‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 103 sur 233 · L'adversaire de Nicolas. — ■ Le texte de la Discus · texte numérisé non relu

L'adversaire de Nicolas. — ■ Le texte de la Discus

sio errorum évoque une conclusion — d'accent triomphal — -de la lettre deuxième : ex his sequilur, placeal vel non placeat, nec mihi imponant sed rationi vigenti, quod Arisloteles in lola pliilosophia sua nalurali et melaphisica vix habuit talem certitudinem de duabus conclusionibus et forlasse nec de una. L., p. 12*, 1. 32; p. 13*, 1. 1. Frère Bernard disparaît presque; voici Aristote au premier plan. Gilles l'a senti, L., p. 14*, 1. 18-21; il s'étonne de voir Nicolas admettre tant d'ignorance en un si grand philosophe. I,., p. 22*, I. 21, et il vient le défendre. L., p. 23*. 1. 17-18... Mais Nicolas avoue son dessein : volebum mullipliciter concludere quod Aristololes non habuit evidenlem noticiam de subslantiis. L., p. 25*, 1. 10-12. Voici le sens de ces lettres : une polémique contre Aristote, sa physique et sa métaphysique! Comment la polémique est-elle contruite?

3. La dialectique de Nicolas. — Il faut que des arguments portent sur l'adversaire. Nicolas pouvait croire que les siens portaient : il part du premier principe du philosophe, reconnu de son disciple et de tous. Sans doute il traite comme équivalents le principe d'identité, qui porte sur l'être et sa formulation logique en règle de non-contradiction; toute certitude, pour lui, doit se mettre en forme logique. Mais il a devant lui des péripatéticiens qui s'attachent précisément à la forme logique de l'aristotélisme qui vivent, et meurent presque, propter sermnnes logi&s. L., p. 37*, 1. 29-30. — En face de Nicolas, Gilles revendique le fait d'un ordre naturel : un ordre où il y a des causes et des substances autres que Dieu, et aussi un ordre des natures, au sens d'Aristote : principes de la génération, nalurales transmutationes esse est mihi experimentaliter nolum... notum cerlissime. L. p. 22*, 1. 4-6. L'évidence du mouvement, c'est le cœur de l'aristotélisme. Cf. Gilson, Recherches sur la formation du système cartésien, dans Revue d'histoire de la philosophie, 1929, p. 126 sq. Or, si l'on peut concevoir le mouvement à part de tout le reste, nous dirions comme mouvement pur, on connaît mieux le mouvement naturel en le rapportant à une substance et à une cause; sa réalité ne s'épuise pas dans un ensemble de choses, d'absolus, elle est relation aussi. Car la relation, c'est encore du réel, rclalio est res, L.,p. 19,* 1. 17, mais une réalité dont l'essence est de se tourner vers autrui : esse relalionis est ad aliud se habere. Ibid., 1. 19. Voici donc la position de Gilles : évidence du mouvement, intelligible par la substance et la cause, dans un monde où le rapport est une réalité. — Mais Nicolas prend les choses à par?, celle-ci d'abird, (' ; se et absolute, L., p 30*, 1. 20-21, celle-là ensuite, autre absolu; quand les choses sont deux, leurs intellections sont séparables, et l'une ne peut rien à la perfection de l'autre, non apparel quod una res perfectius inlelligatur ex eo quod altéra cognoscitur. L.,p. 27*, 1. 20-23. En face de la diversité des choses, nous ne disposons, p ir hypothèse, que d'une lumière naturelle logiquement définie par la non-contradiction : l'intelligibilité, c'est l'identité; d'où impossibilité de toute liaison du même avec l'autre; de ce point de vue, on ne rencontre ni substances et accidents, ni causes et effets, ni fins et moyens, ni aucune relation de ce genre. Le discours est seulement analyse de l'intuition, et 1' « intuition première », expérience brute, en nous donnant plusieurs choses, les présente toutes à la fois, sur le même plan . sans aucune préférence : non est unde talis primitas essel ibi. L., p. 27*, 1. 27. Avec ses apparences successives, l'expérience ne nous découvre pas de changements réel, de corruption de Vun qui soit génération de Vautre. — ■ Ayant mis au commencement la logique aristotélicienne et son premier principe, Nicolas rencontre les choses de la physique et de la métaphysique aristotéliciennes; il ne trouve

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plus d'évidence aux fins, causes, substances.au mouvement, d'un mot, à la nature péripatéticienne. Ainsi le c< nflit de Nicolas avec Gilles apparaît conflit d'Arislote avec Aristote : du point de vie de la logique la nature est radicalement incertaine. Nicolas réalise s n dessein qui est de découvrir l'incertitude de l'aristi télisme, ou, comme le dit brutalement Gilles, l'ignorance d'Aristote.

4. Portée de cette dialectique. — ■ Pouvons-nous discerner l'esprit qui anime Nicolas dans sa polémique contre Bernard? « Le magisler Nicholaus, dit le P. Maréchal, semble avoir été entraîné à des thèses extrêmes, beaucoup moins par le souci de fonder une philosophie nouvelle que par son humeur de dialecticien. » Op. cit., p. 120. Lappe demande qu'on n'impute point à Nicolas comme étant sa doctrine les conséquences absurdes qu'il peut tiier de la doctrine adverse. L., p. 5*. P« ur notre part, nous trouvons seulement dans les lettres et la cedula « Ve michi » une mise à l'épreuve des notions fondamentales du péripatétisme. — ■ Quelque sens que l'on doive donner à l'expression causa collationis, L., p. 1, n. 8, il est assuré que Nicolas présente son œuvre comme un exercice scolaire n'engageant point sa conviction : dispulative, nihil asserendo pertinaciler. L., p. 31*, 1. 3-4 ; p. 33*, 1. 7-8; p. 34*, 1. 16- 17 et 1. 21-23. Il précise n'avoir pas eu d'autre dessein que de ne pas manquer au premier principe, règle de la discussion. L., p. 35*, 1. 17-16.

Mais le résultat de cette dialectique, constaté par Gilles, c'est de faire éclater l'incertitude de l'aristotélisme, l'ignorance d'Aristote; et Nicolas reconnaît s'être proposé ce but. Serait-ce pour exercer seulement son esprit, accomplir une prouesse? Si jeu il y a, Nicolas paraît bien s'être pris à son jeu : nous avons déjà rappelé les articles extraits de VExigit ordo, où, de l'inévidence de l'aristotélisme, Nicolas conclut que les hommes doivent abandonner l'étude d'Aristote et du commentateur. Ici se précise la figure de l'Aristote médiéval, l'adversaire de Nicolas : Aiistote, ce ne sont pas seulement des thèses métaphysiques auxquelles on pourrait opposer d'autres thèses; Aris ote, c'est rne formation de l'esprit, une culture (1' ristotélisme médiéval, c'est d'abord une formation dialectique de l'intelligence, de même que le cartésianisme se définira d'abord par une préparation mathématique à la philosophie); le philosophe, qui inventa la logique, est le maître à penser; le xive siècle est un siècle logicien; Aristote, c'est la culture logicienne que les contemporains de Nicolas s'épuisent à acquérir : multum admiratur quod aliqui studenl in Aristotele et commentatore usque ad elalem decrepitam, et propter eorum sermones logicos... L., p. 37*, 1.28-30. Si nous demandons à Nicolas quelle leçon porte sa polémique avec Bernard, la voici sans doute : Aristote jugé par le premier principe, doctrine incertaine, donc culture inutile. Mais Nicolas n'est pas moins logicien que ses adversaires, il l'est davantage : on pourrait le voir comme un homme qui vit dans une culture, la pousse à bout, en épiouve le néant. D'où l'aspect de ses lettres : des exercices d'école qui découvrent la vanité de l'École. Une brève introduct ion à l'étude de VExigit ordo assurera davantage cette interprétation de Nicolas d'Autrecourt.

III. Introduction a l'étude du traité « Exigit ordo... » — 1° Les articles de la «Discussio errorum » : « de eternilale rerum ». — Mis à part les articuli missi de Parisius, une proposition qui reprend le thème de la prima cedula --liaison des existences, L. , p. 37*, 1. 10 ■ — et deux articles que nous renvoyons aux paradoxes logiques et moraux, L., p. 37*, 1. 14 et p. 40*, 1. 26, les articles de la Discussio errorum se répartissent en deux groupes : quatr: propositions d'abord nous parlent de Nicolas et de la mission qu'il croit sienne,

contre Aristote, L., p. 36*, 1. 35; p. 37*, 1. 5, 1. 20 et 1. 26; tout le reste traite de elernilate rerum (nous tenons cette expression de notre manuscrit, BodL, fol. 2 r° et fol. 5 v°, notes marginales;. Nous aidant de VExigit ordo, examinons ces articles que Nicolas n'a pas tous avoués : quorum aliquos simpliciter et aliquos sub forma qua ponuntur se dixisse negauit. L., p. 37*, 1. 18.

1. Quod res absolute permanentes sunt elerne,... L.,p. 37*, 1. 35. — ■ Il s'agit des substances et des accidents auxquels l'aristotélisme commun attribue génération et corruption : Nicolas refuse le passage du néant à l'être ou de l'être au néant. ■ — On peut rapporter cette proposition au tractatus primus, BodL, fol. 5 v°, col. B; c'est la réponse de Nicolas à la question qui ouvre ce traité : an intelleclus naturaliter possit dicere sicut conclusionem scitam ab eo, quod alique res absolute permanentes non sunt eterne, de quibus communiter dicitur quod generantur et corrumpuntur. ..? (loc. cit.). Nous savons que Nicolas montre d'abord que, pour les qualités sensibles mêmes, nous ne pouvons être certains qu'elles se corrompent. Il assure, ensuite que, s'il faut prendre parti entre la nonéternité et l'éternité, c'est la seconde que l'on doit choisir, BodL, fol. 6 r°, col. A : nous retrouverons ses raisons qui valent pour toutes choses composant l'univers. La perspective d'éternité sera complète quand on aura traité de actibus anime, de motu, derespectibus. Or , a) aclus anime noslre sunt eterni, L., p. 39*, 1. 26, cf. in/ra 11; b) à considérer la réalité à part de l'intellect, motus non distinguitur a mobili ■ — ■ le mobile, ce sont les atomes, ingénérables et incorruptibles; c) de même, respectus non distinguuntur ab extremis, les termes des rapports sont res absolute, choses éternelles. Ainsi probabile est quod omnes res sunt eterne, BodL, fol. 8 r°, col. A. Notre proposition : quod res absolute permanentes..., nous place au principe de la réduction de toute réalité à des éléments ingénérables et incorruptibles.

2. Quod in rébus naturalibus non est nisi motus localis. L., p. 38*, 1. 1. — Nicolas ramène génération, corruption, altération à des déplacements d'atomes, corpora athomalia. — Nous sommes encore à la première partie du primus tractatus déjà analysée : de ce qu'une chose a cessé d'apparaître, on conclut en aristotélisme qu'elle a cessé d'être. Il y a trois manière d'échapper à cette conclusion; Nicolas retient la première (primum intellectum qui probabilior electus est, BodL, fol. 6 r°, col. B), qui consiste à décomposer en atomes, minima, les choses sensibles, BodL, fol. 6 r°, col. A. Notre proposition arrive pour conclure: Sic ergo in rébus nature non est nisi motus localis sed quando ad talem motum, etc. BodL, fol. 6 v°, col. A. Nicolas indique ensuite que ce qui réunit les atomes en corps, c'est l'action de certains, retenant les autres sicut adamas ferrum, loc. cit. Sur les sources possibles de cet atomisme, cf. L., p. 29.

3. Quod lumen nichil aliud est, quamquedam corpora. L., p. 38*, 1. 11. La lumière se ramène à des corps en mouvement. — Après une explication mécaniste de la génération, de la corruption de l'altération, il faut à Nicolas, pour répondre à ses adversaires, une explication mécaniste de la lumière : possel dici quod ipsum lumen..., BodL, fol 6 v°, col. A. Et que l'on n'objecte point son instantanéité, quod lumen generatur in inslanti; on peut répondre que c'est seulement une apparence : in inslanti quia quasi subito in lempore, de même que le son, qui se propage dans le temps sans qu'il y paraisse : secundum doctrinam communem multiplicat se in medio successive... videlur tamen fieri quasi subito; des corps qui sont la lumière, Nicolas écrit : quasi subito videntur se diflundere per totum médium, loc. cit.

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4. Quod universum est per/ectissimum... et propter hoc oportet tam totum quant parles esse eterna nec transire de non esse in esse, nec e converso. L., p. 38*, 1. 18. — La perfection suprême de l'univers exige l'éternité des choses, soustraites à la génération et à la corruption. — ■ Nous voici à la seconde partie du Iractatus primus : non seulement nous ne sommes pas certains de la corruption, mais les choses même n'y sont point sujettes. Déjà le premier argument procède de ce principe : illud est ponendum in universo ex quo apparet major per/eclio in universo, si ad positionem illius sequitur nulla impossibilitas. Comme il est meilleur et n'est point impossible aux choses permanentes d'être éternelles, elles le sont en effet. Bodl., fol. 6 v°, col. A. Le troisième argument introdiit la notion eu Tout et de sa perfection suprême : totum perfeclissimum per inclusionem omnis pcrfecli nis et per exclutionem omnis imperfectionis, in quo nulla esldifjormilas. Arislote même accorde que l'univers est un Tout parfait. Mais la perfection du tout exige la perfection des parties : une maison en ruines fait une ville imparfaite, in deformitate civitalis videlur redundare ruina contingens circa domum aliquam illius civilatis; de même, dans l'univers : deformitas circa partem contingens ndundat in deformitatem tocius. Mieux vaut éternité que non-éternité; la perfection du Tout, en soi et dans ses parties, c'est l'éternité. Bodl., fol. 6 v°, col. B. Génération et corruption feraient l'univers imparfait. Il faut se référer ici au premier prologue de notre manuscrit, seconde partie, texte que nous allons examiner bientôt. Bcdl., fol. 2 r°, col. B; fol. 2 v°, col. A. Voir ci-dessous 7.

5. Quod quicquid est in universo est melius ipsum quam non ipsum. L., p. 38*, 1. 24. — Quelque aspect de l'univers que l'on considère, il est meilleur qu'il en soit ainsi qu'autrement. — Cela suit la considération du Tout et de sa perfection. Considérons les pcities de l'univers : l'une peut être imparfaite par comparaison à une autre, mais aucune, prise absolument, n'est imparfaite, d'une imperfection telle qu'il vaudrait mieux qu'elle ne soit point, nihil est in universo quod sit simpliciter inperfeclum quin sit iprum melius non esse. Il faut, en effet, prendre le bien comme mesure des choses, constiluere in universo bonum promensura, et, pour rendre raison, reddere caus m quare, que cela soit, et pas l'opposé, dire que c'est mieux, melius est hoc esse quam suum oppositum. Bodl., fol. 6 v°, col. B. Nous reparlerons de ce principe du meilleur, ci- dessous 7.

6. Quod duo individuel ejusdem speciei, cum veniunt ad sensum et tntelleclum ut eadem res omnino, sunt eadem omnino. L., p. 38, 1. 26. — Voici deux blancheurs : ici, celle de Pierre, là, celle de Jean; l'une et l'autre me sont données comme du blanc; je dois les considérer comme une même blancheur, malgré la dualité des lieux et des sujets. — Après avoir déduit de la perfection de l'univers l'éternité de ses paities, Nicolas rencrntre une objection : ce qui fait la perfection de l'univers, ce ne sont pas les individus, mais les espèces; aussi bien, celles-ci sont éternelles, mais ceux-là peuvent naître et mourir. A cette vision aristotélicienne du inonde, Nicolas oppose un dilemme : qu'entendez vous par espèces ? des concepts ou des réalités ? S'il s'agit de simples concepts, extérieurs à la nature des choses, les espèces ne peuvent faire la perfection de l'univers. Il faut donc entendre par espèces une réalité : cliquid unum omnino de se, realiter inexistens omnibus individuis ipsius speciei. Dans la perspective commune, cette réalité spécifique est « individuée » par des différences surajoutées, per difjerentias individuales superaddilas. Mais Nicolas n'a que faire de ces différences : les choses de même espèce viennent au sens et à l'intellect, in prima ejus cemprehensione,

distinguées seulement par leurs places : ila quod intellectus non distinguerel nisi esset diversitas silus. Bodl., fol. 6 v, col. B; fol. 7 r°, col. A. — Nous retrouvons ici un point de vue de la première partie du primus Iractatus, où notre proposition se lit presque textuellement : il s'agit de montrer qu'il n'y a pas corruption des qualités sensibles; nous en venons à la troisième voie : il disparaît une chose colorée; je vois la même couleur sur un autre objet; la couleur n'est donc pas corrompue, si c'est la même. Objection : il n'y a que similitude, pas identité, simile et id'm specie, sed non idem numéro. Nicolas va faire l'espèce absolument une : a rébus que veniunt apud sensum et intellectum ut eedem omnino, ita quod... intelleclus non ponil distinctionem, non debes negare aliquem gradum ijd(mptitalis... La diversité tient uniquement à la position dans l'espace. Bodl., fol. G r°, col. B. — ■ Notre proposition place les qualités sensibles dans une perspective platonicienne, où, soustraites à la conuption, leurs sujets et leurs places leur sont extérieurs : la blancheur devient une blancheur séparée, albedo separala, Bodl., fol. 6 r°, col. B; la blancheur ne se corrompt pas, elle cesse de se communiquer à un sujet, en un lieu : non corrumpitur..., sed solum discommunicalur . Bodl., fol. 7 r°, col. A.

7. Quod premialio benorum et punilio malorum per hoc fit... L., p. 38*, 1. 31. — Nicolas propose, en fonction de son atomisme, deux manières de concevoir que les bons soient récompensés et que les méchants soient punis : M. Gilson donne une analyse complète de cette proposition, op. cit., p. 118-119. —Nous quittons, avec cet article, le Iractatus primus pour la secunda pars primi prologi. Il s'agit de prouver l'éternité des choses à partir de la perfection de l'univers. Nicolas pose cemme une nécessité d'ordre, une exigence de justice que les bons soient récompensés et les mauvais punis : illa conclusio videlur verior secundum quam potesl salvari reprimacio bonorum et punicio malorum. Or, du point de vue aristotélicien, l'homme qui meurt passe au néant, et ne peut recevoir ni récompense ni peine : secundum positionem Arislotelis de corrupeione rerum non polest salvari, quia, cum unusquisque homo transiat ad non esse simpliciter quanlun ad omne sibi proprium, non videlur intelligibile quod unus participel plus de bono quam alius. Au contraire, du point de vue de l'éternité des choses, Nicolas propose la double explication que notre article a retenue. Bodl., fol. 2 v°, col. B. — Nous remettons à plus tard l'examen de l'artifice dont se sert ici Nicolas pour échapper à l'hérésie; c'est Vexcusalio vulpina qui suit, dans la Discussio et le traité. L., p. 39*, 1. 8; Bodl., fol. 2 y, col. B.

Note sur le principe du meilleur dans le premier prologue, première partie, de /'« Exigil ordo... ». — Le texte De reprimatione bonorum et punilione medorum est précédé rar un exposé des principes qui permettent de déduire de la perfection de l'univers l'éternité de ses parties. A propos de l'argument que nous lisons dans le primus iractatus : omne totum perfectum, (cf. supra, 4) et de l'objection qu'on lui a faite : quod parlicularia non sunt de perfectione univers, (cf. supra, G), Nicolas nous découvre les principes de son argumentation. Cette declaralio principiorum nous donne quatre principes. Bcdl., fol. 2 r°, col. A.

a) Premier principe. — Qucd bonum est apud intellectum pro mensura in quanti ficandoentia, et universaliler in determinando disposiliones contingentes in eis, ut accipial (?) quo^ enlia universi sunt rectissime disposita, et quod sic res sunt sicut bonum est eas es-se, et sic non sunt sicut malum esset eas esse. — Cette proposition s'impose, une fois considérée les choses de l'art et celles de la nature : inspecto eo quod conlingit in retus nature et in rébus arlis.

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a. D'abord les choses de l'art : le bien est. pour l'artiste, une mesure qui règle son travail; ainsi de l'architecte : sic fit domus sicul existimat bonum esse eam fieri. Le bien comm inde : voilà le fait. Et il faut qu'il en soit ai si : si non esset bonum, non appareret disposilio sub qua dcbcret fieri domus, quia malum sive negulio boni est in.fl.nita, et ideo, qua ratione fteret secundum unam dispositionem, eadem ratione secundum aliam, vel modis infinitis, vel nullo modo. Sans la considération du bien, impossible de rendre raison d 1 travail de l'architecte, d'une construction seule réalisée parmi toutes les constructions possibles.

b. Msure des choses dans l'art, le bien est mesure aussi dans la nature. Et cela, ici encore, se prouve de deux façons : par les faits, ex quadam inductione ; à partir de l'idée de cause, comme propositio ex causa. Les faits, ce sont des exemples de finalité, parfois dignes de Bernardin de Saint -Pierre : Non videmus quo/l lapides quorum amabilitas videlur esse ut ex eis fiant monumenta homini, non sunt sursum in celo... Equus non est migniis usque ad celum ; tune homo non possst ascendere supra eum. Dentés anteriores hominis sunt magis < cuti ad diuidendum cibum, etc. Après les faits, le raisonnement : apparet propositio ex causa ut supra in re us artis, quia : malum est inftnitum, et negatio boni; unde tune non esset inlelligibile qnare magis fièrent sub una dispositione quam sub alia, nec sciremus e quibus hnberemus terminare quesita naturatiler que oriunlur in nobis super consideratione dispositionis circa enlitatem rerum in quantitate et qualitate. Seul, le bien donne le pourquoi de la disposition des choses dans l'univers. — Ainsi, du même point de vue, on embrasse l'art et la nature : sicut ergo arti/ex intendit dispositionem convenientissimam effectus, que est sibi placenlissima, sic existimandum [est] quod entia universi sunt sub Ma dispositione que esset magis plaçais intellectui recto. BodL, fol. 2 r°, col. B. — Nous remarquerons d'abord que Nicolas ne craint point de rais mner perfection et finalité. Ensuite, qu'il compare la nature à une œuvre d'art, à l'œuvre d'un architecte. Enfin nous rappellerons l'argument du primus tractatus : illud est ponendum in uni verso ex quo apparet major perfeclio in uniuerso... (supra 4); cette proposition initiale se prouvait ainsi : non est existimandum quod aliq ni perfeclio possibilis desit in universo : quia, qua ratione una, eadem et due, et 1res, et infinité inftnilies, et ita non esset terminus... BodL, fol. 6 v°, col. A. Nous \enons de citer un argument tout pareil, mais plus clair : quia malum sive negatio boni est inflnila, et ideo, qua ratione fierct secundum unam dispesitionem, eadem ratione secundum aliam vel modis infinitis... Le bien apparaît le cas unique parmi une infinité d'autres cas: le bien, suivant Nicolas, c'est le meilleur. Lui seul, en déterminant les choses, termine notre recherche. Nicolas d'Aut recourt pressent ici Leibniz : il en appelle au principe du meilleur, principe de raison.

b) Second principe. — Quod entia universi sunt connexa ad invicem, ita quod quodammodo unum videtur [esse] propter allerum. BodL, fol. 2 r°, col. B.

c) Troisième principe. — Nihil est quin sil bonum toti multitudini entium ipsum esse. BodL, fol. 2 v°, col. B.

d) Quatrième principe. — Quod universum est semper equaliler perfectum. — - Nicolas établit ce principe de même façon que le premier : quia si fieret declinalio ad aliquem gradum inpcrfectionis posset fieri ad gradum minorem, etc.. BodL, fol. 2 v°, col. B; pour ne point se perdre dans l'indéfini, il faut s'en tenir au bien, au meilleur.

Nicolas ne se donne point pour inventeur de ces principes : istis principiis philosophi usi sunt. Il va s'en servir pour montrer l'éternité de toute chose :

quibus [principiis ] declaralione eorum sic facta, volo uti ut probabilibus ad ostendendum quod hec res parlicularis que nunc est semper sit — négation de la génération et de la corruption. Voici la première façon d'argumenter : pourquoi cela existe-t-il? — quia bonum est ipsum esse, secundum principium primum suppositum ; est ad bonum locius mulliludinis entium, quia universum est totum connexum secundum secundum et tertium principium ; et unii>ersum est semper perfectum secundum quartum principium. Nécessaire à la perfection du Tout, perfection toujours égale, impossible qu'une chose ne soit pas. — ■ Autre manière d'argumenter : si le principe du meilleur règle toute l'existence dans l'Univers, rien n'existe en vain; donc, rien ne peut-être enlevé sans désordre. Nos principes règlent les choses non seulement en général, par espèces, mais encore en particulier, par individus : ex principiis suprapositum videtur quod nullum in universo. nec in parliculari nec in universali, possit esse frustra. Le Tout est pareil à un édifice parfaitement construit : [domus] rectissime disposita in qua nullum esset superfluum, nec diminulum ; ce qu'il faut, rien en plus, rien en moins ; on ne peut rien enlever sans rompre l'harmonie de l'ensemble : nullum videtur posse removeri quin ex hoc contingat difformitas in loto. BodL, fol. 2 v, col. A.

Dans l'argument qui suit, Nicolas montre que de l'éternité de toutes choses — omne ens possibile semper esse — ■ procède la plénitude du bien, la perfection achevée : sequilur : semper totale complementum boni erit; ce qui satisfait parfaitement l'esprit : ipsum esse semper est in placentia apud intellectum, unde et in nobis accidit displicenlia .cum rredimus transivisse rem ad non esse. BodL, fol. 2 v°, col. A. L'idée de corruption choque l'intelligence.

8. Quod esse corruptible includit repugnantiam et contradiclionem. Un être sujet à la corruption, cela répugne à la pensée, cela implique contradiction. — ■ Pris dans sa simplicité, au sens fort, l'article suggère qu'être corruptible, cela fait une contradiction dans les termes. Tel n'est pas le sens que donne le passage du prologue, où on lit : quoniam ens corruptible includit repugnantiam et contradiclionem. BodL, fol. 3 r°, col. A. Cela vient après la declaratio principiorum et l'argument de reprimalione bonorum et punicione malorum; aussitôt après Yexcusaiio vulpina, nouvel argument : rursus quidem ad principale sic : omnis conclusio si est scibilis, formata in lerminis enlis, est scibilis per conceptus enlis, vel eorum que ens converluntur ; sed hec conclusio : non omnes res sunt elerne, est formata in lerminis enlis et non scibilis per taies conceptus; ergo non est scibilis, et per consequens non potes dicere islam conclusionem esse demonstratam a perypathelicis. BodL, fol. 2 v°, col. B, ou encore : Soit la thèse d'Aristote : toutes les choses ne sont pas éternelles, il y a des êtres qui passent de l'être au non-être; voilà une proposition en termes d'être; pour la savoir, ou la démontrer, il faudrait — ■ rappelons-nous la polémique contre Bernard — la ramener à ses termes, y faire voir un simple développement de la notion d'être. Mais c'est impossible : non est scibilis per conception enlis, quia ex conceptu entis magis viderelur concludi eternilas quam defteientia et conceptibililas. BodL, fol. 2 v°, col. B., fol. 3 r°, col. A. Nous savons au moins, dirat-on, la possibilité d'êtres corruptibles : il n'y a pas de contradiction à être, puis n'être pas : quia non est repugnantia in conceptibus quod aliquid nunc sit et postea non sit. Nicolas affirme qu'il y a répugnance à cela, et même contradiction, en rappelant ses principes de finalité -.quoniam ens corruptible includit repugnantiam et contradiclionem, scilicel ut dicatur : ens pars lolius semper equaliler perfecti, corruplibile. BodL, fol. 3 v°, col. A. La pensée refuse l'être cor-

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ruptible, non pas en soi, isolément, mais comme paitic du Tout, qui doit être parfait.

Le tractatus primus confirme celte interprétation; après avoir multiplie les arguments pour l'éternité des choses, Nicolas écrit : lias igitur rationes induxi ut probabiles ad conelusionem. Certum est quod conclusio hec non potest probari per explicationem conceptuum lerminorum conclusionis, que média dicuntur cause formates, ita quod sciens per talia dicitur scire per causant formaient; cl explices quantumeumque ris, de conceptibus explicitis non concludes affirmutivam nec negativam; ergo in hujus rei consideratione oportuit me recurrere ad causam finalem et osienderc quod melius est dicere res eternas et quod perfeclio major attribuitur sic dicendo uniuerso, et cum illud non sit impossibilc, dicendum est saltern ei magis assenliendum quam opposito. Bodl., fol. 7 r°, col. B. Ainsi : 1° à considérer seulement les termes «choses», « éternité », on n'en tirera ni que les choses sont éternelles, ni qu'elles ne le sont point (Nicolas accorde seulement dans le prologue qu'on en tirerait plutôt l'éternité); 2° l'analyse de la notion d'être ne suffisant pas, il faut en appeler à la considération du bien, de la finalité, de la perfection du Tout : de ce point de vue seulement, la corruption d'un être répugne, paraît contradictoire. Mais il ne s'agit pas de contradiction interne à un concept, de répugnance à la pure logique; le principe d'identité n'est pas seul en jeu, comme dans la polémique avec Bernard; il intervient aussi le principe du meilleur.

9. Quod isli conclusioni, quod res permanentes sunl eterne, magis est assenliendum quam opposite; et si aliqui dicant eum ex hoc negare pro se, non dicit quod (wohl negare fulem, ostendilur quod, nach A) hoc non possunt dicere nisi mentiendo. L., p. 39*, 1. 18. (A désigne l'édition des Sentences, Bâle, 1488, d'après laquelle Lappe corrige le texte de Denifle) : nous reproduisons le texte entier de cet article, obscur dans sa seconde phrase que Lappe a dû corriger, nous proposons de le rapporter au tractatus primus, Bodl., fol. 7 r°, col. A et B. — D'abord, la première phrase : le manuscrit note ainsi la thèse de l'éternité : probabilis — probabilior ralionibus conclusionis opposite (ibid. A) ; — ei magis assenliendum quam opposito ; — probabilior opposito (ibid B), La thèse de Nicolas qui se prouve davantage mérite surtout notre assentiment. Et voici une explication de probabilior: si enim habeanl rationes qui lenent conclusiones opposilas, dicant eas et faciant super hiis comparationem amatores veritatis, et credo quod euilibel non magis affectalo ad unam partem quam ad aliam apparebil gradus probabililalis excedens in hiis ralionibus (ibid. A); les thèses opposées se font valoir, subissent l'épreuve de la discussion, devant un esprit non prévenu, qui apprécie. Nicolas a jugé après expérience, sentant sa force : sic loquor quia in libris aliorum ad conclusiones occultas (opposilas?) paucas vidi rationes ad quas nescirem probabiles dure responsiones. Et si dicant quod ego nego principia per se nota, mirabile est qualiter sic falsa nolorie exprimunt que non nisi mentiendo dicere possunt (ib. A). — Ici paraît notre seconde phrase : et si aliqui dicant eum ex hoc negare per se nota, (au lieu de : pro se, non), dicit quod hoc non possunt dicere nisi mentiendo. Et voici l'explication qui nous ramène à la première partie du tractatus primus (cf. supra, 1) : ostensum [est] supra quod, succedenle nigredine; dicere quod albedo non sit, nec est principium notum ex terminis, nec est aliquid quod primo experiamur in nobis; ibid., A : double inévidence de la corruption.

10. Quod supposita redeunt eodem numéro per reditum corporum supracelestium ad eundem silum, L., p. 39*, L 23. — ■ Encore dans le tractatus primus ; après la preuve de l'éternité des choses, Nicolas en développe

DICT. DE THlLoL. CATH.

les conséquences : ruine de l'aristotélisme, difficultés

traditionnelles évanouies, enfin ce que notre articie a retenu : Item secu.nd.um dicta faciliter potest apparerc qualiter posset dici : si corpora celeslia, quorum motibus isla inferiora assequuntur. aliquando revertanlur ml eundem silum in quo mine sunl, dici potest quod idem suppposilu/n quod nunc est aliqando erit; nam secundum posilam conclusionem omnia corpora alhomalia ex quibus res componuntur rémanent, et ita, congrégations facla, idem erit suppositum in numéro quod erat prias. Bodl., fol. 7 v°, col. A. Les corps, dont Arislote fait des substances, supposita, résultent de l'assemblage des atomes; mais le mouvement des astres commande tout le reste : si les astres reviennent jamais à leur position présente, de même les atomes; et voilà reconstitués les mêmes corps : supposita redeunt eadem numéro. Cf. Gilson, op. cit., p. 119.

11. Quod aclus anime noslre sunt eterni. Sed quod aliquando inlelligamus, aliquando non, hoc pro tanlo estquia... L.,p. 39*, 1. 26. — C'est la première de quatre propositions de actibus anime; nous pourrions exposer ici toute la psychologie de Nicolas, curieux atomisme spirituel. Cf. Bodl., fol. 7 v°, col. B : congregatio lalium entium allomalium spiritualium ; et dans notre proposition : per motum spiritualem. L., p. 39*, 1. 33.

Considérons seulement la manière dont paraît dans le tractatus primus un bref de actibus anime : de actibus anime noslre... certe modicam notitiam habemus in tanlum quod nullum est quesitum de eis quod possil terminari inter doctores, unde diffinilionem que débet esse médium in predicata demonstrando non habemus certam, ut puta : que sit cognilio. Bodl., fol. 7 v°, col. A-B. Nous restons dans l'ordre de la dialectique; ici encore impossible de prouver par la cause formelle, en développant l'évidence d'une définition; on s'en tiendra au probable : potest sustineri probabiliter... quod aclus anime noslre sunl eterni ; et l'on se fondera sur la considération, déjà faite, de la cause finale : omne totum perfeclum requirit suas partes... Bodl., fol. 7 v°, col. B — Quod aliquando inlelligamus, quod aliquando non : le problème est encore de comprendre que l'on passe d'une contradictoire à l'autre; c'est poulie résoudre que l'aristotélisme applique la notion de mouvement : génération et corruption, à l'activité de l'esprit : si inlelligere poneretur ens corruplibile, hoc esset pro tanlo quo homo quandoque inlelligil et quandoque non. Bodl., fol. 7 v°, col. B. Le problème de l'intellection. c'est la question même du mouvement, où Nicolas adopte cette position : est transitas de contradictorio in contradiclorium sine mutatione reali cujuscumque intrinsece. L,, p. 41*, I. 27. La liaison de ces problèmes, imposée par l'aristotélisme, paraît courante dans l'École (cf. par ex. Durandi de S. Porciano, O. P. Quaestiode nalura cognilionis, éd. Koch, Munster, 1929, p. 33 sq.). Voici d'ailleurs la transposition de l'atomisme du matériel au spirituel : Sicut suo modo in islis malerialibus in quibus nihil est noinim, sallem de enlibus absolulis permanentibus, est lamen ista res aliquando presens alicui cuipiius non erat presens per motum localem, sic ibi, scilicet in anima nostra, per motum spiritualem et redditur ista res inlelligibilis... Bodl., fol. 7 v, col. B. — Notre article se termine ainsi : El per istam positionem... cessât totus terlius liber Aristotelis De anima. L., p. 39*, 1. 33; Bodl., fol. 7 v» col. B : après la destruction de la physique, celle de la psychologie.

12. Quod inlellectio eadem que nunc est presens michi erit postca presens alteri supposita, L., p. 39*, 1. 30. — Cette proposition se lit Bodl., fol. 7 v°, col. B : posset dici quod inlellectio... -Nicolas nous indique aussitôt comment lui vint l'idée que l'intellection pouvait être éternelle : in juvénilité, cum primo audioi librum tertium de Anima, occurrit mihi, supposita opinione commenta-

XT

NICOLAS D'AUTRECOURT

loris de inlellectu, scilicel quod sil unus in numéro omnibus liominibus, facile est sustinere quod intelligere potesl dici esse eternum, quia secundum cum, licel unusinlellectus sit respeclu Socralis et Plalonis, tamen non semper Socrates inlelligit quando Plato. — -Pour Averroës, l'intellect est commun; tous les hommes cependant ne pensent pas la même chose à la fois; c'est qu'en chacun, connaître dépend aussi du phantasme. De même, pour Nicolas, l'intellection d'un objet est chose éternelle; cependant je ne l'ai pas toujours; je l'ai si elle s'adapte à l'image présente : quando est conformis actualiter fantasmatt actu existenli in cogitaliva ; voici l'autre cas : licet intellectio sil in inlellectu, non tamen inlelligit, quia non est conformis fantasmati suo. Bodl, fol. 7 v°, col. B. L'intellection paraît un atome spirituel qu'une image attire et retient à la conscience: nous ne nous flattons pas d'éclaircir ces idées, du moins dans cette introduction qui vise davantage les choses que nos actes.

13. Quod potentie nihil recipiunt ab objeclis... L., p. m*, 1. 1. — Notre manuscrit traite également de actibus anime, dans le premier prologue, d'où est tiré cet article, Bodl., fol. 3 v°, col. A et le suivant, col. B.

1 t. Quod sicut vilia vadunt ad centrum et ad terram, ad animas nobiles veniunt nobilia exemplaria. L., p. 40*, 1. 8.

15. Quod si poneret generationem, non poneret subfectum, sed solum ordinem ipsius cause posl non esse, pula hoc ens est et prius non fuit. Vel sialiquem modum inlelligerem, hoc esset respectus fundalus in ente, nec sub alio inlellectu concederet communem opinionem f>hilosoforum : ex nichilo nichil fit. L.,p. 40*, 1. 16. — on se rappellera ici que les lettres à Bernard d'Arezzo tenaient pour concevable un changement sans sujet. — Dans le prologue encore, Bodl., fol. 4 r°, col. B, Nicolas polémique contre la matière première qu'Averroës nous propose, après Aristote, comme substrat de la génération. Dès que l'on tient les choses pour éternelles le problème ne se pose plus. Mais admettons même génération et corruption, il n'y a pas de nécessité à accorder la matière première : supposito quod ponerem generationem et corruptionem in rébus, ut homines ponunt communiter, ad hoc non ponerem materiam primam. Ici, les trois moments que l'on peut distinguer dans notre article : a) Nicolas pose la transmutation, mais la comprend ainsi : noninlelligo aliud nisi : hoc ens est et prius non fuit, nec ibi intelligo aliam rem a non esse et esse; b) s'il joint au néant et à l'être un troisième terme, ce ne sera pas un sujet de la transmutation : vel si aliquid, inlelligerem repectum fundatum in ente; c) le principe : ex nihilo nihil fit signifie cet ordre de la nature : quando unum ens genefalur aliud corr umpitur et ila nihil generatur quin precesseril aliquid. Ainsi l'être succède à l'être. Mais il n'y a pas de matière des êtres, sujet de la génération.

16. Dixit in quadam disputatione, quod quia desiderium nuturale non est frustra, ideo quod quicquid desideramus aliquando adipiscemur. Vnde quicunque appétit ire ad Nostram Dominam aliquando ibit. L., p. 40*, 1.22. — ■ Nous ne trouvons pas dans notre manuscrit une telle fantaisie dialectique; nous y rencontrons seulement ceci, Bodl., fol. 4 v°, col. A. Nicolas prouvai! que les choses sont élernellesà partir du désir d'éternité qui anime naturellement les hommes : arguebatur quod desiderium nalurale hominum quod est ad etemitatem (il s'agit d'éternité personnelle : elernitatem sui quilibet homo appétit, Bodl.., fol. 7 r°, col. B) non est frustra. A cet argument, on oppose les ('•cliccs de la finalité, quod multa surit frustra : sont vains, par exemple, les désirs c[ ii i naissent en nous d'aller en des lieux où nous n'irons jamais. Nicolas répond par sa doctrine de la finalité, qui prend deux

fois toute chose : 1° en elle-même, ila quod quelibet res habet... propriam bonilatem; 2° dans son rapport à d'autres, ila quod unum ens est pr opter aliud. Soit donc cette chose qu'est notre désir: même non exaucé, il a toujours la première raison d'être, remanel ratio prima secundum quam erat sub inlentione nature. S'il ne devait jamais être rempli, le désir n'aurait pas la seconde raison d'être qui, de proche en proche, lie chaque réalité à l'ensemble : si ad rem nunquam sequeretur id propler quod est secundario videretur inconveniens. Mais un désir est aussi une chose éternelle : illud desiderium nalurale est res que semper erit ; il pourra se réaliser quelque jour;et voici la réponse que Nicolas propose, avec l'exemple même de notre article : istud desiderium est aliqua res ad quam aliquando sequelur molus ad Nostram Dominam. Le désir qui paraît en moi se réalisera, cela ne veut pas dire, dans notre manuscrit, que c'est moi qui le réaliserai : diclum est quod desiderium nalurale est aliquando presens alicui supposito quod ibit ad Nostram Dominam. Cf. n. 12.

Voici donc 16 articles de la Discussio errorum qui tirent leur origine de deux textes de elernitate rerum de notre manuscrit, l'un, primus tractalus, l'autre, secundo pars primi prologi. Dans le reste du prologue, l'auteur nous présente son œuvre.

2° Présentation de son œuvre par Nicolas d'Autrecourt. — 1. La mission de Nicolas (prima pars primi prologi, Bodl., fol. 1 r°, col. A et B). — Le traité Exigit ordo (exactement, Satis exigil ordo execucionis...) commence par un double prologue, le second divisé en deux parties : on retrouve dans la première les éléments des autres propositions, capitales, de la Discussio errorum. L.,p. 36*, 1. 35; p. 37*, 1. 20 et 1. 26. Analysons ce texte, dont l'auteur même a marqué les articulations, loc. cit., col. A : primo, secundo..., tertio..., quarto, ymo inter cetera..., redeundo unde sermo prius... Nicolas, d'abord, ne nous cache point l'importance de son dessein; à cause de cela, ne légitima ratio causalis tanti propositi lateat, il va nous dire comment il en est venu à estimer bon d'écrire ce traité, à juger même que différer encore serait déplaire à Dieu. Le premier article de la Discussio a retenu ce trait, et parle même d'inspiration : videtur dicere quod senserit divinam inspirationem. L., p. 36*, 1. 35-p. 37, 1. 4. La suite montrera bien que Nicolas s'est découvert une mission; il va nous la dire. Voici ses pensées dans l'ordre :

a) Primo inspexi doctrinam Arislotilis et ejus commentatoris Averroys et vidi quod mille conclus iones... Cf. L., p. 37*, 1. 20-25 : aux thèses aristotéliciennes, Nicolas ne peut pas opposer toujours des démonstrations qui décident en sens opposé; il dispose toujours d'arguments qui font apparaître aussi probables les conclusions adverses : verum est quod non inveni rationes démonstratives ad opposita in omnibus, sed occurerunt raliônes alique per quas mihi visum fuit quod ita probabiliter possent teneri conclusiones opposite sicut proposite ab eis. Premier moment décisif : épreuve dialectique de l'aristotélisme.

b) C'est l'étude d'Aristote cependant et du commentateur qui occupe les intelligences, des vies tout entières : Vidi secundo quod in eorum doclrina sludebant aliqui per viginti vel Iriginta annos usque ad etalem decrepitam. Cf. L., p. 37*, 1. 28-29.

c) L'examen de l'aristotélisme a - permis de mesurer quelle connaissance il apportait. Pour en acquérir une égale, il ne faut pas si longtemps. Apparuit tertio quod notitia que potest haberi de. rebus secundum apparentia naluralia lanto gradu qu'anto isti videanlur habuisse posset haberi in brevi lempore. Cf. L., p. 37*, 1. 26-27.

d) Le temps qu'un monde aristotélicien consacre à la logique est perdu pour la morale. Consideravi quarto

NICOLAS D'AUTHKCOURT

qualiier ômnes propter logicos sermoncs Aristolilis elAverroys deserebaut res morales et curam boni commuais. Cf. L., p. 37*, 1. 29-30. Les hommes s'usent inutilement sur les textes d'Aristote. en oublient leur véritable fin. Il faut les réveiller de leur sommeil. Citons déjà la phrase de belle allure, où M. Gilson discerne « le ton de la Renaissance », toc. cit., p. 122 : Sed cum iasurrexil arnicas verilalis et sua m fecit souare tubam ut dormieales a somuo excitaret... Mais alors, Nicolas rencontre les théologiens.

c) Ymo iuler cetera... vidi... quod aliqui revereadi patres, quorum capita jam albescuat cauicie... : pour ces hommes vénérables, Nicolas éprouve spontanément du respect; mais lorsque se lève « l'ami de la vérité », ils partent en guerre contre lui : quasi armati ad capitale prelium ia eum irrueruat. Cf. 1,., p. 37*, 1. 33- 34. Est-ce la charité qui les anime? L'envie, le désir de la vaine gloire ne les tiennent pas moins que les autres hommes : oaiaibus aubiis quibus involvunlur homines sic apparent subjecti quod ia aullo aisi in pejus vita eorum et vila vulgi difjereas esse videlur. En cette diatribe, Nicolas prétend rester moraliste, ne pas tomber dans l'attaque personnelle : Sic dixisseia geaerali aoa aocel contra quos loqiior. Abscindatur gladio lingua mea si in speciali delraxerim eis. D'ailleurs, ces défauts des théologiens ne sont pas sans liaison avec les disputes nées de leur aristotélisme (cf. infra).

I) Cette incidente terminée, Nicolas reprend le cours de ses pensées : Redeundo unde sermo prius, cum sic vidi, quod de rébus per apparentia naluralia quasi nulla certiludo polest meliri, et quod brevi tanpore id quod polest haberi habebilur si homiaes sic immédiate iatellectum suum coavertaat ad res sicut feceruat ad iatellectum homiaum Aristolilis et commeatatoris Averroys... Cf. L., p. 37*, 1. 5-8, et 1. 26-27. On peut estimer à rien la certitude que nous apportent les « appaiences naturelles » (de la polémique contre Bernard, on retire l'impression que tout l'aristotélisme ne peut rien ajouter aux données de l'expérience brute); celle qu'on peut avoir, on l'aura, en peu de temps, si on la demande aux choses même, sans passer par les livres. Mais les hommes ne doivent guère s'attacher à cela: détachés des «apparences naturelles », ils se tourneront vers les choses de la morale et s'attacheront à la loi chrétienne : cum etiam apparuit quod homiaes modicum debeat adherere appareatibus aaturalibus, apud me hoc veait judicium quod si hoc cogaoscereat beae aati commuailatis pollilicc coavertereat se ad res morales et adherereal flrmiter legi sacre, legi christiaae que iater omaes hoaeslissimuai modum viveadi complexa est, loc. cit., col. A-B. Des recherches vaines ne troubleraient plus les âmes : noa habereat materiam elalionis, considérantes quod sic ex puris naluralibus parvam cerlitudinem possuat habere de rébus, muadareat corda sua... Vision d'avenir : des hommes libérés de l'aristotélisme, occupés seulement de répandre la loi divine : apparereat diviai quidam homiaes qui non tolum tempus vite coasumereat in logicis sermonibus vel in distingueado proposiliones obscuras Aristolilis, sed iatellectum divine legis mani/estarent populo... On peut évoquer ici Descartes, autre adversaire de l'aristotélisme, qui se distinguera, pur spéculatif, de « ceux que Dieu a établis pour souverains sur ses peuples, ou bien auxquels il a donné assez de grâce et de zèle pour être prophètes. «Discours de la méthode. Sixième Partie. Contre l'aristotélisme, Nicolas d'Autrecourt, d'abord logicien, se découvre « prophète ». Il aborde « ce qui touche les mœurs »; il se présente en « réformateur »; à la suite des articles de eternitate rerum, nous lisons ceci : fecit, ut dicitur, proclamari quod legeret librum pollitice Aristolilis sub hac forma : « quicumque voluerit audire librum pollitice Aristolilis una cum quibusdam quesliouibus de

quo disceptalur de justo et injusto per quas... poterat novas leges condere, conditas, si que sint corrigende, corrigere, véniel ad t<dem locum... L., p. 40*, 1. 26-31.

g) Nous ayant confié ses pensées, exposé ses motifs, Nicolas peut conclure : Iste est finis, isla est ialentio mea. Avec cette considération de l'avenir : sed tam diviaum [hoc] mihi apparet quod finaliter per me vel per ulium débitant sortictur effectuai. Viennent ensuite une brève supplique à l'autorité : Supplico hiunililer Reverendis Patribus sub quorum alis prolegimur... ut sinant hoc opus peragi, et une protestation de foi cl de soumission à l'Église, que nous retrouverons. Loc. cit., col. B., cf. infra, 4.

2. Le droit à l'inaovatioa (secuuda pars primi prologi, Dodl, fol. 1 r°, col. H-fol. 2 r°, col. B). — Nicolas d'Autrecourt est un novateur, en rupture consciente avec son époque, avec la tradition séculaire del'École. Il va répondre aux objections de principe que l'on oppose aux innovations doctrinales : Sa réponse occupe la première moitié de la secuada pars primi prologi (la seconde moitié, c'est le Deeternilale rerum que nous avons déjà utilisé, Bodl., fol. 2 r°, col. Bfol 5 r°, col. B, et qui, logiquemeat, se placerait après le traclatus primus). — Nicolas fait parier ses adversaires sur ses conclusions, coaclusioaes quas posuisli ut probabiles ia tuo priacipio et quas es recitalurus ia isto tractatu, dont ils mesurent toute la portée : que [coaclusioaes] suai coatradictorie coaclusioaibus approbalis ia commuailate longo lempore..., aam suai coatradictorie Aristolili et commenlatori Avcroys. Bodl., fol. 1 r°, col. B. A considérer ces innovations, on peut conclure soit à la présomption de l'auteur, soit à la fausseté des thèses mêmes. Nicolas va faire justice de cette double objection.

De la réponse qu'il fait à la première, nous retiendrons deux règles qui définissent les cas où l'on peut innover sans présomption. Première règle : soit un homme à qui, pour un certain ordre de recherches, viennent spontanément, quasi naluraliler et ex se, non réceptive ab alio, tous les concepts quela communauté humaine a jamais eus sur ce sujet, et quelques autres en plus, qui portent davantage ; disposant de plus de concepts, c'est-à-dire de plus de termes, il peut en tirer plus de principes, et des principes nouveaux, des conclusions nouvelles, opposées même aux conclusions reçues. Nicolas marque avec vigueur la conscience que cet homme posséderait de son droit à innover : cum hoc scit... quod cmnes illos conceptus quos alii formaverunt, ipse format et multos alios per quos magis... attingil res, lune videt quod est quasi Iota Ma multitudo in virtute quantum ad quesila circa que format tôt conceptus ut tola multitudo, et ultra quanlum ad alios conceptus, est quasi alius homo ia gradu excedeati. Ainsi, l'homme de bien, qui voit la foule rechercher seulement les richesses et préfère l'exercice de la vertu : il n'ignore pas qu'il en sait plus que la foule, et combien il s'en distingue, polest scire quod est egregius, posilus extra gregem vulgi. Bodl., fol. 1 r°, col. B.-fol. 1 v, col. A. On notera le caractère spontané, personnel de la pensée qui s'oppose aux opinions reçues, quasi naluraliler et ex se, aoa réceptive ab alio. Nicolas n'use point de cette première règle pour se justifier : hac régula me non exonero quoniam non dico me habere cmnes conceptus aliorum super quereadis infra. Bodl., fol. 1 v°, col. B. — Deuxième règle, qui justifie Nicolas : celui à qui viennent, sur quelque objet de spéculation, des pensées opposées à celles de la communauté, qui en discute ensuite avec des hommes de sens et demeure convaincu après longtemps, celui-là peut et doit découvrir sa pensée; il n'est pas coupable de présomption. Bodl., fol. 1 v°, col. B. — Laissant là le premier argument, reproche au novateur de trop estimer ses capa-

NICOLAS D'AUTRECOURT

cités, passons au deuxième; ses thèses sont fausses parce qu'elles contredisent l'opinion commune.

Nicolas répond par une vive opposition de l'évidence avec l'autorité : taie médium urguendi non esl natum facere evidentiam de conclusione. L'autorité de Dieu même ne remplace pas l'évidence. Nicolas nous le représente parlant de couleurs à un aveugle : Si Deus direrel ceeo : « albedo esl color pulclierrimus colorum », et sciret cecus quod esset Deus, non lumen esset isla res evidens sibi, quia carerel propriis conceptibus terminorum, licet assentiret huic complexo sicut vero. Est évidente la proposition qui s'impose par simple analyse de ses termes ou de l'expéiience, sans recours à rien d'autre. L'évidence, c'est que nous ne soyons pas des aveugles qui croient "aux couleurs, c'est que la chose nous apparaisse, elle-même : nunc in speculativis non querimus nisi ipsum scire ut res veniat in apparentia apud animam. Nicolas distingue radicalement l'ordre spéculatif, où l'évidence est maîtresse, et l'ordre pratique, domaine des lois et des arguments d'autorité : non est sicut in observanliis legalibus ubi querilur non cognilio sed opus ; et ideo ibi talibus argumentis utitur legislator ut homines inducat ad assensum, nam scit quod, assensu posilo, sequilur opus. Sed hic non querimus nisi evidentiam, et ideo non videtur quod dignum sit uti talibus argumentis sed queramus veritatem qucsilorum in propositionibus per se notis et in experientiis,Bodl., fol. 2r°,col.A. L'évidence qui, dans le discours, signifie identité, signifie d'abord, dans l'intuition, présence de l'objet à l'esprit.

3. Évidence et tradition de l'École (secundus prologus, Bodl., fol. 5r°, col. B-fol.6 v°, col.B). — Le second prologue nous montre Nicolas considérant ceux de ses contemporains qui veulent faire œuvre de philosophe : qui inquisitores veritatis secundum apparenlia naluralia se dicimt..., quorum professionis essel per aclus quos in nobis experimur et per principia per se nota ex terminis in via discursus ad diversas conclusiones procedere. Bodl., fol. 5 r°, col. B. La philosophie part de ce qui nous apparaît naturellement, de Yévidence : soit de ['expérience, soit des principes; de là, le discours chemine jusqu'aux conclusions. Mais les philosophes de ce temps s'appuient seulement sur les conclusions qu'ils lisent dans Aristote et Averroës : in suis inquisilionibus finalis eorum resolutio erat ad conclusiones et dicta Aristolilis et ejus commentatoris Averroys, et eis utebantur ut principiis. C'est à tel point qu'avec celui qui refuse les conclusions aristotéliciennes, on nediscute pas, tout comme s'il avait l'esprit faux : eslimabanl irrationabile arguere contra negantem conclusiones eorum [Aristotilis et Averroys], quasi arguere contra talem esset arguere contra orbatum intellectum. Bodl., fol. 5 v°, col. A. La soumission au Philosophe et la droiture d'esprit, c'est tout un. .Mais Nicolas apporte des remarques plus précises.

Premier exemple : l'attitude des maîtres del'Université de Paris en face de ceux qui soutiennent l'indistinction de la quantité et de la substance matérielle (thèse occamiste) : amajoribus istorum [doctorum hujus universilatis ] audivi quod contra taies [qui asserebanl ut probabile quod subslantia naturalis et quantitas non distinguerentur realiler] non ered dignum arguere quoniam principia negabant per se nota. La distinction de la substance et de la quantité serait un principe. Mais où prendre l'évidence de ce principe? dans ses termes? dans l'expérience? quia intellectis terminis natum esl statim ventre ad intellectum, vel est ediquid quod experimur in nobis — ■ quorum neulrum potesl dici, quia : vel de tali complexionc non esset tune questio - - vel si esset, facilis multum esset ejus solulio. Or Aristote, leur Aristote, eorum mugisler, quem ita de prope i7i.sequi volunt, reconnaît dans les rapports entre substance et quantité une question des plus difficiles : eam

enumerat inter questiones difjicillimas in tertio melaphisice sue, prope principium. Il reste donc que nos philosophes mettent là un principe, parce qu'il y a une opinion d'Aristote : illirepulabant esse principium quia diclum ab Aristolile. Et sans doute, le font-ils ailleurs : Et si hoc reputaverunt esse principium quod non est principium, ut apparet manifeste per Aristolilem quem omnino insequuntur. ita non esl longe a verisimililudine quin in aliis uniformiler se habeanl, ul précipite argumenta non habentes, utsemper usi Aristotilis conclusionibus tanquam principiis, dicunt quod homines neganl principia ubi homo asserit conclusiones veras licet a consuelis remotas. Bodl., fol. 5 v, col. A. Ainsi vont nos philosophes qui suivent l'opinion, tout comme la foule : sic ambulabant cum vulgo, Bodl., fol. 5 r°, col. B. Il faut changer cela : Hec ergo quicumque dimillel et anime sue persuadere curet quod verus philosophus viam vulgi deserens non débet accipere., aliqua pro principia eo quod jamosa sint. Bodl. fol. 5 v, col. B. Fidèle à son idéal, Nicolas a refusé de tenir pour des principes les préjugés communs, et s'est classé parmi ceux qui mettent en question les idées reçues, qui nituntur transmulare jamosa et elucidare de novo conclusiones occultas. Bodl., fol.l r°, col. B.

Autre remarque : voici des philosophes tout occupés à expliquer Aristote, repleut quaternos et processus formant longos in verba Aristotilis exponendo. A quoi bon ces explications de textes, s'il faut céder à une évidence? si précise verba Aristolilis accipiant esse vera propter rationem evidentem, eis superfluum omnino videtur sic considerationem dimiltere rerum et se ad verba hominis convertere. Bodl., fol. 5 v°, col. A. Bappelons-nous l'expression : ut res veniat m apparenlia apud animam, Bodl. , fol. 2 r°, col. A; cf. supra, 2. Nous pouvons comprendre le : si homines sic immédiate intellectum siium convertanl ad res, Bodl., fol. 1 r°, col. A; ce qui s'exprime là, c'est le besoin d'évidence. Il s'agit de repousser les textes qui, nous parlent de l'objet, pour aller à l'objet même, présent à l'esprit. L'évidence peut d'ailleurs venir des seuls concepts, principia per se nota ex terminis, ou de l'expérience, actus quos in nobis experimur. Bodl., fol. 5 r°, col. B.

Troisième exemple : les maîtres qui, en des matières qui font question, se contentent, pour toute réponse aux objections, d'alléguer un texte d'Aristote ou de son commentateur. Bodl., fol. 5 r°, col. A-col. B.

Conclusion : Nicolas va s'attaquer à ces erreurs et à ces illusions, dans une pensée de simple charité, caritalis zelo duclus..., non amore glorie, sed quia credo quod per inquisilionem ex principiis regnabit veritas in anima et amplius non eril locusfalsilali. Bodl., fol. 5 v°, col. B. Partir des principes, c'est tout ramener à l'évidence : dans la physionomie de Nicolas d'Autrecourt, autant que la préoccupation morale, le besoin d'évidence est un trait essentiel.

4. La mise à l'épreuve de iaristotélisme. — Nicolas va donc argumenter contre ceux qui prennent pour des principes les conclusions d'Aristote; il montrera que ces conclusions qu'ils ne révoquent pas en doute, ils ne les savent nullement : proposui... conclusiones... ostendere ab eis nullo modo fore scitas. Bodl., fol. 5 v°, col. B. Cela nous rappelle la démonstration de l'ignorance d'Aristote, dans la polémique contre Bernard d'Arezzo. Et lorsque Nicolas nous prévient qu'il va procéder non deter minando sed dubitando, nous nous souvenons du disputative et causa collationis. Cf. C. Michalski, Le criticisme et le scepticisme dans la philosophie du xiv siècle, Cracovie, 1926, p. 27-30. — ■ A la fin de la prima pars primi prologi, nous lisions déjà : Proleslor quod nunc in isto tractatu, nec in aliis aliquid volo dicere quod sit contra articulas fidei, vel contra delerminationem Ecclesie, vel contra articulos quorum opposili condemnati su.nl Parisius, etc., sed

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