‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 189 sur 233 · ODON DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

ODON DE CAMBRAI

souverains de l'époque. Sous son pontificat, la réforme clunisienne fit encore de considérables progrès et s'étendit jusqu'à l'Espagne. Élu archevêque de Lyon à la mort de Burchard (22 juin 1033), il refusa énergiquement cette dignité, en dépit des instances pressantes de Jean XIX (voir Jaiïé, Regesla, n. 4095) et de Benoît IX; en fait, un abbé de Cluny n'était-il pas plus qu'un archevêque de Lyon? Le nom d'Odilon de Cluny est attaché à l'institution de la fête des trépassés, au 2 novembre, qui des monastères clunisiens passa bien vite à l'Église universelle. Il faut mentionner encore son intervention en faveur de la « trêve de Dieu ». Odilon mourut à Souvigny (aujourd'hui département de l'Allier), lors d'une visite qu'il faisait de ce monastère, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1049. Son œuvre littéraire comporte : 1° Deux vies de ■saints : celle de saint Maïeul, son prédécesseur, qui est plutôt, à vrai dire, un panégyrique qu'une biographie; celle de l'impératrice sainte Adélaïde, veuve d'Otton I" et décédée à Seltz (Basse-Alsace), en 999; sa vie n'a été rédigée par Odilon que près d'un demisiècle plus tard, en 1046. — 2° Des sermons, les auteurs de la Bibliotheca Cluniacensis en ont publié quatorze sur les principales fêtes de l'année : Noël, Epiphanie, Purification, Incarnation, Pâques (3), Ascension, Pentecôte, Saint Jean-Baptiste, Saints Pierre-et-Paul, Assomption, Nativité de Marie. Martène et Durand en ont ajouté deux autres (mais le premier n'est qu'une transcription d'un fragment du De virginibus de saint Ambroise). Il est très vraisemblable que d'autres se cachent sous de faux titres, par exemple le sermon clxxi, de l'appendice aux sermons de saint Augustin (P. L., t. xxxix, col. 2074), ou le lvi de Pierre Damien. — 3° Lettres. Bien que la correspondance d'Odilon ait dû être très considérable, il n'en reste que quelques pièces. Aux quatre qui sont dans P. L., t. cxlii, col. 939-944, en ajouter une autre publiée par E. Sackur dans Neues Archiv, t. xxiv, 1899, p. 734-735; il s'agit d'une lettre adressée à l'empereur Henri III au moment du concile de Sutri, en décembre 1046; il semble clair qu'Odilon prie l'empereur de déposer à la fois Benoît IX et Grégoire VI : Quod ille perdit qui totum dédit (= Benoît IX), non débet ille possidere qui toium tulit (= Grégoire VI). Pour rétablir les affaires, l'empereur devrait réunir des représentants de la chrétienté : De toto mundo debetis eligere quorum arbitrio Romanum imperium decernitis ordinare. Sicut cummilitibus ordinare mililiam, ita eum spiritwdibus ecclesiasticum traclare negotium. Cette attitude d'Odilon à l'endroit du pouvoir impérial et de ses interventions dans le domaine ecclésiastique devait être signalée. — 4° Poésie. Outre des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge, de sainte Adélaïde et de saint Maïeul, on a de lui un epitaphion sur les Ottonides et Henri IL « Toutes ces pièces de poésie n'ont rien au-dessus des autres du même temps. » (Hist. littér.) — On a publié dans la Revue bénédictine, t. xvi, 1899, p. 477, une Medicina spirilualis contra templationem concupiscenliœ carnalis, missa a domno Odilone Cluniacensi abbate ad palriarcham Aquilœi. « Rien n'empêche que cette pièce ait été composée par l'illustre abbé. »

1° Textes. — Les œuvres ont d'abord été rassemblées par dom Marrier et A. Duchesne dans la Bibliotheca Cluniacensis, in-fol., Paris, 1614; quelques pièces dans d'Achery, Spicilegium, t. m, p. 381; et dans Martène, Thés. nov. anecdotorum, t. v, p. 621; les sermons seuls sont passés dans la Maxima bibl. vet. Palrum de Lyon, t. xvn, p. 654- 668; édition complète dans P. L., t. cxi.ii, col. 939-1038.

2° Sources. — Il y a une vie d'Odilon par son disciple Jotsaud, texte dans P. L., t. cxlii, col. 897-940; cf. Mon. Germ. hist., Script., t. xv, 1888, p. 812-820, à compléter par un fragment retrouvé par L. Sackur, dans Ncues Archiv, t. xv, p. 118-121; une autre par S. Pierre Damien, dans P. L., t. cxliv, col. 925-944.

3° Notices et travaux. — Trithème, De scriplor. eccles., n. 314; Mabillon, .4c(a sanctorum O. S. B., t. vi, p. 631-678; Fabricius, Bibl. lai. med. et infim. œlatis, t. v, Hambourg, 1736, p. 417-449; Hist. litt. de la France, t. vu, 1746, p. 414-425; Ceillier, Hist. des auteurs sacrés et ecclés., t. xx, 1757, p. 251-267; J. H. Pignot, Histoire de l'Ordre de Cluny, t. i, Autun-Paris, 1868, p. 304-477; dom O. Ringholz, O. S. B., Der heilige Abl Odilo von Cluny in seineni Leben und Wirken, Briinn, 1885; P. Jardet, Saint Odilon, abbé de Cluny, Lyon, 1898.

É. Amann.

1. ODON DE CAMBRAI (Le Bienheureux), ainsi appelé de la ville dont il fut évêque, mais nommé aussi Odon de Tournai, parce qu'il y fut d'abord écolàtre, puis abbé de Saint-Martin en cette localité (t 1 1 13). — Odon, qui est appelé aussi Odart, et Oudart, naquit à Orléans à une date que l'on ne saurait préciser vers le milieu du xie siècle : il entra de bonne heure dans le clergé et s'appliqua avec beaucoup de zèle à l'étude des arts libéraux, mais tout spécialement de la dialectique. Il fut d'abord écolàtre à Toul, où il semble n'être resté que peu de temps, ayant été demandé par le chapitre de Tournai. Sous sa direction l'école de cette ville devint un centre intellectuel qui attira de nombreux élèves. Odon y enseignait surtout la dialectique et ne cachait pas son attachement aux doctrines « réalistes », qu'il croyait trouver dans Boèce, et son aversion pour le « nominalisme » qui se professait à Lille. La lecture du De libero arbitrio de saint Augustin l'aurait arraché à cet enseignement trop séculier, et aurait déterminé chez lui une véritable conversion. Ce qui est certain, c'est qu'il s'installa en 1092 aux environs de Tournai, dans l'ancien couvent de Saint-Martin qu'il releva de ses ruines; après y avoir mené, avec quelques disciples, la vie de clerc régulier, il se rattacha en 1095 à la règle de saint Benoît et aux observances de Cluny, et devint abbé du monastère. Il y fit régner une exacte discipline et un grand zèle pour les travaux d'ordre intellectuel. Élu en 1105 pour remplacer à Cambrai l'évêque Gaucher, déposé au concile de Clermont en 1095, mais qu'il avait été impossible de déloger, Odon eut quelque difficulté à s'intaller dans sa ville épiscopale (1106); il n'y demeura pas longtemps d'ailleurs; ayant eu de nouveaux démêlés avec l'empereur Henri V, il alla s'établir au monastère d'Anchin (Aquicinctum), près de Douai, d'où il semble avoir continué à gouverner son diocèse. C'est là qu'il mourut le 19 juin 1113.

Il ne reste rien d'une œuvre de jeunesse d'Odon : un poème sur la guerre de Troie dont Godefroy, écolàtre de Reims le loue dans son Somnium de Odone Aurelianensi, cf. P. L., t. clx, col. 1159; rien non plus, et cela est beaucoup plus regrettable, de trois traités relatifs à la logique que signale son biographe Hérimann : Scripsil de ea (i. e. dialectica) duos libellos, quorum priorem ad cognoscenda devitandaque sophismala valde utilem intitulavit Sophistem, alterum vero appellavit Librum complexionum, tertium quoque De re et ente composuit, in quo solvit si unum idemque sit res et ens. Hérimann fait remarquer que, dans ces livres, et aussi en d'autres opuscules, notre auteur se nommait Odart et non Odon. Le titre du dernier écrit semble indiquer que l'on y traitait le problème des Universaux qui était la grande question agitée à l'époque.

Les œuvres théologiques d'Odon se sont mieux conservées :

1° La plus populaire a été une Exposilio in canonem missa\ composée durant son pontificat. Elle explique, en quatre distinctions, le canon de la messe, du Te igitur, à l'A g nus Iiei, à l'exception du Pater, qui. au dire de l'auteur, a été suffisamment exposé par nombre de Pères. Odon se tient très près des paroles consacrées, ne cherche aucune des explications plus ou

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