‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 168 sur 233 · NOUET · texte numérisé non relu

NOUET

NOULLEAU

la rhétorique à Paris (1636-1638), puis il se consacra à la prédication; il mourut a Paris, le 21 mai 1680.

Le P. Nouet a publié un très grand nombre d'ouvrages de piété, dont on trouvera rénumération complète, dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, du P. Sommervogel, t. v, col. 1814-1818. Nous ne signalerons ici que les écrits qui ont pour objet les polémiques jansénistes et exposent des thèses proprement théologiques.

Le P. Nouet fut accusé d'avoir, en trois sermons, prêches en 1643, attaqué le fameux livre de la Fréquente communion d'Antoine Arnauld, d'avoir affirmé que ce livre contient une doctrine pire que celle de Luther et de Calvin, et d'avoir ainsi gravement atteint la réputation des évoques qui avaient approuvé l'ouvrage d'Arnauld. On trouvera des jugements sur ces trois sermons dans les Œuvres d'Arnauld, t. xxvi, p. 674-739 et Avertissement sur quelques sermons prêches à Paris, ibid., t. xxvm, p. 1-35. Les évêques, approbateurs du livre, exigèrent une rétractation du P. Nouet, et il parut une Lettre circulaire de Mgrs les prélats assemblés à Paris, le dimanche 29 novembre 1643, ibid., t. xxvm, p. 605-623; sur cette affaire, voir Alb. de iMeyer, Les premières controverses jansénistes en France, de 1640 à 1649, p. 244-249; Gazier, Histoire du mouvement janséniste, 1. 1, p. 51, et Cécile Gazier, Histoire du monastère de Port-Royal, p. 93-94.

Nouet publia plusieurs brochures contre les jansénistes : Première réponse aux lettres que les jansénistes publient contre les jésuites, 1657; Impostures provinciales du sieur de Monlalte, secrétaire des jansénistes , découvertes et réfutées; Lettre écrite à une personne de condition sur le sujet de celles que les jansénistes publient contre les jésuites; Lettre écrite à une personne de condition sur la conformité des reproches et des calomnies que les jansénistes publient contre les PP. de la Compagnie de Jésus, avec celles que le ministre Du Moulin a publiées, devant eux, contre l'Église romaine, dans son livre des Traditions ; Réponse aux impostures des lettres que les jansénistes publient contre les jésuites; Continuation des Impostures. Tous ces écrits sont résumés dans des Réponses aux Lettres provinciales.

Comme le ministre Claude avait publié une Réponse aux deux traités intitulés : La perpétuité de la foi de l'Église catholique louchant l'eucharistie, in-8°, Paris, 1665 et 1666, le P. Nouet répliqua par un ouvrage qui a pour titre : La présence de Jésus-Christ dans le Très-Saint- Sacrement, pour servir de réponse au ministre qui a écrit contre la Perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'eucharistie, in-4°, Paris, 1666, et in-8°, 1667. Le Journal des Savants en février 1667, p. 121-123, ayant publié une analyse élogieuse de cet écrit du P. Nouet, le ministre Claude répondit à cet article par la Lettre d'un provincial à un de ses amis sur le sujet du Journal du 28 juin 1667 et Je Journal répliqua, le 26 décembre 1667, p. 187-195. Nouet répondit, lui aussi, par une Lettre à M. Claude, ministre de Charenton, in-8°, Paris, 1668. Plus tard, le ministre Claude publia un gros ouvrage, sous le titre : Traité de l'eucharistie contenant une Réponse au livre du P. Nouet, intitulé : La présence réelle de Notre-Seigneur dans le Très- Saint-Sacrement, in-8°, Genève, 1770.

Les autres écrits du P. Nouet se rapportent à la Vie de Jésus dans les saints, à l'Oraison et à L'homme d'oraison. Les rééditions multipliées de ces écrits prouvent leur succès extraordinaire; ils furent traduits en allemand, anglais et italien Ce sont des méditations sur la vie cachée, souffrante et glorieuse de Notre-Seigneur, sur l'oraison et l'homme d'oraison, sur la dévotion à Jésus, la grandeur du chrétien. Ces divers ouvrages ont été réunis sous le titre Œuvres du du P. Nouet, en 27 vol. in-12, éditées en 1837, 1858,

1860, à Paris et à Lyon. L'édition de 1862 comprend 29 vol., divisés en plusieurs parties : 1° L'homme' d'oraison; sa conduite dans les voies de Dieu. 2 vol.; 2° L'homme d'oraison; ses méditations et entretiens pour tous les jours de l'année, en 11 vol.; 3° L'homme d'oraison; ses lectures spirituelles pendant tout le cours de l'année, ou dévotion envers Notre-Seigneur. 7 vol.; 4° L'homme d'oraison, ses retraites, 6 vol.; 5° enfin La présence de Notre-Seigneur dans le Très Saint- Sacrement,3 vol. Ces multiples éditions n'ont pas épuisé le succès ces ouvrages du P. Nouet; on en a publié de nombreux Extraits, à une date plus récente : Jésus, notre ami, in-18, Nantes, 1871 ; Pratique de l'amour de Dieu, in-12, Nantes, 1872 et Paris, 1873 (par le P. Henri Pottier); La grandeur du clxrélien dans ses rapports avec le Très-Sainl-Sacrement, in-8°, Paris, 1873; Le Purgatoire d'après la sainte Écriture et les Pères, in-12, Nantes, 1872 (par Je'P. Pottier); Tout en Jésus, ou Nouveau cours de lectures spirituelles, à l'usage du clergé, des communautés religieuses el des âmes qui aspirent à la perfection chrétienne, 4 vol. in-12, Paris, 1873 (parle P. Pottier).

Michaud, Biographie universelle, t. xxxi, p. 75-76; Hœfer, Nouvelle biographie universelle, t. xxxvm, col. 310- 311; Quérard, La France littéraire, t. vi, p. 453-454; Mémoires du P. Rapin, édit. Aubineau, t. Il, p. 402-410; Mémoires de G. Hermant, édit. Gazier, t. i, p. 214-215, 224-225; Sainte-Beuve, Port-Royal, 4" édit., 7 vol. in-8», Paris, 1878, t. n, p. 179-182; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, t. xvm, p. 118-119; Desportes, Bibliographie du Maine, in-8°, Le Mans, 1844, p. 420-421 ; Hauréau, Histoire littéraire du Maine, 2° édit., Paris, 1876, t. vm. p. 230-239; De Backer, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. m, p. 538-543; Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. v, col. 1813-1818; Hjrter, Nomericlalor, 3e édit., t. iv, col. 72-73.

J. CARREYRE.

NOULLEAU Jean- Baptiste, oratorien français (1604-1672). — il est né à Saint- Brieuc le 24 juin 1604 de parents distingués parmi Je corps des échevins et des magistrats. Il fit ses humanités dans sa ville natale, sa rhétorique et sa philosophie à Rennes, puis trois ans de théologie i Nantes chez les Pères de l'Oratoire où il entra à 20 ans, 5 janvier 1624.

En 1639, il est nommé archidiacre, puis théologal de Saint-Brieuc; en 1641, il travaillait sous M. de Harlay, évêque de Saint-Malo, avec plusieurs de ses confrères, prêtres de l'Oratoire; il vient de là prêcher à Paris où il paraît avec distinction à Saint-Paul, à Saint-Laurent.

1° Le réformateur anti- gallican. — M. de Vilazel, son évêque, étant mort en 1641, Noulleau composa Le modèle d'un grand évêque en la personne de feu M. Etienne de Vilazel, brochure dans laquelle il raconte que le défunt « méditait depuis longtemps de faire à la Cour » une prédication pour dénoncer le concordat de François Ier qui « avait tiré la sainteté de l'Église, et y avait jeté la mondanité. » Le successeur, M. de la Barde, très gallican, ne goûta pas cet esprit de réforme qui s'affichait dans des sermons, souvent appuyés par des écrits comme le livre, Les conseils ecclésiastiques et le sénat de l'Église, composé pour engager les évêques à s'aider des conseils des principaux membres de leur clergé, comme la Conjuration contre les blasphémateurs, Paris, 1645, dans laquelle il somme d'accomplir leur devoir la reine régente, le duc d'Orléans, Mgr le Prince, Mazarin, le chancelier, les évêques, les parlements, les seigneurs et les dames de piété. Noulleau prêcha avec tant de force contre les abus durant Je tenue des États à Saint-Brieuc, 1643, que M. Boucherat, depuis chancelier de France, en porta plainte à l 'évêque qui l'excusa en public, mais le réprimanda en particulier. Le théologal répondit que la vérité lui était plus chère que la vie, et continua

NOULLEAU

avec la même force â invectiver contre le vice. Autre différend, M. de la Barde ayant excommunié son officiai, âgé de plus de 80 ans, parce qu'il n'avait pas osé faire fermer un prêche protestant, Noullcau prit le parti de l'opprimé. Mais, ce qui acheva de le brouiller avec son évèque, ce fut son livre: Politique chrétienne et ecclésiastique pour chacun de tous MM. de l'assemblée générale du clergé, Paris, 1C4G, in-12. Ni les papes, ni les rois, dit-il, « ne présument de rien faire sans conseils»; seuls, les évoques d'aujourd'hui prétendent à une souveraineté absolue. Le théologal reçut l'ordre de ne plus prêcher, 1617; il appela de la sentence, mais ne put obtenir aucune justice, peut-être à cause de certains écrits : Traité de l'extinction des procès, qui avait mécontenté les hommes de lois et les chicaneurs; Usage canonique des biens de l'Eglise, qu'avaient fort peu goûté certains bénéficiers; Des élections à l'étal ecclésiastique, qui l 'avaient brouillé avec le clergé. Il riposta à sa manière habituelle en imprimant : De la nécessité des conférences, des études et de la vie commune des ecclésiastiques.

Ne pouvant prêcher en chaire, il Je fit dans les rues et les places publiques et s'attira ainsi en 1649 un nouvel interdit non seulement de prêcher, mais de confesser et même de dire la messe. Sa réponse fut un Traité de la sainte liberté de la parole de Dieu et de la fermeté du prédicateur évangélique, avec trois dissertations : 1° De la liberté de saint Ambroise, de saint Jean Chrysostome et de saint Basile; 2° De la liberté apostolique de saint Bernard et du bienheureux Pierre Damien; 3° De celle de Pierre de Blois et de Gerson. Nouvel interdit fulminé en 1653 ou 1654. Il ne faut pas à cause de cela faire de Noulleau un « maniaque de réforme, jouant à cache-cache avec son évêque », mais » un sublime génie, un htmme de Dieu, une définition vivante et brûlante, aussi tendre que passionnée, aussi judicieuse qu'intrépide du christianisme... Rigide, si l'on veut, et obstiné, mais toujours maître de soi, humain, surnaturel à un haut degré et d'une sagesse parfaite ». Iirémond, Hist. liit. du sentiment religieux, t. vu, p. 199, 212.

2° Le théologien mystique. — A cause de cette rigidité même, à cause de la très grande austérité de sa vie, ceux qui lui en voulaient le firent soupçonner de jansénisme; mais, six mois avant la condamnation des cinq propositions par Innocent X, il fit imprimer un Traité de l'amiable composition des différends du temps sur le sujet de la fréquente communion et de la grâce, où il parle ouvertement contre les partisans d'Arnauld et de Jansénius; il imagina même un système sur la grâce, pour réunir les deux partis opposés, thomistes et molinistes. Voir Batterel, Mémoires, t. in, p. 117. On n'en peut davantage faire un gallican : il écrivit un Traité de l'autorité du Saint-Siège où, dit Batterel, « il en veut à ceux des évêques de France qui, à la tête de leurs mandements, ne se disent pas évêques Sanctse Sedis gratia. M. de Saint-Brieuc était dans le cas. » Ibid., p. 141.

Dans l'exposé du véritable esprit du christianisme, il arrive immédiatement après les plus grands écrivains de l'Oratoire, Bérulle, Condren... C'est du reste le nom de quatre de ses ouvrages. Après une Pratique de l'oraison, Saint-Brieuc, 1645, il. donne : L'esprit du christianisme dans l'exposé de la loi de Moïse selon l'Évangile...; L'esprit du christianisme dans le saint sacrifice de la messe...; L'esprit du christianisme dans la conduite de la vraie pénitence.... A ces livres parus la même année, Paris, 1664, avec L'idée du vrai chrétien, un des plus beaux, il faut ajouter De religione chrisliana, sive de Christo et christianismo ex meris et solis Scriplura, Palribus et Doctoribus Ecclesise, dont on ne peut dire s'il a été imprimé ; Politique chrétienne dans les exercices de piété de Mgr le Dauphin, Paris,

1665; un grand nombre de brochures écrites en latin et en français dont plusieurs ont été réunies sous ce titre : Diverses pièces latines et françaises de J.-B. Noulleau, théologal de Saint-Brieuc sur les libertés de l'Église gallicane, 1665 et 1666.

On ne peut ici que donner une idée très succincte de la doctrine de Noulleau; en l'étudiant H. Iirémond fait cette réflexion : « Ainsi donc, nous n'épuiserons jamais la gloire de l'École française », t. vu, p. 247. Il a rendu très grand service, en faisant connaître cet oublié, dont les ouvrages sont a peu près introuvables.

Le principe dont il fait dépendre tout le reste est l'omniprésence de Dieu : « Dieu en nous, nous en Dieu; Dieu animant tout ce que nous sommes; nous animés de tout ce que Dieu est. » Le premier devoir est d'adorer parce que le chrétien « veut toujours se porter à Dieu plus pour les propres intérêts de Dieu que pour !es les siens. » Mais on ne peut l'adorer sans aimer, parce qu'il faut « adorer principalement Dieu sous le titre de Père et par conséquent de Fils et de Saint-Esprit », par l'intermédiaire de Jésus-Christ en qui Dieu « a mis tout son esprit, toutes ses pensées, tous ses soins, tout son cœur, tout son amour, toutes ses grâces, tous ses trésors. » La religion consiste donc dans « ce trajet perpétuel de nos âmes à Dieu par Jésus-Christ »; la seule vraie prière « doit parler à Dieu de Jésus-Christ, parler de Dieu à Jésus-Christ », car Dieu « n'a dans le cœur que Jésus-Christ ». Tout se ramène donc à « ne respirer sans cesse que Jésus- Christ, comme la vie de notre vie. « S'étendant sur Jésus-Christ tout le long de l'année on tire vie de tous ses mystères, comme le corps de l'enfant la tirait de tous les membres du prophète qui s'était raccourci sur lui. »

On pourrait l'appeler le théologien du pur amour, tant il parle de J'emour pur avec éloquence, avec enthousiasme. Pour lui, le pur amour n'est autre que la parfaite piété : « O grand Dieu, que je ne me persuade donc jamais qu'on ne soit pas obligé de vous aimer d'amour, de vous aimer de cœur et de toute la puissance affectueuse de son âme. » C'est un hymne enthousiaste qu'il chante à la pénitence qui lui rend l'f.mour, « seule table de mon naufrage, seule espérance des pécheurs comme moi, que désormais tu me seras aimable. » — « Je ne vous demande point, dit-il encore, comme Philippe : « Montrez-moi la face de votre Père.... » Ce serait vous demander par là quelque chose pour moi en quelque façon plus que pour vous. Non, Seigneur, donnez-moi seulement votre pur amour, et il me suffira à lui seul pour toute sorte de paradis. » Brémond, op. cit., p. 248, 260.

Avant Fénelon, il est préoccupé de ce que nous appelons la question sociale dont il ne voit la solution que dans l'esprit de l'Évangile, l'accomplissement de la loi de Dieu qu'il appelle « le plus grand des politiques ». Personne, grand ou petit, ne saurait « être dans la charité parfaite » qu'il n'ait le souci de procurer le bien public. De Vidée du parfait chrétien se dégage sa Théologie des grands, puissants seulement pour établir le règne de Dieu par Jésus-Christ, « pour faire de grands biens, empêcher de grands maux ». Dans ce que Noulleau appelle » La tragédie de ce monde », Dieu se garde bien d'exposer ses vrais enfants au danger comme if fait pour les grands, « les roturiers de la maison de Dieu et de son règne... ce ne sont que des personnages de théâtre. » Pour se sauver, ils sont tenus à plus de vertu que les petits. Faites, leur dit-il, de longues prières, visitez les lieux saints, servez les pauvres de vos mains; cela ne suffit pas, il vous faut « des actions héroïques de charité et de justice chrétienne... Les petits ne sont au monde que comme des enclumes sur lesquelles on frappe incessamment, ce qui fait que, n'ayant pas le loisir de respirer, ils n'ont pas le temps de pécher. » On doit

NOULEEAU — NOVATIEN ET NOVATIANISME

contraindre au repos dominical aussi bien les garçons de calé que Jes pharmaciens. « Il est impossible qu'un royaume ne soit divisé... quand on n'y fait pas justice à un chacun... I) ne faut jamais mettre tout le bon d'un côté, toutes les richesses, tous les honneurs... car tous voulant avoir part... à la félicité de leur siècle... si on les dépouille de tout .. ils n'aiment dans la république où ils sont si mal traités que sa désolation... Il ne faut pas les réduire à ce point de désespoir qu'ils ne craignent pas, à l'exemple de Samson, d'abattre la maison sur eux-mêmes. » Brémond, p. 229-247.

Lui-même a caractérisé son style : « J'ai tâché qu'il n'y eut pas une parole superflue... Tout y est pressé, tout concis... Une parole abrégée, verbum abbreuiatum, toute substance de vérité, toute essence de vérité. » Ibid., p. 265.

Depuis 1653, que tout ministère lui avait été interdit dans son diocèse, il s'était retiré près d'une chapelle appelée Notre-Dame-de-Bon-Repos, menant une vie très mortifiée, se faisant donner la discipline à midi et le soir. En 1666, défense lui fut signifiée de dire la messe dans cette chapelle. Désormais, il ira tous les jours à trois lieues et demie de là, au bourg de Saint-Quel ou Saint-Qué au diocèse de Dol : « Il y renouvela, dit Batterel, l'esprit du christianisme » Il mourut vers 1672; son corps fut inhume à Saint-Brieuc « sous sa chaire théologale ».

Batterel, Mémoires domestiques..., t. m, p. 109-142, qui s'appuie sur les Mémoires de M. le curé de Saint-Michel et les Begistres de l'Oratoire; Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux, t. vu, p. 197-265; Correspondant, 10 octobre 192S; Moréri, Le grand dictionnaire, édit. de

A. Mou EN.

NOVATI Jean-Baptiste, né à Milan en 1585, d'une illustre famille apparentée aux Médicis, entra en 1606 dans l'ordre des clercs réguliers ministres des infirmes (cunilliens), dont il devint un des hommes les plus éminents par sa science, ses travaux et ses vertus. Il professa longtemps les diverses disciplines philosophiques (y compris les sciences) et théologiques. Successivement maître des novices, supérieur de la maison de Bologne, arbitre et consulteur général, et finalement supérieur général de l'ordre (1640-1646), il mourut à Milan le 30 août 1618. Le 14 juillet 1614, il avait été présent à la mort de saint Camil'e; en 1630, il avait obtenu à force d'instances, du cardinal protecteur D. Ginnisi, de se rendre de Rome à Bologne pour se dévouer héroïquement au service des pestiférés. On a conservé longtemps dans la maison des camilliens de Milan de nombreux mss. qui repré sentent les cours de notre auteur sur les diverses branches de son enseignement. On a de lui : 1° De eminen fia Deiparœ virginis Mariée, 2 vol. in-fol., 1. 1, Rome, 1630; t. i et t. n, Bologne, 1639; 3e édit. à Bologne, 1650, véritable somme miriale, où l'on trouve étudiées, selon la méthode scolastique, toutes les questions ayant trait à la sainte Vierge. Le P. Novati est rangé par Benoît XIV au nombre des théologiens marianites, et son nom fait autorité dans les études sur la sainte Vierge. Pour ne parler que des auteurs modernes, le P. Faber et le P. Terrien le citent à plusieurs reprises. — 2° Eucharistici amores ex Canticis canticorum enucieali, 2 vol. in-fol., t. I, Milan, 1645; le t. n fut publié longtemps après la mort de l'auteur, à Vittoria (Espagne), 1726, parle P. Diego de Enciso, qui réédita éga'ement le t. i. Commentaire remarquable du Cantique des cantiques appliqué à la sainte Eucharistie, ce fut le premier travail composé ex professe/ sur ce sujet. ■ — 3° Arinolaliones et decisiones morales pro opportuno infirmis et moribundis auxilio prxstandn, in-8°, Bologne, 1638; trad. ital., par le P. Diego Mansi, Milan, 1616. Ouvrage « éloquent et

solide », au dire du P. J.-B. Bossi, S. J., dans l'appendice aux Opuscula spirilualia S. Bonaventurœ, 1651. — Le P. Novati avait préparé pour l'impression des Dilucidaiiones de illibata conceplione B. Mariœ Y., qui n'ont pas vu le jour.

Ph. Argelati, Bibliolhcea scriptorum Mcdiolanensium, t. n, Milan, 17 15, col. 997, qui renvoie lui-même au P. Dominique Rcgi, Memorie historiche de' Cluerici regolari ministri degl' infermi, Naples, 1676; M. Endrizzi, Bibliografta Camilliana, Vérone, 1910; Ikenmeyer-Wiesen-Reintges, Der h'ilige Kamillus und sein Orden, Fribourg-en-B., 191 t P. Ch. Goutier, L'ordre de S. Camille de Lellis, Paris, 1926; L. da Gatteo, O. M. Cap., La peste a Bologna nel 1630, Forli, 1929.

É. Amann.

NOVATIEN ET NOVATIANISME. — Prêtre fort en vue de l'Église romaine au milieu du me siècle, Novatien s'est laissé entraîner à déclencher dans l'Eglise, après la persécution de Dèce, une crise fort grave, qui aboutit à la formation d'une Église schismatique. Cette Église novatienne lui a survécu pendant plusieurs siècles.

I. Novatien. II. La crise novatienne. III. L'Église novatienne.

I. NOVATIEN. — De ce docteur nous étudierons successivement : I. La personne. IL Les œuvres (col. 817). III. La doctrine (col. 8-21).

I. La personne. — Elle est bien mal connue, sauf pour ce qui concerne le moment assez bref où se déclenche la crise novatienne. Les renseignements qui proviennent de cette date et dont la critique sera faite ci-dessous, apportent peu de lumière sur les antécédents du personnage de Novatien. Aussitôt après cette crise la personnalité de Novatien rentre également dans l'ombre.

Dans les dernières années du pontificat de saint Fabien (236-250), le prêtre Novatien était dans la communauté romaine un personnage de premier plan, surtout à cause de sa science. Demeuré longtemps catéchumène, il avait été baptisé au cours d'une grave maladie. Ce baptême « clinique » aurait pu constituer, suivant les coutumes de l'époque, un empêchement à son élévation au sacerdoce. Mais, passant outre à la coutume et aussi, paraît-il, à l'opposition d'un certain nombre de personnes, le pape (probablement saint Fabien) ordonna prêtre Novatien. Sans doute pensaitil aux services qu'il pourrait rendre. La persécution de Dècc éclate; dès le 20 janvier 250, le pape Fabien est martyrisé; pendant quatorze mois il fut impossible de procédera une élection pontificale. La communauté romaine resta sous le gouvernement du prcsbijUrium, dont Novatien faisait partie. C'est ainsi que celui-ci fut amené à rédiger la réponse de l'Église romaine à diverses lettres de saint Cyprien. Les lettres xxx (31) et xxxvi (30) insérées dans la correspondance de celui-ci sont de la plume de Novatien. En avril 251, on put enfin songer à donner un successeur à Fabien. Novatien, qui peut-être escomptait la succession, se vit préférer Corneille. Déçu dans son ambition, froissé de certaines tendances du nouveau pape qu'il accusait de laxisme, le prêtre romain fit schisme, groupa autour de lui un nombre assez considérable d'adhérents, trouva le moyen t!e se faire consacrer évêque, L'antipape, il faut bien lui donner ce nom, se préoccupa dés lors de dresser son Église schismatique en face de l'Église catholique. Il est vraisemblable que, durant la courte persécution de Gallus (253), il a été. connue le pape Corneille, éloigné de Ronrè. Peut-être est-ce la cette «confession» ou ce « martyre» dont parle Socrates (ci-dessous, col. 8 12). Nous ignorons tout des dernières années de Novatien. et l'Église qui porta son nom, semble bien, elle aussi, avoir laissé s'obscurcir sa mémoire.

NOVATIEN. ŒUVRES

II. LES œuvres. — La notice la plus complète sur l'activité littéraire de Novatien est celle que fournit saint Jérôme. De viris ill., i.xx, P. I... t. xxm, col. 718 : Novatianus, Romunœ urbis presbyter... saipsit de Pascha, de Sabbalo, de Circiimrisionc, de Sacerdote, de Oralione, de Cibis judaicis, de Inslantia, de Atlalo, multaque(dia, et de Trinikite grande volumen, quasi epitomen operis Tertulliani /ariens, quod plerique ne scienles Cgpriani existimant. De cette liste imposante, deux ouvrages seulement ont été identifiés avec certitude : le De cibis judaicis et le De Trinitale. Les autres semblent perdus définitivement ; toutefois, guidée par l'indication de Jérôme sur le fait que le De Trinilate a été attribué à suint Cyprien, la critique moderne s'est demandé si, dans le lot d'ouvrages plus ou moins douteux mis sous le nom de Févêquc de Carthage, ou parmi un certain nombre d'écrits anonymes, ne se cacherait pas quelqu'un de ces miilla alia dont parle le De viris.

1° Ouvrages attribues ù Novatien par saint Jérôme. — 1. De cibis judaicis. — ■ Texte dans P. L., t. m (éd. de 1865), col. 981-992; voir aussi l'édit. de G. Landgraf et G. Weyman dans Archiv fur lateinische Lexikographie und Grammatil , t. xi, p. 226-239 (et aussi en tirage à part, Leipzig, Teubner, 1898). C'est une lettre pastorale dont l'auteur, séparé de son troupeau pour des raisons indépendantes de sa volonté, met ses ouailles en garde contre la tentation d'attacher quelque importance aux observances juives en matière d'aliments. S'inspirant des mêmes idées qui forment la trame de YEpislola Barnabx, il montre que la Loi doit être interprétée de manière spirituelle; ce qu'elle prohibe, ce sont les vices et les défauts dont les animaux interdits sont le symbole. Sans aller jusqu'à dire, comme pseudo-Barnabe, que les Juifs ont compris leur loi à rebours, l'auteur pose en principe que cette loi, quoi qu'il en soit de l'obligation qu'elle imposait dans l'ancienne économie, est abolie dans la nouvelle. Ce qui ne veut pas dire, qu'à titre de mortification et d'ascèse, les chrétiens ne puissent s'interdire, à certains jours, tels ou tels aliments; quant aux viandes immolées aux idoles, ils doivent de toute évidence s'en abstenir. — Le début de la lettre, 1, col. 983 A, fait allusion à deux écrits précédents où l'auteur exposait quid sil vera circumeisio, quid sit verum sabbatum. Ces deux écrits, signalés par saint Jérôme, se mouvaient dans le même ordre d'idées, comme aussi le De Pascha. Ils appartiennent, de toute évidence, à la période schismatique de la vie de Novatien.

2. De Trinitale. — - Dès l'époque de saint Jérôme, il y avait quelque incertitude sur l'attribution de ce traité. Au dire de Rufin, les macédoniens de Constantinople, pour répandre leurs erreurs sur le Saint-Esprit, avaient mis en circulation un traité De Trinitale de Tertullien qu'ils avaient accolé à un recueil de lettres de saint Cyprien; de la sorte l'œuvre contestable passerait sous le couvert d'un nom vénéré de tous. De adulter. libr. Origenis, 2, P. G., t. xvn, col. 628. Dans sa riposte au livre de Rufin, Jérôme relève la bévue de son adversaire : Dicit Tertulliani librum, cui titulus est de Trinitale, sub nomine ejus Constanlinopoli a Macedonianx partis hœreticis leclilari. In quo crimine mentitur duo. Nam nec Tertulliani liber est, nec Ci/priani dicitur, sed Novatiani cujus inscribilur lilulo. Apol. contia Rufin, II, 19, P. L., t. xxm, col. -161. Jérôme est bien sévère pour ce pauvre Rufin : n'avait-il pas écrit lui-même dans le De viris que plusieurs (plerique) attribuaient ce De Trinilate à Cyprien? pourquoi certains ne l 'auraient-ils pas attribué à Tertullien'.' C'est sous le nom de ce dernier que le traité a été publié d'abord par Gagny. — ■ Quoi qu'il en soit d'ailleurs de la bonne foi de Rufin, celui-ci se trompait; le traité en question n'était ni de Cyprien,

ni de Tertullien, et c'est Jérôme qui avait raison, encore que le signalement donné par lui dans le De viris ait risqué d'égarer la postérité. Quasi epilomen Tertulliani facietu, écrit-il. Il pense à coup sûr à \' Adversus Praxean, le seul des ouvrages de Tertullien qui traite ex pro/esso la question trinitaire. Or, le De Trinilate est presque double de V Adv. Praxean (71 col. de Migne contre 43), ce n'est donc point un abrégé et, s'il s'inspire de Tertullien, Novatien le fait en toute indépendance. Mais une inexactitude de ce genre n'est pas surprenante de la part de saint Jérôme. Malgré quelques doutes émis ça et là, la critique moderne a ratifié son jugement de fond. L'attribution du De Trinitale n'est plus contestée par personne (l'opinion de Higeminn, qui y voit la traduction latine d'un ouvrage d'Hippolyte, manque de toute probabilité). D'ailleurs la comparaison du texte au point rie vue stylistique avec le De cibis est tout à fait favorable à l'unité d'auteur. Texte dans P. L., t. m (éd. de 1865), col. 911-982; excellente édition rie W. Yorke Fausset, Cambridge, 1909 (dans les Cambridge patrislic Teits, édités par A. J. Mason).

Le titre actuel (que Jérôm.2 lisait déjà), ne semble pas primitif. Il risque d'ailleurs d'induire en erreur sur la signification générale de l'ouvrage. C'est beaucoup moins un traité sur la Trinité qu'une explication de la Régula veritatis c'est-à-dire du symbole de foi. A la suite de celui-ci, Novatien affirme la croyance au l'ère (i-vin), au Fils, dont la divinité, et l'humanité sont affirmées (ix-xxvm), au Saint-Esprit dont les attributions sont rapidement énoncées (xxix). Les deux derniers chapitres (xxx-xxxi) expliquent de manière assez sommaire comment la triplicité des personnes ne met pas en cause l'unité divine. Le tout clairement exposé, dans un style qui vise à l'élégance et y atteint souvent, qui risquerait pourtant de fatiguer par certaines accumulations voulues de tournures identiques. La composition est soignée et l'ordonnance à peu près impeccable. Ce traité de théologie, le premier qui ait paru à Rome en latin, est vraiment remarquable de tous points. N'oublions pas que, trente ans plus tôt, Hippolyte s'exprimait encore en grec et qu'il était loin de soigner aussi attentivement la composition et le style.

La date ne peut être fixée avec certitude. Les deux allusions faites à Sabellius et à son hérésie (c. xn, col. 933 D et 934 A) invitent à placer l'écrit un peu avant 250. Nulle allusion, d'ailleurs, à une situation schismatique de l'auteur. Un traité de ce genre n'aura pas peu contribué, sans doute, à donner à Novatien la place prépondérante qu'il avait en 250-251 dans le presbylerium romain.

3. Saint Jérôme semble avoir connu une correspondance de Novatien. Écrivant à Paul de Concordia, il lui demmde, entre autres volumes : Epistolas Novatiani, Epist., x, 3, P. L., t. xxn, col. 344. Il est possible qu'il s'agisse ici d'une collection de lettres pastorales à laquelle appartenaient le De cibis, le De circumcisione, le De sabbalo, et peut-être les autres petits écrits dont fait mention la notice du De viris. En dehors de cela, deux lettres de Novatien se sont conservées dans la correspondance de saint Cyprien; lettres xxx (31) et xxxvi (30) de Hartel, Cgpriani opéra, vol. 2, p. 549-556, 572-575 (P. L., t. in, col. 993- 1000; t. iv, col. 311-314). L'attribution de la première à Novatien ne fait aucun doute, Cyprien la donnant comme de lui dans Epist., lv (52), n. 3, Hartel, p. 625. L'authenticité de celle-ci entraîne comms conséquence l'authenticité de la seconde; c'est certainement la même plume qui les a rédigées l'une et l'autre.

2° Écrits attribués avec plus ou miins de sécurité à Novatien par les critiques. — Le grand nom de Cyprien a attiré autour des œuvres authentiques de l'évêque

NOVATIEN. ŒUVRES

de Cartilage, dans la tradition manuscrite, un lot considérable d'tcrits qui ont toutes chances de ne lui point appartenir. Réunis pour la plupart dans l'édit. Hartel, vol. 3. Pc ces opuscules quelques-uns ont été revendiqués, avec plus ou moins de raison, avec plus ou moins de fermeté aussi, pour Novatien. Les problèmes que soulève telle ou telle de ces attributions sont loin d'être définitivement résolus et les critiques sont loin d'être d'accord. Nous allons énumérer ces petits traités, en indiquant les solutions le plus généralement adoptées.

1. Le spectaculis. — Texte dans Hartel, vol. 3, p. 1- 13; P. L., t. iv, col. 811-818. Lettre écrite prr un pasteur séparé provisoirement de ses ouailles, pour les mettre en garde contre les dangers de tout genre que présentent les spectacles: danger d'idolâtrie, péril d'immoralité. Qu'il s'agisse de cirque ou de théâtre, un chrétien est déplacé en ces sortes d'endroits Les spectrcles majestueux de la nature, les scènes magnifiques <'cs Livres saints sont, pour lui, infiniment préférs blés — Le prologue rappelle de très près celui du Le cibis; une comparaison stylistique attentive relève nombre de parallèles avec les écrits authentiques de Novatien. C'est à lui que l'attribuent la plupart des critiques : Harnack, Ammundjsen, Yorke Fausset, Schanz, d'AIès, bien d'autres. Contre, Monceaux, Hist. liltér. de VAfiique chrétienne, t. il, p. 109.

2. Le bono pudiciliœ. — Texte dans Hartel, ibid., p. 13-26; P. L., t. iv, col. 851-860. Lettre pastorale écrite dans, les mêmes conditions que la précédente et que le Le cibis. Bel éloge de la pudicité, avec quelques emprunts fort visibles au Le pudicilia de Tertullien, bien que le sujet soit assez différent. Il ne s'agit pas seulement d'ailleurs de la chasteté conjugale, mais encore de la parfaite continence; la première s'impose comme un commandement, la seconde n'est que de conseil, mais quelle admirable préparation à la vie future, quid aliud est quam juturse vitœ gloriosa mediiatio...\ Le tout se termine par des conseils pratiques sui la simplicité et la pudeur qui sont les gardiennes de la chasteté. — La comparaison avec les écrits authentiques de Novatien est favorable à l'attribution que lui en font la plupart des critiques (les mêmes que ci-dessus).

3. Quod idola LU non sint, ou, comme portait un autre titre, Le idolorum vanilate. — Texte dans Hartel, vol. 1, p. 19-31 ; P. L., t. jv, col. 585-004. Tract destiné à la propagande chrétienne parmi les païens : critique rapide, du point de vue eyhémériste, de la mythologie classique et des arguments d'ordre social et politique par quoi l'on essayait de la sauver; affirmation c'e l'unité divine (où quelques mots rappellent des expressions du Le Trinilate), bref exposé de la mission du Christ qui est virlus Lei, ratio, sapientia, glcria, de sa divinité et de l'union en lui du Dieu et de l'homme. Quelques expressions sont à noter : Leus cum htmine miscetur, hic Leus ncsler, hic Chrislus est, qui mediator duorum homincm induit quem perducul ad Palrcm, n. 11, col. 599 A; et la façon dont est expliquée l'ascension : In cœlum sublalus est ut heminem quem dilexit, quem induit, quem a morte protexit ad Palrcm victor imponcret, n. 14, col. 601 B. — Ces passages qui rappellent tout à fait les idées et les expressions mêmes du Le Trinilate ont amené certains critiques à attribuer ce court traité à Novatien, c'est l'opinion de W. Yorke Fausset, qui est très ferme. Ammundsen hésite, à cause ce l'attribution traditionnelle à Cyprien ; A. d'AIès ne voit pas de raison positive de le donner à Novatien; Harnack n'est pas très ferme non plus. Schanz le classe parmi les œuvres cyprianiques, mais sans conviction arrêtée sur l'attribution. Hugo Koch, par contre, revendique très énergiquement l'authenticité cyprianique. Il nous paraît que les

raisons de Fausset devraient emporter pièce dans le sens de l'attribution à Novatien.

4. Le laude marlurii. — Texte dans Hartel, vol. 3, p. 26-52; P. L., t. iv, col. 817-834. C'est un discours en trois points sur le martyre : quid sit, quantum sit, cui rei prosil; la division est marquée extérieurement, bien que les idées chevauchent un peu d'une partie sur l'autre. Remarquer quelques pensées nettement stoïciennes : nihil detestabilius i.edecoie, nihil fœdius servilule, n. 8, col. 822 C; une sévérité très marquée à l'endroit de ceux qui renient le Christ : negalores œternus ignis inardeicit, n. 11, col. 824 A; l'idée fréquemment exprimée que le martyre est le plus sûr moyen de se mettre à l'abri de l'éternité malheureuse : ad hune gloriœ titulum metus excitai futurorum, n. 19, col. 828 C, de racheter les fautes du passé. Bref, le martyre est conçu d'un point de vue très utilitaire, et je re vois pas qu'il y soit fait grand état de l'amour parlait de Dieu qu'il suppose Et que dire de la christologie qui se manifeste dans la péroraison, où l'orateur montre la passion du Christ comme l'exemple qu'il faut avoir sans cesse devant les yeux : Si juslus es et Léo credis, quid pro eo sanguinem fundere meluis quem pro te toties passum esse cognoscis, in Isaia seclus, in Abel occisus, in Jsaac immotalus, in Joseph venundalus, in homine cruciftxus? N. 29, col. 833 B. Phrase d'orateur, sans doute, et qu'il ne faut pas trop presser, mais qui ne laisse pas d'inquiéter et que l'on rapprocherait volontiers de telles idées qui s'expriment au Le Trinilate. Le style pourtant est moins clair que dans ce dernier traité, l'argumentation moins serrée; il y a de l'enflure et de la déclamation, la différence qui sépare, en somme, un discours d'un traité. — ■ Harnack et Fausset sont très fermes pour l'attribution à Novatien; Ammundsen hésite. Pour A. d'AIès, ce ne peut être un écrit de Cyprien, encore moins de Novatien ; il faut l 'attribuer au diacre Pontius, le biographe de saint Cyprien. Voir Recherches de science religieuse, 1918, t. vin, p. 319-355. Contre lui, H. Koch, op. cit., p. 354-357.

5. Adversus Judseos. — Texte dans Hartel, vol. 3, p. 133-144; P. L., t. iv, col. 999-1007. La facture rappelle le Le idolorum vanilate : démonstration rapide du changement d'économie opéré par le Christ. Par la faute des Juifs, l'ancienne alliance est devenue caduque, une autre a été instaurée par Jésus, et les apôtres en ont porté aux Gentils la bonne nouvelle; à tous la rémission des péchés est promise, et le repentir pourra sauver Jes Juils eux-mêmes. Peu de points d'attaches avec la doctrine de Novatien : on ne saurait pourtant tirer argument contre l'appartenance de cet écrit à notre docteur du fait qu'il proclame la rémission des péchés par le repentir (A. d'AIès). A aucun moment Novatien n'a nié que le baptême remît les péchés! Mais l'attribution positive au prêtre romain n'est guère démontrable; les critiques hésitent plus encore que pour les ouvrages précédents. A. d'AIès considère l'e>puscule comme sorti de la même plume ejue le traité Ad Novalianum (cidessous, col. 830).

6. Le singularitale clericorum. — Texte dans Hartel, vol. 3, p. 173-220; P. L., t. IV, col. 911-948 Lettre pastorale adressée au clergé pour le mettre en garde contre les dangers de la cohabitation avec les femmes (il ne s'agit pas en propres termes du célibat ecclésiastique). L'attribution que Fr. von Blachs (élans Kirchengesch. Abhandlungen de Sdralek, 1901, t il, p. 191- 256), a voulu faire de ce traité assez long è Novatien n'a pas été acceptée par la majorité e'cs critiques. Voir surtout P. Schepens, L'épîlre Le singul. cler. du pscudo-Cyprien, dans Recherches de science religieuse, 1922, t. xni, p. 178-210, 297-327; 1923, t. xiv, p. 47-65, qui fait remonter le traité au me siècle, en cherche

NOVATIEN. ENSEIGNEMENT TRINITAIKE

l'auleur dans les milieux catholiques, mais exclut formellement Novatien. Peut-être faudrait-il penser au pape Lucius. Cf. II. Koch, op. cil., p. 126 sq.

7. Les homélies dites Traclatus Origenis. — En 1900, P. Batiffol et A. Wilmart ont publié sous le titre : Traclatus Origenis de libris SS. Scriplurarum, vingt homélies latines (dont une seulement sur le Nouveau Testament), attribuées à Origène par les deux mss. connus Celte attribution fut presque aussitôt écartée; outre que le latin semblait bien la langue originale de ces textes, rien n'y rappelait la manière du célèbre exégète. Le nom de Novatien fut presque aussitôt prononcé par C. Weyman, qui trouva quelque écho parmi Jes critiques. En 1902, Hermann Jordan.se croyait autorisé à reconstruire d'après ces homélies toute une théologie de Novatien. Die Théologie der neuentdeckten Predigten Novalians, Leipzig, 1902 (in-8c de x-224 p.; les p. 71-104 reproduisent textuellement la petite thèse publiée sous le même titre un mois avant le gros volume). Toute cette construction s'est montrée ruineuse. L'attribution des Traclatus à Grégoire d'EIvire, proposée en passant par dom Morin dès 1900, a été depuis solidement démontrée par dom Wilmart; les soi-disant Traclatus Origenis présentent en effet une étroite parenté avec des Traclatus in Canlicum dont l'appartenance à l'évêque d'Elvire ne saurait faire de doute. Il faut donc abandonner sans restriction l'idée que Novatien serait l'auteur des Traclatus; ce qui ne veut pas dire que son œuvre n'aurait pas influé sur Grégoire d'Elvire.

En définitive, comme œuvres certaines de Novatien, il faut compter, outre les deux lettres conservées par la correspondance de saint Cyprien, le De Trinilale et le De cibis judaicis; à quoi il conviendrait d'ajouter : selon toute probabilité, 1e De spectaculis et le De bono pudicitiœ; avec beaucoup moins d'assurance, le Quod idola DU non sinl, et son pendant \Adversus Judasos; le De laude martyrii nous paraît plus douteux encore. Les derniers écrits cités n'ont aucune chance d'appartenir à Novatien.

III. La doctrine. — ■ Le schisme provoqué par Novatien a eu comme point de départ une conception très rigoriste de la morale chrétienne, que Je prêtre romain opposait à un dangereux laxisme. Les œuvres que nous venons de passer en revue ne parlent nullement de cette opposition. Tout au plus pourrait-on dire que la morale qui s'y révèle apparaît quelque peu hautaine et intransigeante. Les lettres mêmes envoyées à saint Cyprien lors de la vacance du Siège apostolique et relatives à la question pénitentielle ne font en somme qu'approuver les décisions du primat d'Afrique et les principes qui les ont inspirées. Il nous paraît difficile d'y saisir la nuance particulière de sévérité que certains ont voulu y trouver. En somme la doctrine morale développée par Novatien se révèle, dans ses écrits, quelle que soit leur date, du même aloi que l'enseignement ordinaire de l'époque. Il n'y a pas d'importance spéciale à lui attacher. Tout ce qu'il dit est excellemment dit par d'autres en ces mêmes moments.

Tout autre est 1 importance du De Trinilale. En même temps qu'il marque très exactement le point où est arrivée la théologie occidentale dans les deux questions trinitaire et christologique, cet ouvrage a fourni un point de départ pour les spéculations ultérieures, et il y aurait toute une étude à faire (qui est à peine ébauchée) sur les répercussions qu'il a pu avoir. Autant que \'Adversus Praxean deTertullien, il a contribué à former la théologie latine.

1° Dieu le Père. — Fidèle à la terminologie de son époque (laquelle se manifeste tout spécialement dans le symbole baptismal), Novatien envisage l'essence divine moins en elle-même qu'en tant qu'elle est

possédée par le Père. Dieu, pour lui, c'est d'abord le Père. C'est au Père qu'il rapporte les attributs divins que nous avons accoutumé de rapporter & la divinité même : bonté, immutabilité, unité, incompréhensible lité. D'une rapide revue des textes scriptuniircs relatifs a Dieu, et qu'il cherche dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, il conclut, avec beaucoup de sagesse, que leur interprétation doit se mettre en garde contre les anthropomorphism.es et les anthropopathismes si naturels à l'intelligence humaine. Si les prophètes ont usé d'expressions qui y prêtent, c'était pour se mettre à la portée des simples : non igitur mediocris est Deus, sed populi mediocris est sensus, nec angustus Deus, sed rationis populi anguslus est intellectus habilus. C. vi, P. I ., t. ni, col. 922 D. Dans les paroles mêmes du Christ relatives a Dieu, il y a une part considérable d'accommodation, bien que le Christ ait fait faire à notre connaissance de Dieu un sérieux progrès. Car, comme le dit Novatien en une formule admirablement frappée : Id quod (Deus) est secundum id quod est, nec humano sermone edici, nec humanis auribus percipi, nec humanis sensibus colligi potesl. C. vu, col. 924 C. Il n'est pas jusqu'à la qualification d'esprit qui ne doive être attribuée à Dieu avec discrétion (le mot est évidemment pris dans un sens plus matériel que nous ne faisons, traduire plutôt spiritus par souffle). Quoi qu'il en soit, on voit que Novatien affirme avec la plus grande force la transcendance du Père. Ce n'est point d'ailleurs qu'il ait la moindre complaisance pour le marcionisme et pour la doctrine du Dieu étranger au monde; tout transcendant qu'il soit, le Père qui est dans les cieux est un Dieu provident qui gouverne le monde jusqu'en ses plus petits détails : pertingit consequenter ejus ad usque singula quœque cura, cujus ad tolum, quidquid est, pervenil providentia. C. vm, col. 926 B. Dieu de l'Ancien Testament, c'est lui aussi que connaît et qu'adore l'Église. Hune ergo, omissis hsereticorum fabulis atque figmentis, Deum novit et veneratur Ecclesia. C. vm, col. 925 B.

2° Le Fils de Dieu. — ■ « La règle de vérité qui nous oblige à croire au Père, nous enseigne aussi à croire au Fils de Dieu, le Christ Jésus, Notre-Seigneur et Dieu, mais Fils de Dieu.» C. ix, col. 927 B. Ainsi, quand il parle du Fils de Dieu, Novatien a tout d 'abord dans l'idée le personnage historique de Jésus-Christ. Encore ici il est fidèle à la terminologie du symbole baptismal.

Sur le compte de ce personnage historique, deux opinions diamétralement opposées sont en présence (sans compter Je marcionisme, c. x), entre lesquelles la foi orthodoxe doit tenir un juste milieu. L'écrit de Novatien donne l'impression que les discussions théologiques si vives à l'époque précédente n'ont rien perdu de leur acuité. Comme au début du me siècle, modalisme d'une part (Sabellius est expressément nommé, c. xn, col. 933 D, 934 A), adoptianisme de l'autre exagèrent, chacun à sa manière, quand il s'agit du Christ. L'adoptianisme ne veut voir en lui qu'un homme ordinaire, homo nudus et solilarius, c. xi, col. 930 G, en qui se manifeste la même vertu divine qui anime les saints; le modalisme l'assimile purement et simplement à une apparition sur la terre du Père céleste, transcendant au monde. A voir l'ampleur que donne Novatien à la discussion de l'adoptianisme, il semble bien que c'est cette hérésie qui des deux lui paraît la plus redoutable. C'est contre elle qu'il accumule les preuves tirées de l'Ancien Testament (elles sont assez faibles : Os., i, 7; Is., vji, 14; xxxv, 3-6; Hab., m, 3) et surtout du Nouveau (utilisation abondante du prologue johannique et de nombreuses paroles du Christ rapportées par le IVe évangile). En deux chapitres compacts, se presse

NOVATIEN. ENSEIGNEMENT TRINITAIHE

l'interrogation répétée : « Si le Christ n'est qu'un homme, comment se fait-il que... etc. » C. xv, xvi (cf. au c. xvii, l'autre tournure : « Que disons-nous donc en constatant que... etc. »). Quoi qu'il en soit de détails contestables, la preuve de la divinité du Christ est supérieurement menée. Contre l'adoptianisme, Novatien invoque même le témoignage de l'hérésie adverse. La divinité du Christ, dit-il, est si clairement exprimée par l'Écriture que la plupart des hérétiques en sont venus à identifier le Christ avec le Père : ut plerique hserelicorum, diuinitatis ipsius magnitudine et verilaie commoti, ultra modum exlendentes honores ejus ausi sint non filium sed ipsum Deum patrem promere vel pulare. C. xxin, col. 959 C.

Qu'il faille pourtant, à rencontre de cette hérésie sabellienne, distinguer le Fils du Père, c'est ce que l'Écriture enseigne avec non moins de force. Les paroles du Christ, dans l'Évangile, sont formelles : Ego et Pater unum sumus, afïïrme-t-il, Joa., x, 30; il ne dit pas : Ego Pater unus sum, distinguant par là même la propriété de sa personne : proprietatem personœ suœ. C. xxvn, col. 966 B. Et s'il dit à Philippe : " Qui me voit, voit le Père », cela revient à dire : «■ qui me voit, me suit et m'écoute, par moi arrivera au Père », visum iri ab eo Patrem, quisquis filium secutus juisset. C. xxvni, col. 969 C. L'Ancien Testament lui-même est favorable à cette distinction. A la suite de Justin, de Tertullien, d'Hippolyte, Novatien rapporte à une personne différente du Père les nombreuses « théophanies » que décrivent les Livres saints. L'être surnaturel qui apparaît en ces diverses circonstances et qui par tous ses caractères se manifeste comme Dieu (le mot angélus souvent employé par la Bible ne doit pas faire illusion, cf. surtout c. xvm-xx) ne saurait être le Dieu invisible et incirconscriptible, mais bien celui que Paul appellera plus tard imago Dei invisibilis. C'est cette personne distincte du Père transcendant qui s'essaie à la manifestation durable qu'elle fera d'elle-même dans la Nouvelle Economie, ou, pour mieux dire, qui veut habituer les hommes à se trouver en contact avec Dieu : ut mediocrilas et jragilitas conditionis liumanœ Deum patrem videre aliquando jam tune assuesecrel in imagine Dei, hoc est in filio Dei. C. xvm, col. 946 C.

Cette personne a droit au nom de Dieu; c'est l'affirmation indéfiniment répétée de Novatien; on remarquera tout autant son insistance à ajouter : Dieu, parce que Fils de Dieu, Dieu en tant que Fils de Dieu. Jésus-Christ est notre Dieu, mais Fils de Dieu. Par quoi le prêtre romain tendrait à accentuer encore la nuance de subordinatianisme qui se remarque chez ses prédécesseurs. « On ne cherchera pas, chez Novatien, dit fort bien A. d'Alès, la formule claire et précise du dogme nicéen. » Novatien, p. 117. Et \V. Yorke Fausset : « Sa ehristologie est non moins subordinatienne que celle de Tertullien. » Op. cit., p. xxxm. Cela ne veut pas dire que le mot Dieu appliqué au Christ n'ait pas son sens transcendant (Le c. xx, qui créerait à ce point rie vue quelque difficulté par l'insistance qu'il met à presser l'égalité angélus = deus, se termine par une formule qui place le Fils de Dieu au-dessus de la sphère angélique : divini nominis potestaiem et super omnia et in omne tempus accepit. Col. 955 A). Mais l'exégèse que donne notre auteur du texte johannique: Pater major me est, est caractéristique. C'est bien en tant que Fils de Dieu que le Christ est inférieur au Père : dum ergo accipil sancti/icationem a Pâtre, minor Paire est : minar autem Paire consequenter est, sed Filius. C. xxvn, col. 967-968. Et toute l'exégèse «les récits de théophanies renforce celle appréciation. Le Fils de Dieu y apparaît dans la dépendance du l'ère, comme le subordonné et le ministre du Père, comme avant aussi des attributs

qui ne sont pas tout à fait ceux du Père (voir les c. xvni-xx en entier). En somme, malgré qu'il se soit mis dès l'abord en garde contre les anthropomorphismes, Novatien ne laisse pas d'assimiler les rapports du Père au Fils à ceux qui s'établissent dans une famille humaine : un fils est de la même race que son père, à coup sûr; il lui reste néammoins subordonné. Naturellement il ne saurait être question d'assimiler de tout point la génération du Fils de Dieu à celle des fils des hommes. Mais, puisque l'Écriture use de l'expression genuit, en parlant du Père par rapport au Fils, il y a lieu de se demander quand eut lieu cet acte divin, qui donne l'être au Fils, qui lui communique la divinité avec la subsistence. Tout préoccupés du rôle cosmologique du Verbe, les apologistes avaient mis en un rapport étroit la « production » (au sens latin du mot) du Verbe et la création du monde. C'était, semble-t-il, au moment où il se décidait à créer l'univers que le Père « produisait » celui qui devait être l'agent de cette création, le démiurge réalisateur des idées divines. Quoi qu'il en soit de l'état où pouvait subsister le Verbe avant ce mornent, la date de la création marquait pour lui, si l'on ose dire, un changement d'état. Novatien échappe à cette obsession, et corrige vigoureusement sur ce point son maître Tertullien. Di snbslantia fuit Christus ante mundi constitulionem, écrit-il, c. xvi, col. 944 B. Et plus loin : Ex quo (Pâtre), quando ipse voluil sermo filius natus est, qui non in sono percussi aeris aut tono coactx de visceribus vocis aeripitur, sed in substantia prolatse. a Deo virtulis agnoscitui . C. xxxi, col. 978 A. Il n'est nullement question ici de création du monde. Sans doute le quando l'oluit éveille-t-il encore les susceptibilités du théologien moderne; mais ne se pourrait-il pas que ce vouloir fût éternel ? En effet, continue Novatien : Hic, cum sit genitus a Paire, semper esiiN Paire, semper autem sic dico, ut non innatum, sed nalum probem. Sed qui ante, omne tempus est semper in Pâtre fuisse dicendus est : nec enim tempus illi assignari potest, qui unie iempus est. Semper enim in Paire, ne Pater non semper sit Pater. Ibid. On remarquera la répétition rie semper. C'est toujours que le Fils a été dans le Père, comme Irénée, auquel le texte semble bien se référer, l'avait déjà dit, Conl. heeres., IV, vi, 7, P. G., t. vu, col. 990 BC, et nous ne sommes pas bien loin de la génération éternelle et de la raison théologique qui la fonde : le Père a toujours dû tire Père. Sans doute Novatien ajoute-t-il : Pater illum prsecedil, quod necesse est prior sit, qua Pater sit; mais il s'agit ici d'une précession logique et non chronologique, comme Je fait très nettement entendre tout le contexte. — De cette naissance éternelle (on ne voit vraiment pas quel autre terme employer), Novatien distingue la procession (mot qu'il ne faudrait pas assimiler à celui de la théologie moderne). Celle-ci est mise en rapport, semble-t-il, avec la création : Hic (i. e. Filius), quando Pater volait, processit ex Pâtre : et qui in Paire fuit cum Paire postmodum fuit, quia ex Pâtre processit, substantia sciliect Ma divina, cujus nomen est Verbum, per quod Jacta sunt omnia, ibid. On remarquera que cette « procession » implique dans le Verbe un changement de situation : lui qui étail in Pâtre est maintenant cum Pâtre; c'est là le vieil héritage de la théologie des apologistes; mais ce n'est pas, si l'on ose dire, un changement d'état, qui lui donnerait une subsistence (une hypostase) qu'il n'aurait pas eue antérieurement. La substantia divina qui s'appelle le Verbe, et qui était in Paire sort maintenant du Père pour aller à l'exécution de ses volontés. Pour garder encore quelques traces de la distinction entre Logos endiathétos et Logos prophoricos, la théologie de Novatien sur la génération du Verbe n'en montre pas moins un sérieux progrès.

N 0 V A T I E N . E X S E I GN E M E X T T l{ I X I T AIRE

Celle hypostasc (subslanlia), celle personne qui s'appelle le Verbum ou le Sermo de Dieu, el qui préexiste de toute éternité, s'est, aux derniers temps, manifestée sous forme humaine; ainsi manifestée, nous l'appelons Jésus-Christ. La cliristologie, au sens moderne du mot, tient une très grande place dans les développements de Novaticn; on ne s'étonnera pas que cette cliristologie soit encore assez loin des précisions de Chalcédoine, et certains critiques ont accuse Novatien des hérésies les plus contradictoires : non seulement il serait arien (sur quoi nous venons de nous expliquer), mais encore et simultanément apollinariste et nestorien !

Qu'il affirme la divinité du Christ au sens transcendant, nous n'avons pas à y revenir. Qu'il veuille aussi affirmer le caractère humain du Sauveur, cela est incontestable ; il n'a aucune tendresse pour le docétisme au sens propre. Voir c. x, où revient plusieurs fois : substanlia corporis, substanlia tamis. Novatien ne veut pas entendre parler d'un corpus fabutarium. Le Verbe a pris en toute vérité notre chair : nostram carnem Sermo suscepit, col. 930 A. A vrai dire, pourtant, l'insistance que met notre auteur à parler de caro, de corpus, de sanguis ne laisse pas d'inspirer quelque inquiétude. Cette caro « prise » par le Verbe, est-ce la « chair animée », la nature humaine, dans son intégralité, dirions-nous, ou ne serait-ce pas seulement le corpus? 11 faut bien reconnaître que Novatien ne parle jamais de l'âme humaine du Sauveur et le très long développement qu'il consacre à la mort de Jésus- Christ a pu donner lieu à cette accusation d'apollinarisme avant la lettre dont nous avons parlé. Pour lui, semble-t-il, la mort du Christ (mort qui ne peut toucher la substanlia divina) consiste en ce que le Verbe dépdse (pour quelque temps) la subslantia carnis, la maleria corporis, qu'il reprendra au jour de la résurrection. Nos Sermonem Dei scimus indulum carnis substantiam, eundemque rursum exuiuin eadem corporis maleria, quam rursus in resurrectione suscepit et quasi indumenlum resumpsil. C. xxi, col. 956 C; tout le développement serait à citer. Le c. xxv fortifierait encore cette impression par la comparaison qu'il institue entre la mort du Christ et la nôtre. Divinilas in Christo non moritur, sed carnis solius subslantia exlinguilur... in céleris hominibus qui non sunl caro tantumModo, sed caro et anima, caro quidem sola incursum inlerilus morlisque patilur, extra leges autem interilus el morlis anima incorrupla cernitur. Col. 963 BC. Et la conclusion de ce même chapitre : mors in Chrislum adversum solam materiam corporis poluil valere, adversus divinitatem Sermonis non potuit se exercere. Col. 964 B. Peut-être, comme le fait remarquer A. d'Alès, convient-il de ne pas trop insister sur cette comparaison. Pour en faire sortir la vraie pensée de Novatien il faudrait lui donner un développement dans lequel l'auteur n'a pas eu le souci d'entrer, préoccupé qu'il était d'une autre pensée, l'impassibilité de la nature divine. Passons donc condamnation sur elle. Mais, tout considéré, il ne nous apparaît pas que le prêtre romain ait eu une idée très exacte, quand il s'agissait du Sauveur, d'une nature humaine complète, concrète et agissante.

Et c'est pourquoi il nous semble assez vain de parler, à son sujet, de « nestorianisme », à moins que l'on ne veuille désigner par cette expression, décidément trop élastique, l'imprécision des formules par quoi il veut signifier l'union en Jésus des éléments divin et humain : assumere hominem, induere hominem, assumere filium liominis, etc. La formule la plus complète nous semble bien celle qu'on lit au c. xxiv. Commentant le récit de l'annonciation, Novatien explique que les paroles de l'ange : propterea et quod nescetur ex le sanctum, se rapportent à la nature hu-

maine (ista carnis corporisque subslantia), tandis que le Fils de Dieu, le Verbe incarné n'est autre que l'être spirituel dont l'ange déclare : spirilus véniel in le et virlus Altissimi obumbrabil libi. Et il continue : llic (i. e. spiritus) est enim légitimas Dei /Mus, qui ex ipso deo est, qui dum sanctum istud assumit el sibi filium liominis anneclit el illum ad se tapit alque Iransducit, connexione suu et permixlionc sociata prœstut et filium illum Dei facit, quod Me, naturaliter non fuit. Dès lors, continue-t-il, le nom de Fils de Dieu revient d'abord el en première ligne à cet être spirituel qui est descendu en Marie; puis, par voie de conséquence, au fils de Dieu et de l'homme (c'est à dire au fruit né de la Vierge et de l'Esprit), en sorte, que celui-ci est devenu fils de Dieu, alors qu'il ne l'est point en principe, col. 961-962. Et le chapitre se termine sur cette formule : « Ainsi la parole de l'ange, quoi qu'eu aient dit les hérétiques, établit entre le fils de Dieu et le fils de l'homme une distinction en même temps qu'une union (sociatio). Elle voudrait leur faire comprendre que le Christ homme, fils de l'homme, est aussi fils de Dieu, leur faire tenir comme Dieu, c'est-à-dire Verbe de Dieu, cet homme-fils de Dieu, leur faire connaître Noire-Seigneur Jésus-Christ, comme un tissu (contexlum), un agglomérat (concrclum), si l'on ose dire, de l'un et de l'autre (du fils de Dieu et du fils de l'homme), formé qu'il est de l'accord (concordia) de ces deux substances, de l'alliance de ces deux (choses) épinglées l'une à l'autre (mului ad invicem /œderis confibulatione sociatum), homme et Dieu (tout à la fois), comme l'Écriture l'atteste >. Col. 962 C. Évidemment il ne serait pas difficile de faire sortir de ce texte la doctrine des deux fils, de leur union purement extérieure confibulatio, (à comparer avec la auvâçeia des antiochiens), de leur association morale (sociatio, concordia), du pacte qui les unit (mutuum ad invicem fœdus). Mais tout cela serait profondément injuste. Ces formules très inadéquates montrent seulement tout le chemin que la terminologie théologique avait à parcourir pour arriver à quelque précision.

Au total donc, s'il est très ferme pour affirmer la divinité du Verbe au sens transcendant du mot, Novatien n'a pas encore trouvé pour exprimer cette divinité parfaite, pour décrire i 'union intime de cette divinité avec une humanité complète et agissante, les formules qui auraient traduit, du moins mal qu'il était possible, la foi de l'Église chrétienne à Jésus-Christ, Dieu et homme.

3° Le Saint-Esprit. — Sa théologie du Saint-Esprit est plus rudimentaire encore, bien que l'on constate chez Novatien un sérieux effort pour grouper les textes scripturaires relatifs à l'action de cet Esprit divin. — Son effusion avait été promise dans l'Ancien Testament, mais cela ne veut pas dire que, dès ce temps-là déjà, l'Esprit n'eut pas été à l'œuvre dans les patriarches et les prophètes. Mais, selon l'annonce formelle du Sauveur, c'est à la Pentecôte que s'est fait sur les apôtres une particulière effusion, qui doit amener une collaboration permanente de cet Esprit et des apôtres. Unus ergo et idem Spirilus, qui in prophetis et aposlolis; nisi quoniam ibi ad momentum, hic semper; celerum ibi, non ut semper in Mis inesset, hic, ut in Mis semper manerel : et ibi mediocriter distributus, hic lotus effusus; ibi parce dalus, hic large commodalus ; nec tamen anle. resurrectionem Domini exhibilus, sed per resurrectionem Chrisli contribulus, c. xxix, col. 972 A. Et Novatien de décrire, en traits rapides mais justes, l'action du Saint-Esprit dans l'Église, depuis l'âge des apôtres, où il rendait ceux-ci intelligents et forts, jusqu'à l'actuelle génération où il continuée sanctifier les âmes et les corps parle baptême, à iaire les martyrs, les vierges, les saints. (Noter au passage l'irrémissibilité du blasphème contre l'Esprit.)

NOVATIEN. ENSEIGNEMENT TRINITAIRE

Sans tirer expressément de tout ceci des preuves en faveur de la divinité du Saint-Esprit, Novatien indique assez que Ja nature de cet être mystérieux participe à celle du Père et du Fils; il ne présente aucune expression qui tendrait à mettre l'Esprit au rang des adminislratorii spiritus. Tout ce que les macédoniens (voir col. 817) ont pu trouver chez lui qui eût favorisé leurs erreurs, c'est l'affirmation (en un passage où il n'est pas question ex professo de la nature de l'Esprit) que le Paraclet est inférieur au Christ. C. xvi. Voulant prouver ici la divinité du Christ, notre auteur fait état des paroles du Sauveur relatives au Paraclet : De meo accipiel et annuntiabit vobis, Joa., xvi, 14. A supposer, dit-il, que le Christ fût simplement un homme, comment l'Esprit qui est supérieur aux hommes pourrait-il recevoir de lui la doctrine qu'il devra lui-même transmettre. Il ne peut recevoir que de quelqu'un qui lui soit supérieur. Si a Christo aceepit quœ nuntiet, major ergo jam Paraclito Christus est : quoniam nec Paraclitus a Christo acciperel, nisi minor Christo essel. Col. 942-943. Mais il n'y a pas trop à se scandaliser de ce développement. L'infériorité de l'Esprit, par rapport au Fils, est du même ordre que l'infériorité du Fils par rapport au Père. Source et principe de la vie divine, le Père communique celle-ci au Fils, qui lui-même la transmet au Saint- Esprit.

4° Les relations entre les personnes divines. La Trinité. — Sur ce point délicat, Novatien n'avait guère de chance de trouver des indications chez ses prédécesseurs. Tous avaient oscillé plus ou moins entre le trithéisme (ou plus exactement le dithéisme), qui accentuait de façon dangereuse la distinction des personnes, et le modalisme qui supprimait radicalement cette même dislinction. Ce que nous avons dit plus haut montre que c'est vers le dithéisme que pencherait notre auteur, col. 822 sq.; il se raidit d'ailleurs contre cette tentation et les deux derniers chapitres de son ouvrage sont précisément consacrés à montrer que l'admission du Père qui est Dieu, et du Fils qui est Dieu, ce n'est pas l'admission de deux Dieux. C. xxx et xxxi. L'affirmation de l'unité divine est, dit-il, le dogme fondamental de l'Écriture et donc du christianisme; non moins fondamentale l'affirmation de la divinité du Sauveur. Pour concilier ces deux vérités, en apparence opposées l'une à l'autre, Novatien écrit un long développement, c. xxxi, qui, si on le poussait à bout, serait désastreux ou pour l'unité divine ou pour la parfaite divinité du Fils. L'argument revient en somme à dire : il y aurait deux Dieux si le Père et le Fils avaient les mêmes propriétés, si tous deux étaient innati, ingeniti, invisibiles, incomprehensibiles, immortales, selerni, etc. Mais tous ces attributs n'appartiennent qu'au Père seul, quand au Fils, étant natus, genilus, visibilis, comprehensibilis, etc., il ne peut être mis à côté du Père comme un deuxième Dieu. C'est fort bien, dirons- nous, mais alors il n'est plus qu'un Dieu de seconde majesté; nous n'échappons au dithéisme que pour tomber dans le suboroinatianisme. Voir par exemple cette phrase : Si invisibilis fuissel (Christus), cum invisibili collatus, par expressus, duos invisibiles ostendissel et ideo duos comprobasset et Deos. Col. 979 B. Tout n'estpas à rejeter cependant dans l'argumentation de Novatien. Son grand tort est seulement d'avoir mis les attributs de l'essence divine (invisibilis, incomprehensibilis, etc.) sur le même pied que les propriétés personnelles. Il reste exact au point de vue d'une théologie plus développée que le Père et le Fils différent parce que l'un est ingenitus et l'autre genitus, et la phrase de Novatien, parallèle à celle que nous venons de citer, pourrait être conservée (moyennant une légère explication) : Si enim natus non fuisse! (Sermo), innatus comparatus

cum eo qui esset innatus, ^quatione (?) in utroque ostensa, duos faceret innatos et ideo duos facerel deos. Col. 979 A. C'est en somme l'expression de la théologie postérieure des relations entre les personnes, si peu qu'on veuille l'étendre au Saint-Esprit. Pour désigner cet épanouissement de l'être divin en une pluralité d'hypostases, Tertullien avait employé le mot d'eeconomia, qu'il traduisait aussi par dispensatio, disposilio . Novatien ne conserve que ce dernier terme; encore n'est-il pas bien sûr que celui-ci corresponde exactement aux expressions de Tertullien.

II n'est pas jusqu'à l'idée d'une circulation continue et réciproque de vie entre les personnes de la Trinité, qui n'ait été entrevue par Novatien. Unus Deus pater piobatur, écrit-il, dum gradatim reciproco meatu illa majestas atque divinitas ad Patrem qui dederal eam rursum ab Mo ipso Filio missa revert ilur et retorquetur. Col. 981 A. On a voulu donner à cette phrase un sens hétérodoxe; on a rapproché ce reeiproeus meatus, qui fait rentrer le Fils dans le Père, de la fâcheuse théorie de la résorption finale attribuée à Marcel d'Ancyre (Harnack). Mais les critiques ont à bon droit rejeté cette explication. Et Fausset n'hésite pas à voir dans les phrases de Novatien la doctrine que l'on désignera plus tard sous le nom de perichorèse, où il conviendrait seulement de trouver une place pour le Saint-Esprit, auquel Novatien n'a pas assez songé.

En résumé, si le prêtre romain ne rejoint pas encore la théologie qui se développera en partant des formules de Nicée, son œu\re ne laisse pas de marquer un progrès considérable par rapport à celles des apologistes du ne siècle et même des deux grands docteurs du me, Hippolyte et Tertullien.

I. Textes. — 1" De Trinilaie. — Il n'existe plus de ms. de cet écrit : et l'on ne peut dire exactement de quels mss. ont usé les premiers éditeurs : édit. princeps de Gagnée (Gangmeus), Paris, 1545, dans le Tertullien de Beatus Rhenanus; pais de Gelenius, dans son Tertullien, Bâle, 1550. Sur l'indication des mss., ces éditeurs rangent l'écrit parmi les œuvres de Tertullien. Dans son édit. de Tertullien, Anvers, 1579, Pamelius le donne pour la première fois sous le nom de Novatien. Ed. Welchman en fournit la première édition séparée, Oxford, 1724; puis J, Jackson, Londres, 1728. C'est le texte de celui ci qui est passé dans Gallandi, et dans P. L., t. m. Nouvelle édit. de W. Yorke Fausset dans la collection Cambridge palristic Texls, Cambridge, 1909.

2° De cibis judaicis. — Il en subsiste 2 mss., l'un de Pétersbourg (autrefois à Corbie), l'autre de Paris (Sainte- Geneviève), copie du précédent. Sur ces mss. et leur utilisation par les divers éditeurs (Gagnée, Gelenius, Pamelius), voir la préface de l'édition G. Landgraf et C. Wey man, Leipzig, Teubner, 1898 (cf. Archiv. fur lat. Lexikographie, t. xi, p. 226-239).

3° Correspondance et textes pseudo-cyprianiques. — Sur les questions de mss. et d'édit., voir la préface de I'édit. Hartel, Cypriani opéra, vol. 3, p. lviii sq.; p. lxx sq.

II. Travaux. — Ils sont extrêmement nombreux; on ne mentionnera ici que les principaux. — Outre les histoires littéraires générales anciennes (Ceillier, Fabricius) ou modernes (Harnack, Bardenhewer, Schanz, Gesch. der rômischen Lilleralur, 3" édit., t. m, 1922), il faut signaler quelques monographies récentes : V. Ammundsen, Novatianus og Novatianismen, Copenhague, 1901 (en danois, comme les deux suivants); F. Torm, En kritisk Fremstilling of Novatianus' Liv og Forfaltervirksomhed, Copenhague, 1901 ; J. O. Andersen, Novalian, Copenhague, 1901 ; H. Jordan, Die Théologie der neuentdeckten Predigten Nouatians, Leipzig, 1902; A. d'Alès, Novatien, Étude sur la théologie romaine au milieu du III" siècle, Paris, 1924 (rassemble quelques études publiées dans divers périodiques).

Sur l'attribution du De spectaculis et du De bono pudicitiœ, surtout C. Weyman, Hislorisches Jahrbuch, t. xui, 1892, p. 737-748; t. xiv, 1893, p. 330-331. — Pour le Quod idola dii non sint, voir la recension des travaux en sens divers dans Schanz, op. cit., § 720, et H. Koch, Cyprianisclie Untersuchungen, Bonn, 1926, p. 1-3. — Pour le De laude marlyrii, Schanz, § 731, et H. Koch, ibid., p. 334 sq. —

NOVATIEN. LA CRISE NOVATIENNE

Pour VAdv. Judieos, Schanz, § 736. — La publication des Tractatus Origenis a suscité une 1res abondante littérature dont on verra l'essentiel dans Schanz, g 713 in fine, et t. iv, S 903. l'our l'attribution à Novatien : ('.. Weyman, Archiv fiir lai. Lextkographie, t. tu, p. 107-108; 515-578, et surtout H. Jordan, op. cil. L'attribution a Grégoire d'Elvire est proposée par (Iran Morin, dans licnuc bénédictine, 1900, t. xvii, p. 232, et dans lieoue d'hist. et de littér. religieuses, 1900, t. v, p. 115; solidement établie par doni Wilmart, Les Tractatus sur le Cantique attribués à Grégoire d'Elvire, dans Bulletin de littér. ecclés. (Toulouse), 1906, p. 233-299 ; C. Weyman s'est finalement rallié a cette thèse. Voir, au contraire, II. Ivoch, dans Zeitschrift fiir Ktrehengeschichte, 1922, t. xu, p. 132-139.

Sur la théologie de Novatien, outre les travaux déjà cités, Ammundsen, Jordan, A. d'Alès, voir l'excellente introduction de Yorke Fausset, et les notes très suggestives du commentaire. Sur la Bible de Novatien, étude assez touillée dans A. d'Alès, op. cit., a corriger d'après les observations de dom Capelle, dans le Bnllet. d'anc. tilt, ehrél. latine, annexé à la Revue bénédictine, n. 236 da Bulletin (1921).

II. LA CRISE NOVATIENNE. — I. Sources. II. Reconstitution des événements (col. 831). III. La doctrine novatienne (col. 837).

1. Sources. - - Pour ne pas faire double emploi, nous étudierons simultanément les sources relatives à l'explosion de la crise novatienne et au développement de l'Église schismatique qui en est issue.

1° Témoignages contemporains. — 1. La correspondance de saint Cyprien. — L'évèque de Garthage a été étroitement mêlé à la crise qui s'est alors déroulée soit en Afrique, soit à Rome. C'est surtout grâce à sa correspondance que nous en connaissons le détail. Voici les principales lettres qui se rapportent à ce sujet. (Numérotation de Hartel, le chifTre entre parenthèses donne la numérotation de P. L., t. iv; texte dans Hartel, amélioré par L. Bayard, dans Saint Cyprien, Correspondance, de la Collection des Universités de France, 2 vol., Paris, 1925).— Episl., xlhi (40), lettre pastorale de Cyprien sur le schisme de Félicissime. — xliv (41), xlv (42), xlvii (43), xlviii (45), li (47), lu (49), lix (55), lx (57), lettres adressées par Cyprien au pape Corneille, lui indiquant ce qui se passe à Carthage, lui donnant son appréciation sur ce qui s'est passé à Rome; lxi (58), de Cyprien au pape Lucius; Lxvm (67) de Cyprien au pape Etienne. — xjlix (46) et l (48) du pape Corneille à Cyprien. — xlvi (44), Cyprien aux confesseurs romains pour les détacher de Novatien ; li ii (50), réponse des confesseurs romains; liv (51) félicitations de Cyprien à ces confesseurs. — ■ lv (52), Cyprien à Antonianus, fait l'histoire de toute la crise; lxix (76) et lxxiii (73), aux évêques Magnus et Jubaïen sur le baptême donné par les novatiens. — - Ajouter à la correspondance en question le De unitale Ecclesise, le De lapsis, et aussi les décisions rendues synodalement dans la question des lapsi.

2. Recueil de documents constitué à Rome. — Au témoignage d'Eusèbe, H. E., VI, xlhi, 3, P. G., t. xx, col. 616, on s'était préoccupé à Rome, aussitôt après la condamnation de Novatien, de constituer un dossier de l'affaire : lettres du pape Corneille à Fabius d'Antloche où étaient exprimées les décisions synodales prises à Rome, en Italie, en Afrique et en d'autres provinces de l'Occident; lettres de saint Cyprien et de son synode sur la réconciliation des lapsi; à quoi était annexée une lettre de Corneille sur ce qui s'était passé au synode de Rome et enfin une lettre sur les laits et gestes de Novat (lire Novatien). De cette dernière lettre, adressée à Fabius d'Antioche, Eusèbe donne de longs extraits. C'est une invective passionnée contre Novatien. « Laissons tomber dans la lettre du pape saint Corneille, dit fort bien A. d'Alès, quelques traits de ressentiment peut-être trop personnel. »

Op. cit., p. 157. Mais la narration générale doit être conservée.

3. Correspondance de saint Denys </' Alexandrie. — Un recueil de lettres de l'évèque Denys d'Alexandrie a été aux mains d'Eusèbe qui lui fait de fréquents emprunts à la lin du 1. VI et au début de 1. VIL Se rapportent à la question novatienne : une lettre à Fabius d'Antioche, lequel inclinait vers le rigorisme dans la question des lapsi, H. E., VI, XLIV, /'. C, t. xx, col. 629 H; une lettre à Novatien lui-même, ibid., xlv, col. 633; une lettre au pape Corneille, en réponse à une communication de celui-ci sur l'évoque schismatique, ibid., xlvi; une autre aux « frères de Home » sur la réconciliation et la pénitence, trois aux confesseurs de Rome qui avaient pris d'abord parti pour Novatien, ibid , xlvi, col. 636, une au prêtre romain Denys, le futur pape, VII, vm, col. 652-653. Il ne reste de tout ceci que de rares fragments. Les voir au mieux dans C. Lett Feltoe, The lelters and other remains of Dionysius of Alexmdrii, Cambridge, 1904 (Cambridge palristic Texts).

4. Le traité anonyme Ad Novatianum. — Text« dans Hartel, Cypriani opéra, vol. 3, p. 52-69; P. /.., t. ni, col. 1255-1268. Ce texte figure dans la tradition manuscrite parmi les œuvres de saint Cyprien. Apologie quelque peu passionnée de l'attitude prise par l'Église catholique dans la crise soulevée par Novatien; discussion des textes invoqués par celui-ci pour refuser le pardon aux lapsi; apport de passages scripturaires en faveur de la miséricorde. Le De unitale Ecclesiie et d'autres écrits cyprianiques sont utilisés. L'auteur est contemporain de la crise, il écrit après les deux persédutions de Dèce et de Gallus (253), avant celle de Valérien (257-258). Ce ne peut être Cyprien, qui écrit tout autrement et cite une autre version latins de la Bible. Après avoir pensé à Réticius d'Autun, auquel saint Jérôme attribue un grande volumtn advzrsum Novatianum (Vir. M., 82), Harnack a désigné comme auteur, avec beaucoup de résolution, le papa Sixte II (257-258). L'indication du Preelestinatus est, en tout cas, assez curieuse : contra hune (Novatum) bsitus Xyslus martyr et episcopus et venerabilis Cyprimus martyr Christi, tune Carthiginiensis pontifex, scripsit contra Novatum librum de lapsis, quod possint per psenitentiam recuperare gratiam quam labenio perdiderant.N. 38, P. L.. t. lui, col. 599 A. Voir A. Harnack, Eine bisher nichl erkannte Schrift des Papstes Sixlus II, dans Texte und Unters., t. xm, fasc. 1 (1895); Znr Schrift Pseudocyprians Ad Novatianum, ibid., t. xx, fasc. 3 (1900). Si elle a rallié quelques adhésions, en particulier celle d'A. d'Alès, Novatien, p. 19 et 25-30, la thèse d'A. Harnack est loin d'avoir recueilli l'assentiment général de la critique. Voir un compte- rendu sommaire des travaux en sens divers dans Schanz, Gesch. der rôm. Lit., § 732, et la discussion dans H. Koch, Cyprianische Unlersuchungen, p. 358-420. Mais, quoi qu'il en soit de la question d'auteur, ce petit écrit est important pour fixer les doctrines de Novatien aux premiers moments.

2° Témoignages postérieurs. — 1. En Orient. — -On a bataillé longtemps contre l'Église novatienne, ses principes, son attitude. — Eusèbe de Césarée, a réuni dans H. E., 1. VI, c. xlh; 1. VII, c. vin, un certain nombre de documents intéressants. Un de ses élèves, Eusèbe d'Émèse, au témoignage de Jérôme (Vir. ill., n. 91), avait écrit un traité Adversum novatianos, dont il ne reste rien. L'historien Socrales est bien renseigné sur l'Église novatienne de son époque, à tel point qu'on a pu croire qu'il en faisait secrètement partie. Cela n'est pas prouvé, ni même probable. Sozomène, qui d'ordinaire copie Socrates (ce qui lui a valu la même accusation), n'apporte guère de renseignements nouveaux, sauf pourtant la notice donnée

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