‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 173 sur 233 · NOVATIEN. LE RIGORISME MORAL · texte numérisé non relu

NOVATIEN. LE RIGORISME MORAL

fermer l'Église à ceux qui frappaient à la porte, ni de refuser à ceux qui pleuraient et demandaient pardon le secours des espérances salutaires, en les laissant partir vers le Seigneur sans la communion et la paix. Lui-même n'a-t-il pas permis et réglé que ce qui aurait été lié sur la terre serait aussi lié dans le ciel, et que là pourrait être pardonné ce qui l'aurait d'abord été ici dans l'Église, » Episl., lvii (54), n. 1. [C'est la seule allusion précise à toute la portée du texte qui se rencontre dans l'œuvre de Gyprien. On remarquera que le texte si clair de Joa., xx, 21-23 : « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez; ils seront retenus à qui vous les retiendrez, » ne se trouve allégué qu'à propos de la rémission des péchés dans le baptême. Cf. Epist., lxix (76), n. 11; lxxih (73), n. 7; lxxv (75), n. 16, cette dernière de Firmilien de Gésarée.]

Si parcimonieux que paraisse l'emploi du texte de Matthieu, il est certain que sa mise en œuvre indique que l'on prend davantage conscience de la doctrine du pouvoir des clefs. Cette impression se renforce, quand on fait état de cette autre idée développée par Cyprien à propos d'un problème différent, que seule l'appartenance à l'Église donne droit au salut. Ci-dessus, col. 834 sq. Organe de la communication des dons divins, l'Église apparaît aussi comme l'inévitable dispensatrice du pardon. Et dès lors le fait de retenir les péchés aux pénitents bien disposés n'apparaîtrait-il pas comme un acte de cruauté? C'est sur le devoir qui incombe à l'Église de se montrer largement miséricordieuse qu'insiste avant tout l'anonyme auteur de l'Ad Novalianum; mais à cette longue homélie est sous-jacente, encore que bien peu explicite, la doctrine du pouvoir des clefs. Il faudra longtemps encore pour qu'elle prenne ses contours définitifs; du moins c'est en ces années que le besoin se fait sentir avec acuité de re viser les fondements de la vieille pratique concernant la réserve de certains péchés.

2° La doctrine novatienne. — ■ Tout au rebours, Novatien va être amené par sa position schismatique à se cramponner à ces vieux errements et à vouloir justifier en droit ce que, jusqu'à un certain point, la pratique avait établi en fait.

Il est assez difficile, d'ailleurs, de préciser en quoi consiste son erreur théorique. A Antonianus qui lui demande : Quam hmresim Novatianus introduxisset ? Gyprien ne répond que par une dérobade : « Sachez, lui dit- il, que nous ne devons même pas être curieux de connaître ce qu'il enseigne, puisqu'il enseigne hors de l'Église. » Epist., lv (52), n. 24. Et l'évêque de Garthage d'insister sur les manœuvres schismatiques de l'antipape et l'attitude rigoriste qu'il a prise, sans plus parler de doctrine. L'anonyme traité Ad Novalianum se tient dans les mêmes généralités et ne signale guère, comme point précis, que l'insistance du schismatique sur le texte évangélique, Math., x, 33 (« Celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renierai devant mon Père »), et le peu de compte qu'il tient des textes plus miséricordieux de l'Écriture. Dans la lettre fort courtoise qu'il écrit à l'antipape pour l'amener à résipiscence, Denys d'Alexandrie r.e fait état d'aucun grief dogmatique, H. E., VI, xlv, P. G., t. xx, col. 633. Un peu plus tard, écrivant au prêtre Denys de Rome, qui bientôt après deviendrait pape, il récapitule les griefs que l'on a contre Nova tien : « C'est à juste titre, écrit-il, que nous combattons Nova tien : il a déchiré l'Église, entraîné au blasphème et à l'impiété certains des frères, a mis en circulation sur Dieu une doctrine très impie, nous a représenté avec hypocrisie notre très bon maître Jésus-Christ comme cruel; ajoutez à tout cela qu'il rejette le saint baptême (to Xourpov dcOs-roûvri). supprime la confession de foi avant celui-ci, et bannit le Saint-Esprit de l'âme de ses adhérents. » Ibid., VII, vin, col. 652-653.

Cette énumération (qui a sans doute pour objet de jeter le doute sur la validité du baptême des novatiens) a besoin de quelque exégèse. Nous entendons bien que Nova tien a mis le schisme dans l'Église; nous comprenons encore que son rigorisme semble mettre en échec la doctrine sur le Père très bon, le Fils très miséricordieux et soit défavorable à l'action du Saint-Esprit (Denys semble vouloir entraîner Novatien en de fâcheuses erreurs anlitrinilaires) . Le rejet du baptême ne peut être que le refus d'admettre la validité du baptême des catholiques. Et nous ne voyons pas trop ce que signifie la suppression de la profession de foi avant le baptême. — Bref les contemporains ne se sont pas rendu un compte très exact de la doctrine professée par Novatien.

Si lui-même a pris la peine de l'expliciter en des formules, celles-ci ne se sont point conservées; on est donc réduit à conjecturer sa pensée d'après ses actes. Nous l'avons entendu, encore catholique, se réclamer avec vigueur de l'ancienne discipline. Col. 835. Cette discipline admet à la pénitence les pécheurs même coupables de l'une des fautes capitales; elle permet, à l'époque de Novatien, de réconcilier après pénitence convenable ceux qui ont commis des fautes de la chair; elle maintient jusqu'au lit de mort (inclusivement) l'exclusion des apostats ayant fait acte d'idolâtrie. Cette discipline, quelles que soient les nécessités d'y toucher qu'ont amenées les circonstances, Novatien entend la maintenir : 1) Admission à la pénitence (c'est une erreur des controversistes catholiques ultérieurs de prétendre que Novatien a rejeté l'institution pénitentielle, et qu'il a déclaré la pénitence sans efficacité); 2) réconciliation en temps convenable des pécheurs coupables de fautes charnelles [clairement indiquée par saint Cyprien, Epist., lv (52), n. 27], quoi qu'il en soit des pratiques qui s'introduiront ultérieurement dans l'Église novatienne; 3) refus, jusqu'à la mort, du pardon ecclésiastique aux apostats de toute catégorie, y compris les simples libellatiques; si Novatien catholique avait pu faire quelques concessions sur ce point, col. 835, il est revenu complètement à la sévérité ancienne; 4) dernière pratique à mentionner : rupture de la communion avec ceux qui ont accepté la réintégration des lapsi, quels qu'ils soient, dans leur communauté; c'est le prétexte invoqué contre Corneille. Cf. S. Cyprien, Epist., lv(52), n. 10, 12.

Et voici la doctrine que laissent entrevoir et cette pratique et la réfutation des catholiques. L'Église est essentiellement l'assemblée des saints, des purs (d'où le nom de cathares que se donneront les schismatiques). Le fait de recevoir dans son sein des personnes souillées par le péché ne saurait manquer de la souiller elle-même, Epist., lv (52), n. 25-27. Elle ne peut donc faire autrement que d'expulser les pécheurs, tout particulièrement quand elle accomplit le grand acte du sacrifice. Mais ces pécheurs qu'elle rejette, elle ne les abandonne pas pour autant; elle sait que la miséricorde de Dieu peut être touchée par la pénitence, et elle organise toutes choses pour que, par des moyens appropriés, les pécheurs reçoivent cette miséricorde divine. Pour certains, qui ont péché seulement à l'égard de leurs frères, elle estime que le pardon divin a pu être obtenu après un laps de temps suffisant; elle se risque donc à les admettre de nouveau à la participation de ses mystères. Ce n'est pas l'Église qui leur accorde un pardon qui serait ratifié d'en haut; elle estime seulement, eu égard aux circonstances extrinsèques, que le pardon divin a été accordé. Mais quant aux fautes qui atteignent directement Dieu (idolâtrie, apostasie sous toutes ses formes), l'Église s'arrête devant la terrible parole du Sauveur : « Celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renierai devant mon Père. » Matth., x, 33. Elle n'ose pas se pro-

NOVATIEN. LE SCHISME

noncer sur le cas de ces malheureux. Elle ne leur interdit pas d'espérer; elle les engage à le faire, à apaiser la justice divine, à se concilier par leur pénitence un pardon toujours possible. Mais elle ne veut pas prendre sur elle de présumer, à aucun moment, de ce pardon. L'exclusion des apostats restera donc définitive. Aussi bien, et cette considération est capitale, l'appartenance à l'Église n'est pas une condition sine qua non de salut; on peut se sauver en dehors de l'Église, encore que le fait de lui appartenir soit un gage tout à fait sûr et une condition suffisante de salut. A cette assurance absolue les malheureux que l'Église a rejetés n'ont plus de part sans doute, mais, à leurs risques et périls, ils peuvent encore travailler à se garantir du malheur éternel. C'est le cas de leur répéter le mot de Pierre à Simon : Age pœnilenliam si forte remitlatur tibi, Act., vin, 22. — Cette reconstitution de la doctrine de Novatien surtout d'après le Contra Novatianum de pseudo-Augustin, P. L., t. xxxv, col. 2303-2313.

in. l'église novatienne. - i. Développement et affermissement. II. Ère de dispersion (col. 845). III. Histoire ultérieure (col. 846).

I. Développement et affermissement de l'Église novatienne. — Simple schisme romain, au début, le parti de Novatien ne tarda pas à recruter des adhérents un peu dans toutes les parties de l'empire et se constitua ainsi en une Église importante, rivale de l'Église catholique. C'est seulement après avoir pris cette extension que l'Église novatienne fixa définitivement ses doctrines.

1° La propagande novatienne. — Peu après la double élection de Corneille et de Novatien, un synode romain, nous l'avons dit, col. 838, avait excommunié Novatien et les prêtres qui s'étaient joints à lui. La lettre du pape Corneille à Fabius d'Antioche représente le groupe schismatique fondant comme neige au soleil, surtout après que les confesseurs romains qui lui avaient d'abord été favorables s'en furent séparés. Elle parle des vains efforts faits par l'antipape pour conserver ses adhérents, dans H. E., VI, xliii, P. G., t. xx, col. 628-629. Peut-être y a-t-il un peu d'optimisme dans la manière dont Corneille décrit les déceptions de son rival. S'il avait été aussi restreint que le pape le dit, le petit troupeau groupé sous la houlette de Novatien n'aurait pu exercer la force d'attraction que l'histoire est bien obligée de reconnaître.

Se réclamant avec véhémence de l'antique discipline, prétendant conserver à l'Église son ancienne pureté, se refusant à considérer la maison de Dieu comme une arche de Noé où auraient voisiné le pur et l'impur, le schisme novatien apparut, au lendemain d'une persécution où l'honneur de l'Église avait quelque peu souffert, comme la protestation des chrétiens intransigeants devant la capitulation des lâches, comme la réaction des forts contre les complaisances de l'autorité ecclésiastique à J 'endroit des faibles. Son succès qui fut réel ne peut s'expliquer que par les racines profondes qu'avait poussées la doctrine des péchés « irrémissibles ». Devant l'atteinte jadis portée à la vieille discipline par « l'édit de Calliste », des protestations s'étaient fait entendre un peu partout. Il ne s'agit pas seulement des véhémences plus ou moins suspectes d'un Tertullien ou d'un Hippolyte. En Afrique, il y avait eu des évêques, au témoignage de Cyprien, pour penser « qu'on ne devait pas donner la paix aux adultères, et qu'il fallait complètement exclure de la pénitence ceux qui avaient commis cette faute. » Episl., lv (52), n. 21. On pense si les nouvelles concessions, rendues obligatoires, il faut bien le reconnaître, par la persécution, durent en beaucoup d'esprits amener des résistances plus vives encore. Devant

l'invasion d'un laxisme qui leur paraissait inquiétant beaucoup degens se cabraient. Les «puritains» sont de toutes les époques.

Ces considérations expliquent comment le mouvement rigoriste et schismatique parti de Rome rallia assez vite, dans tout l'empire, des adhésions importantes. Novatien, dit Socratcs, « écrivit à toutes les Églises qu'il ne fallait pas admettre aux saints mystères, ceux qui avaient sacrifié, mais les exhorter à la pénitence, en laissant à Dieu le soin de leur pardonner, car seul il peut remettre les péchés. » H. E., IV, xxvin, P. G., t. lxvii, col. 537 B. Certains évêques, là-dessus, entrèrent en communion avec Novatien et appliquèrent ses principes. C'est le cas de Marcianus, évoque d'Arles, dont saint Cyprien déclare en propres termes « qu'il s'est joint à Novatien, s'est éloigné de la vérité de l 'Église catholique et de l'unanimité du corps épiscopal», Epist., Lxvm (67), n. 1. D'autres, comme Fabius d'Antioche, demeuraient hésitants; cf. H. E., VI, xliii, xliv. Dans l'ensemble pourtant, il ne paraît pas que le corps épiscopal se soit laissé profondément entamer. Hommes de gouvernement, les évêques se rendaient compte qu'à de nouvelles conditions devait correspondre une discipline nouvelle. C'est parmi les simples fidèles, parmi les prêtres, plus ou moins en délicatesse avec leurs supérieurs, que la propagande novatienne avait le plus de chance de succès. En bien des villes des groupes dissidents se formèrent qui furent bientôt munis d'un clergé complet. Ce fut le cas à Carthage, où l'invraisemblable complexité de la question des lapsi amena la constitution, en face de l'Église catholique présidée par saint Cyprien, d'une Église laxiste (l'ancien parti de Félicissime avec Fortunat pour évêque) et d'une Église novatienne à la tête de laquelle fut mis un prêtre nommé Maxime qui trouva le moyen de se faire consacrer évêque : Pars Novaliani, Maximum presbylerum nuper ad nos a Novaliano legatum missum atque a nostra communicalione rejectum nunc istic sibi fecisse pseudoepiscopum dicilur. Cyprien, Epist., lix (55), n. 9. Ce qui s'est passé à Carthage a pu se passer ailleurs. Nous ne pouvons nommer d'autres communautés novatiennes en Afrique : mais nous savons que c'est autour de la question du baptême conféré chez elles que commença la fameuse querelle baptismale. Deux lettres de saint Cyprien aux évêques Magnus et Jubaïen roulent sur la validité du baptême des novatiens, Epist., lxix (76) et lxxiii (73). Si le retour de gens baptisés dans l'Église novatienne pose un problème dès 255, c'est donc que ces communautés schismatiques s'étaient assez vite répandues et organisées.

A Rome, Novatien continuait à diriger la communauté qu'il avait groupée. Les lettres pastorales dont Jérôme a gardé les titres et qui nous sont partiellement conservées (ci-dessus, col. 817), témoignent du souci qu'il avait de la maintenir « ferme dans l'Évangile » : Novatianus plebi in Evangelio perstanti salulem. Tel est le titre du De cibis. Quand il écrit cette lettre (et il faut en dire autant du De spectaculis et du De bono pudicilise), Novatien se trouve séparé de son troupeau. On a conjecturé, non sans vraisemblance, que pendant la persécution de Gallus (253), puis la première année de la persécution de Valérien (257), Novatien, tout comme les évêques légitimes de Rome, avait été exilé à quelque distance de la capitale. C'est peut être cette circonstance qui a fait naître la tradition du « martyre » de Novatien. Elle figure dans Socrates, H. E., IV, xxvm, P. G., t. lxvii, col. 540 A. OStoç jxèv fiaxepov, inl OùaXepiavoû toG PaatXécoç SiWYjjtèv xaxà xPtaTiavûv xivTjaavTOÇ, êu.apTÔpir;aev . Au vi» siècle, Euloge d'Alexandrie (ci-dessus, col. 831), avait entre les mains une "A0A7]aiç Nauoc-roO èmax-à-nou qui circulait parmi les novatiens de sa ville cpiscopale;

NOVATIEN. L'EGLISE NOVATIENNE

il s'est donné, au 1. VI de son grand traité, la peine, bien inutile^ de réfuter les légendes dont fourmillait cette composition. Il fait la remarque qu'il n'y était pas question, d'ailleurs, de supplices endurés par Novatien, P. G., t. civ, col. 353. En somme tout cela confirmerait l'impression que laissent les lettres pastorales de l'évèque schismatique. Novatien a pu confesser la foi; il n'aurait pas été « martyr » au sens plus moderne du mot; et l'expression de Socrates, è^oepTÛpYjaev, pourrait tout aussi bien s'entendre d'une simple confession de foi.

Quoi qu'il en soit, le novatianisme, dans les deux générations qui suivirent, dut faire, en Orient tout au moins, des progrès assez sérieux. En Asie Mineure, spécialement, il subsistait de vieilles communautés montanistes, qui ne se distinguaient en somme de la grande Église que par leur rigorisme intransigeant. Socrates, loc. cit., indique expressément que parmi ce monde il se recruta des adhérents à Novatien. Ces communautés, semble-t-il dire, se seraient ralliées aux idées contenues dans l'encyclique de Novatien (ci-dessus, col. 837). En somme, il y aurait eu fusion entre novatiens et montanistes.

2° Doctrine et constitution de l'Église novatienne. — Cette « contamination » devait amener quelques précisions dans les doctrines de la secte. Le rigorisme montaniste, en effet, avait pris position sur un certain nombre de points auxquels Novatien lui-même n'avait pas touché : il rejetait les secondes noces et, s'il faut en juger par les imprécations de Tertullien montaniste contre « l'Édit de Calliste », il n'admettait pas à la réconciliation ecclésiastique les personnes coupables de fornication ou d'adultère, il n'admettait même pas du tout à la pénitence certaines fautes particulièrement répugnantes.

Quelque chose de ce « puritanisme » va passer dans l'Église de Novatien. D'abord en ce qui concerne les secondes noces. Les témoignages du me siècle ne laisssent pas entrevoir que l'antipape lui-même les ait considérées comme illicites. C'est seulement à la fin du IVe siècle que nous entendons Ru fin déclarer que Novatien (il dit Novat), les a condamnées : Novalus lapsis pœnilentiam denegando et secundas nuplias, cum forte iniri eas nécessitas exegerit, condemnando. In sgmb. apost., n. 39, P. L., t. xxi, col. 376. Ce renseignement tardif est de nulle valeur; il attribue à l'auteur de la secte une condamnation qui, de fait, était assez générale parmi les novatiens du ive siècle. Épiphane nous en est garant pour l'Orient, Heeres., ljx, 3, et son témoignage, qui pourrait être suspect, est confirmé par Socrates, H. E., V, xxii : 01 Naua- Tiavol ol us-pl <Dpoytav Styâ[i.ouç où SéxovTca. Oî Se èv KwvoTavTÎvou 7r6Xei, o(jts çavepcôç Sé/ovroa, ours <pavepcoç ÈxêàXXouai. 'Ev Se toïç kcmzploiç, [j-épsat. (pavepwç Sé/ovTai. Et les témoignages littéraires sont d'accord avec cette remarque de Socrates. Les sources strictement occidentales, en effet, n'attribuent pas aux novatiens la réprobation de la bigamie successive (Philastre, Pseudo-Augustin). Il n'y a pour affirmer cette particularité que les sources orientales et celles qui en dépendent : Épiphane, Augustin, De hseresibus, le Prœdeslinalus, Théodoret. En somme, c'est surtout dans les régions où les « Phrygiens » (montanistes) étaient nombreux que les secondes noces étaient formellement réprouvées. Ailleurs, en Orient, on se montrait hésitant; en Occident, l'Église novatienne admettait le second mariage.

La rigueur de la discipline pénitentielle a pu être aggravée aussi, au moins en certaines communautés. Novatien, nous l'avons vu, col. 840, admettait à la pénitence et à la réconciliation les pécheurs coupables de certaines fautes charnelles. Il semble que, dans la suite, on ait été plus sévère, l'influence montaniste

aidant. Théodoret, qui à la vérité est fort tardif, déclare que chez les novatiens il n'est plus du tout question de pénitence : 7tavTeXcSç xôv -rijç [xexavoîaç twv olxeîcov cruXXôycùv IÇopîÇouat, X6yov, Hseret. fab. conU, III, 5, P. G., t. lxxxui, col. 408 B. Le Pseudo- Augustin a un développement filandreux et peu clair, d'où il ressortirait que les novatiens ne pardonnaient pas aux fornicateurs; il leur reproche leur inconséquence car, semble- t-il dire, ils pardonnent et l'homicide et l'adultère qui sont bien plus graves que la simple fornication, P. L., t. xxxv, col. 2305; édit. Souter, p. 204. Mais il est difficile de rien tirer de ce texte où tout est confusion. Ce que l'on aurait encore de plus clair sur le sujet, c'est un propos que prête Socrates à l'évèque novatien de Nicée, Asclépiadès. Dans une discussion, d'ailleurs fort courtoise, avec Atticus l'archevêque de Constantinople, (405-425), Asclépiadès s'exprimait ainsi : « En dehors du fait de + sacrifier, il y a encore d'après les Écritures d'autres péchés mortels, pour lesquels vous, catholiques, vous excluez les clercs, et nous, les laïques, remettant à Dieu le soin de leur pardonner, Si ' aç û[xsïç fzèv -roùç xX?]pixoôç, f;ji.eïç Se xal toùç Xaïxoùç àTCoxXetojjiev, 0sû [i,6va> tï)v cuyywp7]ci.v aÙTÛv £7ttTpé7rovT£Ç. » H. E., VII, xv, P. G., t. lxvij, col. 796 D. En d'autres termes, l'Église novatienne applique à tous ses membres la règle que les catholiques réservent aux membres du clergé. Chez ces derniers, le clerc coupable d'un péché « mortel » est définitivement exclu (non de l'Eglise, mais) de sa fonction, chez les novatiens le laïque coupable des mêmes fautes est définitivement exclu de la communauté. Cette remarque d'Asclépiadès confirmerait, jusqu'à un certain point, l'observation de Théodoret, ci-dessus mentionnée. C'est sensiblement la même impression que donneraient les lettres de Pacien è Sympronianus.

Ce rigorisme dans l'administration de la pénitence suppose, nous l'avons dit, une conception de l'Église et une théorie du pouvoir des clefs fort différentes de celles qu'avait précisées le catholicisme. Mais, en dehors de ce point, l'on ne voit pas qu'il y ait eu de sérieuses divergences dogmatiques entre novatiens et catholiques. La question, toute disciplinaire, mais si grave à 1 époque, de la fixation de la date pascale, créa pourtant entre certaines communautés novatiennes et la grande Église une séparation assez apparente. Voir Paque. Les montanistes d'Asie-Mineure se réglaient pour calculer la date de Pâque sur le comput juif; ils furent suivis par les novatiens de Phrygie qui s'étaient plus ou moins fondus avec eux. A l'époque de Valens (364-378) un concile rassemblé à Pazos décida que l'on se rallierait au comput pascal des Juifs : &rsxe 'IouSaîouç ènirr}p£Ï\i 7roioûvTaç xà aÇujza xal oùv aùxoiç -rrçv toO Iïàc/a èniieXzlv éopr/)v, Socrates, H. E., IV, xxvni, col. 540 B. Mais c'était là une particularité des Phrygiens; en Occident les novatiens ne s'écartaient pas de la coutume traditionnelle, et en Orient même, malgré les efforts faits par certains pour propager l'innovation phrygienne, il ne semble pas que celle-ci ait dépassé beaucoup les limites de son pays d'origine; tout au plus cette question pascale servit-elle de prétexte à quelque agitateur. Un certain Sabbatius, qui n'avait pu arriver à Constantinople au siège épiscopal, donna son nom à une secte de Sabbatiani qui maintinrent cet usage judaïsant. On voulut couper court à ces querelles en faisant déclarer par un synode rassemblé près d'Hélénopolis enBythinie que c'était là une question « indifférente», àSiâçopoc, où chacun pouvait se régler d'après ses convictions, Socrates, V, xxi, col. 624. Le parti des Sabbatiani n'en continua pas moins son existence séparée.

Les récits de Socrates sur ces démêlés intérieurs

NOVATIEN. I/ÉGLÏSE NOVATIENNE

de l'Église novatienne nous permettent d'apercevoir quelques traits de la constitution intérieure de celle-ci. Elle ne semble pas différer de ce que l'on voit à la même époque chez les catholiques. On y retrouve évoques, prêtres, diacres, synodes; une certaine prépondérance aussi reconnue aux titulaires des villes plus importantes. A propos du concile phrygien de Pazos, Socrates fait expressément remarquer que l'absence à cette réunion des évoques de Constantinople, Nicomédic, Cotyaeum (Kutahia) était bien faite pour atténuer Importance des décisions prises : ÛTtè toûtcov y*P ■*) Nauocriavwv ôpTjoxeta (lâXiaxa xavovtÇeToa. IV, xxmii, col. 541. — Les sacrements étaient ceux de l'Église catholique; toutefois au dire de Théodoret, loc. ci!., les novatiens ne pratiquaient pas la chrismation après le baptême, toîç ûtc6 acpwv Pow-nÇouivoiç t6 TCavâyiov où Kpouçépoum yptau,a. Même idée dans Pacien, Epist., m, 3, P. L., t. xm, col. 1 065 A : Vestrst plebi unde Spiritum, quant non consignât unctus sacerdos ? Aussi avait-on prescrit parmi les catholiques, du moins en Orient, de faire l'onction du chrême aux novatiens qui se convertissaient. Inversement et, dès les premières origines, les novatiens rebaptisaient les catholiques, qui passaient à leur secte.

II. Èke de dispersion. — A. Harnack, art. Novalian de la Realencycloplâdie, t. xiv, p. 240, a fait le relevé, par provinces ou régions, de tous les points de l'empire où, dans les trois siècles qui suivent l'explosion de la crise, se retrouvent des novatiens.

1° En Occident. — Gaule : affaire de Marcien, évêque d'Arles, vers 250 (ci-dessus, col. 842); Réticius d'Autùn, vers 315, rédige contre Novatien un grande volumen (S. Jérôme, Vir. M., 82); au début du ve siècle, le pape Innocent Ier écrivant a Victrice, évêque de Rouen, lui signale entre autres règles canoniques, qu'il ne faut pas rebaptiser les novatiens qui reviennent s l 'Église, mais seulement leur imposer les mains ; quant aux catholiques qui, passés aux novatiens et rebaptisés par eux, reviendraient à résipiscence, ils seront soumis à une longue pénitence. Epist., n, 11, P. L., t. xx, col. 475. — Espagne : Pacien, évêque de Barcelone dans le dernier quart du ive siècle, polémique contre un novatien, Sympronianus, voir art. Pacien; mais, au début de la discussion, semble assez mal connaître la secte qu'il confond plus ou moins avec les montanistes. — Haute-Italie : vers 390, saint Ambroise consacre le traité De psenilenlia a réfuter ex-professo les docteurs des novatiens. — Rome : à la fin du ive siècle, les novatiens y avaient plusieurs églises et un évêque: au moment où Théodose vainqueur de Maxime entre à Rome, 392, c'est chez l 'évêque novatien Léonce, que Symmaque, fort compromis, se réfugie, c'est par Léonce qu'il obtient sa grâce de l'empereur. Socrates, H. E., V, xiv, col. 601 B. Sous le pape Célestin (422- 432), l'évêq^e schismatique se nommait Rusticula. Ibid., VII, xi, col. 757. Quoi qu'il en soit de l'appartenance au juif converti Isaac (voir ici, t. vin, col. 1 sq.) des Qusestiones Veleris et Novi Testamenli, parmi lesquelles figure au n. en le Contra Novalianum, il paraît incontestable que l'auteur vivait à Rome et sous le pape Damase (366-384); cela montre l'importance que les novatiens avaient à ce moment dans la capitale. — Afrique : outre les renseignements fournis par saint Cyprien, ci-dessus, col. 842, faire état d'une lettre de saint Léon (440-461) donnant aux évêques de la Mauritanie Césarienne des instructions sur le cas d'un évêque (ou d'un prêtre) novatien, Donatus, qui passe au catholicisme avec tout son troupeau, Epist., xn, 6, P. L., t. liv, col. 653.

2° En Orient. — Egypte : Socrates signale la persécution que saint Cyrille, dès son avènement au siège patriarcal d'Alexandrie (412), dirige contre les nova-

tiens : les églises qu'ils avaient à Alexandrie sont fermées et leurs trésors confisqués, l 'évêque Théotemptos est dépouillé de tous ses biens. IL E., VII, vu, P. G., t. lxv i, col. 752; mais les communautés novatiennes survécurent, puisqu'a la fin du vi« siècle, Euloge éprouve encore le besoin de les réfuter. — Syrie : Eusèbe d'Émèse, au milieu du ive siècle écrit contre eux, — Asie Mineure : les novatiens y sont nombreux, et Socrates donne sur eux d'assez abondants renseignements; sont mentionnées les provinces et les villes épiscopales suivantes : Hellespont (Cyzique), Bithynie (Nicomédie, Nicée), Phrygie (Cotyaeum), Paphlagonie (où les novatiens étaient spécialement nombreux, surtout à Mantinium), Galatie (Ancyre). — Au début du vic siècle, Cassiodore fait mention d'un novatien originaire d'Asie et venu en Italie, De institut, divin, lilier., c. v, P. L., t. lxx, col. 1116 B-D. — Conslantinople : l'histoire de la communauté novatienne de cette ville est racontée avec beaucoup de détails par Socrates qui donne l'emplacement des diverses églises (il y en avait trois dans l'intérieur de la ville) et la succession des évêques novatiens jusqu'à son époque à lui. — Scythie : un évêque novatien de cette province se trouvait à Constantinople lors de la mort de Paul, évêque novatien de la capitale (439). Voici les références à Socrates suivant l'ordre géographique adopté ici : H. E., II, xxxvni, col. 329 A; — II, xm, col. 105-108; IV, xxvin, col. 540 B; — VII, xxv, col. 796 CD; — IV, xxvn, col. 537-541, 540 B; — II, xxxvm, col. 329 AB; — VI, xxn, col. 729 A ;— I, x, col. 100-101, xm.col. 105 C ; — II, xxxvm, col. 325 C-328 C; IV, ix, col. 477; V, x, col. 584 C-593 A; xn, col. 597 A; xxi, col. 621; VI, xxi, xxn, col. 728-729; VII, xi, xn, col. 757; xvn, col. 772; xlvi, col. 837; — VII, xlvi, col. 837 C. — Nous n'avons pas de renseignements sur la diffusion des novatiens dans l'Illyricum.

Il est impossible de fixer, même approximativement, l'importance numérique de ces diverses communautés. Le 8e canon de Nicée suppose qu'en certains endroits les novatiens groupaient la totalité de la population chrétienne. Ce devait être le cas dans certains cantons reculés de la Phrygie et de la Paphlagonie, où les communautés novatiennes étaient surtout formées de montanistes.

III. Histoire ultérieure de l'Église novatienne. — La fin du nie siècle avait vu, nous l'avons dit, raffermissement de l'Église novatienne. Nous n'avons pas d'indications sur la manière dont elle se comporta pendant la grande persécution. Quand la paix fut rendue aux chrétiens, l'Église novatienne en profita comme sa rivale, mais sans participer aux faveurs que bientôt la protection impériale consentit aux catholiques.

Socrates, I, x, col. 100-101 (suivi par Sozomène, I, xxn", ibid., col. 924), dit expressément qu'un évêque novatien, Acésius, sans doute celui de la capitale, fut convoqué par Constantin au concile de Nicée. Interrogé par l'empereur, il répondit qu'il ne voyait aucune difficulté à souscrire la formule de foi conciliaire et les règles établies pour la fête de Pâques; il n'y avait, disait-il, rien que de traditionnel en ces définitions. Il expliqua néanmoins au souverain qu'entre son Église et l'Église catholique persistait le grave différend sur la question pénitentielle. H. Valois essaie de mettre en doute cette anecdote; elle n'a pourtant rien que de très vraisemblable, et il est facile de comprendre que l'empereur ait voulu, à l'occasion du concile, réduire une séparation religieuse qui, à ses yeux, n'avait plus de raison d'être. C'est dans ce sens, d'ailleurs, que se prononçait le concile lui-même en son 8« canon, Mansi, Concil., t. il, col. 672, qui fait aux « cathares » revenant à l'Église des conditions de

NOVATIEN. L'ÉGLISE NOVATIENNE

faveur. Les clercs resteraient dans le clergé moyennant une imposition des mains et un rejet explicite des doctrines rigoristes de la secte relativement aux bigames et aux lapsi. Dans les agglomérations qui seraient tout entières novatiennes et où il n'y aurait donc pas de clergé catholique, les clercs ainsi réconciliés conserveraient leur grade et leurs fonctions. Là où il y aurait déjà un évêque catholique, l'évêque novatien ne ferait que les fonctions presbytérales, mais l'évêque catholique pourrait lui donner le titre honoraire d'évêque ou de chorévêque. Cette disposition sous-entend que les prêtres et diacres venus du schisme prendront rang parmi leurs collègues catholiques. — Même libéralisme relatif dans les dispositions de la loi civile à leur égard. Alors qu'une loi du 1er septembre 326 exceptait nettement les hérétiques et schismatiques de certaines faveurs accordées aux catholiques, le souverain, par une loi du 25 septembre, faisait aux novatiens une situation plus tolérable : Novatianos non adeo comperimus prsedamnalos, ut his quse petiverunt crederemus minime largienda. On leur accordait donc la possession incontestée des lieux de culte et de sépulture, Codex Theodos., XV f, v, 2, édit. Mommsen, p. 855.

S'il faut admettre l'authenticité des documents contenus dans la Vila Constantini d'Eusèbe, ces dispositions favorables aux novatiens auraient fait place, dix ans plus tard, à une hostilité résolue. Les novatiens figurent en tête de la liste d'hérétiques à qui est adressée la lettre impériale du 1. III, c. lxiv sq, P. G., t. xx, col. 1140 sq. Le souverain interdit à tous ces gens de s'assembler, même en des édifices particuliers, et confisque leurs lieux de prière, sùxTY)pfouç. Si elle a jamais été portée, cette loi ne fut certainement pas appliquée dans sa rigueur. Des persécutions furent dirigées ultérieurement contre les novatiens, mais parce qu'ils faisaient cause commune avec les cathoiques nicéens. Socrates a conservé le souvenir des cruels moments que passèrent à Constantinople tous ceux, catholiques ou novatiens, qui ne voulaient pas se rallier au credo de Macédonius (voir ici, t. x, col. 1471). L'évêque novatien Agélius dut prendre la fuite; une de ses églises fut détruite et d'ailleurs promptemcnt reconstruite dans un autre quartier, avec le concours des catholiques.

Survint le règne de Julien l'Apostat; les novatiens purent rebâtir l'église détruite et lui donnèrent le nom d'Anastasie. L'homéisme de Valens ramena la persécution; catholiques et novatiens connurent à nouveau les pires ennuis. Ne voulant point se rassembler dans les lieux de culte des ariens (homéens), les quelques catholiques demeurés fidèles fréquentaient les trois églises novatiennes qui finirent par être fermées; Agélius fut une seconde fois exilé. Ces communes souffrances rapprochèrent novatiens et catholiques; peu s'en fallut, continue Socrates, que l'union ne se fit complètement, jjuxpoù te èBérpzv èvco69jv!n cxÙtoôç. Ce furent les novatiens qui "déclinèrent l'invitation. Mais le maintien de la barrière entre les deux groupes n'empêchait pas qu'on ne se rendit mutuellement des services. Les mêmes persécutions qui atteignaient les nicéens fidèles, à Constantinople, se répétaient dans les provinces voisines. A Cyzique, l'église nova tienne fut détruite, une expédition militaire fut organisée contre les novatiens de Paphlagonie, qui aboutit à de sanglantes rencontres. Tout ceci dans Socrates, H. E., II, xxvm. 11 paraît que, vers la fin de son règne, Valens permit aux novatiens de Constantinople de rouvrir leurs églises, à la requête d'un ('e leurs prêtres, Marcianus, qui était le précepteur de ses deux filles. Ibid., IV, îx. Dans les provinces la persécution dura jusqu'à l'avènement de Théodose.

Nicéen fidèle, celui-ci ne pouvait se montrer sévère

à l'égard de ceux qui avaient souffert pour la foi de Nicée. On le vit bien lors de la conférence qu'il assembla à Constantinople en juin 383, pour mettre un terme aux dissidences religieuses. Fort embarrassé, l'évêque catholique, Nectaire, prit langue avec son collègue novatien, qui lui délégua son lecteur Sisinnius. Ibid., V, x, col. 584 sq. Peut-être le garant de Socrates donne-t-il ici un trop beau rôle à Sisinnius, qui aurait enseigné à Nectaire le vrai moyen de réduire les hérétiques plus ou moins arianisants par un appel aux anciens Pères. Quoi qu'il en soit, le fait qu'Agélius prit place aux côtés de Nectaire pour défendre Vhomoousios, ne pouvait qu'impressionner favorablement Théodose. Les novatiens reçurent officiellement l'autorisation de tenir leur réunions dans la capitale et d'y avoir leurs lieux de culte; leurs églises jouiraient des mêmes privilèges que les églises catholiques. Voir Socrates, col. 592-593.

Cette tolérance ne devait pas durer longtemps; bientôt le bras séculier, plus ou moins sollicité par l'autorité ecclésiastique, sévit contre les novatiens. A Rome, au dire de Socrates, VII, ix, col. 756, le pape Innocent Ier (401-417) fut le premier à persécuter les novatiens auxquels il enleva beaucoup d'églises. Célestin (422-432) fit de même, et l'évêque Rusticula dut tenir ses assemblées en des maisons particulières. Ibid., xi, col. 757. Les choses n'allaient pas mieux à Alexandrie, où saint Cyrille menait la vie dure aux novatiens. Ibid., vn, col. 752. Socrates fait la remarque qu'à Constantinople, où sans doute l'on perdit moins aisément le souvenir des souffrances communes, la situation de la communauté novatienne resta bonne jusqu'à l'avènement de Nestorius (428). Aussi bien les évêques qui dirigeaient l'Église schismatique en imposaient-ils par leur science ou leur piété. Agélius, qui avait été si fort persécuté par les ariens, avait eu pour successeur Marcien, l'ancien précepteur des filles de Valens, puis Sisinnius dont la science théologique était appréciée de l'évêque Nectaire, et qui savait à l'occasion donner la réplique même à Jean Chrysostome. VI, xxi , col. 729. Après lui était venu Chrysanthe, fils de Marcien, qui avait fait antérieurement une brillante carrière dans l'administration civile, et dont le prestige consolida fort la position des novatiens de la capitale. VII, xn, col. 760. Paul lui succéda, qui de professeur de rhétorique latine s'était fait moine, avait groupé autour de lui un certain nombre d'ascètes et continua sur le siège épiscopal une vie de mortification et de prière admirable, si bien qu'on lui attribua divers miracles. Ibid., xvn, col. 772-773 ; et xxix, col. 828. C'est à lui que s'attaqua Nestorius dès sa prise de possession de Constantinople ; ayant fait détruire l'église des ariens, il pensa pouvoir agir de même contre les novatiens. Des personnes considérables parvinrent à l'en détourner. Ibid., xxix, col. 805. Paul mourut en 439, entouré de la considération de tous; ses funérailles furent un triomphe, l'on y voyait des représentants de toutes les confessions religieuses, qui pour un instant ne formaient plus qu'une seule Église. Ibid., xlvi, col. 837. Il fut remplacé par Marcien II, avec lequel s'arrête pour nous J 'histoire des novatiens de la capitale; les continuateurs de Socrates n'ont pas songé à la poursuivre, Évagre le scolastique ne prononce même pas leur nom.

Il est probable que la loi de 428, rendue contre les dissidents à l'instigation de Nestorius, et qui mentionne les novatiens (et novatiani sioe sabbatiani) au troisième rang entre les apollinaristes et les eunomiens, ne fut jamais strictement appliquée. A toutes les sectes elle interdisait le droit de libre réunion, et prohibait toutes les libéral tés qu'on pourrait faire en leur faveur, Codex Theodos., XVI, v, 65, p. 878 (insérée au Code Justinien, I, v, 5). Tout cela resta théorique. II

NOVATIEN — NUMAR

est incontestable néanmoins que l'action combinée de l'Église et de l'État finit par faire disparaître pro-. grcssivement, dans les grandes villes d'abord, puis dans les campagnes mômes, les communautés organisées, enfin les derniers représentants de la secte. Il n'est plus question des novatiens, comme d'hérétiques vivants à partir du viiie siècle en Orient. Et à ce moment il y avait bien longtemps qu'ils avaient disparu de l'Occident.

I. Sources. — Elles ont été recensées et critiquées col. 829-831.

II. Travaux. — St. Kenckelius, De harresi novatiana eique oppositis conciliis Carthaginiensi et Iîomano, Strasbourg, 1651, plus théologique qu'historique, discussion du point de vue luthérien, sur le pouvoir des clefs et la pénilencc; Tillemont, Mémoires, t. m, au titre 5. Corneille, p. 428 sq. ; et au titre Les novatiens, p. 471-493 (mène l'histoire de la secte jusqu'au vu* siècle): C. W. F. Walch, Historié der Kezereien, Leipzig, 1764, t. n, p. 185-288, très complet à son habitude, avec renvoi aux auteurs antérieurs (les principaux sont indiqués dans U. Chevalier, Répertoire, Topobibliogr., au mot Novatiens); H. Hagemann, Die rômisehe Kirche und ihr Einfluss auf Disciplin und Dogma, Fribourg-en-B., 1864; A. Harnack, art. Novatian, dans Protest. Ftealencyclopàdie, 1904, t. xiv, p. 223- 242; Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, t. i; les travaux sur Novatien, mentionnés ci-dessus, col. 828; Hugo Koch, Cyprianische Unlersuchungen, Bonn, 1926, spécialement le § 6, Die Buss/rage bei Cyprian, p. 211 - 285, et passim; voir la table alphabétique au mot Novatian.

NUQENT François, capucin irlandais (1569- 1635). — Né à Mayrath Castle (comté de Meath en Irlande), en 1569, il fit ses études aux universités de Paris et de Louvain et entra dans l'ordre des frères mineurs capucins, le4 octobrel591. Incorporé à la province belge, il fut envoyé, après son ordination sacerdotale, en 1 594, en France, pour y enseigner la philosophie aux jeunes religieux. Il fut un des plus ardents propagateurs du mouvement pseudo-mystique, qui sévit, à cette époque, parmi les capucins belges. A peine rentré de Rome, où il avait été appelé en 1598, pour se justifier, il fut suivi, en Belgique, par le général, Jérôme de Sorbo, canoniste connu, qui vint faire la visite de la province. Il priva François Nugent de sa voix active et passive, ainsi que le provincial sortant, Hippolyte de Bergame. Mais Nugent se justifia au chapitre général de 1599, devant le pape Paul V, de sorte que les peines dont il avait été frappé, furent levées. Nommé gardien du couvent de Tournai, en 1610, il fut chargé, en 1611, de propager les capucins en Allemagne. II partit, en qualité de commissaire général, avec quelques autres religieux et fonda le couvent de Cologne. En 1615, le pape Paul V le nomma vicaire apostolique et commissaire général de l'Irlande. Il vint habiter à CharleviUe, où il rassembla plusieurs capucins irlandais. Il partit, en 1634, avec la première mission, composée de deux Pères, en Irlande. De retour à CharleviUe, en 1625, il repartit pour l'Irlande, en 1629, et, en 1634, il fonda un collège irlandais à Lille. Ayant démissionné, la même année, comme commissaire général de la mission irlandaise, il eut comme successeur le P. Barnabe Barnewall. Il mourut à CharleviUe le 18 mai 1635 et fut enterré devant le maître-autel de l'église des capucins. François Nugent ne s'est pas seulement rendu célèbre par son zèle à propager son ordre en Rhénanie et en Irlande, mais aussi par ses nombreux ouvrages théologiques, ascétiques et mystiques. J. H. Sbaralea, Supplementum, lui attribue les ouvrages suivants : 1. Cursus theologicus ; — 2. Cursus philosophicus ; — 3. Tractatus conlra minislrum acalholicum ; — 4. Epitome Coccey de controversiis ; — 5. Taulerus expensus ac defensus, dans lequel, il se justifie, au chapitre général de 1599, du pseudo-mystirisme, pour lequel

il avait été puni, en 1598, par le général; — 0. Sécréta itinera orationis; — 7. Paradisus contemplai ionum ; — 8. Liber de meditatione et conscienliœ examine, qui aurait été très répandu parmi les capucins de la Flandre; — 9. Sermones plurimi : ■ — 10. Tractatus de Hibernia.

Bernard de Bologne, Biblioiheca scriptorum ordinis minorum S. Francisco Capuccinorum, Venise, 1747, p. 97; J. H. Sbaralea, Supplementiirn ad scriplores Irium ordinum S. Francisci, t. i, 2' édit., Rome, 1908, p. 290; Michael a Tugio, Bullarium capuccinorum, t. iv, Rome, 1746, p. 279- 280; t.v, Rome, 1748, p. 271-281 ; Anal ecta ordinis minorum capuccinorum, t. xvi, 1900, p. 150, 180-183 et p. 217; Father Angélus, O. S. F. C, Pages from the story o/ the irish capuchins, Cork, 1915; Father William, O. S. F. ('.., The story of the capuchin franciscans in England, Rorhdale, 1924; A. O'Flanders, Erin, Eenige bladzijdrn uit lerland's geschiedenis en zyn bclrekkingen met Vlaanderen, Nieuport, 1922, p. 129 sq.; P. Hildebrand, Un mouvement pseudo-myslique chez les premiers capucins belges, dans Franciscana, t. vu, 1927, p. 256-263; Pater Francisais Nugent, O. M. Cap. (1569-1635 ), dans Franciscaansch Leven, t. xi, 1928, p. 21-28.

A. Teetaert.

NUMAR Christophe, frère mineur de l'observance (t 1528). — ■ Originaire de Forli, il fit ses études à Bologne. Après s'être enrôlé dans l'ordre des frères mineurs de l'observance, il continua et compléta ses études à Paris, où il devint docteur en théologie. Chargé d'abord de l'enseignement auprès de ses jeunes confrères, il fut élu, en 1507, vicaire-général des provinces cisalpines de l'ordre et, en 1517, il devint le premier ministre général de la branche franciscaine réformée des frères mineurs de l'observance. Un mois plus tard, il fut créé cardinal de Sainte-Marie in Aracœli, par Léon X. En 1520, il fut élevé au siège épiscopal de Isernia, en Italie, et, en 1526, à celui de Riez, en Provence. Christophe doit avoir été chargé également du diocèse d'Alatri, puisque nous lisons, dans les actes consistoriaux, que Philippe de Herculanis devint évêque d'Alatri, le 20 avril 1528, après la mort de Christophe Numar. D'importantes missions lui furent successivement confiées : délégué apostolique, d'abord, auprès du roi de France, il devint ensuite nonce apostolique et exerça les fonctions de commissaire pour la construction de la basilique vaticane. Pendant le siège de Rome, en 1527, par les soldats du duc de Bourbon, Christophe fut insulté, maltraité et fait prisonnier. Son héroïque conduite lui valut des lettres de condoléance, en même temps que de félicitation, de la part de Clément VII, de François Ier, et de Henri VIII. Il mourut à Ancône, le 23 mars 1528 et fut enterré dans l'église du couvent d'Aracoeli.

A côté d'une exhortation, adressée à François Ier pour l'engager à prendre les armes contre les Turcs : Exhortalio ad Galliarum regem Franciscum I. in Turcôs, Christophe a laissé plusieurs lettres, dans lesquelles il prie François Ier et d'autres princes de libérer le pape Clément VII. On peut les trouver dans Historia Foroliviensis, 1. II, ad ann. 1517, de Paulus Bonolus et dans Vilee virorum illustrium Foroliviensium, lib. I, c. v, de Georgius V Marchesius. Il était aussi l'auteur de nombreux écrits théologiques et ascétiques qui, malheureusement, ont péri pendant le siège de Rome.

L. Wadding, Annales minorum, t. xvi, Rome, 1736, p. 48, 60, 140, 236 et 255; J. H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Francisci, t. i, Rome, 1908, p. 207; Picconi, Cenni biograpci sugli uomini illustri délia francescana provincia di Bologna, t. i, 1894, p. 380; Christophor von Forli, dans Kirchliches Handlexikon, t. i, 1907, col. 926; P. Robinson, Christopher Numar of Forli, dans The catholic encyclopedia, t. xvi,' New- York, 1914, p. 25.

A. Teetaert.

NUNEZ — NYDER

NUNEZ Jean, frère mineur qui ne doit probablement pas être identifié avec Jean François Nunnus, ni avec Joannettinus de Nino, comme le soutient sans preuves J. H. Sbaralea, Supplemenlum, t. il, p. 108. (L. Wadding, Scriplores, 2e édit., p. 140, 146 et 154- 155, qui fut leur contemporain en fait trois personnages distincts). — • Jean Nunez a vécu vers la fin du xvie siècle et au début du xvne. Originaire de Torres en Espagne, il fut un théologien remarquable et un historien solide. Marguerite d'Autriche, pauvre Clarisse déchaussée du couvent de Madrid, le choisit comme confesseur, tandis qu'à cause de ses qualités éminentes, il fut désigné comme consulteur de la Sacrée Inquisition en Espagne et élu définiteur de sa province de Saint- Jacques. Jean Nunez fut aussi un adversaire acharné des frères mineurs déchaussés, qu'il attaqua par de nombreuses œuvres polémiques, dont une des plus remarquables est une apologie de son ordre, dirigée contre le vicaire général des frères mineurs déchaussés : Apologelicus adversus vicarialum généraient minorum discalcealorum. Cette apologie aurait été composée en 1625 et doit s'identifier avec le Traciatus ad Gregorium XV in defensionem sui instiluli, que L. Wadding, op. cil., p. 155, attribue à Joannettinus de Nino. Il a composé de nombreux ouvrages, dont la plupart furent édités à Salamanque, où il fut de résidence pendant de longues années. Le plus remarquable est sans conteste une série d'instructions, en langue espagnole, pour les différents états, qui se rencontrent dans l'Église : Instruction de todos los eslados de la Iglesia, auloridad y polestad de los Prelados superiores y inferiores, en qualquiera juyzio y administration. Y consideracioncs espiriluales, muy provechosas para la buena instruction de la vida christiana, con indices para los predicadores. Ce traité fut publié à Salamanque, en 1618.

Il a écrit encore les ouvrages suivants : 1. Tractatus apologelicus in Germanicum Alcoranum; — 2. Expositio brevissima regulœ seraphicœ ad Gregorium XV, publiée à Salamanque, en 1622; — 3. Expositio capitis iv ejusdem regulœ seraphicœ, Salamanque, 1623; — 4. Sanclorale seraphicum, Salamanque, 1623.

Une autre raison pour laquelle nous pensons qu'il faut distinguer Jean Nunez de Joannettino Nino est que, peu de temps avant la publication de l'Instruction, qui certainement est une œuvre de Jean Nunez, à savoir le 2 juin 1618, (l'Instruction fut éditée après le mois de juin de la même année) Joannettino Nino fut élu, au chapitre général de Salamanque, commissaire de l'ordre à la Curie romaine (cf. Melchiorri, Annales minorum, t. xxv, Quaracchi, 1886, p. 289, n. iv). Jean Nunez mourut, à Salamanque, vers 1630.

L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, 2e édit., Rome, 1906, p. 140, 146 et 154-155; J. H. Sbaralea, Supplemenlum ad Scriplores trium ordinum S. Francisci, t. h, 2e édit., Rome, 1921, p. 108.

A Tfftafrt

NYDER ou NIDER ou NIEDER Jean, dominicain, né à Isny en Souabe, dans les dernières années du xive siècle. Après des études à Vienne et à Cologne, Jean Nyder, vint à Constance (1414) pour suivre les débats du concile, professa la théologie à Vienne, travailla à la réforme des couvents dominicains de l'Allemagne du Sud et prêcha. Il était partisan des idées de réforme conciliaire et était prieur à Bâle au moment où s'y ouvrit le concile. Dès l'année 1431, il fut dépêché aux hussites pour les inviter à y participer. Ambassadeur avisé, il réussit à ses fins, insistant, tout au moins pendant les premières années, pour que le concile se maintint, malgré le désir du pape. Plus tard, Nyder professa à Vienne et mourut à] Nuremberg le 13 août 1438. Il est surtout connu pour avoir composé un recueil

d'anecdotes et de diableries intitulé Formicarium sen Myrmecia bonorum, imprimé à Strasbourg, 1517, Paris, 1519, Douai, 1602. Par un dialogue entre Piger et Theologus, l'auteur propose constamment aux chrétiens l'exemple de la laborieuse fourmi. L'ouvrage contient divers traits pleins d'intérêt pour l'histoire religieuse et même politique de la première partie du xve siècle. Ses longs développements sur les méfaits démoniaques ont fait dire charitablement a Touron que Nyder en parlait pour repousser ces « superstitions ». Il semble plutôt sacrifier aux goûts de son temps dans ce jormicarium, qui est surtout fait d'anecdotes à l'usage des prédicateurs. Nyder est aussi connu comme auteur d'un De reformalione religiosorum, Paris, 1512; Toulouse, édition partielle, 1609; Anvers 1611, intéressant l'histoire de la réforme religieuse du xve siècle. On possède ses Sermons, Strasbourg, 1489, Paris 1500. Ses lettres, Monum.conc. gêner, sœc. xv, Vienne, 1857, intéressent l'histoire du concile de Bâle et celle des hussites. Ses écrits mystiques comprennent Y Alphabeticum divini amoris attribué à Gerson et une paraphrase de Cassien : V ierundzwanzig guldin harjen.

Nyder est peut-être surtout digne d'intérêt comme moraliste. Non seulement il a composé parmi d'autres écrits (De lepra morali in c. xin Levit., 1470, Nuremberg etc.; De modo bene Vivendi, 1495, Paris) un Tractatus de contractibus mercatorum, maintes fois édité à une époque où le développement économique donnait une grande importance à ce problème; mais il a rédigé, sous le titre de Prœceptorium divinœ legis i. e. de decem prœceptis, Bâle, 1473, etc., un important traité de morale, où un grand nombre de questions sont posées, qui sont généralement résolues par un substantiel résumé des opinions de saint Thomas. Surtout Nyder a écrit un Consolatorium timoratœ conscientix, Paris, 1487, etc., important pour l'histoire de la théologie morale. L'auteur ne prétend pas faire œuvre originale et dit, à la fin de son livre : a cujusmodi compilatione si quisque quod suum est recipere velit, nihil aut modicum auctori manebit. Les auteurs utilisés sont, après saint Thomas (et plutôt que les Pères de l'Église : Grégoire ou saint Augustin), Philippe le Chancelier, Hugues de Saint-Victor, Albert le Grand, la Somme théologique dite d'Alexandre de Balès, Raymond de Penafort, Guillaume de Paris, Durand, Scot, Pierre de La Palud, Jean de « Erdenberch ». De l'ensemble de ces auteurs réunis dans un esprit général du thomisme, Nyder tire une théorie de la conscience très opposée au probabilisme et basée sur ce fait que le probable est un certain en matière contingente, un certain exclusif des autres opinions moins probables et qui gouverne la conscience : « Cerlitudo triplex est in génère : una supernaturalis, altéra naturalis, terlia moralis scu civilis... Certitudo vero moralis seu civilis langitur una cum prœcedenti certitudine a philosopho in Ethi. suo principio, cujus senlentia hœc est. Disciplinati est in unaquaque re certitudinem quœrere, juxta exigentiam materiœ. JEque enim vitiosum est, inquit, persuadenlem quœrere malhemalicum et moralem demonstrantem. Non enim consurgit certitudo moralis ex evidentia demonstrationis, sed ex probabilibus conjecluris grossis et figuralibus, magis ad unam partem quarn ad alteram. Dicitur autem probabile quod pluribus et maxime sapientibus apparel verum », m, 14.

J. Meyer, Buch der Re/ormacio Prcdigerordens, édit. Reichert, Leipzig, t. n, 1908; t. i, 1909; Quétif-Echard, Scriplores ordinis prœdicatorum, t. i, p. 752-754; A. Touron, Hisloire des hommes illustres de l'ordre de Saint- Dominique, t. iv, 1743, p. 218-246; J. Asclilach, Geschichte der Wiener Universilàl im erslcn Jahrhundert ihres Bestehens, t. i, Vienne, 1865; K. Schieler, Magister Jo! ' annes

NYDER

Nider ans dem Orden der Prediger-Briïder, Mayence, 1885; K. Schieler, Nider, dans Kirchenlexikon, t. ix, 1895, col. 342-348; A. Mortier, Histoire des mattres généraux de l'ordre des frères prêcheurs, t. iv, Paris, 1909, p. 123, 213-343, 480; N. Valois, Le pape et le concile (1418-1450),

t. i, Paris, 1909, p. 398; G. Lohr, Die Teulonia im XV. Jahrlumderl, dans Quellen und Forschunqen zur Gesch. der Dominikaner, Leipzig, 1924.

M. -M. Gorce.

OBERHAUSER Benott, moine bénédictin de Lambach, théologien et canoniste, fébronien militant et théoricien du joséphisme (1719-1786). — Il naquit le 25 janvier 1719, à Weidenholz, village situé en la paroisse de Weizenkirch, dans la Haute-Autriche, d'une famille distinguée. Après de brillantes études littéraires au gymnase de Kremsmunster, il suivit le cours de philosophie à l'université de Salzbourg, et fit de sérieuses études de droit civil et canonique à Ingolstadt et à Vienne. Son année de noviciat accomplie, il fit profession à l'abbaye de Lambach, le 13 novembre 1740, et fut ordonné prêtre le 12 mai 1743. Les études philosohiques et canoniques auxquelles il continuait de se livrer le désignèrent à son abbé pour un vicariat à Neukirchen, près de Lambach, où il travailla à ramener à la vraie foi un groupe de fidèles passés au protestantisme. Mais, après un court passage dans la chaire de philrsrphie de Salzbourg (1753), i! fut appelé par le prince-évêque Joseph, comte de Thun, à enseigner le droit canonique et l'histoire ecclésiastique au séminaire épiscopal de Gurk-Strasbourg en Carinthie. Après trois ans d'enseignement, il obtint, en 1760, le grade de docteur en droit canonique à l'université de Salzbourg et, à la demande de l'abbé de Fulda, il fut nommé professeur de droit canonique à l'académie de cette dernière ville.

Sa carrière professorale s'y trouva brisée moins de trois ans après, à la suite des apologies qu'il fit de Pierre de Marca, de Van Espen, et autres théologiens jansénistes et gallicans, défenseurs du pouvoir civil, et surtout à l'occasion de ses Leçons sur les décrétâtes publiées en 1762, et qui étaient toutes favorables à la nouvelle jurisprudence canonique que l'on cherchait dès lors à introduire en Autriche, et à laquelle Joseph II allait donner force de loi (voir le mot Joséphisme). Le livre de dom Oberhàuser et les thèses qu'il avait fait soutenir publiquement furent l'objet d'une condamnation de l'Index du 16 février 1764. L'auteur fit une soumission publique et solennelle. Cependant le pape Clément XIII écrivit à M. de Bibra, évêque de Fulda, d'avoir à renvoyer ce professeur intempérant, et dom Oberhàuser trouva asile d'abord à Lambach, son monastère de profession, puis à Salzbourg, près du prince-évêque.

Il se mit à écrire contre ses adversaires personnels, et, en premier lieu, contre L. Beck, bénédictin du monastère de Schwarzach en Franconie, qui était devenu son successeur à Fulda et s'était attaqué à l'une de ses thèses favorites sur les origines du droit de l'Église au sujet des empêchements de mariage. Les libelles qu'il publia à cette occasion, de 1771 à 1777, lui attirèrent de sévères réponses du ermp de l'ultramontanisme et lui firent beaucoup d'ennemis. Us lui valurent naturellement une certaine réputation parmi les défenseurs du joséphisme, et le prince Colloredo, archevêque de Salzbourg, le nomma conseiller ecclésiastique, en 1776.

Les dernières années du religieux bénédictin s'épuisèrent en des libelles de plus en plus violents contre ceux qui osaient critiquer son système théologique, en particulier contre le P. A. Schmidt, S. J., et le

P. Marc-Antoine de Hochstadt, capucin de Mayence. Il mourut en pleine lutte, des suites d'une hernie négligée, qui le fit s'aliter le 4 avril 1786, et l'enleva le 20 du même mois.

Dans son épitaphe, rédigée par un confrère et conservée par la chronique de Lambach éditée en 1865 (p. 46), on l'appelle celebratissimus canonici juris consultorum in Àustria eoripheeus, ullramonlistarum validissimus malleus. Il faut dire cependant que, même en son pays, les ouvrages d'Oberhâuser ont perdu beaucoup de leur crédit, depuis que la crise joséphiste a montré la tendance de ces nouvelles théories théologiques et canoniques, imaginées dans des vues hostiles au Saint-Siège et au pouvoir ecclésiastique, et soutenues imprudemment par des écrivains au moins malavisés. Il sera d'ailleurs difficile de faire admettre l'entière bonne foi du théologien de Salzbourg, bien qu'il fail'e faire très grande la part de la tyrannie des préjugés d'école et des méfaits de l'esprit nationaliste en matière de théologie. On ne peut expliquer autrement la ténacité déployée par Benoît Oberhàuser à défendre ses positions. Parle souci même qu'il apporta, dans sa vieillesse, à publier les opinions avancées qui lui avaient valu le blâme du pape, il a plus que mérité l'oraison funèbre de la chronique de Lambach : principiis Quesneltii et Vanespen deceplus illorumque mordax propugnator.

Voici la série de ses œuvres, avec un aperçu de ses principales thèses :

1° Ouvrages de philosophie. — Deux livres reproduisant son cours de Salzbourg de 1753-1754 : 1. Syn~ tagma causarum, ex quibus nata, propugnata et emendata philosophia, Salzbourg, 1754, in-4°; 2. Sensalionis natura et structura, ibid., 1755, in-4°.

2° Œuvres didactiques. — Son grand ouvrage canonique, qui le fit renvoyer de Fulda, parut en deux séries : 1. Prœlectiones canonicm juxta titulos Decrelatium, ex monumentis, auctoribus et controversiis melioris notas in 1res primos libros Decretalium, parues simultanément, en 3 vol. in-4°, à Anvers, 1761-1763, et à Lauterbach en 1762-1763. L'édition d'Anvers porte en son titre In V libros Decretalium; mais la note se trouva fautive, du jour où la publication du commentaire fut arrêtée par le décret de l'Index de 1764 : il ne comprenait encore que les trois premiers livres des Décré taies. — • 2. La fin du commentaire parut dans une autre série et dans un esprit légèrement différent : Prœlectiones canonicm in librum IV et V Decretalium, adauclœ et emendatœ per Sebaslianum Schaaf, Utrecht, 1765. Ce supplément fut réimprimé en 2 vol. in-8°, à Francfort-sur-le-Mein et à Leipzig en 1774, puis en 3 vol, in-8°, à Salzbourg, en 1785, mais cette fois par les soins de l'auteur, qui ajouta au titre : hodiernx eruditionis genio et studio aliquando accommodâtes, mine in correctiorem et uberiorem ordinem, plurimis, mutatis, digestœ. Entendons par là que, dans cette réédition définitive et seule vraiment authentique, B. Oberhàuser avait rétabli dans leur intégrité originelle certaines thèses gallicanes édulcorées par Schaaf dans sa première édition, que l'auteur n'avait jamais

OBERHAUSER — OBERNDORFER

voulu reconnaître, comme entachée d'ultramontanisme. — 3. Ces Prœlectiones furent résumées par lui en un Compendium pra'lectionum canonicarum juxta V libros Decrelalium, à Francfort, 1773 et 1779, en deux tomes in-8°.

Dans son cours de droit canonique Benoît Oberhâuser a le mérite d'exposer sans ambages les thèses maîtresses du système fébronien, qui allaient devenir, en Autriche, les directives générales du joséphisme. IJ amoindrit la primauté du pape aux proportions d'une « prééminence de nom et d'honneur », et dans les limites tracées par les conciles de Constance et de Bâle. Il attaque l'infaillibilité du pape, sa supériorité sur le concile, etc.. Il exalte d'autant plus les prérogatives des évêques et, en général du clergé séculier, voire régulier. Vis-à-vis de l'État, l'Église n'a aucun droit de fixer les frontières dans les questions mixtes; à plus forte raison le pape n'a-t-il aucun droit sur le temporel des princes. Pour la question du mariage, en particulier, le théologien bénédictin de Fulda marquait déjà, dans son cours de 1762, les positions qu'il devait tenir durant près de vingt-jcinq ans et jusqu'à sa mort : séparant le contrat du sacrement-, il attribue à la puissance civile la juridiction sur le mariage en tant que contrat, et à l'Église, en tant que sacrement. Il infère de cette théorie qu'il appartient aux princes seuls de constituer les empêchements véritables ou dirimants, réservant à l'Église de régler ce qui regarde la sainteté du mariage, par des empêchements qu'il appelle impedienlia. Si elle a pu imposer des empêchements dirimants, c'est par concession des princes. Il fait appel, pour cette thèse caractéristique du joséphisme, aux arguments de Launoy, de même que, pour la suprématie du pape, il copiait Van Espen et Fleury.

3° Ouvrages polémiques. — Pour défendre contre les condamnations officielles et les attaques privées ces deux points sensibles de son système canonique, dom Benoît fut amené à faire deux séries d'opuscules, des libelles de polémique serrée sur l'une ou l'autre de ces deux thèses, et des résumés tendancieux des historiens français, et d'un canoniste gallican. Voici d'abord la série de ses libelles sur le pouvoir de l'Église en matière d'empêchements de mariage : 1. Apologia historico-critica divisarum potestatum in legibus matrimonialibus impedimentorum dirimentium, Francfort-sur-le-Mein, 1771, in-8°, 54 p. Cet opuscule était dirigé contre le P. dom L. Beck, son successeur à Fulda, qui l'avait accusé d'hérésie sur ce point de la doctrine du mariage. Sept ans plus tard, le libelle fut réédité à Vienne dans la collection canonique d'Eybel, qui devait servir de manuel aux réformateurs. — ■ 2. Mais, dès 1771, à Francfort, et en 1776 à Vienne, une réponse plus ample voyait le jour, sous ce titre : Systema hisloricocriticum divisarum potestatum... ex avilis sanx theologise et juris prudenlise canonicse principiis, un vol. in-8°. — 3. A une nouvelle accusation du jésuite A. Schmidt, Oberhâuser opposa un violent démenti, intitulé : Causa decisa divisarum potestatum in legibus matrimonialibus..., Francfort et Leipzig, 1777, in-8° de 227 pages. Les amis de l'auteur convinrent euxmêmes que sa réplique était pleine d'aigreur. — 4. A une dernière attaque du capucin Marc-Antoine, qui avait osé publier une Disquisilio canonica causse decisse, Mayence, 1780, dernière réponse du vieux bénédictin de Salzbourg : Pagellse volantes de causa decisa pro studio juris regii inlegri illuslrando, Francfort et Leipzig, 1782, in-8°. Le titre si curieux de cet opuscule et son ton très violent marquent le paroxysme d'une longue polémique de vingt ans; et les derniers mots du titre : pro studio juris regii inlegri illustrando, ont l'avantage de démasquer les intentions de l'auteur : relever l'autorité des princes temporels, au préjudice des droits de l'Église. Deux autres livres de

polémique concernent la place du pape et des évêques dans l'Église joséphiste : — 5. Spécimen cullioris jurisprudendae canonicse ad justas ideas divini primalus in romana Ecclesia evolvendas, Francfort et Leipzig, 1777, in-8° : l'auteur s'appuie sur les décrets des conciles de Constance et de Bàle pour limiter la primauté du pape plus encore que ne le faisaient la plupart des docteurs gallicans. — 6. De dignitale utriusque cleri lam ssecularis quam regularis dissertatio, Salzbourg, 1781-1786, en deux parties, dont la première seule fut publiée par Oberhâuser, en 1 784 d'après Meusel, en 1785 d'après les autres biographes; c'est un recueil tendancieux tiré des Pères et des conciles, qui mentionne les prérogatives des évêques et des abbés, que la centralisation romaine avait abolies peu à peu. L'apparition de cette thèse, chère aux jansénistes de Hollande et à Fébronius, coïncide avec l'approbation trois fois répétée du livre de Fébronius parle gouvernement de Joseph II. et doit être regardée comme une contribution manifeste au mouvement joséphiste. La seconde partit , parue à la fin de 1786, après la mort d'Oberhâuser, contenait une biographie de l'auteur, et ne faisait . plus mystère de ses tendances : Auclorilales Palrum ad mentem celeberrimi Dni Zegeri van Espen et secundum illustriora (sic) reformations regix per Auslriam concinnatse.

4° Traductions tendancieuses. — On peut se con tenter d'une simple énumération sans marquer en détail les raccourcis systématiques et les notes de circonstance que le bénédictin autrichien commettait dans ces prétendues traductions; il était assurément très loin de la loyauté et de la sérénité que ses confrères de France surent garder dans ces sortes d'ouvrages; d'ailleurs il utilisait souvent des adaptations françaises déjà entachées de parti-pris. Il donna dans ce genre : 1. Thomassinus abbreviatus, Salzbourg, 1774, 3 vol. in-4°, de 395, 388 et 225 p. C'était un résumé travesti de l'Ancienne et nouvelle discipline de l'Église de l'honnête Thomassin, fait d'après Héricourt, et rendu conforme au système joséphiste de la dévolution des bénéfices ecclésiastiques entre les mains de l'État. — 2. D. Zegeri Bernardi van Espen jus ecclesiasticum in epitome redactum ac subjunclis brevibus sentenliis atque argumenlis studii palrislici inslruclum, Vienne, 2 vol. in-8°, sans date. Les efforts d'adaptation furent moins grands ici, puisque Oberhâuser s'adressait a l'un des coryphées du mouvement antiromain; de plus on dit qu'un jésuite, qui avait eu communication du manuscrit y fit des corrections qui déplurent beaucoup au traducteur. — ■ 3. Manuale selectorum conciliorum et canonum aliarumque rerum memorabilium juxta historiam ecclesiasticam D. abbatis de Fleury per brèves epochas XVI sseculorum, Salzbourg, 1776, in-4°. Le livre fut, au rapport de Schulte, condamné par la Congrégation de l'Index dès l'année suivante.

Jôcher-Rothermund, Gelehrlen-Lexicon, t. v, Brème, 1816, col. 836; Meusel, Lexicon, t. x, p. 144-146; Scriplores ordinis S. Benedicti qui 1750-1880 fuerunt in imperio austriaco-hungarico. Vienne, 1831, p. 322-323; Hurter, Nomenclalor, t. v, 3* édit., col. 50S; Hoefer, Nouvelle biographie universelle, t. xxxvin, 1862; Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, t. xxxi; Feller, Dictionnaire historique de biographie universelle, t. iv, Paris, 1337, p. 170; A. de Roskovany, Romanus Ponlifex tamquanx primas Ecclesix, t. ni, Nitriae, 1867, p. 735; Hirsching, Histor.-litt. llandbuch, t. vi a, p. 337.

Page 1