XI
NACCHIANTE - NAHUM
primauté de saint Pierre, autorité du pape et des conciles, approbation papale des actes conciliaires, droit divin, mariage, caractère d'expiation du saint sacrifice de la messe, mariages secrets, monts-depiété, 115 p. - Theoremata theologica: Trinité, incarnai ion, messe, relations entre les personnes divines...
- Theoremata melaphgsica -- Theoremata naluralia — Quatuor quesliones : Création, immortalité, contingence, infinité du premier moteur.
Nacchiante écrit en un style précis, parfois sobre à l'excès. Sa théologie biblique et sa théologie de l'Église expriment d'une manière tout à fait caractéristique les tendances de cette Contre-réforme catholique qui suivit la Réforme protestante et dont il avait été à Trente l'un des ouvriers; strictement thomiste, en particulier sur la question litigieuse de la conciliation de l'activité libre de l'homme et de la prescience de Dieu, il rapporte des opinions tranchées de Cajétan en leur donnant la forme encore plus tranchée de théorèmes. Cette manière de présenter des opinions difficiles suffit à expliquer la désapprobation qu'ont marqué pour ces textes de Nacchiante certains théologiens comme d'Argentré. Nacchiante eut de son vivant une grosse autorité théologique. Nanni le cite et le traite comme l'égal de Cajétan, de Soto et de Carranza.
Quétif-Échard, Scriplores ordinis prsedicatorum, t. n , p. 202, 259;Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. m, col. 78-80; Pallavicini, Histoire du concile de Trente, édit. Migne, t. h, col. 23, 88, 92, 112, 1114, 1252, 1264; t. m, col. 877; Concilii Tridentini actorum, t. iv, vol. 1, p. 184, 314, 389, 423; vol. 2, p. 543, 544, 568, 571; t. v.vol. 2, p. xxn, 18,19, 39, 46, 63, 71, 85, 93.
M. -M. Gorce.
NAGORE Augustin, écrivain mystique, né à Saragosse, en Espagne, en 1620, d'une famille noble. 11 fil profession chez les chartreux d'Aulal)ei, au diocèse de Saragosse, où on le trouve prieur jusqu'en 1682; à cette époque le chapitre général le nomma prieur de la chartreuse de la Conception, située dans le même diocèse. Il mourut le 25 décembre 1705, exerçant la charge de vicaire dans cette maison. L'Ordre lui accorda le bienfait singulier d'une messe De Beata en récompense de son mérite.
Le nom de dom Augustin Nagore, comme écrivain mystique, est tout à fait inconnu en dehors de l'Espagne, et peut-être même en dehors de l'Aragon. Mais son ouvrage sur les états d'oraison extraordinaire, publié sous le pseudonyme de Joseph Lopez Exquerra, avec le titre de Lucerna mystica, obtint un grand succès en Espagne et en Italie, et jouit encore de l'estime des maîtres de la vie intérieure. Dom Nagore composa son traité en espagnol, mais, sur le conseil du savant franciscain Antoine Arbiol, il le traduisit en latin et le livra à la publicité. Voici son titre : Lucerna mystica pro directoribus animarum, quai omnia prorsus difflcilia et obscura, quai in dirigendis spirilibus evenire soient, mira dexterilale clarifical; quaque cuncta ad scienliam mysticam necessaria, rerumque supernaluralium quidditates, ubicationes, causœ ac efjectus breviter et compendiose clarescunt. Accedit ad calcem manuductio praclica brevis in graliam direclorum juxta ejusdem operis doctrinam. Auclorc Josepho Lopez Exquerra, presbytero Cantabro Aesopolensi, Valence, 1690, in-4°; Saragosse, 1691, in-4°; Venise, 1722, 1733, 1745, 1750, 1755, 1758, 1761, in-4°; Bassano, 1782, in-4°. — Il écrivit aussi un grand traité intitulé : Lydius théologiens, où il réfuta les erreurs de Michel Molinos. Cet ouvrage ms. in-folio, ainsi que plusieurs autres traités spirituels qu'il avait composés, était encore aux archives de la chartreuse d'Aula-Dei lors de sa suppression. Enfin, il publia, en 1679, à Saragosse. une nouvelle édition d'un ouvrage poétique
sur la chartreuse d'Aula-Dei (Aula de Dios : Cartuja real de Zaragoza, etc.), composé par dom Michel de Dicastillo, un de ses prédécesseurs, et publié en 1637.
Latassa, Bibliotheca antigua y nueva de los escritores aragoneses, édition arrangée en forme de dictionnaire par Michel Gourez Uriel, Saragosse, 3 in-4°, 1885-1886; Valenti, San Bruno y la Orden de los cartujos, Valence, 1899, p. 106; documents particuliers.
S. Autore.
NAHUM, l'un des douze petits prophètes. — I. Le prophète. IL Le livre (col. 9).
I. Le prophète. — 1° Son nom el sa personnalité. — Ce nom de Nahoum en hébreu et de Naoû|i. dans le grec des Septante n'apparaît, dans l'Ancien Testament, que dans le titre du septième des petits prophètes. Il signifie : celui qui fortifie, qui réconforte. consolator, dit saint Jérôme. De cette parfaite convenance du nom du prophète au contenu de la prophétie qui annonce à Juda la ruine de son plus redoutable ennemi, il ne résulte pas, comme on l'a parfois suggéré, que ce nom aurait été imaginé et ajouté par un rédacteur tardif à l'oracle sur Ninive. L'exactitude du titre de la prophétie est d'ailleurs généralement admise; sa première partie : Oracle sur Ninive, correspondant bien au sujet du livre et la seconde : Livre de la vision de Nahum d'EIqosch, supposant, à défaut d'authenticité, une antique tradition.
En dehors de la très courte information de ce titre et des données qu'on peut dégager du livre lui-même, l'Ancien Testament ne fournit aucun renseignement pour reconstituer la personnalité du prophète. Tout ce qu'on a pu ajouter à ces rares données est d'origine tardive et de peu de valeur.
D'après le contenu certainement authentique du livre, c'est-à-dire la majeure partie des c. ii-m, l'auteur de l'oracle sur Nivine apparaît comme un patriote ardent, enthousiaste, débordant d'une joie exubérante à la pensée de la ruine prochaine et irrémédiable de l'antique adversaire de Juda. L'oppression et l'abaissement que depuis des générations avait subis son peuple avait aigri son âme; le continuel spectacle des souffrances qu'infligeait à Israël la tyrannie des maîtres assyriens, avait été une rude épreuve pour sa foi en la bonté et la puissance de Jahvé. Mais maintenant tout va changer; au découragement qui risquait de sombrer dans le désespoir va faire place une fougueuse indignation contre l'ancien ennemi, et un véritable chant de triomphe à la perspective d'une revanche éclatante.
De tels accents, a-t-on dit, ne rappellent que de loin ceux de Sophonie ou de Jérémie, les contemporains du voyant d'EIqosch; ils ne font pas de lui cependant leur adversaire, le tenant d'un prophétisme étroit et superficiel, dépourvu de cet idéal moral que proposaient et défendaient les prophètes du vme et du vu6 siècle. C'est trop peu, en effet, d'un oracle si court avec un objet bien déterminé pour juger de l'attitude générale de Nahum et l'opposer à ses contemporains dont les œuvres ne manquent pas non plus, au reste, de sombres prédictions à l'adresse des ennemis d'Israël et de Juda.
2° Son origine. — La qualification d'Elqoschite : 'EXxeaaïoç, jointe au nom de Nahum, est ordinairement regardée comme l'indication de son lieu d'origine. Quelques-uns, au dire de saint Jérôme, prétendaient bien y reconnaître le nom du père du prophète, mais ce n'était point l'avis de celui-ci; il y voyait la mention de la patrie de Nahum. Cf. Commenlariorum in Naum prophelam liber unus, Prologus. P. L., t. xxv, col. 1232. Ainsi l'ont également entendu la plupart des modernes. Mais où était située Elqosch'.' Nulle mention n'en est faite ailleurs dans la Bible. Pour nous renseigner à son sujet, il n'existe guère
<(ue des traditions d'origine récente pour la plupart. Aussi l'identification de la patrie de Nahum demeuret-el!e incertaine et objet de discussion entre les commentateurs.
Saint Jérôme écrit dans son commentaire : Elcesi usque hodie in Galilsea viculus..., parvus quidemet vix ruinis velerum ivdi/iciorum indieans vestigia; sed
lumen nolus Judœis et mihi quoque a circnmducenle monstratus. lbid. Malgré le nombre respectable de ses partisans (Kuenen, Wildeboer, Driver, Cornely, Crampon), celle opinion ne saurait guère èlre relenue. Il est assez peu probable, en elïel , bien que non impossible, qu'à l'époque de la composition du livre, au vi r siècle, assez longtemps par conséquent après la destruction du royaume du Nord, soit né un prophète hébreu en Galilée. Les pharisiens du temps de Notre-Seigncur ne le pensaient sans doute pas non plus, qui répondaient à Nicodème : « Examine avec soin et lu verras qu'il ne sort point de prophète de Galilée. » Joa., vu, 52.
l"ne autre opinion dont la tradition ne remonte pas au delà du xvi" siècle (cf. Assémani, Bibliolheca orientalis, t. i, p. 525; t. m, p. 352) et qui néanmoins a trouvé des partisans jusqu'à nos jours (Ewald Kleinert, Lehmann-Haupt), propose l'identification du lieu d'origine de Nabum avec Al-Kûsh, située à vingt-cinq milles environ au nord de Mossoul. Ainsi le prophète serait né en Assyrie, non loin de la ville contre laquelle il fulmine son oracle, il descendrait d'une de ces familles israélites déportées par Téglath- Phalasar ou Sargon après la chute du royaume de Samarie; la précision et l'exactitude des détails de la description qu'il donne de la capitale assyrienne, l'emploi de mots araméens, voire même assyriens, confirmeraient cette tradition (Ewald). Il n'est nullement nécessaire d'admettre cette hypothèse, que sa nouveauté d'ailleurs suffit à rendre suspecte, pour donner raison de ce que Nahum sait de Ninive. Ce qu'il en dit, en effet, ne dépasse pas ce qu'on pouvait en avoir appris en Palestine, après tant d'années de relations fréquentes avec les envahisseurs assyriens. Tout ce qui touchait à l'Assyrie était, depuis plus d'un siècle, du plus haut intérêt pour les dirigeants de Juda. La vue des armées assyriennes n'était pas événement extraordinaire en Syrie et un va-et-vient incessant existait entre Jérusalem et Ninive; aussi rien d'étonnant que l'essentiel de la construction et de la défense de la capitale assyrienne n'ait pas été ignoré des chefs de Juda.
Une dernière indication enfin, plus digne d'attenlion, nous est suggérée par le livre lui-même dont le ton général et les allusions, pleines de sympathies pour Juda, nous invitent à regarder son auteur comme un habitant du Royaume du Sud ; d'autant plus qu'on ne trouve aucune allusion aux espérances qu'un événement tel que la chute de Ninive aurait certes dû faire naître au cœur d'un Israélite du Royaume du Nord ou d'un exilé. C'est pourquoi l'identification d'Elqosch avec le bir El-Qaus, dans le voisinage de Beth-Gibrin, l'antique Éleuthéropolis. identification attestée déjà par un texte du De vitis prophclarum, faussement attribuée à saint Épiphane, P. G., t. xliii, col. 409, pourrait être relenue faute d'une autre mieux établie. Nestlé, Strack. Nowack, van Hoonacker, J. M. P. Smith et d'autres encore l'admettent. Ainsi, en un sens large, Nahum serait un compatriote de Michée de Moreseth.
On peut ajouter aux hypothèses ci-dessus mentionnées, mais simplement pour mémoire, l'opinion toute fantaisiste de Hitzig qui fait de Capharnaùm — village de Nahum — la patrie du prophète.
3° Son époque. Plus importante et plus facile a élucider est la question de l'époque où vivait le
prophète, et plus spécialement du moment même de la composition de son livre. L'oracle de Nahum nous donne, à ce sujet, deux indications précieuses : il annonce d'une part comme très proche la ruine de Ninive et il fait une allusion très explicite d'autre part à la ruine de No-Amon (Thèbes) en Egypte. m, 8-10. Les années qui datent ces deux événements marqueront donc les limites extrêmes du temps où il faut situer l'oracle de Nahum.
Pour le premier de ces événements, la date placée jusqu'à ces dernières années aux environs de l'an 606 avant J.-C. doit-être reportée à l'année 612. La Nouvelle chronique babylonienne de Nabopolassar, pour les années 616 à 609, publiée en 1923 par C. J. Gadd, nous apprend que Ninive, attaquée à la fois par les Médes, les Scythes et les Babyloniens, fut prise et ruinée en 612, cinq ou six ans par conséquent plus tôt qu'on ne le croyait jusqu'alors, The /ail of Nineveh, The newlij discovered babilonian chronicle, n° 21901, in the British Muséum, edited with transcription, translation..., Londres, 1923. C'est donc avant cette date de 612 qu'il faut situer l'oracle sur Ninive, car on ne saurait sérieusement prétendre qu'il a été composé après coup. Si la vision prophétique a parfois l'allure de la relation d'un événement déjà survenu, particulièrement dans la description de l'assaut donné à Ninive et de sa conquête, c. n, il est manifeste que nous avons affaire à une prédiction de la chute et de la destruction de la capitale assyrienne; cf. surtout m, 11. On sait que cette destruction a été si complète que deux siècles plus tard, Xénophon, à la retraite des dix mille, traversa le pays sans même relever le nom de l'antique métropole disparue.
Pour déterminer la date du second événement, il importe de savoir d'abord quelle est la ville désignée par le mot de No-Amon, Nah., m 8, et de préciser ensuite à quel épisode de son histoire il est fait allusion, Nah., m, 8-10.
Les anciens interprètes voyaient dans No-Amon la ville qui précéda Alexandrie, et saint Jérôme, dans sa traduction, la désigne déjà sous ce nom plus récent d'Alexandrie, mais il a soin d'avertir, dans son Commentaire, que ce n'est que bien plus tard que la ville reçut ce nom d'Alexandre le Grand. Op. cit., P. L.. t. xxv, col. 1260. Aujourd'hui, à quelques exceptions près (Brugsch, Happel, Spiegelberg), l'accord s'est fait parmi les modernes sur l'identification de No-Amon avec Thèbes, AwerrroXtç yj (jteyâXyj, dans l'Egypte supérieure. No-Amon est le nom religieux de la ville, l'exacte transcription de l'égyptien qui signifie : la ville ou le domaine du dieu Amon, principalement honoré à Thèbes; on le retrouve ailleurs encore dans l'Ancien Testament sous la forme abrégée de No : Jer., xlvi, 25; Ezech., xxx, 14, 15, 16; les Septante traduisent AiocttcoXiç et la Vulgate Alexandria, mais toujours il est question de Thèbes.
La seule difficulté qu'on puisse faire à cette identification est suggérée par la description de la ville. Assise au milieu des fleuves, environnée des eaux, avec la mer pour rempart et les eaux pour muraille, m, 8, No-Amon ressemble plutôt à la Thèbes du delta qu'à celle de la Haute Egypte; mais la comparaison avec Ninive exige une cité au moins égale en puissance, et tel n'est pas le cas de cette ville du delta qui n'a joué aucun rôle important dans la longue histoire de l'Egypte. La description d'ailleurs n'est pas tellement incompatible avec la situation de la capitale de la Haute Egypte. Quand le Nil débordait, ses eaux venaient battre les murs de la ville de Thèbes, et ce n'était point alors une image forcée que de représenter la ci lé protégée par la mer. La prise de Memphis. au vmc siècle (vers 721), rappelle une situation
semblable. Confiants dans la protection des eaux atteignant presque le sommet des murs à l'est de la ville, ses défenseurs avaient négligé de renforcer la défense de ce côté; l'ennemi y aborda avec sa flotte et ainsi entra dans la place. V. Breasted, Ancienl records oj Egypt,ix, p. 411, 434; et Hislory oj Egypt, p. 513. Ce n'était pas seulement durant l'inondation que les eaux faisaient un rempart à la cité; même après leur retrait, les fossés qui sans doute entouraient la ville demeuraient remplis, constituant par le fait une défense permanente, étonnamment semblable à celle de Ninive. L'emploi d'un tel mode de protection des villes en Égvpte remonte au xixe siècle. Cf. J. M. P. Smith, W.~A. Ward, J. A. Bewer, Micah, Zephaniah, Nahum, Ifabakkuk, Obadiah <md Joël, Edimbourg, 1012, p. 342. Ce n'est pas au reste le seul exemple où le mot mer est pris dans le sens de fleuve : ainsi, pour le Nil encore, dans le livre d'isaïe, xix, 5; xvm, 2(?); dans celui de Job, xiv, 11; pour l'Euphrate, dans celui de Jérémie, li, 36. N'y a-t-il pas lieu enfin de faire la part de l'exagération dans la description de Nahum? N'ayant jamais vu très probablement la ville de Thèbes, il dépend pour son information des récits de marchands et de voyageurs, qui volontiers laissent place à l'imagination. Cf. la description de Ninive dans .Ion., m, 3.
Le prophète entend donc bien parler de Thèbes, la première grande cité de l'Orient, la ville aux cent portes, Iliade, ix, 381-383, dont la renommée était grande dans tout l'ancien monde et dont les ruines, les plus imposants vestiges retrouvés de l'antique civilisation, attestent aujourd'hui encore la splendeur. Mais à quel événement fait-il allusion? Jusqu'à la découverte des inscriptions d'Assurbanipal, la réponse pouvait demeurer incertaine, quelques-uns même ne voulaient voir dans les f. 8-10 du c. m qu'une addition tardive (Hitzig): aujourd'hui, on reconnaît à peu près unanimement que c'est de la prise de Thèbes par les armées victorieuses des Assyriens en 663 que parle le voyant d'Elqosch. Son oracle se place ainsi entre les années 66'^ et 612. Cf. Schrader, Keilinscliriflen und das Aile Testament, 2e édit., p. 450 sq.; C. Laigicr, art. No-Amon dans Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. iv, col. 1651. Telle n'est pas toutefois l'opinion de Wellhausen qui fait remarquer que le rappel de la victoire des Assyriens sur l'Egypte n'était pas précisément indiqué pour annoncer la ruine de Ninive. La réponse, en effet, à la question du prophète s'adressant à Ninive : « Vaux-tu mieux que Thèbes? » était facile puisque les armées de son roi venaient d'en triompher. Nahum aurait donc en vue un antre siège plus récent, datant de la seconde moitié du vne siècle. La conclusion ne s'impose pas: la comparaison entre les capitales des deux puissants empires a simplement pour but d'établir la possibilité de la ruine de Ninive, et de dissiper les illusions de ses habitants, en rappelant que la plus puissante des villes fortes de l'Egypte avait elle-même succombé, malgré tout ce qui semblait devoir la rendre imprenable.
Quant à l'époque précise à laquelle il convient de situer, entre ces deux dates extrêmes de 663 et 612, l'oracle de Nahum, elle n'est pas aussi facile à déterminer avec certitude. D'une part, le souvenir de la chute de Thèbes est si vivant que l'événement lui-même doit être assez récent; d'autre part, la chute de Ninive apparaît si imminente qu'elle a dû suivre de près l'oracle qui l'annonçait; l'invasion de l'Assyrie semble déjà chose faite. Nah.. m, 13. On n'échappe pas à la difficulté en se ralliant à l'opinion de Hitzig, Winckler, Konig, d'après laquelle il serait ici question, non de la fin de l'Empire assyrien, mais seulement de la révolte de Samas-sum-ukîn,
frère d'Assurbanipal et roi de Habylone, en 652. La situation, lors de celte révolte, est loin de correspondre à celle que vise le prophète : pas trace de schisme dans l'empire assyrien d'après Nahum, l'attaque venant plutôt d'un ennemi de l'extérieur; à aucun moment surtout de cette révolte des vassaux d'Assurbanipal en 652, la situation de Ninive ne fut si désespérée qu'elle ait pu motiver l'attente confiante de sa destruction, telle que la proclame Nahum; il ne s'agissait pas alors, d'ailleurs, d'anéantir l'Assyrie et sa capitale, mais simplement de conquérir l'indépendance et de s'assurer la domination sur tout le pays.
On a songé encore à d'autres circonstances plus récentes où Ninive aurait été menacée; mais, oi bien la situation ne correspond pas à celle de l'oracle (invasion des Scythes), ou bien les témoignages sont insuffisants (campagne des Mèdes sous Phraorte, puis Cyaxare, d'après Hérodote).
11 reste donc que c'est bien la chute de Ninive, survenue en 612, qui est visée dans la prophétie de Nahum. C'est l'avis reçu généralement aujourd'hui par les critiques tels que Nowack, van Hoonaeker Steuernagel, Smith, etc. Les circonstances qui accompagnèrent l'événement laissent supposer que l'oracle qui le prédisait n'a pas dû le devancer de beaucoup. Dans les années, en effet, qui le précédèrent, le prestige de la capitale assyrienne a complètement disparu, la menace d'une destruction immédiate pèse sur elle, l'ennemi est déjà dans le pays. N'est-ce pas à un te! développement de la situation historique, présage de la fin de la domination assyrienne que se comprend le mieux la composition de l'oracle sur Ninive? Le souvenir, demeuré si vivant de la ruine de Thèbes. n'y contredit pas. « On comprend sans peine l'immense impression que dut produire la chute d'une des plus célèbres métropoles de l'Orient, dans les milieux où sa renommée s'était depuis longtemps répandue. Nulle part la stupeur ne fut plus grande qu'en ce pays de Juda dont les politiciens s'étaient, au vif désespoir des prophètes, accoutumés à regarder vers l'Egypte comme vers le suprême secours. Nul doute que le souvenir de la catastrophe fut durable. Si l'allusion de Nahum prouve qu'il a parlé après 663, rien n'oblige à situer son oracle tout près de cette date, un demi-siècle ne devait pas suffire à faire oublier le colossal événement. L'Elkosite, d'autre part, annonce comme très proche la ruine de Ninive... Le caractère irréparable de la catastrophe, décrite par Nahum, invite à rapprocher son oracle de la ruine finale. L'état de l'Assyrie, sa décadence au cours des dernières années d'Assurbanipal et sous les règnes de ses successeurs, constituent le milieu et le contexte les plus naturels pour la malédiction triomphale qui annonce la fin de la terrible trafiquante des peuples. > J. Touzard, L'âme juive pendant la période persane. Revue biblique, 1017, p. 60-61.
Il n'y a pas lieu de s'attarder à la réfutation de l'hypothèse de Happel et de Haupt, plaçant Nahum à l'époque machabéenne. Les arguments invoqués en sa faveur n'apparaissent pas très convaincants. Si les différences faciles à relever entre Nahum et les prophètes préexiliens sont certainement frappantes, elles ne sont pas telles, surtout ramenées à de justes proportions, qu'elles imposent la rédaction de l'oracle à l'époque postexilienne et surtout machabéenne. On ne le prouve pas davantage en prétendant que Ninive n'est ici qu'un symbole pour désigner le royaume syrien d'Antiochus Épiphane, dont les c. ii-m prédiraient la destruction. Cette interprétation qui fait de l'antique ennemi d'Israël, les Assyriens, le type de son ennemi le plus récent. Anliochus Épiphane, est en opposition radicale avec
les caractéristiques du livre de Nahum, dans les éléments du moins dont l'authenticité ne saurait être sérieusement contestée. Aucun des traits, en effet, de la prophétie ne trouve son application à l'époque des Asmonéens, alors que tous ses éléments, au contraire, cadrent parfaitement avec les événements du dernier quart du vir siècle. « Ce qu'il y a lieu d'observer, dit justement van Hoonacker, c'est qu'elle ne met pas en scène Jahvé lui-même comme auteur direct de la ruine de Ninive, et que l'intérêt d'Israël n'est pas explicitement relevé. Bien ne trahit mieux l'absence de spéculation eschatologique chez le prophète. Non seulement il écrit sous l'impression de la situation historique dont il est le témoin, ce sont les événements qui s'accomplissent ou se préparent qui absorbent toute son attention et qu'il décrit sans y chercher un motif de proclamer l'exaltation du peuple de Jahvé et son futur triomphe. Il est inutile d'insister sur la différence radicale qu'offre à cet égard la prophétie de Nahum, aux chap. ii-ni, avec celles de Joël, d'Abdias, etc. » Les douze petits prophètes, Paris, 1908, p. 415.
II. — Le livrk. — 1° Analyse. Le titre du livre : Oracle sur Ninive > indique bien l'élément essentiel des trois chapitres qui le composent. Ceux-ci se groupent en deux parties bien distinctes et par leur obji'l et par leur forme littéraire surtout. La première, c. i et t. 2 du c. n, (héb. i-n, 1, 3) commence par une description générale de la justice de Dieu et de sa colère vengeresse, i, 2-20 et se poursuit par l'annonce du châtiment de l'ennemi qui n'est pas encore nommé et par des promesses de délivrance pour Jbda, i, 11 + n, 2. La seconde partie, u, 1, 3-m (héb. n,(2, 4-m), contient l'oracle proprement dit contre Ninive, ce qui précède tenant lieu d'introduction. Deux sections ou deux tableaux pour annoncer le proche châtiment de Ninive : d'abord n, 1, 3-13 : ces versets font une peinture très vive de l'attaque contre Ninive et de sa dévastation, de la fuite de ses défenseurs et du pillage de la cité, relevant ironiquement le contraste entre l'antique tyrannie exercée parla puissante Ninive et la détresse qui va la frapper: puis le c. ni, qui reprend la description de la ruine de la capitale assyrienne en rappelant ses innombrables forfaits, cause de son châtiment, et surtout sa perlidie envers les autres peuples qui à leur tour la mépriseront et la railleront ; qu'elle ne se flatte pas d'être imprenable, pas plus que Thèbes elle n'est invincible, sa destruction sera totale, aux applaudissements de toutes les nations.
2" Unît? et authenticité. — Ce simple coup d'osil sur le livre de Nahum révèle la différence très nette entre le c. i et les deux suivants. « Autant les tableaux des c. n-ni nous retracent des situations concrètes, contemplées ou pressenties dans leur vivante réalité; autant le discours du c. i se borne à un développement d'idées abstraites. Il semble bien qu'à partir du v. 11 Ninive soit visée; mais les griefs qui lui sont misa charge et le traitement dont elle est menacée, sont encore conçus sous des formules vagues et générales qui s'appliqueraient à tout ennemi quelconque d'Israël. On a, à bon droit, appelé cette composition un psaume. L'auteur y exalte le caractère redoutable et. la puissance de Jahvé, à qui rien ne résiste, qui accable ses ennemis, qui accablera notamment l'ennemi visé fi. 11 sq., sans ménagement et une fois pour toutes. » Van Hoonacker, op. cit., p. 418-449.
Si à ces remarques on ajoute que le c. t, dans sa forme primitive, constituait un poème alphabétique, voir ci-dessous, on comprendra que se soit posée la question de l'unité et de l'authenticité de l'oracle sur Ninive attribué dans son ensemble à Nahum.
Celle question a été posée pour la première fois par H. Gunkel dans un article de la Zeilscliri/l fur die A. T. Wissenschaft, 1893, p. 233 sq. Il y affirme non seulement l'indépendance du c. i, déjà reconnue par Berthold, mais aussi son origine différente. Dans ce qu'elle a d'essentiel l'hypothèse a été admise par presque tous les commentateurs dans le suite. En voici les principaux arguments, d'abord pour les ff. 2-10 qu'il y a lieu de distinguer de 11-15. Ce premier groupe surtout, i, 2-10. révèle une époque plus récente que celle de Nahum : la forme acrostiche est trop artificielle pour avoir été utilisée par un prophète de la vigueur et de l'originalité de Nahum; le ton, en réalité celui d'un psaume, est trop différent du langage prophétique, trop abstrait, trop théologique pour que l'on puisse attribuer le chapitre à la même main que les deux suivants d'allure si vivante : l'un est le langage de la réflexion, l'autre celui de la passion prophétique; le caractère indéfini et eschatologique de ces versets et surfout de 3b-7 se distingue trop licitement de celui de l'oracle authentique des c. ii-iii; ce caractère sans doute se retrouve dans le livre de Sophonie, mais c'est pour conduire à l'annonce d'événements historiques tandis, qu'ici, la théophanie eschatologique est sans issue pratique et sans rapport avec la catastrophe finale. Cf. J. M. 1'. Smith, op. eit., p. 268-269. Ces arguments n'ont certes pas une égale valeur; celui par exemple qu'on tire de la forme alphabétique est loin d'être décisif, puisqu'on trouve un tel mode de composition poétique dans une œuvre, les Lamentations, qui n'est pas très éloignée de l'époque de Nahum. Il n'en reste pas moins que l'ensemble des arguments invoqués constitue une objection sérieuse contre l'authenticité de ces premiers versets du livre. Mais pourquoi, se demandera-t-on, les avoir ajoutés à l'oracle de Nahum? L'addition a-t-elle été volontaire ou accidentelle? Et si elle est volontaire, comme c'est probable, a-t-elle été composée à une époque assez récente pour servir d'introduction, ou bien utilisée par un rédacteur qui n'aurait pas remarqué sa forme acrostiche? Autanl de questions auxquelles il est difficile de répondre avec certitude.
Quant aux versets 11-15 (héb., i, 11-14, u, 1), auxquels il faut joindre le f, 2 du c. i, on a remarqué que les uns : 11, 12, 14 du c. i et 1 du c. n ont pour objet Ninive ou l'Assyrie, tandis que les autres : 13, 15 du c. i et 2 du c. n ont pour objet Juda ou Sion ; on en a conclu (Wellhausen et après lui presque tous les commentateurs) que la suite de l'oracle, représentée par i, 11, 12, 14, n, 1, 3, était brisée par î, 13. 15, n, 2, qui malgré leur unité de ton et de point de vue. à savoir l'attente pleine d'espoir de la délivrance de Juda, sont regardés comme des gloses plus ou moins indépendantes, œuvre d'un ou plusieurs rédacteurs dont l'époque ne peut être que vaguement conjecturée: d'autres y voient un des éléments constitutifs du psaume alphabétique (Gunkel, Happel...) tandis que les versets 11, 12 (?), 14, et 1 du c. n seraient le commencement de l'oracle authentique de Nahum (Smith). Sleuernagel le trouve, ce commencement, dans i, 12 : « Ainsi parle Jahvé »; van Hoonacker dans ti 1, 3... A ces conclusions, dont il n'est pas nécessaire de souligner le caractère hypothétique, ajoutons cette simple remarque suggérée par l'étude de i, 11-n, 3 : toute cette partie du texte de Nahum où se révèle un désordre aussi bien au point de vue de la suite des idées que du sens même des phrases, a dû être fortement remaniée.
L'unité et l'authenticité du reste du livre, ni, 3-n, sont généralement admises et ne sauraient d'ailleurs être sérieusement contestées. « Par la stricte identité de leur objet et l'enchaînement des tableaux qui y
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