas par le contact : autre chose est la contagion , autre chose est Vinfection. La petite vérole, la rougeole, la gale, la syphilis sont des maladies contagieuses, parce qu’elles ne se transmettent que par le toucher ou le contact des personnes qui en sont atteintes , ou par des vêtémens qu’elles ont portés; mais on n’a point à craindre de contracter ces maladies en vivant dans la même atmosphère que ces malades si l’on n’a avec eux,, aucune communication médiate ou immédiate. Il n’en est pas de même de la fièvre jaune : si l’on voit un grand nombre de personnes être atteintes de cette maladie j c’est qu’étant réunies dans les mêmes lieux, dans une ville, nne place forte, un navire, un hôpital, elles sont exposées aux mêmes influences atmosphériques , aux mêmes émanations miasmatiques. Ne voit-on pas la même chose arriver dans le voisinage des marais, ou le plus grand nombre des habitans contracte la fièvre intermittente? Et pourtant, qui dira quela fièvre intermittente est une maladie contagieuse? Elle ne règne chez un grand nombre de personnes que parce que ces personnes vivent dans le même foyer qui la produit et l’entretient. Il en est de même à l’égard de la fièvrejaune, de la peste, du typhus des hôpitaux, etc., etc. Les foyers d’infection peuvent provenir de deux sources, i° de la décomposition des végétaux et des corps morts en putréfaction, du voisinage des marais, des plages maritimes, des voiries, des cimetières; 20 ces foyers peuvent être produits et entretenus par le rassemblement de plusieurs personnes ma-
lades,ou dont quelques-unes sont malades dans un même local. C’est ainsi que l’on doit expliquer le transport de la fièvre jaune d’un pays à un autre au moyen d’un navire devenu foyer de la seconde espèce , dont nous venons de parler. Que l’on fasse sortir d’une ville, d’un navire, d’une place d’armes les personnes qui y sont entassées, elles échapperont à la fièvre qui y règne, et ne la porteront pas avec elles dans les endroits où elles émigreront. Dans ce cas, que penser des cordons sanitaires établis pour circonscrire la fièvre jaune dans son foyer primitif? Que ces mesures doivent être proscrites dans l’intérêt de l’humanité et pour hâter la cessation de ce fléau. Au lieu de forcer les individus à se renfermer dans l’enceinte d’une ville, d’un navire, etc., lorsqu’il existe une épidémie de fièvre jaune, il faut favoriser l’émigration vers les lieux sains et bien aérés, faire disperser les malades, pour prévenir la formation d’un nouveau foyer artificiel, désinfecter les lieux où existait le foyer primitif en nettoyant les canaux, les égouts, les étangs, eu entretenant la propreté des rues , etc. Il serait très-avantageux aussi de faire des inspersions dans les appartemens sur les meubles, dans les navires avec une dissolution de chlorure de chaux, qui a la propriété de décomposer les miasmes et toutes les émanations nuisibles. L’expérience a déjà prouvé l’avantage incontestable que l’on pouvait obtenir de ce moyen dans les hôpitaux, dans les prisons où régnent des fièvres typhoïdes, sur les vaisseaux où règne la fièvre jaune ou la peste. Au moyen de ces différentes précautions , on ne doit craindre en aucune manière la communication de la maladie. Il reste donc prouvé que les cordons sanitaires sont un moyen barbare et qui accuse l’ignorance de ceux qui les font établir à l’occasion de la fièvre jaune.
Traitement de la fièvre jaune. Puisque cette maladie est une inflammation du canal intestinal qui ne diffère des inflammations ordinaires que par, la violence des symptômes, le traitement doit être analogue à celui de la gastrite et de la gastroentérite. Ainsi on pratiquera hardiment et à plusieurs reprises des saignées locales, au moyen des sangsues ou des ventouses sur le creux de l’estomac ; on administrera des boissons rafraîchissantes en grande quantité , principalement la limonade et l’orangeade. On obtient aussi beaucoup d’avantages des frictions faites sur tout le corps avec le jus de citron, ou, à son défaut, avec l’eau vinaigrée. On donnera fréquemment des lavemens émolliens ; on fera prendre des bains froids tous les jours, et l’on fera en sorte que le malade respire un air frais et bien ventilé. Point de quinquina, point de vin ni d’eaude-vie, ni aucune espèce de toniques ou de stimulans. Com-
ment a-t-il pu venir dans la tête d’un homme un peu raisonnable d’employer ces moyens incendiaires dans des pays où l’ardeur de l’atmosphère indique assez qu’il faut avoir recours aux boissons rafraîchissantes, pour éteindre le feu qui dévore les étrangers qui arrivent dans ces latitudes brûlantes ?
FIÈVRE MALIGNE. (V. Fièvre.)
FIÈVRE MILIAIRE. On appelle ainsi une affection qui consiste dans de petites vésicules très-ténues , de la grosseur d’un grain de millet, qui paraissent à la surface du. corps, et qui contiennent un liquide transparent , le tout accompagné de symptômes fébriles.
Une question se présente : faut-il attribuer la fièvre à cette éruption, ou regarder celle-ci comme un effet d’une irritation interne ? ou bien encore la fièvre miliaire est-elle une affection d’une nature spécifique ou particulière? Tout porte à croire que la fièvre est ici l’effet d’une irritation interne, que cette irritation a son siégé principal dans le canal intestinal comme dans les fièvres ordinaires, et que cétte irritation interne produit une éruption cutanée,' tantôt miliaire, tantôt érysipélateuse, surtout chez les individus d’un tempérament lymphatique et durant les saisons chaudes ét humides. Cette éruption est souvent accompagnée de sueurs abondantes ; on la voit se manifester chez les individus qui portent une gastrite que l’on a exaspérée au moyen des stimulans. On l’observe principalement dans les pays méridionaux, et plus fréquemment dans certaines années que dans d’autres. On ne doit pas être surpris de voir la fièvre miliaire rangée parmi les affections du tube intestinal, quand on sait qu’il existe une relation tellement étroite entre la peau et ce canal, que l’affection de l’un entraîne presque toujours celle de l’autre.
Le traitement est à peu près le même que celui de la gastrite et de la gastro-entérite ordinaire. (V. Gastrite.)
FIÈVRES PERNICIEUSES. (V. Fièvre d’accès.)
FIÈVRE PESTILENTIELLE. (V. Peste.)
FILET. C’est le nom que l’on donne vulgairement à un vice de conformation qui empêche les libres mouvemens de la langue. Ce vice provient de ce que le frein de la langue se prolonge trop près de son' extrémité , ce qui peut nuire à la lactation, à la succion chez les petits enfans, à la prononciation et même à l’usage de la parole chez les adultes. Cette incommodité , d’ailleurs beaucoup moins fréquente qu’on ne le croit ordinairement, n’offre pas le moindre danger, puisqu’on
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peut la faire disparaître avec la plus grande facilité. Quand un enfant a le filet, ou en d’autres termes, lorsque le frein de la langue est trop long, il suffit d’en couper une partie avec des ciseaux. A cet effet on soulève la langue avec une spatule qui présente une fente à travers laquelle passe le frein ; alors on en coupe une partie avec de bons ciseaux. On peut aussi élever la langue avec le manche d’une cuiller; mais, je le répète, on se trompe très-fréquemment sur la nécessité de pratiquer cette petite opération.
FLATULENCE, flatuosités s vents. On emploie indistinctement ces diverses dénominations pour désigner l’émission par le haut ou par le bas de gaz ou vents accumulés dans l’estomac, ou ces vents eux-mêmes. Les flatuosités ne constituent pas une maladie; elles ne sont autre chose qu’un signe ou symptôme de digestiori mal faite , de constipation , de diarrhée, d’irritation du canal intestinal, etc. Il n’existe donc pas et il ne saurait exister de traitement contre les vents. II faut s’occuper de la guérison des maladies ou des accidens qui y donnent lieu , et les flatuosités ne se formeront plus.
Quelquefois les flatuosités sont très-incommodes par leur .présence dans le canal intestinal. Un des moyens les plus efficaces pour en -obtenir l’expulsion consiste à faire des frictions sur le ventre avec un morceau de flanelle ou même avec la main chaude ; on s’occupe ensuite du traitement de l’affection principale. Si c’est une irritation des voies digestives , on emploie un régime doux et végétal; s’il y a constipation / diarrhées embarras gastrique s etc., on se conduit comme dans ces cas. (V. ces mots.) -
FLEURS ou FLUEURS BLANCHES. (Y. Catarrhe utérin.)
FLUX DE SANG. (Y. Diarrhée et Dyssenterie.)
FLUX DE YENTRE. (Y. Diarrhée.)
FLUX HÉMQRRHOIDAL. (V. Hémorrhoïdes.)
FLUX MENSTRUEL. (Y. Menstrues.)
FOIE. Le foie est un viscère placé à droite de l’estomac. Il sert à préparer la bile. Ce viscère peut être affecté de plusieurs manières, et fournir en conséquence une. bile peu propre à faire subir aux alimens les changemens qui constituent une bonne digestion. La jaunisse ou l’ictère est produite par une maladie du foie, et la couleur jaune que l’on prend vulgairement pour la maladie principale n’est qu’un symptôme d’une irritation de ce viscère. Les engorgemens du foie sont constamment le résultat de l’irritation qui appelle les fluides dans cet organe, qui acquiert en conséquence un déve-
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îoppeiïient plus ou moins considérable. Les affections du foie sont le plus souvent consécutives à celles de l’estomac,' ou en d’autres termes, les irritations, inflammations, altérations organiques de l’estomac dbnnent très -souvent lieu aux irritations , aux engorgemens du foie, etc. (Y. , pour les différentes maladies du foie, les articles Jaunisse, Hépatite ou Inflammation DU FOIE, HydROPISIE. )
FOLIE, aliénation mentale s manie , monomanie , délire , de mence , mélancolie , etc. On appelle folie ou aliénation mentale le trouble, le désordre plus ou moins complet des fonctions intellectuelles , avec impulsion aveugle à faire des extravagances. On a divisé la folié en plusieurs espèces , suivant la, manière dont se manifeste le trouble des fonctions intellec ■ tuelles : ainsi on l’a appelée manie quand il y avait délire général avec agitation, irascibilité, penchant à la fureur; ma ; nomanie quand l’aliénation mentale n’e'tait pas universelle, qae l’individu raisonnait juste ou à peu près juste sur tous les objets,' excepté sur un ou sur quelques-uns; de ce genre sont le penchant au suicide, au meurtre , aux idées amoureuses , à là superstition , la croyance que l’on- s’entretient avec Dieu, les . ëajnts^ etc., etc., les idées de l’individu étant d’ailleurs saines sur d’autres objets. On a donné à la folie le nom de démence s lorsqu’il y avait une lenteur remarquable des opérations du l’entendement et des actes de la volonté; celui d 'idiotisme; lorsqu’il existait une sorte de stupidité plus ou moins prononcée, un cercle d’idées très-rétréci et une nullité de .caractère. D’autres auteurs ont divisé la folie en manie hypocondriaque ou manie chimérique , c’est-à-dire qui fait voir des fantômes; en manie gaie; en manie, mélancolique ou triste; en manie religieuse; en manie érotique ou amoureuse; en manie avec fureur; en démence ; en idiotisme; en manie chaos, c’est-à-dire àvee désordre complet dans les idées à l’égard de tous les objets. On pourrait encore établir de nombreuses divisions de la folie, si les signes par lesquels se manifeste le désordre dès idées devaient constituer autant de genres particuliers de folie; mais il n’en est point ainsi. Nous avons dit ailleurs que les fièvres pouvaient revêtir différentes formes, telles que là malignité, ia putridité, l’adynamie, etc., mais que ces formes extérieures ne constituaient pas autant de maladies particulières, et qu’elles n’étaient jamais que l’expression d’une irritation locale, irritation qui ale plus souvent son siège primitif dans le canaj intestinal. Il en est de même de la folie : depuis le plus faible degré de débilité et de désordre des facultés intellectuelles jusqu’à la démence et au délire le plus complet , quelles que soient les nuances de la folie entre ces
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deux extrêmes, il faut toujours en rechercher la cause dans l’irritation , l’altération des organes au moyen desquels s’exécutent les fonctions intellectuelles. La folie n’est donc pas une maladie par elle-même , indépendante de toute lésion locale ; ce n’est point une abstraction métaphysique, une maladie mentale ou spirituelle , comme on pourrait le croire. Aux yeux du médecin philosophe elle n’a rien de plus étonnant qu’une fièvre, qu’un mal d’yeux, qu’une angine, etc. L’organe qui sert aux fonctions intellectuelles est malade, ses fonctions sontdérangées, s’exécutent mal, et voilà tout. C’est de la même manière que la digestion est troublée, lorsque l’estomac est irrité, enflammé, en un mot lorsqu’il est malade. Il serait par trop absurde de supposer que la folie ou l’aberration de la raison pût avoir lieu , lorsque tous les organes seraient d’ailleurs en bon état. Il s’agit donc de déterminer quel est l’orgaqe dont la lésion peut donner lieu aux différentes espèces d’aliénation mentale. Cet organe, c’est le cerveau; c’est lui qui préside à la plus noble des fonctions, à la pensée et à l’exercice de la raison. Si le cerveau est sain et bien organisé, les idées sont claires, lumineuses, et le jugement est sain ; si au contraire il est malade, irrité , altéré dans sa structure , il peut en résulter divers désordres intellectuels. Les faits parlent d’ailleurs plus haut que tous les raisonnemens ; or, à l’inspection du cerveau des individus qui ont succombé dans un état d’aliénation mentale, on trouve constamment dans cet organe ou dans ses enveloppes des traces d’irritation, d’inflammation, d’altérations de structure, etc. .
Les causes de l’aliénation mentale sont de plusieurs espèces. On peut établir en principe que ces causes sont tout ce qui excite, irrite, stimule directement ou indirectement le cerveau. Parmi ces causes excitantes, les plus puissantes et les plus fréquentes de l’aliénation mentale sont les perturbations morales, telles que les veilles, les excès d’étude, une imagination exaltée, pervertie par des lectures, des spectacles, des conversations, des sociétés, l’amour violent contrarié, l’amour-propre blessé, la colère, la frayeur, les scrupules religieux , les terreurs des consciences timorées excitées par des prédications effrayantes , les revers, de fortune , le passage subit de l’aisance à la misère, des grandeurs et du pouvoir à l’abaissement, la jalousie, les contrariétés et les chagrins domestiques , la honte, les remords, la pudeur outragée, l’ennui qui vient à la suite du désœuvrement ou de l’abus de toutes les jouissances de la vie, le fanatisme religieux et politique. Le femmes y sont plus sujettes que les hommes, £ cause de la plus grande mobilité du système nerveux chez
les premières. Les. maladies aiguës et chroniques du cerveau , les coups, les blessures à la tête, les altérations, les excroissances internes des os du crâne qui compriment la substance ,cérébrale, en un mot toutes les affections organiques du cerveau en dérangent les fonctions, et peuvent être des causes fréquentes d’aliénation mentale. La suppression ou la rétention des menstrues, celle des hémorrhoïdes et d’autres évacuations habituelles accompagnent et déterminent quelquefois un dérangement marqué des facultés mentales ; l’excès des plaisirs vénériens, la pratique funeste de la masturbation doivent être mises au rang des causes qui altèrent d’une manière notable les facultés intellectuelles. La folie , et surtout l’espèce connue sous le nom d’idiotisme est quelquefois originelle , c’est-à-dire que les individus apportent cette affection en naissant. Dans ce cas elle est incurable. Une funeste hérédité peut aussi transmettre de père en fils la disposition à l’aliénation mentale , ainsi que le prouvent de nombreux exemples ; ce que l’on conçoit d’ailleurs aisément, puisque les pères transmettent à leurs enfans une conformation organique plus ou moins semblable à la leur.
Les signes ou symptômes de l’aliénation mentale sont les actes qui annoncent le trouble de la raison. La manie peut cependant exister sans que l’entendement soit dérangé d’une manière bien sensible. Dans certains cas il y a seulement pérversion des affections du cœur; ainsi on observe une impulsion aveugle à commettre des actes de violence ou même de fureur. Quand la manie existe avec délire , l’individu a des idées extravagantes ou furieuses, tristes ou gaies, sérieuses ou légères, etc. La folie, comme beaucoup d’autres affections, peut être continue ou intermittente, c’est-à-dire que les accès reviennent à des intervalles plus ou moins réguliers. Lorsqu’elle est intermittente, il y a plus d’espoir de guérison que dans le cas. contraire. Les maniaques mettent quelquefois fin à leur existence par le suicide. La monomanie est caractérisée par des symptômes particuliers ; le malade est absorbé par une seule idée ou par une série d’idées avec une passion portée au plus haut degré, telles que la frayeur , une joie folâtre, une forte aversion pour un objet déterminé. Il raisonne ordinairement assez bien sur tout autre objet. Il est taciturne, préoccupé, se livrant quelquefois à une joie excessive; il y a aversion pour le mouvement ou penchant irrésistible à se mouvoir; quelquefois il y a abattement extrême, recherche delà solitude; chez certains individus , penchant au suicide.
La monomanie étant une folie partielle, il en résulte qu’il y a autant d’espèces de monoraanies que d’idées prédomi-