OCCASION
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divisle qui se trouve dans l'occasion involontaire et physiquement ou moralement nécessaire, dont il souhaiterait sortir, si la chose devenait possible. Il en va bien autrement du récidiviste, qui entend demeurer dans une occasion volontaire et libre. Nous allons le dire.
2. Cas de l'occasion volontaire et libre. — Nous n'avons pas à parler de ceux qui sont résolus à vivre dans une occasion de ce genre. Leur mauvaise volonté est évidente et l'on ne peut les absoudre. Nous avons cité plus haut la condamnation portée par Innocent XI contre la 60e proposition laxiste à ce sujet.
Mais si le récidiviste se présente à nouveau au tribunal de la pénitence avec le ferme propos de se soustraire à l'emprise de l'occasion prochaine, faut-il l'absoudre?
a) Si l'occasion est continue, et par conséquent toujours présente, à qui en est victime, ainsi cohabitation dangereuse, statues indécentes en sa maison, etc., régulièrement il ne faut pas l'absoudre, avant qu'il ne s'en soit libéré. De fait, on peut suspecter à bon droit la sincérité de son ferme propos l'expérience ayant montré qu'il n'a pas été suivi d'effet. « Il faudrait donc, dit saint Alphonse (n. 454), le regarder comme récidiviste et ne pas l'absoudre à moins qu'il n'apporte des signes extraordinaires de repentir. » S'il apporte ces signes, on pourrait l'absoudre « parce que à cause de ces signes le confesseur peut prudemment estimer, que le pénitent n'est pas dans un péril prochain de manquer à sa résolution : ces signes en effet indiquent qu'il a reçu une grâce plus abondante pour écarter l'occasion avec plus de fermeté. Néammoins Roncaglia dit que lui-même en ce cas différerait l'absolution jusqu'à ce que l'occasion fût écartée, si l'absolution pouvait commodément être différée. Et moi aussi j'agirais de cette manière » (n. 454).
b) Si l'occasion volontaire est discontinue, interrompue et n'exerce son influence que par intervalles, ainsi fréquentation des jeux, des danses, des cabarets, etc., il sera plus facile d'ajouter foi au ferme propos du pénitent. C'est pourquoi, dit saint Alphonse (ibid), « saint Charles enseigne avec raison que, si le pénitent se propose fermement de se garder contre elle, on peut l'absoudre une, deux ou même trois fois. Après cela, si aucune amélioration ne survient, on doit différer l'absolution, jusqu'à ce qu'il ait efficacement renoncé à l'occasion. » Mais ici encore et avec plus de facilité, que dans l'occasion continue, on pourrait l'absoudre, d'après l'opinion commune, chaque fois, qu'il se présente avec des marques extraordinaires de regret, surtout s'il se trouve dans une nécessité grave, par exemple, dans le besoin de communier en telle ou telle circonstance. Plusieurs même, estimant saint Alphonse trop sévère, se contentent des signes ordinaires de repentir avec une promesse sérieuse de se mieux garder. Ainsi de Lugo, Ballerini, Noldin, Genicot, Arreguy, etc. - — Enfin en sa prudence le confesseur s'efforcera de mieux disposer son pénitent et de le fortifier en ses résolutions. Au besoin il différera pour un peu de temps l'absolution, car, dit saint Alphonse « on ne peut lui administrer un antidote plus efficace » (n. 456).
Conclusion. — Pour tâcher de mettre un peu de clarté, dans cette matière, que l'on regarde comme assez embrouillée, nous avons dû multiplier les distinctions portant sur les diverses situations, où peut se trouver un occasionnaire. En ce dédale, le fil conducteur sera toujours le grand principe : sans doute, le fait de l'occasion prochaine est une présomption en faveur de l'absence des dispositions requises pour l'absolution; mais, lorsque l'on peut prudemment juger que le pénitent est, hic et nunc, bien préparé à la recevoir, on peut la lui accorder, suivant la règle générale du sacrement de pénitence.
E. Thamiry.
OCHIN Bernardin de Sienne, capucin italien, passé à la Réforme (1487-1564/5). — I. Vie. II. Œuvres. III. Évolution religieuse.
I. Vie. — Fils de Dominique Tommasini, barbier, il naquit en 1487 à Sienne, dans le quartier « dell'Oca » (de l'oie), d'où son surnom d'Ochin. Entré vers 1504 chez les frères mineurs de l'observance dans la province de Toscane, il débuta huit ans plus tard dans le ministère de la prédication où il devait s'illustrer jusqu'à devenir l'orateur sacré le plus applaudi de la Péninsule. En même temps, son habileté dans le maniement des affaires attirait sur lui l'attention de ses supérieurs : dès 1520 le ministre provincial de Toscane, le religieux-gentilhomme Bernardin Tolomei, déclarait plaisamment « qu'il avait fait le bec à l'oie » (par allusion au surnom d'Ochin), en vue de lui assurer sa succession. En effet, lors de l'érection de la custodie de Sienne en province au chapitre général de Burgos (1523), ce fut Bernardin Ochin qui en devint le premier supérieur. Depuis cette date jusqu'à sa défection en 1542, il se vit confier presque sans interruption des charges importantes : au chapitre général d'Assise (1526), il représente sa province et revendique pour elle, avec succès, la préséance sur son ambitieuse consœur de Florence; en 1531, le ministre général Paul de Parme nomme Ochin son commissaire à Venise, avec mandat d'y faire élire des supérieurs à sa dévotion; deux ans plus tard, Ochin est membre de la commission chargée de remédier aux abus commis par ce général, et, la même année, 1533, après le décès du commissaire général Benoît Genesius, il administre les provinces cismontanes en qualité de vicaire général. Au début de l'année suivante, il quitta l'Observance pour rejoindre la jeune réforme capucine, à peu près en même temps que d'autres observantins renommés, tels que Bernardin d'Asti, François de Jesi et Jean de Fano. Définiteur général dès 1535, sa nouvelle famille religieuse l'élisait vicaire général en 1538, et le confirmait dans cette charge trois ans plus tard.
A ce moment, Ochin est sans doute le franciscain le plus en vue de l'Italie : Paul III le traite avec faveur, princes et cardinaux se pressent autour de sa chaire, toutes les villes, de Palerme à Venise, se disputent le privilège de l'entendre, le grand public le vénère comme un saint, et ses confrères, heureux de bénéficier de son prestige et de ses relations, le proclament un supérieur modèle. Mais, depuis plusieurs années, les idées de réforme avaient opéré dans son âme un lent travail de désagrégation qui, le jour où il crut se trouver devant la perspective inévitable d'un procès en hérésie, le décida brusquement à rompre avec l'Église catholique.
Au début de septembre 1542, à cinquante-cinq ans sonnés, il passait les Alpes et se rendait à Genève, où Calvin l'accueillait avec satisfaction. Sous prétexte que le vœu de chasteté l'empêchait de suivre librement la voix de Dieu, et voulant aussi sans doute prouver ouvertement sa rupture avec Rome, il épousa à Genève, vers 1544, une femme originaire de Lucques qui s'était mise à son service lors de sa fugue, et dont il eut quatre fils et deux filles. Jusqu'au mois d'août 1545, Ochin resta à Genève en qualité de ministre de la communauté italienne réformée; ensuite il se rendit à Augsbourg, dont le sénat lui confia les mêmes fonctions. Mais Charles-Quint ayant exigé son extradition après la victoire de Mûhlfeld (1547), il s'empressa de gagner l'Angleterre avec son ami Pierre-Martyr Vermigli. Thomas Cranmer, heureux d'une telle acquisition, le nomma prédicateur italien à Londres et lui octroya une prébende canonicale de Cantorbéry, sans obligation de résidence. En 1553, l'avènement de Marie Tudor mit fin au séjour d'Ochin en Angleterre et
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l'obligea, pour la troisième fois, à reprendre sa vie errante. Après avoir passé par Strasbourg, Genève et Bâle, il put s'établir en 1554 à Zurich comme pasteur des réfugiés italiens de Locarno. C'est là que son dernier grand ouvrage, les XXX Dialogues, qui parut en 1563, déchaîna contre lui zwingliens et calvinistes, menés par Bullingeret Théodore de Bèze. Par décision du sénat de Zurich, sans égard pour ses soixante-dixsept ans, il fut expulsé de la ville en plein hiver. Accompagné de ses enfants (sa femme venait de mourir d'accident et sa fille aînée était établie à Genève), il se présenta successivement à Bàle et à Mulhouse qui, l'une et l'autre, lui fermèrent leurs portes. A Schafîhouse, il semble qu'il ait eu avec le cardinal de Lorraine une entrevue sans résultat. Nuremberg ne lui accordant qu'un permis de séjour provisoire, il dirigea ses pas vers la Pologne où il comptait sur la protection du prince Nicolas Radziwill, à qui il avait dédié le livre II de ses Dialogues. En effet, il fut autorisé à prêcher devant les réformés italiens de Cracovie, en avril-mai 1564. Mais, dès le 7 août 1564, paraissait un édit royal interdisant le séjour en Pologne aux non-catholiques venus de l'étranger. Il s'enfuit alors de Gracovie avec sa famille, ne sachant d'abord où chercher un refuge. A Pinczow, toujours en Pologne, la peste lui ravit en quelques jours trois de ses enfants. Atteint lui-même et épuisé de fatigue, il dit adieu à ses amis polonais le premier jour de l'avent 1564, et se traîna jusqu'à Slavkov (en allemand Austerlitz) en Moravie, où probablement les descendants des hussites lui auront donné asile. C'est là que le mal contagieux l'emporta avec le dernier de ses enfants, à la fin de 1564 ou au début de 1565.
II. Œuvres .— 1° Durant sa période catholique, les charges et la prédication absorbèrent à peu près toute l'activité d'Ochin. Deux écrits seulement furent publiés à cette époque : Dialoghi selle, imprimés à Venise en 1540 et Prediche nove, neuf sermons prêches en 1539 et publiés dans la même ville en 1541.
Les Sept dialogues constituent un traité de la perfection chrétienne, dans lequel Ochin explique d'abord à son interlocutrice, Catherine Cibo, duchesse de Camerino, la nature et les conditions de l'amour de Dieu. Ensuite il lui apprend à devenir heureuse en se détachant des biens de ce monde, et à se régir soi-même par l'ordonnance harmonieuse des facultés et des sens. Les dialogues quatre, cinq et six se réfèrent à la conversion et à l'union parfaite de l'âme à Dieu, tandis que le dernier expose les règles de l'ordre divin dans lequel s'enrôlent les âmes ferventes par un acte de profession dont Ochin soumet un modèle à la duchesse de Camerino. Ces dialogues, pleins de vie et de naturel, sont rehaussés de comparaisons ingénieuses comme celle du royaume de l'âme où la volonté est reine, assistée d'un grand sage qui s'appelle l'intellect, et servie par de nobles demoiselles, comme l'imaginative et la fantaisie, ou par des ambassadeurs tels que le tact et l'odorat (Dialogue III).
Les Prediche nove, neuf sermons prêches en 1539 à partir du dimanche de la Passion, ont conservé la forme oratoire et, partant, reproduisent fidèlement la prédication d'Ochin, bien mieux que les dissertations et les pamphlets publiés plus tard sous le titre de Prediche. Rompant avec une fâcheuse coutume qui trop souvent déshonorait la chaire à cette époque, Ochin évite soigneusement dans les Neuf sermons tant les disputes d'école que les citations profanes, les trivialités et les allusions politiques. Le pivot de sa prédication est le Christ, dont il commente l'œuvre rédemptrice à l'aide de l'Ecriture Sainte en vue du salut des. âmes. Dans le premier sermon, il expose les conditions du vrai repentir, et préconise la confession, non seulement au
moyen des Pères et des conciles, mais aussi en invoquant le témoignage de Platon sur l'utilité d'avoir un ami unique auquel on dévoile ses plus intimes secrets. Le second sermon est consacré à l'incarnation du Verbe et le troisième à l'œuvre de salut accomplie par le Christ. Dans le sermon suivant, il examine les trois attitudes qu'inspire aux hommes la passion du Christ : celle du scandale, celle de la raillerie et celle du repentir. Le cinquième sermon traite de la communion et réclame la foi pure et simple au mystère de la transsubstantiation sans aucun secours de la raison humaine. Le sixième sermon a ceci d'intéressant que l'orateur y expose la doctrine catholique sur la foi et les œuvres et soutient, contre les hérétiques, la confession, le jeûne, l'autorité du pape, les bonnes œuvres et le purgatoire, dont il allait bientôt se dire l'adversaire déclaré. Dans le septième sermon, prêché à Venise le lundi de Pâques 1539, Ochin commente l'Évangile du jour sur les disciples d'Emmatis et en prend motif pour exhorter ses auditeurs à pénétrer plus avant dans la voie de la grâce; le huitième, qui date de la fête de sainte Marie-Madeleine, développe l'idée que la paix véritable ne s'acquiert ni par les jouissances sensuelles, ni par la plénitude de la science, mais bien par la confiance illimitée dans la miséricorde divine. Enfin le neuvième sermon, le plus remarquable de tous, fait, devant les étudiants de Pérouse, le procès de la raison humaine, qu'elle s'occupe de théologie, de droit ou de philosophie, et leur montre que, sans la science du Christ, elle est impuissante à résoudre les grands problèmes. « La théologie humaine, dit Ochin, n'a fait qu'obscurcir la vérité, avec ses multiples distinctions, ses formules dialectiques, ses figures et ses fausses conclusions. Quant à la théologie du Christ, source unique de vérité, elle gît dans l'abandon. Les orgueilleux théologiens dédaignent le pain de vie et exaltent la métaphysique de Scot à l'égal de l'Évangile : les uns suivent Gilles de Rome, les autres Occam ou quelque maître pareil. Plus que tout autre philosophe, Aristote s'est efforcé d'approfondir la connaissance de l'âme humaine : et pourtant, comme le dit son commentateur Averroès, il n'arriva point avec les lumières naturelles à en déterminer la fin, ni à savoir si elle est mortelle ou immortelle. Malgré cela on a plus foi en lui que dans le Christ, alors que seul Celui-ci peut conduire les âmes à la lumière. Mirez-vous dans le Christ et vous reconnaîtrez qu'il est mort pour vos péchés, ce qu'aucune science ne peut vous apprendre. Par le Christ, porte d'infaillibilité, vous entrez dans la sagesse et la justice; c'est à son école qu'il faut acquérir la science de la dispute et du raisonnement; c'est à l'étude de son livre qu'il faut vous appliquer assidûment, si vous voulez vous libérer du joug des sens et vous élever à la pratique de toute vertu. • Tout ce sermon offre un commentaire saisissant des paroles de saint Paul dans I Cor., i, 20 ; n, 2 : « Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? — ■ Car je n'ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus- Christ crucifié. » Dans les Neuf sermons, la maîtrise oratoire d'Ochin se manifeste à chaque page. Il interpelle et adjure ses auditeurs avec une liberté tout évangélique, les tenant en suspens, au moyen de questions et d'éliminations savamment graduées, jusqu'au moment décisif de la conclusion finale. Pour les distraire, il entrecoupe sa démonstration d'un épisode plaisant, fait une pause pour recommander une œuvre de charité ou pour donner de ses nouvelle», etc. Il vise au cœur autant qu'à la tête et sa dialectique, relevée d'antithèses et d'images variées, a une note sentimentale à laquelle même l'esprit le plus prévenu ne pouvait rester insensible. A quitre
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siècles rie distance, sa critique serrée de la science humaine (sermon ix) s'impose encore à l'attention, et ses vibrantes apostrophes à « sa ville de Venise » (sermons i, ni) ne laissent pas d'émouvoir à la simple lecture. Si l'on se rappelle que son admirable force de persuasion était servie par un organe empoignant et que sa réputation de sainteté, accréditée par une apparence frêle et un pâle visage d'ascète encadré d'une barbe de patriarche, renforçait encore le prestige de sa parole, on pourra se figurer aisément l'effet irrésistible que devait produire celui dont les auditeurs les plus pieux, comme l'évêque Giberti et la patricienne romaine Victoria Colonna, aussi bien que les plus difficiles et les plus blasés, comme le cardinal Bembo et le satirique Arétin, célébraient à l'envi l'incomparable talent oratoire.
2° Dans l'apostasie d'Ochin sombra aussi son éloquence. Sans doute continua-t-il de prêcher, mais devant des auditoires de transfuges aux croyances variées et contradictoires. Ses sermons prennent désormais la forme de dissertations ou de libelles polémiques destinés à combattre l'Église romaine, la confession, les indulgences, les vœux, ou consacrés aux thèmes qui préoccupent davantage le novateur : la justification par la foi, la prédestination et la liberté.
De 1542 à 1562, il publia une série de sermons (Prediche, Bâle-Genève) qui comprend cinq volumes. A peine publiés, d'habiles agents de la réforme les propageaient dans plusieurs villes d'Italie, comme Venise, Ferrare, Imola, Faenza. A Venise, au témoignage du nonce Mignanelli, tous les hommes de bon sens accueillaient avec pitié « ces sermons venimeux au pesant langage » ; à Imola, Faenza et ailleurs encore sans doute, les hérétiques en faisaient la lecture dans leurs conciliabules. Mais, tout en constatant le déclin oratoire d'Ochin devenu protestant, il faut reconnaître aussi que, depuis son arrivée à Genève jusqu'à sa mort, il déploya une activité littéraire considérable. Le besoin de se justifier et de répondre aux attaques venues du camp catholique, le poussa à écrire son Épttre aux magnifiques seigneurs de Sienne (1543) et à entrer en correspondance avec des amis déçus tels que Claude Tolomei, ou en lutte avec des adversaires redoutables tels que Caterino Politi de Sienne, Marc de I rescia et Muzio de Capo d'Istria. De part et d'autre, cette polémique manque de sérénité et dégénère le plus souvent en attaques personnelles. Sans doute la plupart des autres écrits d'Ochin se ressentent aussi, au moins en partie, de son aigreur antiromaine. Mais on y trouve de plus, et abondamment, l'exposé de ses théories philosophiques et de ses croyances religieuses. Les cinq tomes de ses Prediche ont chacun leur idée maîtresse, empruntée à la doctrine ou à la vie chrétienne : le t. i, la satisfaction du Christ pour le genre humain; le t. n, la prédestination; le t. ni, la foi, l'espérance et la charité; le t. iv, le péché, la mort et le jugement; le t. v, le Christ dans le plan divin et le devoir de l'homme à son égard.
Pendant son séjour à Genève, en 1544 et 1545, Ochin publia encore : L'image de l'Antéchrist, pamphlet antipapal écrit en italien par Ochin, mais publié pour la première fois en français (1544) et peu après en allemand, en hollandais et en espagnol; des traductions latines de plusieurs de ses sermons, entre autres de celui qui a pour thème : Quid sil per Christum juslificari; Espositione sopra la Epistola di S. Paulo alli Romani (1545). Dans ce dernier commentaire, Ochin s'efforce d'établir sa doctrine de la justification par la foi sur l'autorité de. l'Apôtre. De son séjour à Augsbourg date l'Esposilione sopra la Epistola di S. Paulo alli Galali (1540). Si Dieu a créé le monde pour
qu'il fit paraître à note caractéristique Elle est dédiée à
l'homme, y affirme Ochin, l'homme lui-même a été créé pour servir Dieu, le connaître et l'aimer. De la connaissance de Dieu dérivent toutes les vertus; il s'est manifesté d'abord dans la création, puis dans les Écritures, mais c'est le Christ qui nous a apporté la plénitude de sa connaissance et par là même nous a mis sur la voie de la justice. On signale encore de lui à cette époque, trois opuscules dont l'édition allemande seule est connue : Une belle et consolante prière chrétienne ; Un dialogue de la raison sensuelle; De l'espérance d'un cœur chrétien. La Letlera di Fra Bernardino a PP. Paolo III, libelle plein d'injures et de calomnies répandu vers 1547 contre Paul III par des hérétiques de Venise, ne peut être rangée parmi les œuvres d'Ochin, auxquelles rien ne l'apparente ni pour le fond ni pour la forme. Sans doute sa haine de la papauté le pousse aux affirmations les plus osées; mais ce n'est pas à la chronique scandaleuse qu'il emprunte ses chefs d'accusation, pas plus qu'il n'a l'habitude de recourir à la diffamation individuelle.
A ce point de vue, l 'œuvre Londres en 1549 donne bien la de sa mentalité antiromaine.
Edouard VI et porte le titre : A Tragoedie or Dialogue of the uniusle usurped primacie of the Bishop of Rome, and of ail the just abolifyi.ng of the same (Une tragédie ou dialogue sur la primauté injustement usurpée de l'évêque de Rome et sur tout ce qui regarde sa juste abolition). Originairement composée en latin par Ochin, cette œuvre fut traduite en anglais par John Ponet, docteur en théologie, et publiée pour la première fois dans cette langue. En 1558, il en parut une version polonaise. C'est un drame fabuleux composé de neuf scènes et destiné à montrer que l'Église romaine est une invention de Lucifer pour détacher le genre humain du Christ : c'est l'ambition de l'évêque de Rome, soutenue par la puissance impériale, qui a créé la papauté. A la scène iv, nous voyons le pape Boniface III, ému de l'opposition faite à son autorité par les autres Églises, déclarer hardiment que sa suprématie remonte au Christ. Le « jugement de l'homme >-, un des personnages du drame, lui fournit de faux documents d'après lesquels saint Pierre est venu à Rome et y a été crucifié : en vertu de ces documents, le pape se déclare le successeur du chef des Apôtres. Dès lors, la pompe et la puissance temporelle de l'Église romaine entrent dans une période de prospérité croissante sous l'inspiration occulte de Lucifer qui, du fond de son ténébreux royaume, exploite la superstition, la vanité, les aspirations bonnes et mauvaises des fidèles et reprend son empire sur eux en les mettant sous la tutelle des prêtres par la confession, l'interprétation de l'eucharistie comme une nouvelle passion célébrée par eux, la vente des indulgences et des dispenses (scène vi). Si Lucifer se réjouit de son succès, le Christ se lamente avec les archanges Michel et Gabriel du triomphe de l'imposture (scèn« vu). Sans doute, Dieu n'a permis ce triomphe, qui touche à sa fin, que pour manifester davantage sa toute-puissance; jamais il n'a cessé d'assister ses élus au milieu des embûches de la fausse Église. Mais, dès maintenant, l'abomination a duré assez longtemps, et il charge l'archange Gabriel d'exhorter Henri VIII à purifier ses états du règne de l'Antéchrist. L'archevêque de Cantorbéry (Thomas Cranmer, protecteur d'Ochin) assiste le roi dans l'exécution de ce projet, et Edouard VI promet de marcher sur les traces de son père (scènes vm-ix). — Ce drame, qui se déroule successivement en enfer et au ciel, à la curie romaine et à la cour de Londres, présente d'une façon suggestive les objections des protestants contre la primauté, de l'évêque de Rome. Ochin y a dépensé toutes les
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ressources de son imagina lion, toute la puissance de son style et toute la subtile amertume de son aversion pour Rome. Maigre les longueurs et le ton de basse flatterie (fui déparc les scènes finales, l'intérêt est assez bien soutenu; certaines scènes, comme celle du conseil infernal présidé par Lucifer (i) et celle du concile (v), sont empreintes de grandeur et révèlent une aptitude indiscutable pour le drame religieux. Sans doute cette œuvre aura reçu bon accueil à la cour d'Edouard VI; mais il est à présumer que la plupart des exemplaires en auront été détruits au cours de la réaction catholique inaugurée dès 1553 par Marie Tudor. Notons encore, comme indice de l'influence exercée par Ochin durant son séjour à Londres, la traduction anglaise de plusieurs de ses sermons, faite a différentes reprises entre 1518 et 1580, par R, Argentine, la princesse Elisabeth, Anna Cook et William Phiston.
Ayant dû quitter Londres en tout hâte, il se remit de ses émotions à Genève en publiant les Apologues, recueil de 101 anecdotes satiriques ou plaisantes sur le compte de l'Église romaine et'dc ses institutions (1554). D'après le titre, ces Apologues devaient étaler au grand jour les abus, les superstitions, les erreurs, l'idolâtrie et l'impiété de la synagogue du pape, et spécialement de ses prêtres, moines et frères. En réalité, ce sont des contes assez inoffensifs, dont les visées temporelles des papes, les abus du culte des reliques, les vices attribués aux moines et la naïveté des braves gens font a peu près tous les frais. Pour les composer, il aura suffi à Ochin de faire appel aux souvenirs de ses. récréations d'antan. Car la plupart de ses Apologues ne sont que l'expression tour à tour malicieuse et grossière du droit de libre critique qu'au Moyen Age et à la Renaissance clercs, moines et laïcs exerçaient allègrement les uns sur les autres. Il est probable que, se trouvant sans emploi à cette époque, Ochin aura escompté, en publiant les Apologues, un succès facile de librairie afin de se faire des ressources. Il semble, en effet, que le public protestant leur ait fait bon accueil, surtout en Allemagne et dans les Pays-Bas, où il en parut plusieurs traductions. Dès 1559, Rome mit les Apologues à l'Index, moins sans doute à cause de leur contenu qu'en vue de l'intention méchante de leur auteur.
Celui-ci, ayant trouvé une situation de prédicant italien à Zurich (1555), se sentait en verve et publiait en 1556 son Dialogo del Purgalorio, qui paraissait simultanément en italien, en latin et en allemand; la première version française date de 1559. Dans ce Dialogue, Théodidacte, qui représente Ochin, soutient contre cinq religieux que le seul purgatoire véritable est Jésus qui, par son sang, a purgé les âmes de leurs péchés.
La même année 1556, il entrait en polémique avec Joachim de Westphalie, ministre luthérien à Hambourg, au sujet de la cène, et lui opposait sa Syncera et verse doctrinal de cœna Domini defensio, dans laquelle il présente ce sacrement comme le souvenir de la mort expiatoire de Jésus-Christ, sans y voir à l'encontre des théologiens réformés d'alors, un gage du pardon des péchés. D'après lui, l'Esprit-Saint est ce gage. Dès ce moment Ochin, déjà suspect à Calvin pour son indépendance, devint l'objet de critiques ouvertes qui se feront de jour en jour plus vives | jusqu'à entraîner la réprobation unanime des consis- j toires de Zurich, de Genève et de Bàle. Ochin ne parait : pas s'en être inquiété beaucoup et continua à traiter librement les sujets controversés, soi-disant pour concilier les théories divergentes des Églises réformées, ainsi qu'il le déclare dans sa Tractalio de eonciliatione controversiœ inter reformatas Ecclesias (Bâle, 1561). En cette même année 1561, la plus féconde de sa
vie de prédicant, il fit paraître trois autres ouvrages : Disputa intorno alla preseuza del corpo di Gesù Christo nel sacramento délia cena ; — Prediche nomate Laberinti del libero o vero servo Arbitrio, Prescienza, Predestinatione e Libéria divina, e del modo per uscirne; — // (Mechismo, o vero Institutione christiana in forma di dialogo. Dans sa Disputa, il rejette, au sujet de la présence réelle, tant la doctrine catholique de la transsubstantiation que l'enseignement luthérien d'après lequel, dans la cène, le Christ se communique vraiment au fidèle, quoique seulement par sa force et en esprit. D'après Ochin, un homme peut être élu, juste, saint, et par conséquent se sauver, sans adhérer ni à l'une ni à l'autre de ces deux croyances. Il fait ensuite une charge à fond contre la misse, qu'il traite d'institution diabolique. Les Prediche nomate Laberinti, qui, comme la Disputa, furent traduites aussitôt en latin, sont consacrées à un examen approfondi du problème de la liberté humaine et reprennent, dans un esprit de détachement voisin du scepticisme, la discussion qui jadis avait mis aux prises Érasme et Luther. Dans les quatre premiers Labyrinthes, où se trouvent ceux qui croient être libres, l'auteur développe les arguments qui plaident contre le libre arbitre. Il conduit ensuite le lecteur dans les quatre Labyrinthes où se fourvoient ceux qui croient ne pas être libres; après quoi il expose l'opinion de ceux qui soutiennent qu'il ne faut s'engager ni dans les Labyrinthes qui postulent la nécessité, ni dans ceux qui présument la liberté, et, pour finir, propose le moyen de sortir des Labyrinthes. La solution d'Ochin cherche à concilier les partisans des deux théories et se réfugie finalement dans la voie de la docte ignorance, en recommandant le pragmatisme des bonnes œuvres sans aucune spéculation doctrinale. Il affirme que l'homme est libre dans les choses humaines par nécessité morale, mais que sa liberté est rattachée à la volonté de Dieu, dont la prescience voit les actions où il nous a voulu libres non comme déterminées par lui, mais comme des faits. Le péché n'en reste pas moins inévitable, et ici Ochin incline en faveur du serf arbitre; mais, comme le pécheur rejette la grâce de Dieu et abuse de la liberté suffisante, il est responsable de sa faute et par conséquent mérite la punition que Dieu lui inflige. D'autre part, l'homme n'a pas le mérite des œuvres morales, car le pouvoir de les faire ou de s'en abstenir lui a été conféré par Dieu. En somme, toute l'argumentation d'Ochin au sujet du libre arbitre, pour subtile et originale qu'elle soit, oscille constamment entre le pour et le contre pour aboutir finalement au doute. Ni la raison, ni la sagesse humaine, ni la philosophie ne peuvent rien nous apprendre à ce sujet. Seule la foi en la révélation et et en la grâce divine doit dicter au fidèle son attitude pratique, qui est celle de l'accomplissement des bonnes œuvres, sans qu'il ait l'obligation de se croire ou de ne pas se croire libre. Connaissant le vif intérêt qu'Elisabeth d'Angleterre éprouvait pour ces questions, le novateur lui dédia ses Labyrinthes et, dans sa dédicace, lui rappela leurs entretiens de jadis sur la prédestination.
Son Catéchisme est composé sous forme de dialogue : les deux interlocuteurs, le ministre et l'illuminé, y traitent de la vie du vrai chrétien et des moyens d'atteindre le salut et commentent, en suivant l'ordre des manuels protestants de ce genre, le décalogue, le symbole des Apôtres, l'oraison dominicale, le baptême et la cène. C'est là qu'on trouve la déduction qui conclut de l'impression plus ou moins consciente de l'être à la réalité de l'être, déduction que Descartes érigerait en système au siècle suivant. « Il me semble en effet que je suis, dit l'illuminé, mais il est possible que je me trompe. — Il est impossible, ré-
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pond le ministre, qu'il semble d'être à quelqu'un qui n'est pas. Si donc il te semble être, il faut dire que tu es. » P. 1. Revenant à une théorie qui lui est chère, Ochin soutient que le baptême et la cène ne sont que des témoignages de la justification par la foi, et trouvent leur source, non pas en Dieu, mais {'ans l'homme lui-même, qui fortifie sa foi en accomplissant ces actes. « On ne baptise pas l'adulte, dit-il, afin que ses péchés lui soient pardonnes, mais bkn pour protester qu'il croit vivement qu'il en a obtenu la rémission par la foi au Christ qui est antérieure au ba] tême : de telle façon que la promesse du pardon des péchés est faite à qui croit et non ras à qui se fait baptiser. » P. 245. Ce Catéchisme fut dédié par son auteur à la communauté italienne de Zurich dont il était alors le ministre afin que, après sa mort qu'il sentait prochaine, elle pût y trouver « la voie sûre qui mène au ciel ».
Après la publication des Labyrinthes, faite sans l'approbation de la censure de Zurich, le sénat de cette ville avait ordonné à Ochin de ne plus rien éditer sans autorisation. Mais, plus il avançait en âge, plus il se sentait pris du désir irrésistible d'exposer librement ses opinions, au risque d'encourir la disgrâce irrémédiable de ceux qui tenaient son sort entre leurs mains. Sans aucun souci' de la défense faite par le sénat de Zurich, il publia en 1563, à Bâle, son dernier grand ouvrage qui devait causer sa perte : Dialogi XXX in duos libros divisi, quorum primus est de Messia continetque dialogos XV III. Secundus est cum de rébus variis tum potissimum de Trinitate. Écrite en italien par Ochin, cette oeuvre ne fut livrée à la publicité que dans sa traduction latine, faite par Castalion, qui traduisit aussi les Labyrinthes. Dans les 18 dialogues du premier livre, Ochin argumente avec un juif nommé Jacob et réfute ses objections contre la mission divine du Christ et contre la doctrine eu salut. Ochin affirme que Jésus est bien le Sauveur du monde, qui a accompli toute la Loi en mourant pour les pécheurs. A quoi le juif répond que le pardon des péchés ne provient pas du Christ, mais uniquement dé la bonté divine. On ne manqua pas de reprocher à Ochin d'avoir mieux développé les arguments du juif que ceux du chrétien. Mais plus que des reproches, certaines thèses du livre II soulevèrent la réprobation générale. Aux dialogues xix et xx, Ochin discute sur l'essence et l'existence de la Trinité : son contradicteur, un être supérieur qui s'appelle Esprit, affirme que la doctrine du Nouveau Testament demande la croyance en Dieu et en Jésus- Christ, mais non pas en la Trinité; à cette affirmation, Ochin n'oppose qu'une tiède réponse. Il va plus loin encore dans le dialogue xxi, où il traite de la polygamie. Il se demande si un homme, qui est marié à une femme stérile, ou maladive, ou d'une humeur incompatible avec la sienne, a le droit d'en épouser une autre sans répudier la première. A ce cas de conscience il répond par la négative; il combat la pluralité des femmes et conclut en exhortant à la prière, persuadé que la foi dans le secours divin méritera la continence à ceux qui la demandent. Mais, fidèle à son habitude, il ajoute à cette affirmation de la morale chrétienne une concession finale qui la récuit à néant : « Si Dieu, répond-i) au mari qui est venu le consulter, malgré tes prières ne t'accorde pas la foi nécessaire pour le succès de la continence, tu pourras faire ce à quoi Dieu te stimule; si tu es tout à fait certain que ton stimulant provient de Dieu, tu ne pécheras pas. Qui obéit à Dieu, ne peut pécher. Je ne puis te donner un autre conseil. » Enfin, dans le dialogue xxvm, Ochin blâme la peine de mort appliquée aux hérétiques et, dans le dialogue xxx, il attaque Bullinger, qu'il appelle tyran et pape iéformé.
Cette liberté inouïe d'opinion, et surtout la con-
descendance montrée au sujet de la polygamie, indignèrent au suprême degré les autorités civiles et religieuses de Zurich. Peu s'en fallut que le sénat ne lui fît subir le sort de Servet, ainsi que Bullinger, qui était bien placé pour le savoir, le fit comprendre à demi-mot à Théodore de Bèze (28 novembre 1563) : « Tout le livre, écrivait-il. est d'une perversité impie, et le sénat, justement alaimé par l'audace et l'impureté de cet homme, l'a dépouillé de sa charge et l'a expulsé du canton. Peu a manqué qu'on n'agît tout autrement avec ce vieillard invétéré dans la méchanceté de ses vieux jours. » Toutefois, il semble bien que les théologiens réformés aient donné au dialogue incriminé une interprétation excessive. Au fond, Ochin, devenu de jour en jour plus sceptique vis-à-vis de la théologie et de la raison, et poussant jusqu'aux extrêmes limites les prémisses du libre examen, est resté logique avec lui-même. Dans son dialogue de la polygamie comme dans les autres, il s'est inspiré de son principe absolu de la justification par la foi et, partant, comme solution finale, il ne pouvait en présenter d'autre que celle suggérée par la conscience individuelle, éclairée et soutenue par une prière pleine de foi. D'ailleurs, Ochin ne destinait pas ses Dialogues au grand public, puisqu'il n'en avait fait qu'une édition latine. Mais le scandale, vrai ou simulé, dépassait toute mesure, et les maîtres de Zurich en prirent occasion pour se débarrasser du hardi novateur dont la critique indépendante semait à larges mains le doute en matière de dogme et de morale. Celui qui n'avait pas voulu du tribunal de Rome, dut comparaître devant celui de Zurich. Par une ironie suprême, des coreligionnaires, pour la plupart apostats comme lui, s'érigeaient en dé.cnseurs de cette « foi ecclésiastique » en aversion de laquelle il avait biuyamment abandonné l'Église. Et ceux qui jadis avaient salué sa défection comme une victoire sur la superstition romaine, le chassaient à présent de leur sein comme un dangereux hérétique.
III. Évolution religieuse. — Qui voudrait reconstituer les étapes de sa lamentable évolution religieuse, pourrait trouver des indications utiles dans ses nombreux écrits.
Il semble bien que, jusqu'au seuil de la maturité, Ochin se soit préoccupé d'assurer son salut ens'adonnant à une vie austère; c'est la raison pour laque e, jeune encore, il entra dans l'ordre franciscain de l'observance. Durant plusieurs années, il y trouva le bonheur et la paix : il dira plus tard, dans le dialogue xxx, aux religieux restés fidèles à leur profession, que lui aussi, tout comme eux, fut, un jour, heureux dans le cloître comme s'il eût été au paradis terrestre. Son sceau, qui représente saint Bernardin de Sienne tenant le monogramme de Jésus, permet de croire que les saints exemples de son glorieux concitoyen ont exercé alors de l'influence sur lui. Toutefois, dès sa jeunesse, il manifestait déjà une âme inquiète, puisque, entré dans l'observance vers 1504, il en était sorti, deux fois avant 1521. C'est durant une de ces sorties qu'il alla étudier la médecine à l'université de Pérouse, où il se rencontra avec Jules de Médicis, le futur pape Clément VII. Ayant connu la congrégation capucine, il y entra, poussé par le même désir qui, trente années auparavant, l'avait conduit à l'observance : celui de mener la vie la plus mortifiée et la plus conforme à celle du Christ. 11 rappellera plus tard, dans sa lettre à Muzio de Capo dlstiia (7 avril 1543) que, ayant revêtu l'âpre bure de capucin non sans une vive répugnance de sa sensualité, il dit au Christ : « Seigneur, si maintenant je n'opère pas mon salut, j'ignore ce qu'i )me reste à faire. » Il croyait encore alors à l'efficacité des œuvres de pénitence, jeûnes, oraisons, abstinences, veilles, pour la satisfaction des péchés.
OCHIN
Mais, s'il faut l'en croire, c'est peu après son entrée chez les capucins, que le Seigneur lui aurait dcssil'é les yeux et lui aurait fait voir trois choses : 1° que c'est le Christ qui a satisfait pour ses élus et leur a mérité le paradis, cl que lui seul est notre justification; 2° que les voeux des religions humaines sont non Seulement invalides, niais de plus impies; 3° que l'Église romaine, bien que son éclat extérieur éblouisse les yeux de la chair, n'en est pas moins un objet d'abomination aux yeux de Dieu.
En réalité, Ochin a puisé ces idées, qui sont à la base de la pseudo-réforme, dans le cénacle présidé par un faux maître en spiritualité, l'espagnol Jean Valdès, établi ;ï Naplcs depuis 1533. Dès 153<>, Ochin se mit à fréquenter ce laïque doucereux, dont le mysticisme individualiste, énoncé d'un ton persuasif et conciliant, exerça une influence aussi profonde que nuisible sur la plupart des habitués de son cercle. Aux hommes d'Église, prêtres séculiers et moines de toute robe, aux humanistes renommés et aux grandes dames qui recouraient à lui, Valdès s'efforçait de donner ce qu'il appelait une conscience paffaite, qui attribuât l'état de salut aux seuls mérites de la croix, et ne connût d'autre loi que celle de l'amour de Dieu : auprès d'Ochin, ses efforts furent couronnés d'un plein succès. Il est probable aussi que ce dernier aura connu, dès sa mise en circulation (1540), le Très utile traité du bénéfice du Christ, conçu par Benoît de Mantoue, moine bénédictin de San-Severino à Naples et compilé en bel italien par Marc-Antoine Flaminio. Dans ce petit livre, qui eut une diffusion extraordinaire en Italie, la doctrine de la justification par la foi était suffisamment énoncée : « La justice accomplie par le Christ, y lisait-on, nous a justifiés auprès de Dieu, qui a châtié dans son Fils unique toutes nos fautes, toutes nos iniquités, et par conséquent a accordé un pardon général à toute la génération humaine, dont profitent tous ceux qui croient à l'Évangile. » Ochin adopta ces idées et se mit à les répandre à mots couverts dans ses sermons et dans des conversations particulières. C'est ce qui explique son insistance à exalter le sacrifice de la iroix, et son exhortation à faire l'adoration des Quarante-Heures devant le crucifix à Sienne (1540). Mais ses intentions étaient assez claires pour être comprises et pour semer le trouble dans les âmes. Même une mondaine comme Tullia d'Aragona lui reprocha, dans un sonnet qu'elle lui dédia, d'avoir privé l'homme du plus beau don que Dieu lui fit : le libre arbitre. Dénoncé dès 1536 au vice-roi et à l'archevêque de Naples, pour ses prédications à San Giovanni Maggiore, en 1539 dans la même ville et les années suivantes à Venise, Ochin, défendu par de puissants protecteurs, couvert par la faveur publique et par la confiance de ses confrères, sut donner le change pendant plusieurs années, fort des divergences qui divisaient les théologiens catholiques de l'époque au sujet du péché originel et de la justification. L'invitation péremptoire de Paul III qui l'appelait à Rome (15 juillet 1542) le mit devant la troublante alternative : soumission ou rébellion. Il semble qu'il ait eu d'abord l'intention d'obéir, si l'on peut se fier à sa lettre écrite de Florence au cardinal Farnèsc le 20 août 1542. Deux jours plus tard, il annonçait en termes gênés à sa protectrice Victoria Colonna qu'il lui était impossible de se rendre à Rome, sans s'exposer à devoir renier e Christ ou à être crucifié comme lui. Malgré la peine qu'il éprouvait en tout quittant et malgré le souci du qu en dira-t-on, il se réjouissait à la pensée que son départ inaugurerait la réforme de l'Église en Italie.
Celui qui, à cette heure, exerça sur Ochin une influence décisive, tant par sa parole que par son
exemple, fut l'augustin Pierre-Martyr Vermigli- Ce fut lui qui dissipa les dernières hésitations de son ami franciscain et lui indiqua, comme unique voie de libération et de salut, celle qui conduisait en pays réformé, et sur laquelle il allait s'engager lui-même. Quoiqu'en dise Muzio dans jes Mentite Ochiniane, l'ambition déçue ne joua aucun rôle dans la fugue d'Ochin. Son apostasie provient uniquement d'une crise intérieure, au cours de laquelle les circonstances l'ont poussé à manifester au dehors la lupture complète avec, le dogme et la discipline qui, lentements'était accomplie en son âme. Ses succès oratoires et la faveur des grands lui avaient attiré depuis longtemps de la part d'une coterie jalouse, le reproche d'être ambitieux : dès le 22 avril 1537, Victoria Colonna en faisait justice dans une lettre au cardinal Hercule Gonzaga : « Fr. Bernardin est perplexe : s'il reste à Rome, on dit qu'il recherche les grandeurs; s'il s'en va humblement en tournée de prédication, on murmure: il fuit Rome.» Si réellement Ochin avait eu la soif des honneurs, il lui aurait suffi, pour les obtenir, de dissimuler son attachement aux idées nouvelles.
Après avoir passé les Alpes, Ochin se mit à la recherche de la vie idéalement réformée qu'il rêvait, et dans laquelle il espérait trouver l'apaisement de son inquiétude religieuse. Cette réforme à laquelle il avait tout saciifié, il voulut la vivre en lui-même et la proposer à ses coreligionnaires, indépendamment des maîtres de l'heure, luthériens, calvinistes ou zwingliens. Alors que, tout autour de lui, on s'effrayait du désarroi doctrinal et de la décadence des mœurs qui de jour en jour affaiblissaient le protestantisme, Ochin en arrivait logiquement à pousser jusqu'aux extrêmes limites l'application du droit de libre examen et les conséquences du principe de la foi justifiante. C'est ainsi qu'il fut amené à laisser la solution des problèmes capitaux en matière de doctrine et de conduite à la conscience individuelle de chaque fidèle, animé d'une confiance illimitée dans les mérites du Christ. Qu'il s'agît de libre arbitre ou de prédestination, de Trinité ou de cène, de droit de répression en matière d'hérésie ou d'argument de tradition, de suicide ou de polygamie, Ochin ne se crut jamais tenu de suivre l'enseignement des docteurs de Genève, de Bâle, ou de Zurich. A côté de Calvin et de Bèze, d'Œcolampade et de Bullinger qui s'efforçaient d'imposer à leurs adhérents un corps de doctrines et une règle de vie, Ochin fait figure d'individualiste sentimental, de remueur d'idées plus audacieux que profond, qui recherche d'instinct la contradiction it multiplie à plaisir les objections contre les croyances reçues, parce que sceptique devant le dogme comme devant la raison etrevêche à tout doctrinarisme. Calvin s'en préoccupa bien vite, et dès 1543, sonda le transfuge siennois au sujet de ses opinions. Plus tard, il laissa entendre à de Fallais qu'il ne voyait pas de bon œil la traduction française des sermons d'Ochin : « Us sont plus utiles en italien qu'en autres langues, n'était que le nom de l'homme sert », lui écrivait-il. A vrai dire, la pensée d'Ochin ne trouva d'écho pleinement fidèle que dans les communautés italiennes réformées, non assujetties au rigorisme suisse, et heureuses de trouver en terre d'exil un compatriote fameux qui leur proposât, dans leur langage chaud et imagé, une vie conforme à leurs désirs, basée uniquement sur la foi au Christ, en dehors de toute Église constituée et de toute école théologique. Mais Ochin exerça aussi en son temps une influence assez étendue sur les milieux protestants allemands, français et anglais, comme le prouvent ses multiples relations et les nombreuses traductions de la plupart;de ses ouvrages. Ce n'est pas sans raison que Charles
OCHIN — OCTAVIEN PR.ECONIUS
Quint, qui jadis avait subi l'emprise de son éloquence (à Naples en 1536), le signala en 1551 à l'ambassadeur anglais Wotton comme étant avec Bucer le plus grand hérétique du temps. Si ses écrits d'inspiration antiromaine ne se distinguent guère, quant au fond, des publications de même nature faites à son époque, ses ouvrages d'allure philosophique et religieuse au contraire, surtout les Labyrinthes et les Dialogues, tranchent par leur originalité, et constituent dans leur ensemble un essai critique intéressant sur la doctrine prônée par les maîtres des Églises réformées. A l'encontre de ces derniers, Ochin n'a pas fait école : son œuvre, qui présuppose l'impuissance de la raison et l'instabilité du dogme, et se base sur la liberté individuelle, illimitée, d'examen et de contradiction, pour aboutir finalement au scepticisme, est dénuée, du point de vue doctrinal, de valeur constructive. Mais elle a introduit dans la réforme protestante un ferment de division de plus, et en a hâté la désagrégation dogmatique et disciplinaire. '
La biographie la mieux documentée est toujours celle de K. Benrath, Bernardino Ochino von Siena, ein Beilrag zur Geschichte der Reformation, Brunswick, 2e éd., 1892. Les œuvres d'Ochin sont minutieusement analysées dans le texte et énumérées en appendice. — Parmi les sources inédites que cet auteur n'a pas connues, on peut signaler les chroniques capucines suivantes, qui traitent de la vie d'Ochin dans l'ordre de Saint- François et de son apostasie : Simplice et divota historia dell'origine delta Congregatione dei Frati capuccini, par Bernardin de Colpetrazzo, 1585, p. 456 sq.; Narrazione dell'origine dei Frati capuccini, pat- Mario de Mercato Saraceno, 1580, p. 231 r°; Historia capuecina, par Mathias Bellintani, t. n, 1588, p. 16 sq., aux archives générales de l'ordre des capucins à Rome; Dionisio Pulinari da Firenze, Cronache dei Frati Minori delta provineia di Toscana, édit. S. Mencherini, Arezzo, 1913, p. 101, 121 ; Antonio Tognocchi da Terrinca, Theatrum etrusco-minoriticum, Florence, 1682, p. 20, 16; Opusculi e lettere di riformatori italiani dei Cinquecento, éd. G. Paladino, Bari, 1913, contient : 1. le Trattalo ulilissimo dei Beneficio di Gesù Cristo; 2. un recueil de lettres d'habitués du cénacle de Valdès; 3. la réédition des sermons d'Ochin publiés dans le t. i des Prediche; A. Catarino, Reprobatione de la dottrina di Fr. Bernardino Ochino, ristrelta da lui in una sua epistola al magnifico Magistrato di Balia de la Cittù di Siena, dans son Compendio d'errori, Rome, 1544; Mutio Justinopolitano, Le mentile Ochiniane, Venise, 1551 ; J. Manzoni, Estralto dei Processo di P. Carnesecchi, dans M iscellanea di storia italiana, t. x, 1870, p. 196, 489, 504 sq., 516; Z. Boverius, Annales capuccinorum, t. i, 1541-1542 (il rapporte la légende de la prétendue conversion d'Ochin et de sa mort pour la foi), Lyon, 1632; Vittoria Colonna, marchesa di Pescara, Carteggio publié par K. Ferrero et G. Millier, 2e éd., avec supplément par D. Tordi, Turin, 1892; A. Reumont, Vittoria Colonna, vila, fede e poesia, trad. italienne par G. Millier et E. Ferrero, 2° éd., Turin, 1892; Edouard d'Alençon, Gian Pietro Carafa e la riforma nell'Urdine dei Minori dell'osservanza, extrait de Miscellanea francescana, 1911-1912; Z. Lazzeri, Un'ambasceria di N. Machiavelli al Capilolo gen. di Carpi (1521), dans Archivum franc, hist., t. xvi, 1923, p. 149 sq.; Hildebrand, L'Ordre de S. François dans les œuvres d'Ochin, dans Neerlandia franciscana,-t. n, 1919, p. 209 sq.; F. Callaey, L'apostolat des Fr. mineurs capucins dans Liber memorialis Ordinis Fr. Minorum capuccinorum, Rome, 1928, p. 8 sq.; P. Piccolomini, Due lettere inédite di B. 0.,dans Archivio romano di storia pairia, t. xxvm, 1905; E. Solmi, La fuga di B. O. secondo i documenti deli archivio Gonzaga di Mantova, dans Bulletino senese di storia pairia, t. xv, 1908 ; P. Negri, Note e documenti per la storia delta Riforma in Italia, II. B. Ochino dans Atti délia R. Academia délie scienze di Torino, t. xlvti, 1912; P. Tacchi Venturi, La vita religiosa in Italia durante la prima età delta Compagnia di Gesù, Rome, 1910; du même, Il vescovo Gianmatteo Giberii nella fuga di B. O., dans Ciuillà catlolica, 1913, t. iv, p. 320 sq.; F. Lauchert, Die ilalienischen literarischen Gegner Luthers, Fribourg-en-B., 1912 ; G. Morpurgo, Un umanisla martire, Aonio Paleario e la Riforma teorica italiana nel secolo XVI, Città di Castello, 1912; P. Misciatelli, Mistici Senesi, 3e éd., Sienne, 1913; E. Rodocanachi, La Réforme en
Italie, t. i, Paris, 1920; P. Chiminelli, Bibliografia délia sloria délia riforma religiosa in Italia, p. 122 sq., Rome, 1921; D. Meyer, Essai sur la vie, les écrits et les doctrines de B. Ochin, Strasbourg, 1851 ; D. Bertrand Barraud, Les idées philosophiques de B. Ochin de Sienne, Paris, 1924; F. Lanzoni, La controriforma nella città e diocesi di Faenza, Faenza, 1925; G. F. Corlini, La riforma e l'inquisizione in Imola e M. A Flaminio Interano, Imola, 1928.
P. F. Callaey.
1. OCTAVIEN CAMERAIMI, deRavenne, de l'ordre des frères mineurs conventuels, vécut pendant la première moitié du xvne siècle. Premier recteur du gymnase de Vienne, il devint ensuite, en 1625, le premier professeur de théologie à l'université de cette ville, et, peu après, le théologien de l'empereur Ferdinand 11. Revenu ensuite, dans sa patrie, il se lia d'une étroite amitié avec le théologien Barthélémy Mastrius et lui vint en aide dans l'édition de ses ouvrages tliéologiques et philosophiques. Il prit aussi la défense de Mastrius contre Ferchius et composa, dans ce but, vers 1647, une apologie de Mastrius contre son adversaire Ferchius, qui fut publiée à Ferrare, en 1650, sous le titre : Scolus et scolistse, Bellutus et Mastrius expurgati a querelis Ferchianis. Octavien écrivit encore : Elogia doctrinœ scoticœ qui a été éditée dans le premier tome du Cursus philosophiœ de Barth. Mastrius et Bonav. Bellutus, après la préface. Elle y est intitulée : Doclrina scotica cœlilus et humanitus approbala et comniendala. Nous avons encore de lui les ouvrages suivants : Disscrlalio de tribus SS. Libcriis Ravennœ archiepiscopis, publiée à Ravennc, en 1650; De conventu Ceesaris Ferdinandi cum quibusdam lmperii elecloribus 1630 epistola; Acta decanulus P. F. Oclaviani Camerani Ravennalis, Ord. Min. Conv., ad S. Crucem studiorum regentis, sacrœ theologise docloris et ejusdem facullalis prof essor is publici arademici a die 22 octobri 1627 ad 29 aprilis 1628; Uralio dum laurea ornavit P. Carolum Anlonium Barberium de Pasinis. — Octavien mourut à Bavenne, en 1658, et fut enterré devant le maître-autel de l'église conventuelle de son ordre.
J. H. Sbaralea, Supplementum ud scriplores trium ordinum S. Francisci, 2' édit., t. n, Rome, 1921, p. 292; P. P. Ginanni, Memorie slorico-criliche degli scrittori ravennati, t. i, Florence, 1769, p. 110-111.
A. Teetaert.
2. OCTAVIEN PR/ECONIUS (et non Pr/ecopius), de l'ordre des frères mineurs conventuels. (xvie siècle). Originaire de Castro Reale, en Sicile, il appartint à la province des conventuels de Sicile. Docteur en théologie, religieux à tous les points de vue exemplaire et prédicateur recherché, Octavien fut élevé, en 1546, par Paul III (et non par Paul IV, comme l'écrit L. Wadding, Scriplores ordinis minorum, 2e édit., Rome, 1906, p. 180) au siège épiscopal de Monopoli. Pie IV le nomma, en 1561, évoque d'Ariano dans le royaume de Naples. Transféré, dans la suite, d'après quelques historiens, au siège épiscopal de Cefalù, en Sicile, Octavien devint, le 18 mai 1562, archevêque de Païenne. Conseiller, prédicateur et confesseur de Charles-Quint, il fut désigné par Philippe II, roi d'Espagne, pour assister au concile de Trente. Il y aurait adhéré à la thèse de l'archevêque de Lanciano relative à la communion à donner aux laïques sous les deux espèces du pain et du vin et il aurait confirmé cette thèse en alléguant plusieurs exemples de l'Église primitive, où la communion fut donnée de cette façon aux simples fidèles. Octavien mourut à Païenne, le 18 juillet 1568. — Octavien est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages : 1 . Summa de sacramenlis, imprimée à Païenne en 1565; 2. Conslitutiones synodales Panormilanœ Fcclesiœ: Décréta habita et acceptata in congregatione diœcesana in cathedrali ecclesia urbis Panormi, Païenne, 1565;
OCTAVIEN PRjECONIUS — ODILON DE CLUNY
3. Expositio perlucida in orationem illam obscuram, seu offertorium mysteriosum, quod in missa dcfunclorum pio ritu canitur : Domine Jesu Chrisle rex gloriœ, Naples, 1570; 4. Prœconium Sacramenti, hoc est dispulalio (? dispositio) et prwparalio ad altissimum eucharisliœ sacramentum, Païenne, 1566, et Naples, 1566. D'autres intitulent cet ouvrage : Traclalus de SS. Eucharistiiv sacramento ; 5. Offlcium seplcm principum ctngelorum ante thronum Dei assistentium, Païenne, 1564 ; 6. Discorso del sanlo sacramento deW eslrcma unzionc, Naples, 1567 ; 7. Adhorlatio ad S. R. E. Collegium cardinalium super psalmum 57 pro celeriore Ponlificis creatione, Rome, 1554; 8. Mcdilationes de peccalore converso, en italien; 9. Adhorlatio consolatoria pariter et devola ad lit. et Excell. D. D. Joannem a Vega Sicilia' pro-regem pro obilu suœ conjugis; 10. Expositio responsorii 3 noct. officii defunctorum : Libéra me Domine de morte œterna, en italien, Palermc, 1566. — Quant aux sermons qu'Octavien aurait faits au concile de Trente, qui seraient mentionnés, d'après Sbaralea, Supplementum, t. n, 2e édit., Rome, 1921, p. 293, dans Ylndex orationum coheionumque Tridentini concilii, imprimé à Brescia, en 1562, et qui, d'après le même auteur, auraient été reproduits dans l'édition de Louvain en 1567, nous n'avons pu les trouver dans aucune édition.
L. Wadding, Annales minoruin, t. . xv, Rome, 1736, p. 272; Joseph Maria de Ancona, Annales minorum continuait, t. xix, Rome, 1745, p. 257, 402 et 417; L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, 2e édit., Rome, 190C, p. 180; J. H. Sbarale;i, Supplementum ad scripiores trium ordinum S. Francisco, 2' édit., t. n, Rome, 1921, p. 292-293; Bibliografia siciliana, t. H, Palerme, 1881, p. 244; Evola, Sloria tipogr.-lelter. del secolo XVI in Sicilia, Palerme, 1878, p. 211 et 297; Ughelli, llalia sacra, t. vm, Rome, 1662, col. 311.
A i PFTAFRT
3. OCTAVIEN DE R AVEN NE, surnommé Strambiatus, frère mineur conventuel (xvie s.). — Né à Ravenne, vers 1524, il entra dans l'ordre des conventuels et y acquit le titre de docteur en théologie. Il enseigna successivement la philosophie à Turin, et la théologie à Padoue, à Rome et à Bologne, où il était régent des études. En 1563, alors qu'il professait à Bologne, il fut désigné pour assister au concile de Trente et, le 13 juin de la même année, le pape Pie IV, exhorta par lettre les habitants d'Avignon à accueillir avec sympathie le maître Octavien de Ravenne de l'ordre des conventuels. Il fut nommé, le 19 août 1563, ministre provincial d'Angleterre, où, à cause de l'hérésie, les conventuels étaient devenus peu nombreux; il mourut à Bologne en 1596.
Octavien s'est rendu célèbre surtout par son enseignement philosophique et théologique et par ses ouvrages. Il s'est déclaré toujours et partout un admirateur et un disciple fidèle de Duns Scot, dont il a repris et défendu avec enthousiasme les thèses et les théories. En général, ses ouvrages ne constituent que des commentaires des œuvres du Docteur subtil. Ainsi nous avons de lui un commentaire de VOpus Oxoniense de Duns Scot, intitulé : In IV libros Senlenliarum seu in scriptum Oxoniense Jo. Duns Scod Docloris Sublilis commentarii, ainsi qu'un commentaire sur le premier livre des Sentences et sur les questions quodlibétiques de Duns Scot : Lectiones super primo Sententiarum libro et Super quasslionibus quodlibelalibus Scoli. Ces deux derniers commentaires auraient été composés à Bologne en 1562 pendant qu'il y était régent des études. Octavien a travaillé aussi à éditer les œuvres d'un des défenseurs les plus acharnés et des disciples les plus enthousiastes de Jean Duns Scot, à savoir Pierre d'Aquila, appelé encore : Scolellus. -Cette édition porte comme titre : Opéra Scolelli magislri Oclaviani Ravennatis. II a composé, ensuite, de nombreux
DICT. DE THÉOL. CATH
traités : Tractatus de prœdeslinatione ; Traclalus de libero arbitrio; Traclalus de sgmbolo fidei ; ainsi que des commentaires sur quelques livres philosophiques d'Aristote : Commentaria, 1. In logicam Arislotelis; 2. In melaphysicam ejusdem; 3. In libros ejusdem de anima. Il a écrit enfin une Expositio in physicam et une Leclura super prologum, tenue à Rome, en 1584. Au chapitre général de Rome, en 1617, il fut décrété de faire publier les ouvrages d'Octavien de Ravenne et, au chapitre provincial de Bologne, en 1620, on chargea le Père Octavien de Ravenne, le jeune neveu du précédent, de l'édition des œuvres théologiques et philosophiques de son oncle. Il paraît toutefois que les vœux des capitulaires n'ont pas été réalisés et qu'aucun ouvrage d'Octavien de Ravenne n'a été imprimé.
Joannes de Luca, Annales minorum continuati, t. xvru, Rome, 1740, p. 28; Joseph Maria de Ancona, Annales minorum continuati, t. xix, Rome, 1745, p. 440; L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, 2' édit., Rome, 1906, p. 181; J. H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Francisci, t. n, 2" édit., Rome, 1921, p. 293-294.
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ODESDUN ouODESPUN ouODESPUNQ DE LA MESCHINIERE Louis (1597-1660?) naquit à Chinon en 1597; son père était maître des requêtes et conseiller ordinaire de Gaston, frère de Louis XIII. Entré dans l'état ecclésiastique, Louis Odesdun fut chanoine de Rennes et officiai métropolitain de Bretagne. L'assemblée provinciale de 1630 le choisit comme agent du clergé de France, mais, malgré cette élection, l'archevêque de Tours désigna Bernard de Sariac, abbé de Paimpont, contre lequel Odesdun publia une brochure en 1630. Le Mercure français, t. xvi, p. 573-591, reproduit cet écrit. Odesdun mourut vers 1660. — Odesdun publia, en 1638, un recueil en cinq livres des Actes des assemblées du clergé"; ce premier travail, très imparfait d'ailleurs, le fit désigner pour rédiger les Mémoires du clergé de France. Ces Mémoires parurent sous le titre : Actes, litres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, recueillis et imprimés par le commandement de l'assemblée de 1645, 2 vol. in-folio, Paris, 1646. L'ouvrage fut continué en un volume in-4°, Paris, 1652 : ce dernier contient « tout ce qui s'est passé depuis l'assemblée tenue en 1650 et 1651. » Ces deux écrits renferment un très grand nombre de documents, réunis sans méthode. Dans le même temps, Odesdun rassembla les Actes des conciles de France depuis le concile de Trente, sous le titre de Concilia novissima Gallise a tempore concilii Tridenlini celebrala, in-folio, Paris, 1646. Aux conciles proprement dits, Odesdun a ajouté des avis et décrets des assemblées générales du clergé, en latin et en français.
Michaud, Biographie universelle, t. xxxi, p. 163-164; Moréri, Le grand dictionnaire historique, édit. de 1759, t. vin, p. 26; Salmon, Traité de l'étude des conciles et de leurs collections, in-4°, Paris, 1724, apprécie la collection d'Odesdun, p. 235-237.
J. Carreyre.
ODILON DE CLUNY (Saint), ainsi nommé du monastère de Cluny, dont il fut le cinquième abbé (962-1049). — Né en Auvergne, de la noble famille de Mercœur, Odilon fut agrégé de bonne heure au clergé de l'église Saint-Julien de Brioude ; désireux d'une vie plus parfaite, il entra en 991 à Cluny, où l'avait attiré l'abbé saint Maïeul. Peu après son temps de probation, il fut désigné par Maïeul comme son successeur; la mort de celui-ci en 994 fit d'Odilon l'abbé de Cluny et le chef de l'importante congrégation monastique qui dépendait de la célèbre maison. Odilon administra celle-ci avec beaucoup d'habileté, fut en rapports suivis avec un grand nombre de papes et de