‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 123 sur 233 · NICOLAS DE SWAFFHAM, phi · texte numérisé non relu

NICOLAS DE SWAFFHAM, phi

losophe et théologien carme anglais du xv° siècle. Né à Swafïham et ayant revêtu l'habit religieux des carmes, il fit ses études d'abord au stadium générale de Londres, où il fut ordonné sous-diacre le 2 mars 1397 (1398 suivant la compilation actuelle), diacre le 1er juin 1398 et prêtre le 20 septembre 1399; puis à Cambridge. En 141 1, il fut. prieur du couvent de Cambridge, année en laquelle il prit le grade de docteur, et il y enseigna. D'après Leland et Baie, Nicolas de Swafïham aurait été chancelier académique de l'université; même Baie (ms. Harley 3838, fol. 101) dit qu'il est censé avoir été chancelier dix-huit années non consécutives, mais à plusieurs reprises. Ceci ne peut s'admettre, puisqu'il ne figure point sur la liste des chanceliers, et, pendant la première moitié du xve siècle, il n'y a que sept années où le nom du chancelier manque; de plus deux religieux seulement obtinrent cette haute dignité : notamment un dominicain et le carme Nicolas de Kenton. Il a pu remplir l'office de vice-chancelier une ou plusieurs fois; mais même de ceci il n'y a point de preuves. Nicolas de Swafïham mourut à Cambridge l'an 1449, laissant à la postérité : 1. De rébus theologicis lib. II; 2. Ordinarium leclionum. lib. I; 3. Determinalionum, lib. I.

Jean Leland, Commenlarii de scriptoribus britannicis, Oxford, 1719, t. n, cap. ccccxlv, p. 389; Jean Baie, Scriplorum illustrium majoris Brilanniœ calalogus, Bâle, 1550, cent. XI, cap. lxxvi, t. n, p. 69-70; Jean Pitseus, Relationum historicarum de rébus anglicis tomus I, Paris, 1610, p. 641, cap. Dcccxxxm; Gesner, Bibliotheca (Epitome de Simler), Zurich, 1574, p. 526; Possevin, Apparatus sacer,

Venise, 1606, i. n, ]>. 196; Augustin Biscareti, Palmtta

vineœ Carmeli, ms. de 1638 conservé au collège Saint- Albert a Rome, fol. 180 r°; Alègre de Casanate, Paradtsuê carmelitici decoris, Lyon, 1639, p. 349; J.-B. de Lezana, Annales, Rome, 1645-1656, t. tv, p. 872, n. 4; Daniel de la Vierge-Marie, Spéculum carmelitanum, Anvers, 1680, t. n, p. 1119, n. 3018; FabriciÙS, Bibliotheca Mina Media: et Infimes /Elutis, Florence, 1858, t. v, p. 126 a; Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752, t. ir, col. 516-517, n. 60.

P. Anastase de Saint-Uaul.

NICOLE Pierre (1025-1695) naquit à Chartres le 19 octobre 1025. Il reçut d'abord les leçons de son père et il acheva ses études de philosophie à Paris où il fut maître es arts, le 23 juillet 1044. Il étudia ensuite la théologie en Sorbonne, 1645-1010 : sa thèse de baccalauréat sur la Béatitude, la Trinité et la Grâce, 17 juin 1049, est dédiée à Mgr Lescot, évêque de Chartres. Par la faveur de deux de ses tantes qui étaient à Port- Royal, il fut lui-même accueilli dans cette maison et il fut chargé d'enseigner les Belles-Lettres aux Petites écoles. C'est pour ses élèves qu'il rédigea ses premiers écrits. A Port-Royal, il se lia d'amitié avec Arnauld qu'il accompagna à Paris en 1055. A celle date, Arnauld, ayant été exclu de la Faculté, se défendit avec la collaboration de Nicole, qui désormais se trouve presque toujours à côté de lui, sauf durant les dernières années de sa vie, où Arnauld vécut dans les Pays-Bas et où survinrent quelques légers dissentiments entre les deux amis. Nicole resta, toute sa vie, simple tonsuré; il mourut à Paris le 16 novembre 1695.

Nicole est un écrivain extraordinairement fécond : beaucoup de ses écrits ont été composés en collaboration avec Arnauld, mais assez souvent les ouvrages ont été rédigés par Nicole, Arnauld n'a guère fait que donner son approbation. Les écrits, ainsi composés se trouvent, pour la plupart, dans les Œuvres d'Arnauld, éditées en 43 volumes à Lausanne, 1775-1783. La Préface historique el critique, placée par les éditeurs en tête du tome xxin donne de nombreux détails sur cette collaboration des deux amis. Nicole a publié, seul, un très grand nombre d'écrits, soit sous son propre nom, soit sous divers pseudonymes : Profuturus, Paul Irénée, le sieur Damvilliers, Wendrock, un avocat au Parlement... La plupart de ses écrits se rapportent aux controverses jansénistes et, ordinairement, ils évitent les excès de fond et de forme qu'on trouve chez la plupart des écrivains jansénistes. II est difficile de les classer, car presque tous sont dus à des circonstances accidentelles de polémique. L'ordre chronologique reste dans l'ensemble le plus naturel.

Ouvrages. — Nicole a composé ses premiers écrits pour ses élèves de Port-Royal : Epigrammatum delectwi ex omnibus lum veleribus tum recenlioribus poetis, cum dissertatione de vera pulchritudine et adumbrala, nec non sententiis ex poetis, in-12, Paris, 1659. Ce recueil, avec la dissertation qui l'accompagne et les notes savantes et judicieuses qui sont au bas de chaque épigramme, fut rédigé par Nicole et eut un grand succès," malgré les attaques du P. Vavasseur, S. J., qui consacra les cinq derniers chapitres de son ouvrage De epigrammate, à la discussion de la dissertation de Nicole, de ses notes et du choix même des épigrammes. Il semble bien que l'écrit de Nicole exerça une grande influence sur la littérature de Port- Royal (voir Pierre Joseph Monbrun, La rhétorique de Pascal, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique de Toulouse, de juillet-octobre 1926, p. 165-176). C'est également pour ses élèves que Nicole publia La logique ou L'art de penser, qui fut revue et complétée par Arnauld, in-12, Paris, 1662, 1664, très

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souvent rééditée, avec des additions importantes, dues, presque toutes, à Nicole.

Mais ce sont les écrits Ihéologiques qu'il faut particulièrement signaler. Beaucoup d'entre eux, surtout avant la paix de Clément IX, en Ki69, sont polémiques et sont dirigés plus ou moins directement contre les ennemis du jansénisme, et, tout spécialement, contre les jésuites. Après la paix de Clément IX et surtout après l'exil d'Arnauld dans les Pays-Bas, 1678, les écrits de Nicole sont beaucoup plus modérés, et même, sur certains points, ils sont en désaccord avec les thèses jansénistes.

De 1653 à 1657, Nicole prend part à la défense du livre et de la doctrine de .lansénius, condamnés par la bulle In eminenli, et aussi à la défense d'Arnauld que sa Lettre à un duc et pair venait de faire exclure de la Sorbonne. Avec Noël de La I.ane et Arnauld, il composa l'écrit intitulé : Innocenta papœ X brevissima quinque propositionum in varios sensus distinclio, uperlaque de iis, lum calvinistarum ac lutheranorum, tum pelagianorum ac molinistarum, tum S. Augustini ejusque discipulorum scnlentia, in-4°, 1653. Avec Arnauld, il composa Propositiones thcologicse, de quibus hodie maxime dispulatur, clarissime demonstralœ, in-4°, 1656 et, Œuvres d'Arnauld, t. xix, p. 705-718. C'est la défense des deux propositions qui venaient de provoquer l'exclusion d'Arnauld de la Sorbonne. La thèse, soutenue par les deux amis, dans cet écrit, fut attaquée vivement; une réponse parut, composée par Arnauld, Nicole et La Lane sous le titre : Vindiciœ S. Thomœ circa gratiam sufficientem, adversus P. Joannem Nicolaï, Ordinis PP. Prxdicatorum, ubi omnia S. Thomœ teslimonia de proposilione Antonii Arnaldi contenta exponuntur et a pcrverso sensu illis afjlicto pindicanlur; ac ejusdem Arnaldi proposilio et sententia S. Thomiv omnino conjormis ostenditur, in-4°, 1656. Cet écrit se trouve dans les Œuvres d'Arnauld, t.xx, ]). 591-741 et dans le recueil publié par Quesnel, sous le titre Causa Arnaldina, seu Antonius Arnuldus a censura anni 1656 vindicalus, suis ipsius aliorumque scriptis in unum collectis, 2 vol. in-12, Liège, 1699, t. ii, p. 445-638. Contre le même dominicain, Nicole et Arnauld rédigèrent l'écrit intitulé : Fratris Nicolai thèses molinisticœ notis thomisticis expunclie, in-4°, 1656, dans les Œuvres d'Arnauld, t. xx, p. 563-590, et dans la Causa Arnaldina, 1. 1, p. 407-442.

L'ouvrage intitulé : Responsio ad Holdenum est une réplique de Nicole à une lettre écrite par Holden à Arnauld, le 5 février 1656, pour justifier la censure de Sorbonne contre les deux propositions d'Arnauld. Nicole poursuit sa défense d'Arnauld dans la Défense de la proposition de M. Arnauld touchant le droit, contre la première lettre de M. Ch'imillart, docteur de Sorbonne, par un bachelier en théologie, in-4°, 1656. Il s'agit de la proposition, d'après laquelle le grâce n'est pas toujours accordée aux justes. Quelque temps après parut la Réfutation de la seconde lettre de M. Chamillart, où l'on fait voir que le passage de M. l'évêque d'Ypres, d'où il dit que la première proposition est extraite, ne contient rien que de catholique, par la propre confession de M. Chamillart, in-4°, 1656. C'est aussi pour défendre Arnauld que Nicole composa l'écrit intitulé : Vera S. Thomee de gratia sufjlcienle et efficaci doctrina dilucide explanata. Cet ouvrage, qui porte le nom d'Arnauld, est certainement, en grande partie, l'œuvre de Nicole, ainsi que l'écrit suivant : Antonii Arnaldi, super illa proposilione SS. Chrijsostomi et Augustini : Dcfuit Pelro tenlalo gratia, sine qua nihil paierai, Disserlalio theologica quadriparlita, in-4°, 1656. Ces deux écrits se trouvent dans les Œuvres d'Arnauld, t. xx, p. 39-77, et p. 159-314, et dans Causa Arnaldina, t. i,p. 107-144, et p. 166-406.

Nicole eut quelque part aux célèbres Lettres provinciales qui portent le nom de Pascal et qui furent publiées, du mois de janvier 1656 au 24 mars 1657; il revit et corrigea plusieurs de ces lettres; en particulier, la seconde et les vie, viie,vme, ainsi que les xme et xiv« ; il donna le plan de la ixe, de la xie et de la xne et fournit la matière des xvi", xvii", xvihe. Plus tard Nicole reprit les accusations portées par les Lettres provinciales contre les jésuites. Le P. Pirot, S. J., avait publié une Apologie des casuisles. Nicole et Arnauld répliquèrent par les Avis de MM. les curés de Paris à MM. les curés des autres diocèses de France sur le sujet des mauvaises maximes de quelques nouveaux casuistes, in-4°, qui parurent de 1656 à 1659. Ces Avis sont au nombre de dix : le premier, daté du 15 septembre 1656, et le second sont l'œuvre commune de Nicole et d'Arnauld. Nicole seul composa les troisième et quatrième, 7 et 23 mai 1656, et les huitième et neuvième publiés en juin 1659. Arnauld composa les sixième et septième; Pascal intervint aussi et c'est à lui qu'on attribue le cinquième daté du 11 juin 1658. L'auteur du dixième est inconnu : il est probablement l'œuvre commune de Pascal, de Nicole et d'Arnauld.

Dans l'écrit intitulé : Tredecim theologorum ad examinandas quinque propositiones ab Innocentio X selectorum suffragia, seu, ut appellant, vota Summo Pontifici scripto tradita, ex quibus verus sensus Constitulionis innotescit. et ad oplatam inler catholicos theologos pacem slabiliendam via facilis aperilur, in-4°, !657, Nicole travaille à ramener la paix parmi les théologiens, tout en défendant les cinq propositions de Jansénius. Nicole reprend cette idée dans un nouvel écrit qui a pour titre : Pauli Irensei disquisiliones ad prxsenles Ecclcsiir lumultus sedandot opportunse; prima, an sinl in Ecclcsia novae alicujus hxresis sectatores? secunda, de vero sensu Jansenii et multis commentitiis sensibus illi affliclis circa primam proposilionem; tertia, sive Ecclesiœ lurbœ Fr. Annalo jesuita judice composites, in-4°, 1657. Cet écrit fut. réédité, comme le précédent, dans la Causa Janseniana, sive ficlitia heeresis, sex disquisitionibus theologice, historiée explicata et explosa a Paulo Ireneeo; adjecli sunt insuper de eadem maleria alii tractalus et epistolœ, in-8°, Cologne, 1682. Dans ce même recueil, on trouve un autre écrit de Nicole, publié sous le pseudonyme de François Profuturus. C'est une réponse à un écrit de Pierre de Marca, archevêque de Toulouse, qui avait publié une Relation de ce qui s'est passé depuis 1653 dans les assemblées du clergé, au sujet des cinq propositions. Nicole conteste les affirmations de cette Relation dans le Belga percontator, sive Francisci Profuturi, thcologi Belgec, super narraliones rerum geslarum in Conveniu cleri gallicani circa Innocenta X constitutionem, scrupuli, in-4", 1657. Quelque temps auparavant, en collaboration avec Arnauld, Nicole avait composé une Réponse au P. Annat, provincial des jésuites, touchant les cinq propositions attribuées à M. l'évêque d'Ypres, in-4°, 1654.

Sous le nouveau pseudonyme de Guillaume Wendrock, Nicole publia, en 1657, une traduction latine des Lettres Provinciales, qui souleva de vives polémiques. L'écrit a pour titre : Ludovici Montalli Littenv provinciales de Morali et Politica jesuitarum, e gallico , latine versai cum notis per Guglielmum Wendrockium. Accesserunt Pauli Irenœi disquisitiones et alia quadam ejusdem argumenti, in-8°, Cologne, 1658. Avec le traduction de l'ouvrage de Pascal, on trouve des notes de Nicole lui-même, et celui-ci a ajouté à la cinquième lettre provinciale une dissertation d'Arnauld : Disserlatio theologica de probabilitate, et, à la dixième, une autre dissertation d'Arnauld sur l'amour de Dieu, écrite contre le P. Sirmond, S. J. L'ouvrage de Nicole

NICOLE (PIERRE

euL, de suite, beaucoup de succès : à la lin de sa vie, Nicole donna une sixième édition qui renferme de nombreuses additions : la dissertation sur la probabilité est beaucoup plus complète; la xvia» lettre provinciale est accompagnée d'un dialogue sur la grâce efficace; au commencement de l'écrit, Nicole a placé une histoire des Lettres provinciales, où il raconte l'occasion et les suites des Provinciales et de la condamnation de l'Apologie des casuistes. L'écrit et les notes de Nicole furent traduits en fiançais par Françoise-Marguerite de Joncoux, 2 vol. in -12, 1700, et, un peu plus tard, 3 vol. in-12. Dès que parut la traduction de Nicole, elle fut vivement attaquée en particulier par le jésuite Honoré Fabri, sous le pseudonyme de Bernard Stubrock, dans les Notes sur les notes de Guillaume Wendrock et sur les disquisilions de Paul Irénée, in-12, Cologne, 1659. La traduction deNicole fut dénoncée au Parlement de Bordeaux comme hérétique; les professeurs de la faculté de théologie de Bordeaux ayant fait la sourde oreille, ils furent eux-mêmes attaqués. Alors parut une Défense des professeurs en théologie de l'université de Bordeaux contre un écrit intitulé : Lettre d'un théologien à un officier du Parlement sur la question si le livre intitulé : Ludovici Montalli litterse est hérétique, in-12, 1660. La discussion se poursuivit et provoqua une Seconde défense des professeurs en théologie de l'université de Bordeaux, contre divers écrits dictés par les jésuites, où l'on fait voir l'absurdité de la prétention de ces Pères que le fait de Jansénius soit inséparablement joint à la foi, in-4°, 1660 (sur l'histoire des Lettres provinciales à Bordeaux, voir L. Bertrand, Mélanges de biographie et d'histoire, in-8°, Bordeaux, 1885, p. 86-104, et La vie de Messire Henri de Béthune, archevêque de Bordeaux (1604-1680), 2 vol. in-8», Bordeaux, 1902, t. i, p 337-358). Les deux Défenses des professeurs de Bordeaux sont probablement de Nicole lui-même, qui collabora, avec Arnauld, à la rédaction de trois autres écrits qui se rattachent à cette polémique : 1° Réflexion sur la poursuite que les jésuites font au Parlement de Bordeaux pour faire condamner les ;< Lettres Provinciales » traduites en latin par Wendrock; 2° Réfutation des raisons alléguées pour obtenir la condamnation des lettres de Monlalte, traduites par Wendrock, avec des notes théologiques; 3° Motifs de la déclaration qu'ont donnée les professeurs en théologie de l'université de Bordeaux louchant le livre de Monlalte. En même temps, Nicole écrivait contre les casuistes. D'après ses biographies, il est l'auteur du Faclum pour les curés de Rouen contre l'Apologie des casuistes, in-8°, 1658, et de la Réponse à la lettre des jésuites contre les censures des évêques, publiée en 1659, sous le nom d'Optat C'est lui certainement qui a composé l'Ordonnance de M. l'archevêque de Sens contenant la condamnation du livre de V « Apologie des casuistes », in-4°, 1659; il a aussi collaboré, avec Etienne de Lombard, à la Lettre pastorale de M. l'évêque de Digne (de Janson, futur évêque de Beauvais et cardinal) contenant la condamnation de Y Apologie des casuistes, in-4°, 1659.

Nicole intervint d'une manière très active, dans la question de la signature des divers Formulaires. En 1661, il publia une Idée générale de l'esprit et du livre du P. Amelotte, in-4°, 1661, pour réfuter l'écrit que celui-ci avait composé sous le titre : Défense des constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VIL En même temps, Nicole collaborait avec Arnauld aux Mémoires touchant les moyens d'apaiser les disputes présentes, 1661, et il rédigeait les Difficultés proposées à l'Assemblée du clergé de France, qui se tint à Paris en cette année 1661, sur les délibérations touchant le Formulaire; c'est encore Nicole qui publia l'écrit De l'hérésie et du schisme que causerait dans l'Église de

France la signature du Formulaire, sans souffrir la distinction du fait et du droit, in-4°, 1661. Ces divers écrits reçurent au moins l'approbation d'xXniauld et se trouvent dans les Œuvres, t. xxi, p. 199-258.

Au sujet du mandement du 8 juin 1661, par lequel les vicaires généraux du cardinal, de Retz, archevêque de Paris, demandaient, pour la signature du Formulaire, non point la créance du fait, mais seulement la soumission respectueuse, Nicole composa trois lettres latines, l'une adressée au pape Alexandre VII, la seconde au cardinal d'Esté, protecteur des affaires de France à Rome, et la troisième au cardinal Rospigliosi, au nom des grands vicaires, 1661, tandis qu'Arnauld, de son côté, publiait une Défense de l'Ordonnance des grands vicaires. Œuvres, t. xxi, p. 375-399. Comme l'ordonnance fut annulée par un arrêt du Conseil, Nicole et Arnauld publièrent des Avis à MM. les évêques de France sur la surprise qu'on prétend faire au pape pour lui faire donner quelque atteinte au mandement de MM. les vicaires généraux de Mgr le cardinal de Retz, archevêque de Paris, 18 août 1661. Œuvres d'Arnauld, t. xxi, p. 401- 439. Un bref de Rome condamna le mandement des vicaires généraux, 1er août 1661, et un arrêt du Conseil, 1er mai 1662, autorisa le bref. De concert avec Arnauld, Nicole composa la Lettre de M. l'évêque d'Angers (Henri Arnauld) au roi, sur la signature du Formulaire, 6 juillet 1661, et il traduisit en latin la lettre du même prélat au pape, datée du 8 août 1661.

Une thèse, soutenue chez les jésuites au Collège de Clermont, le 12 décembre 1661, affirmait l'infaillibilité du pape dans les questions de fait, aussi bien que dans les questions de droit. Elle fut vivement attaquée, en particulier par Nicole qui composa, dès 1662, Les pernicieuses conséquences de la nouvelle hérésie des jésuites contre le roi et contre l'État; l'écrit ne fut pas d'abord publié, mais un anonyme, l'ayant, connu, en composa un ouvrage intitulé : Défense des libertés de l'Église gallicane contre les thèses des jésuites, soutenues à Paris dans le Collège de Clermont le 12 décembre 1661, adressée à tons les Parlements de France, in-4°, 1662; dans cet écrit, il y avait des additions qui déplurent à Nicole, celui-ci désavoua l'ouvrage et fit imprimer le sien en 1664, avec une Réfutation des chicaneries dont quelques théologiens tâchent d'éluder l'autorité des conciles de Constance et de Bâle. En 1662, Nicole avait déjà publié le Tractalus de dislinctione juris et facti in causa janseniana, in-4°. Les jésuites prirent la défense de leur thèse, dans un écrit latin : Expositio theseos in Claromontano collegio propugnalee, 12 decembris. Nicole répliqua, avec Arnauld, dans Les illusions des jésuites dans leur écrit intitulé : Expositio theseos, pour empêcher la condamnation de la nouvelle hérésie, 1662, Œuvres d'Arnauld, t. xxi, p. 531-542; il publia aussi un Factum de MM. les curés de Paris contre les thèses des jésuites, 1662, ibid., p. 543-548. Dès le mois de janvier 1662, Arnauld avait lui-même publié un écrit auquel Nicole avait probablement collaboré : La nouvelle hérésie des jésuites, soutenue publiquement, dans le Collège de Clermont, par des thèses imprimées du 12 décembre 1661, dénoncée à tous les évêques de France, in-4°, 1662, Œuvres d'Arnauld, t. xxi. p. 514-530.

La grave question de la signature du Formulaire reparut encore en 1662, et, durant les années suivantes, Nicole prit la défense d'un curé du diocèse de Rouen qui avait été interdit, le 11 avril 1662, par François de Harlay, alors archevêque de Rouen, dans Nullités de l'interdiction du sieur curé de Chars au sujet de la signature du Formulaire, el les nullités et injustices de toutes les censures qui pourraient être faites sur ce sujet, in-4°, 1662. A Paris, les vicaires généraux

NICOLE (PIERRE'

avaient publié le 31 octobre 1661, un second mandement qui annulait les prescriptions du premier, mais le cardinal de Retz, ayant donné sa démission, et son successeur P. de Marca étant mort avant même d'avoir pris possession de son siège, le 29 juin 1662, le chapitre de Notre-Dame publia, le 30 juin, le siège étant vacant, un troisième mandement, qui prescrivait la signature du Formulaire. Ce fut l'occasion de l'écrit qui parut le 8 juillet 1662, sous le titre : Nullités et abus du troisième mandement pour la signature du Formulaire, publie à Paris le 2 juillet. Œuvres d'Arnauld, t. xxi, p. 459-482. Avec Arnauld, Nicole composa la Deuxième lettre de M. l'évêque d'Angers au roi, 1662, datée du 24 juillet, et la Lettre de M. l'évalue d'Angers à M. le nonce, 1662. Avec Arnauld encore, Nicole composa Les justes plaintes des théologiens contre la délibération d'une assemblée tenue à Paris le 2 octobre 1663, et la défense des évèques improbateurs du Formulaire, contre l'entreprise de cette assemblée, in-4°, 1663. Œuvres d'Arnauld, t. xxn, p. 109-171.

Nicole avait rédigé un petit traité qui devait servir de préface à l'Office du Saint-Sacrement qui s'imprimait en 1659. L'Office parut, mais sans le traité de Nicole. Cependant plusieurs copies avaient été prises de ce petit travail, dans lequel Nicole établissait la croyance constante de l'Église au sujet de la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'eucharistie. Le ministre Claude connut une de ces copies et fit paraître une réponse. Alors Nicole se décida à donner au public son écrit qui était La perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'eucharistie, avec la réfutation de l'écrit d'un ministre rontre ce traité. C'est la Petite perpétuité qui parut à Paris, en 1664, sous le nom de Barthélémy. Œuvres d'Arnauld, t. xn, p. 73-102. Nicole y montre qu'aucune innovation, ni brusque, ni lente, ne s'est produite dans cette croyance. Claude répliqua dans une Réponse aux deux traités intitulés ta perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'eucharistie: Nicole reprit son travail (dont on trouve une ébauche avec des notes, à la bibliothèque Mazarine, manuscrit n» 2467); il parut sous le nom d'Arnauld, afin que le nom du célèbre docteur lui donnai plus de poids : ce fut La (grande) perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'eucharistie, contre le livre du ministre Claude, 3 vol. in-4°. Le premier volume parut en 1669; l'auteur y développe l'argument de prescription, et montre qu'il n'y a eu aucun changement dans la doctrine de l'Église, en réfutant les objections du ministre Claude. Celui-ci répliqua par une Réponse au livre d'Arnauld intitulé : La perpétuité, 2 vol. in-8°, Cliarenton, 1671. Nicole fit une Réponse générale au livre de M. Claude, in-12, Paris, 1671. Œuvres d'Arnauld, t. xn, p. 211-442. Cependant Nicole, à la fin de son premier volume, avait promis de poursuivre son enquête : ce fut l'objet du second volume de La perpétuité, qui parut en 1672; on y trouve exposés l'enseignement de l'Écriture et la croyance de l'Église durant les 'six premiers siècles de l'ère chrétienne. Enfin le troisième volume, in-l°, Paris, 1676, contient la réponse aux passages difficiles des Pères, objectés par les ministres, avec les preuves authentiques de la croyance des Églises d'Orient et d'Occident sur la présence réelle et la transsubstantiation. Cet écrit de La perpétuité de la foi a été souvent réédité, avec des additions importantes. Les éditions de 1702-1704 et de 17111713, contiennent 6 volumes in-4° et comprennent les trois volumes de Nicole et Arnauld; le quatrième contient la Réponse générale à M. Claude, la créance de l'Église grecque touchant la transsubstantiation par Nicole. Les tomes v et vi renferment les travaux d'Etienne Renaudot qui réfute les objections faites à l'écrit primitif. Une

édition plus récente, 5 tomes en 6 volumes in-4°, Paris, 1781-1782, reproduit les deux éditions précédentes, et l'abbé Migne dans sa collection, 4 vol. in-4°, 1841, a publié La perpétuité de la foi sur l'eucharistie par Nicole, Arnauld et Renaudot, sûr la confession par Denis de Sainte-Marthe, sur les principaux points qui divisent les catholiques d'avec les protestants par Schelïmacher.

Les polémiques jansénistes, quoique atténuées, duraient toujours. Le P. Ferrier, S. J., considérait les adversaires du Formulaire comme vraiment hérétiques dans Vidée véritable du jansénisme. Nicole réplique par Les lettres sur l'hérésie imaginaire, qui sont au nombre de dix. Elles parurent d'abord séparément, du 24 janvier 1664 au 20 novembre 1665, et furent réunies sous le titre d'Imaginaires, et le pseudonyme de sieur de Damvilliers, in-12, Cologne, 1667. A la fin de ses Lettres, Nicole avait publié un discours contre les pièces de théâtre et les romans. Racine s'y crut visé et répliqua par deux lettres à Nicole. La seconde ne fut pas imprimée, à cause de l'intervention de MM. de Port-Royal, alors réconciliés avec Racine, mais cependant ces deux lettres de Racine furent éditées dans un Recueil de pièces diverses choisies, 2 vol. in-12, 1714 (voir Journal des Savants du 1er juillet 1714, p. 435-441, et Mémoires de Trévoux, octobre 1714, p. 1716-1730). Pour l'humour et l'esprit, ces deux lettres de Racine valent les meilleures Provinciales. L'édition de Cologne contient, outre les Lettres imaginaires de Nicole, le Jugement équitable sur les contestations présentes, pour éviter les jugements téméraires cl criminels, tiré de saint Augustin et un Examen de la réponse à la neuvième imaginaire, daté du 25 juin 1666. Une nouvelle édition de 1683 renferme aussi le Traité de la foi humai ne, publié en 1664, et une Lettre de M. d'Alet à M. de Péréfixe.

Nicole fut, avec Arnauld, le défenseur des religieuses de Port-Royal; avec lui, il composa une Apologie pour les religieuses de Port-Royal du Saint-Sacrement, contre les injustices et les violences du procédé dont on vient d'user envers ce monastère, 1665. Œuvres d'Arnauld, t. xxin, p. 165-834. La première partie de cet ouvrage était achevée au mois d'octobre 1664, et une préface, rédigée probablement par Claude de Sainte-Marthe, y fut ajoutée, en janvier 1665. La deuxième partie parut en janvier ou février 1665; la troisième est datée du 20 mars et la quatrième du 21 avril 1665. Arnauld collabora à cet écrit, mais il paraît bien que Nicole en fut le principal auteur; c'est certainement lui qui a composé les deux Requêtes des religieuses de Port-Royal à M. de Péréfixe, qui sont insérées dans la troisième partie de l' Apologie, ainsi que les Réflexions sur la déclaration de M. de Péréfixe, 1664, auxquelles Arnauld concourut peut-être. Desmarets de Saint- Sorlin attaqua l'Apologie dans un écrit intitulé : Réponse à l'insolente Apologie pour les religieuses de Port-Royal, 2 vol. in-12, Paris, 1666. Cette critique provoqua l'écrit de Nicole : Les visionnaires contenant huit lettres dont la première est datée du 31 décembre 1666; les autres parurent successivement. Elles furent réunies, avec une préface, sous le titre : Les imaginaires et les visionnaires ou dix-huit lettres sur l'hérésie imaginaire, par le sieur de Damvilliers, 2 vol. in-12, Liège, 1667. Quelques-unes de ces lettres, par exemple, les m0, ive et v visionnaires, renferment des détails intéressants sur les religieuses de Port-Royal.

Nicole prit la défense des quatre évêques qui avaient refusé de signer le Formulaire. Il travailla aux Mémoires sur la cause des quatre évêques, in-4°, 1666. Œuvres d'Arnauld, t. xxiv, p. 193-362, qui sont l'œuvre collective d'Arnauld, de Nicole et de La Lane; Nicole a rédigé probablement les sixième et septième, datés des lrr et 20 décembre 1666. Ces Mémoires,

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