OCCAM. VIK
d'Oxford qu'il a fait ses premières études et pris ses grades, comme on l'a pensé sur le vu d'une addition faite après coup à l'ancien catalogue des élèves de cette maison. C'est au couvent des mineurs de la ville universitaire que s'est faite son éducation philosophique et théologique. Duns Scot, quoi qu'en disent les biographes qui ont copié Trithème, n'y a été pour rien. Les plus anciens auteurs ne connaissent pas ces relations.
Du moins l'on peut affirmer que c'est à Oxford qu'Occam a accompli le cycle de ses études, et pris le grade de bachelier en théologie, baehalarius formatus. Chose qui peut surprendre d'abord, il semble bien qu'il n'ait pas conquis le grade suprême de doctor theologise, doctor in sacra pagina. La démonstration qu'apporte de ceci J. Hofer paraît absolument convaincante. Loc. cit., p. 219-223. Bien qu'ils le nomment parfois «maître », les anciens documents ne lui attribuent jamais le titre spécifique de « docteur », et, quand ils veulent être précis, le nomment seulement bachelier. Il faut arriver jusqu'à la fin du xv siècle pour lui voir attribuer les titres de Doctor invincibilis ou d' Inceptor venerabilis. Encore ce dernier terme, qui, dans son acception primitive, était, au moins en Angleterre, synonyme de doctor, a-t-il perdu son sens technique, et ceux qui l'emploient en parlant d'Occam font allusion par là à sa qualité de chef d'école : Venerabilis inceptor tnvictissimœ scholee nominalium.
Comme bachelier, Occam a certainement enseigné à Oxford, sous la direction d'un maître, et il faut attribuer à cette période de sa vie le Commentaire sur les quatre livres des Sentences (et non pas seulement sur le I. I), vraisemblablement aussi les Quodlibeta septem. Mais jamais il n'a professé pour son propre compte, « régenté », pour employer le terme technique. Sur la liste des lectores theologiœ jratrum minorum in universitate Oxoniçe, son nom ne figure pas. Voir Analecta franciscana, t. i, Quaracchi, 1885, p. 270. Aurait-il, du moins, régenté à Paris? Du Boulay l'a cru et beaucoup après lui. Mais ici non plus, il n'y a pas de documents anciens des xive ou xve siècles qui parlent d'une manière expresse d'un séjour d'Occam à Paris. Quand, en 1339, la faculté des arts prendra contre l'occamisme les mesures que l'on étudiera plus loin (col. 896), elle déclarera cette doctrine tout récemment introduite à Paris, et parlera de Guillaume sans faire aucune allusion au fait qu'avant 1324 ce personnage aurait professé à l'université. A la vérité, un document, exhumé en 1868 par C. Hôfler, a été apporté comme preuve du professorat parisien d'Occam. Dans une publication de textes inédits, intitulée Aus Avignon, Prague, 1868 (tiré à part des Abhandl. der k. bôhm. Gesells. der Wissensch., VIe sér., t. i) ce critique donne, p. 19 sq., une allocution prononcée en consistoire public par Clément VI, le 16 janvier 1344. Le pape, faisant le procès des complices de Louis de Bavière, parle ainsi de Guillaume d'Occam : diversos errores contra potestalem et auctoritatem hujus sanctœ Sedis docuit et docet, et ab illo Guillelmo didicit et recepit errores Me Marsilius et multi alii. Ce Marsile ne peut être que Marsile de Padoue, qui, professeur à Paris depuis 1312, y achève, à l'été de 1324, son Dejensor pacis et se réfugie en 1326 à la cour du Bavarois. Il est donné ici comme ayant subi l'influence directe de Guillaume, et donc à Paris, antérieurement à 1324. La preuve serait décisive, si l'authenticité du texte publié par Hôfler était hors de conteste. Mais il n'en est rien, et les multiples confusions qu'on relève dans ce document, en particulier pour ce qui concerne Nicolas d'Autrecourt, justifient le verdict sévère que J. Hofer a porté sur ce factum. Loc. cit., p. 664-669.
S'il n'a régenté ni à Oxford, ni à Paris, antérieurement à 1324, c'est donc qu'à cette dernière date Guil-
DICT. DF. THÉOL. CATH
laume arrivait seulement au ternie des études théologiques que couronnait Vinceplio, le doctorat. Il avait dû les commencer vers 1315; comment expliquer qu'elles ne l'aient pas mené à l'aboutissement normal, alors que tout indique qu'il avait pris part aux exercices scolaires préparant l'acte définitif. C'est ((n'en 1324 se place un événement qui va donner à la vie du jeune frère mineur un cours tout à fait imprévu. Guillaume est cité à la cour d'Avignon, pour répondre de certaines de ses doctrines.
2" En Avignon (1324-1328).— Un document capital éclaire cette période de la vie d'Occam. C'est la lettre adressée par lui, peu avant la Pentecôte de 1331, au chapitre général des frères mineurs qui vient de se réunir à Assise. Texte publié par K. Millier, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. vi, 1884, p. 108-
En rupture avec l'ordre depuis plusieurs années, Occam y explique comment il a été amené à prendre le parti des frères révoltés contre le pape Jean XXII. C'est au printemps de 1328, qu'il a fait, nul ne l'ignore à Assise, la démarche décisive. Or, à ce moment, il était depuis environ quatre ans en Avignon : (ère quatuor annis integris in Avenione mansi, antequam cognoscerem prœsidenlem ibidem pravitatem hœreticam incurrisse. C'est après quatre ans de séjour à la curie qu'il s'aperçoit (nous essaierons de dire tout à l'heure sous quelles influences) que le pape (prsesidentem ibidem) est tombé dans l'hérésie, que dès lors il n'a plus droit à l'obéissance des chrétiens.
La rupture d'Occam avec Jean XXII est donc amenée par l'attitude que le pape vient de prendre dans le « débat sur la pauvreté ». Voir l'art. Jean XXII, et l'art. Spirituels. On sait que Jean XXII, dans la question de la pauvreté qui divisait l'ordre franciscain, avait pris résolument le parti de « la communauté », à rencontre des « spirituels ». Le débat qui avait roulé d'abord sur des mesures d'ordre pratique, devient strictement théorique et s'éternise sur la question de la « pauvreté du Christ ». La décrétale Quia nonnunquam, 26 mars 1322, suspend les mesures portées par Nicolas III dans la bulle Exiit qui seminat. Texte dans Eubel, Bullarium franciscanum, t. v, n. 464. Le pape attend du chapitre général, rassemblé à Pérouse en juin 1322, qu'il déclarera au moins contestable la proposition qui fait désormais tout l'objet du litige : « Le Christ et les apôtres n'ont rien possédé en propre. » C'est le contraire qui se produit. A l'unanimité le chapitre déclare : quod dicere et asserere quod Chrislus viam perfectionis ostendens et aposloli eamdem viam perjectionis sequentes... nihil jure proprietalis et domina seu juris proprii in speciali et in commuai habuerunt non est hœreticum , sed sanum, catholicum et fidèle. Baluze-Mansi, Miscellanea, t. m, p. 208 a. Jean XXII réplique par la décrétale Ad conditorem canonum, 8 décembre 1322, qui supprime la fiction légale, selon laquelle le Saint-Siège était censé propriétaire des biens des frères mineurs, ceux-ci n'en ayant que la jouissance, et il attribue à l'ordre la propriété de ces biens. Bull, franc, n. 486. Puis entrant dans le débat théorique, par la décrétale Cum inter nonnullos, 12 novembre 1323, il dénonce comme hérétique la proposition déclarée catholique par le chapitre de Pérouse. Bull, franc, n. 518. Le 10 novembre 1324, la décrétale Quia quorumdam confirme les déclarations faites par les constitutions précédentes et justifie l'attitude du pape. Bull, franc, n. 554.
Dès ce moment, une partie des mineurs, groupés autour du général, Michel de Césène, sont entrés en pleine révolte et sollicitent l'appui du roi des Romains, Louis de Bavière, lequel est trop heureux de trouver un nouveau grief à ajouter à ceux qu'il a déjà contre le pape. L'agitation est grande en Italie jusqu'en