‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 3 sur 233 · NAHUM · texte numérisé non relu

NAHUM

sont retracés, les chap. ii-m montrent assez clairement qu'ils forment une composition littéraire d'une parfaite unité. L'égale vivacité du style qui se maintient du commencement à la fin, ne fait que confirmer cette appréciation; que l'on compare p. ex. à ce point de vue les phrases n, 11 et m, 2-3, pareillement caractérisées par la manière abrupte dont se suivent les traits qui les composent ; que l'on compare encore ii, 14 et m, 5, etc. » Van Hoonacker, op. cit., p. 413. Les théories de Happel et de Haupt dont il a déjà été question au sujet de l'époque du prophèie se retrouvent ici, également opposées à celles de la grande majorité des critiques, sur l'unité et l'authenticité de l'oracle de Nahum. Pour Happel, ces trois chapitres sont autant de morceaux indépendants, œuvre d'auteurs différents; les deux sections dont se compose le c. i ayant été de plus soumises séparément à un travail de refonte. Pour Haupt, le livre n'est autre chose qu'une collection liturgique de quatre poèmes, les deux premiers i, 2-10; m, 1-17; i, 11, 14; ii, 1; i, 12, 15; n,2 de l'époque des Machabées; les deux derniers m, 8-15; n, 3a-5, 8b, 6-8a, 7, 9-12 des jours qui précédèrent immédiatement la chute de Ninive. De telles opinions de quelques représentants d'une critique échevelée ne sauraient être regardées, ainsi qu'on l'a justement remarqué, que comme étrangères à la science exégétique. Cf. Touzard, loc. cit., p. 59.

3° Texte. — 1. Forme poétique — Un des arguments contre l'authenticité du c. i, voir ci-dessus, est tiré de son caractère de poème alphabétique. Le premier à qui l'on soit redevable d'une observation à ce sujet est G. Frohnmayer, d'après Fz. Dclitzsch, Biblischer Kommenlar iiber die Psalmen, 5' édit., Leipzig, 1894, p. 115. Après lui, la forme poétique de ce c. i de Nahum a été l'objet de nombreux travaux. A plusieurs reprises, Hickell essaya de reconstituer dans son intégrité le poème alphabétique qu'il croyait complet dans les f f. 2-10. Cf. Zeitschrijt der deutschen morgenlândischen Gescllschaft, 1880, p. 559 sq ; Carmina Veteris Testamenli metrice, 1882; Zeitschrijt fur kathol. Théologie, 1886. p. 550 sq. L'essai fut repris par H. Gunkel, qui reconnaissait que le psaume primitif comprenait tout le chapitre icr (moins 11, 12, 15) et le f. 2 du c. ri. Zeitschrijt fur A. T. Wissenschajt, 1893, p. 223 sq. Mais, tandis que la suite des lettres de l'alphabet hébreu se retrouve assez facilement jusque lamed ou mem, il n'en va plus de même pour la seconde partie du poème fortement dérangée ou remaniée. Bickell, à la suite de Gunkel, reprit sa tentative de reconstitution du poème dans i-ii, 3. Das alphabetische Lied in Nahum, i-ii, 3, dans Silzungsberichte der philos-hist. Classe der kais. Akademie der Wissenschaflen, Vienne, 1894, v. Abhandl. La plupart des critiques admettent aujourd'hui l'existence d'un poème alphabétique, c. i, de Nahum; les uns, avec Wellhausen, le restreignent au ff. 2-8 ou 2-10; d'autres retendent jusqu'au c. ii, mais en estimant que tout essai de reconstitution au delà du t. 9 ou 10 est purement conjectural : Gray, Kennedy, Driver (1906), Sievers, J. M. P. Smith, Sellin qui ajoute i, 12. Van Hoonacker, dans son commentaire, donne le texte hypothétique du psaume acrostiche en entier, tout en reconnaissant, lui aussi, que c'est pure hypothèse, du moins en ce qui concerne la seconde partie du morceau, à partir du distique mem. Op. cit., p. 422-432. De fait, pour y arriver, il est obligé de faire subir au texte de telles violences que son essai ne saurait s'imposer.

Le reste du livre, chapitres ri-in, a été lui aussi étudié, mais beaucoup moins, au sujet de la forme poétique. Happel a été le premier, dans les temps modernes, à disposer tout le livre sous forme de poè-

me; Budde trouve le mètre élégiaque dans les chapitres n et in, Zeitschrijt jiir A. T. Wissenschajl, 1882, p. 35 sq. Marti et Duhm, tout en admettant l'existence de ce même mètre, aboutissent à des reconstitutions strophiques différentes. J. M. P. Smith, dans son commentaire, distingue trois sections dans i, 11-in, 19 : la première qui ne comprend qu'une strophe de 8 lignes du rythme élégiaque à peu près parfait (3 + 2 accents;, i, 12, 13, 15, n, 2; la 2% composée de 5 strophes, les 4 premières à 6 lignes, la dernière à 3 seulement ; la 3e enfin avec 6 strophes de 8, 6, 6, 6, 8 et 4 lignes; si le mètre élégiaque se retrouve çà et là, ce n'est qu'en faisant subir au texte un traitement contraire à toute règle sensée de critique textuelle, qu'on peut prétendre le rétablir d'un bout à l'autre. Cf. op. cit., p. 273.

2. Style. - Si le mètre et le rythme de l'oracle de Nahum n'ont pas la perfection et la régularité de ceux d'autres livres prophétiques, l'oracle sur Ninive peut néanmoins être tenu, à bon droit, pour un petit chef-d'œuvre de la poésie hébraïque, tant pour l'élévation de la pensée et la profondeur du sentiment, que pour l'expression extraordinairemenl vivante que l'auteur a su leur donner. Le prophète excelle, en effet, à peindre des plus vives couleurs des situations que l'imagination évoque sans peine. « De tous les prophètes, note Driver, il est celui qui en dignité et en force s'approche le plus près d'Isaïe. Introduction to Ihe lilerature of the Old Testament. 7° édit.. p. 336. Son poème, remarque Cornill, est le cri de la souffrance et de la vengeance de tout un peuple opprimé contre son oppresseur, Einleilurtg in das Aile Testament. § 29. Au xvnic siècle, Lowlh disait avec raison : « De tous les petits prophètes aucun n'a autant de sublimité, de chaleur et d'audace que Nahum. Ajoutons que sa prophétie forme un poème complet et régulier. Son exorde est magnifique; les apprêts pour la destruction de Ninive. la description et le développement de cette destruction sont peints des couleurs les plus vives, et avec une clarté et une majesté merveilleuses. » De sacra poesi Hcbrœorum (édit. Rosenmiiller), Leipzig. 1835, p. 246.

Saint Jérôme enfin, à propos de la brillante peinture du combat contre Ninive, faisait déjà celte remarque : Tarn pulchfa uutem juxta hebraicum et picturas similis ad prœlium se prœparanlis exercitus descriptio est, ut omnis meus sermo sit nilior. Op. cit.. P. L., t. xxv, col. 1254.

3. Élut du texte. La fin du c. i, 11-15, nous l'avons déjà noté, apparaît fortement remaniée et boulever sée. Si le reste du livre est mieux conservé, son texte demeure encore incertain en plusieurs passages: le présence de termes d'apparence technique contribue pour sa part à celte incertitude. Cf. Hulil dans Zeilschri/t fur A. T. Wissenschajt, 1885, p. 181 sq.: G. A. Smith, The tweloe propAefe, t. n, p. 89;L. Reinke, Zur Kritik der alleren Versionen des Propheten Nahums, Munster, 1867. Pour la comparaison avec les Septanteet la version syriaque, voir K. A. Vollers. Das Dodekapropheton der Alexandriner, 1880; Mark Sebôk. Die syrische Ueberselzung der zwïilj kleinen Propheten und ihr Verhciltniss zu dem massoretischen Text, und zu alleren Uebersetzungen namentlich den LXX und dem Targum, Leipzig. 1887.

4" Doctrine. — 1. Dieu a) Ses attributs. L'étude doctrinale du livre de Nahum distingue, comme l'étude littéraire, le I" chapitre des deux suivants. C'est dans le premier surtout qu'on peut recueillir un enseignement religieux sur Jahvé, se révélant comme un Dieu jaloux et vengeur, qui sait attendre avec patience l'heure du jugement et du châtiment de ses adversaires. Cf. Ex., xx, 5: xxxiv. 14; Deuter.,

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iv, 24; xxxn, 35; Is., xxxiv, 8; lxiii, 1. Celle ])ensée de la vengeance de Jahvé sur ses ennemis est fréquente dans la littérature biblique à partir surtout de l'époque de Jérémie. Cf. Jer., xi, 20; u, 11; Ezech., xxv, 14, 17; Ps., xciv, 1; Rom., xn, 19. La nature elle-même dont Dieu est le maître souverain sera ébranlée lors de la manifestation de cette colère vengeresse, et le feu, symbole du courroux et de la sainteté de Jahvé, fera son œuvre de destruction et de purification. Cf. Micli., i, 3-4; Jud., v, 4; Hab., m, 3-5. De telles idées et de telles descriptions sont familières aux perspectives eschatologiques du judaïsme postexilien. Leur présence en cet endroit du livre de Nahum s'expliquerait par ce que nous avons dit sur l'authenticité de son premier chapitre, et par l'incertitude de son texte où auront pu se glisser des gloses tardives.

Redoutable pour ceux qui le haïssent, Jahvé est plein de miséricorde pour ceux qui se confient en lui au jour de la détresse. Cf. Deut., v, 9, 10. C'est là une pensée qui revient souvent sur les lèvres des prophètes et des psalmistes au cours de l'histoire du peuple d'Israël; toute cette histoire, en effet, surtout depuis le commencement de la période assyrienne, fut une longue agonie d'attente; continuellement la réalisation des espérances d'Israël était remise, mais, alors môme que tout semblait les rendre vaines, la foi et la confiance se reprenaient dans l'attente des grandes choses que la bonté de Dieu réservait à ses enfants. « "Voici sur les montagnes les pieds d'un messager de bonnes nouvelles qui annonce la paix. Célèbre tes fêtes, ô Juda, accomplis tes vœux! Car le méchant ne passera plus chez toi, il est entièrement détruit. » Nah., i, 15; cf. Is. lu, 7.

b) Le gounernemenl du monde. — De l'oracle proprement dit sur Ninive, ii-m, se dégage tout d'abord cette idée que Dieu, maître de la nature et de son peuple, l'est aussi de toutes les nations, même des plus puissantes, et que sa justice s'exercera également contre elles, pour punir leurs crimes. Le prophète se représente évidemment Jahvé, comme le Dieu des dieux, le roi des rois, ayant entre les mains le sort des nations, celui de Ninive en particulier, pour qui a sonné l'heure de la justice qui est aussi celle du châtiment : « malheur à la cité de sang, « Depuis assez longtemps tout en elle n'a été que fraude, violence et rapine. Nah., ni, 1. Inscriptions et bas-reliefs assyriens témoignent éloqueinment de la vérité de ce reproche: que de fois la Palestine n'eut-elle pas à souffrir des envahisseurs venus des rives du Tigre et de l'Euphratel

Mais ce n'est pas son seul crime. « A cause des multiples fornications de la courtisane aux charmes attrayants, experte en sortilèges, qui trompait les peuples par ses fornications et les nations par ses sortilèges. Me voici contre toi! Parole de Jahvé des armées. » Nah., ni, 45 (traduction de van Hoonacker). De quel crime est-il exactement question? Pour certains exégètes ce serait l'idolâtrie de Ninive qui serait stigmatisée selon le langage imagé qu'emploient ordinairement les prophètes, quand ils condamnent et flétrissent le culte des faux dieux en Israël. Lorsqu'il s'agit du peuple choisi, dont l'alliance avec son Dieu est représentée comme une union matrimoniale, on comprend que toute rupture de cette alliance surtout par le culte rendu à des dieux étrangers, apparaisse comme une fornication, une prostitution, un adultère; cf. Os., n, 4 sq.; mais quand il s'agit des nations païennes, les prophètes usèrent-ils de telles expressions pour désigner leur cultes idolàtriques, souvent accompagnés de pratiques licencieuses? Il ne le semble pas, du moins

pour ce qui est de Nahum. Fornications cl enchantements, qui font de Ninive la courtisane aux charmes attrayants et l'habile magicienne, désigneraient les innombrables ressources mises en oeuvre pour séduire les nations et exercer sur elles une véritable fascination par le déploiement du faste el de l'opulence. « Ce serait en dernière analyse ce faste orgueilleux, celte opulence faite des dépouilles des vaincus et par-dessus tout l'exploitation de cette magnificence, comme moyen de domination morale sur les peuples soumis, donl Nahum ferait ici grief à la capitale assyrienne. » Van Hoonacker, op cit.. p. 443. Le choix des termes employés par le prophète pour caractériser l'action néfaste de Ninive : courtisane, magicienne, a pu lui être suggéré par l'usage de la prostitution sacrée non moins que par celui des incantations, dont les formules constituent toute une branche de la littérature assyro-babylonienne; mais ce ne sont pas ces usages eux-mêmes qu'il a en vue.

5° Nahum el les autres prophètes. L'enseignement de Nahum sur Dieu et l'un ou l'autre de ses attributs, ne permet certes pas de l'égaler à Osée, Isaïc, Michée ou Jérémie, au point de vue de la valeur doctrinale; ce n'est pas à dire pourtant que, préoccupé exclusivement de la ruine de Ninive, il n'ait aucune importance religieuse, la théologie biblique ayant vraiment peu de chose à y recueillir. « On peut même se demander si cet écrivain, dit L. Gautier, est vraiment un prophète... Peut-être n'est -il qu'un poète habile, versé dans la connaissance des meilleurs modèles. » Introduction à l'Ancien Testumenl, 2e édit., 1914, p. 509. A s'en tenir même au seul oracle des chapitres ii-m, la prophétie de Nahum est loin d'être un simple exercice littéraire; il s'en dégage, nous l'avons montré, la notion très nctie du souverain domaine de Jahvé sur toutes les nations et de sa justice dans leur gouvernement.

Si le voyant d'Elqosch n'est pas l'égal des plus grands parmi les prophètes, il n'est pas non plus leur adversaire. Certes le contraste est grand entre son œuvre et la leur, surtout celle de ses contemporains Sophonie et Jérémie. Faut-il, à l'exemple de quelques commentateurs modernes de Nahum, Nowack, J. M. P. Smith et d'autres, en conclure qu'il est le représentant d'un prophétisme national, étroit, superficiel, intransigeant, du prophétisme en un mot des faux prophètes? Pour lui, comme pour ces derniers, le point de vue national l'emporterait sur le point de vue religieux. Tandis que la disparition de la souveraineté assyrienne n'est même pas mentionnée par Jérémie, que le nom do Ninive n'apparaît pas même une fois dans toute son œuvre, la vision de Nahum est uniquement occupée de l'événement qui va mettre fin à la domination assyrienne. Si son auteur ne va pas jusqu'à l'active opposition au prophète d'Anatoth, il demeure indifférent à ses efforts en vue de la conversion de son peuple; bien loin de se lamenter avec lui sur le péché de Juda et d'avertir ses compatriotes du grave danger de persévérer dans leur voie, il les invite à la joie par l'annonce de la ruine prochaine de l'antique oppresseur. Cette joie, Jérémie ne pouvait la goûter, ni même la comprendre: il était trop absorbé par les soucis et les alarmes que lui causait son peuple pour trouver quelque consolation dans le malheur d'une autre nation, fût-ce l'Assyrie, et savait bien d'ailleurs que la situation désespérée de Juda n'y trouverait aucun soulagement.

En somme le point de vue de Nahum serait, d'après ces critiques, le même que celui de Hananias qui, au temps de Sédécias, exultait à la pensée que Jahvé allait briser la puissance de Rabylone. Jer.. xxvm,

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ou encore celui des quatre cents prophètes en opposition à Michée, le (ils de Jemla, I Reg., xxn. Pour de tels prophètes les relations entre Jahvé et son peuple étaient indissolubles; si parfois la colère divine s'enflammait contre Israël pour l'abandonner à ses ennemis, ce ne pouvait être que pour un temps; la pensée qu'un tel abandon pouvait devenir complet, que Jahvé pouvait permettre le triomphe définitif d'un ennemi idolâtre sur son peuple, une telle pensée était stigmatisée comme une trahison aussi bien envers Israël qu'envers son Dieu. Non jamais Jahvé, le Dieu de toute puissance et de toute sainteté, ne tolérerait le triomphe des adorateurs des faux dieux; jamais la terre de Juda et le temple de Jérusalem ne sauraient subir la profanation païenne. A des hommes animés de tels sentiments l'espoir de la ruine de Ninive, l'antique et implacable ennemie, devait apporter, on le comprend sans peine, une joie délirante; l'oracle de Nahum, cri de vengeance mais aussi de foi, en était l'exacte expression. Cf. J. M. P. Smith, op. cit., p. 281-282. » On n'a pas le droit d'appuyer une théorie aussi étrange sur deux ou trois pages d'un texte prophétique; isolées de leur contexte et- du reste des collections dans lesquelles elles figurent, certaines charges d'Isaïe, de Jérémie ou d'Ézéchiel contre les nations donneraient exactement la même note. Cf. Is., xm-xiv, xv- xvi ; de même Is., xlvii ; Jer., xivi, 1-12; Ezech., xxvi, xxvm, 19; etc. Il n'y a pas à croire qu'en deux oracles, Nahum ait livré toute son âme. Il faut faire crédit à la tradition qui, alimentée aux sources du prophétisme le plus authentique, n'a pas hésité à mettre l'Elkosite au rang des Douze. » J. Touzard, lue. cit., p. 59.

Pour les commentateurs de l'ensemble des douze petits prophètes, voir la bibliographie des articles déjà parus dans le Dictionnaire de théologie catholique sur ces prophètes.

Parmi les ouvrages spéciaux sur le livre de Nahum on peut mentionner les commentaires de : E. Rreenen, Nahumi vaticinium philologice et critice expositnm, Hardervici, 1808; C. W. Justi, Nahum neu ûbersetzt und erlauteri, Leipzig, 1820; O. Strauss, Nahumi de Ninivo vaticinium explicavit et assyriis monumentis illustravit, Berlin, 1853; A. P>. Davidson, Nahum, Habakuk and Zephaniah, Cambridge, 1896; J. Happel, Das Buch des Propheten Nahums erklart, Wurzbourg, 1002; S. R. Driver, The minor prophets, Nahum, Habakuk, Zephaniah, Haggai, Zachariah, Malachi, Edimbourg, 1906; P. Haupt, The book oj Nahum, dans Journal of biblical lileraturc, 1907, t. xxvi, p. 1-53 ; J.-P.-M. Smith, Micah, Zephaniah and Nahum, dans Smith, Ward, Bewer, Micah, Zephaniah, Nahum, Habakuk, Obadiah and Joël, Edimbourg, 1912; les travaux de M. Breiteneicher, Ninive und Nahum mit Beziehung der Resullate iler neueslen Enldeckungen historisch-exegetisch bcarbeitet, Munich, 1861; A. Billerbeck und A. Jeremias, Der Vnlergang Ninevehs und die Weissagungschrijt des Nahum von Elkosch, dans Beitràge zur Assyriologie und semitisrhen Sprachwissenschafl, de Frd. Delitzsch et Haupt, 1898, t. m, p. 87-188; Th. Friedrich, Nineve's Ende und die Ausgànge des Assgrischen Reiches, dans Felsgaben zu Ehrcn Max Budinger's, 1898, p. 13-52; J. Halévy, Recherches bibliques : le livre de Nahum, dans Revue sémitique, 1905, t. xm, p. 97-123; P. Haupt, Eine alltestainentlichc Festliturgie fur den Nikanorlag dans Zeitschri/t der deulschen morgenlandischen Gesellschaft, t. i.xi, p. 275-297; W. Staerk, Das assyrische Weltreich im Urleil der Propheten, 1908, p. 174-181; du même, Ausgewàhlle poelische Texte des A. T., fasc. 2 : Amos, Nahum, Habakuk, Leipzig, 1908; J. Doller, « Ninive gleich einem Wasserteiche », Nah.,n, 9, dans Biblische Zeïtschrift, 1908, t. vi, p. 104-108; P. Kleinert, Nahum und lier Fall Nineves dans Theologische Studien und Kritiken, 1910, t. i.xxxiii, p. 501-533; L. Gry, Un épisode des derniers jours de Ninive, Nah., n, 8, dans Revue biblique, 1910, p. 398-103; .1. Touzard, L'âme juive pendant la période persane, dans Renne biblique, 1917, p. 57-61. A noter enfin les articles sur Nahum, parus dans les différentes encyclopédies de : Kennedy, dans Hastings, A Dictionarg oj the

Bible (1900); de Budde, dans Cheyne, Encyklopœdia biblica (1902); de Volck, dans Haupt, Prolest. Realencyklopaedie (1903); de Welte-Kaulen, dans Wetzer-Welte, Kirchenlexicon (1895); de Fitlion, dans Vigouroux, Dictionnaire de la

Bible (1906).

A. Clamer.

NAIRON ou NAIRONUS (en arabe, Na.mroun ou Nairoun). Sous ce nom nous groupons les trois fils du maronite Michel, fils de Makhloùf Nairon : à savoir, Nicolas. Fauste ou Faust us (en arabe, Morhedj) et Jean-Mathieu. Deux notes dont l'une écrite sur le ms. 410, fol. 77 v., du fonds Val. sijriaq. et l'autre sur le ms. 7262, fol. 143 v., du fonds Val. latin, nous apprennent que les deux premiers virent le jour en Europe. Comme ses frères, le troisième y dut également venir au monde, car, nous le savons par les mêmes notes, leur père était établi à Rome. Le nom de Nairon est souvent suivi de l'appellation de Banesius ou Banensis (originaire de Bàn, village du Liban nord), qui indique l'origine de leur famille.

Les trois frères firent leurs éludes au collège maronite de Rome. Nicolas y entra en 1634, Fauste, en 1636 et Jean-Mathieu, en' 1642. Ibid , et fol. 143 r° dudit ms. 7262. Les deux derniers, notamment Fauste, sont mieux connus que le premier.

I. Fauste. — Après avoir terminé ses études, il quitta Rome au mois de novembre 1619 pour se rendre au Liban, en compagnie du P. Michel Saboùnà Hesronite qui était venu demander, au nom du nouveau patriarche, Jean Sefràouî, le pallium et la confirmation pontificale. Le voyage de Fauste allait être d'une grande utilité pour son Église. En effet, Sefràouî venait d'entreprendre la révision de certains livres liturgiques afindc les faire imprimer: par là, il voulait en soustraire le texte aux fantaisies et aux erreurs des copistes et en faciliter l'acquisition au clergé. Il fut donc charmé de voir arriver de Rome un élève qui pouvait l'aider à réaliser son projet. Fauste n'était pas encore clerc. Le patriarche lui fit conférer, à Bikfaïya, par l'archevêque Isaac Chedrâouî les ordres mineurs; un mois plus tard, il lui donna lui-même, à 'Aramoûn (Kasrawân), le diaconat; puis, le 8 avril 1650, la prêtrise, au couvent de Mar 'Abdà Harhara'i'â (actuellement séminaire national). La même année, il le renvoya à Rome prier le pape de faire imprimer le Phenqith (IlîvaÇ) ou Propre des fêtes fixes, revu et corrigé par lui avec le concours de deux archevêques; il le chargea également de présenter à l'impression le texte du Nouveau Testament qui devait servir pour les lectures aux offices liturgiques. Nous avons trouvé tous ces détails dans les préfaces et les notes latines et arabes, écrites par Fauste au début du Phenqith et du livre des évangiles dont il sera question plus loin, et dans la préface arabe ajoutée par Ecchellensis à la partie hiémale du Phenqith. Dès lors, il nous paraît étonnant que de la Roque qui, pourtant, connaissait Fauste, ait ignoré le fait de son ordination sacerdotale. « Il était seulement diacre, dit-il,., n'ayant jamais voulu être ordonné prêtre, par sentiment d'humilité. » Voyage de Syrie et du Mont-Liban, t. n, Paris, 1722, p. 130. Cette assertion d'un contemporain a induit en erreur plusieurs historiens, notamment Joseph Debs, archevêque maronite de Reyrouth (|T907), Histoire de la Syrie, t . vu, Beyrouth,

Dès son arrivée à Rome, Fausle se mil à la besogne. Il exposa au souverain pontife et à la Propagande le désir du patriarche. Incontinent, l'ordre fut donné de procéder à l'impression du Phenqith; on remit à plus tard celle du Nouveau Testament. La S. Congrégation confia à Fauste le soin de traduire en latin le livre des offices; elle le nomma membre de la

NAIRON — NALDI (ANTOINE)

commission qui devait en faire l'examen el le chargea avec Ecchellensis de la correction des épreuves. Commencée en 1652, l'édition de la partie d'hiver fut terminée en 1656. Cette partie a pour titre : Officia sanctorum juxla ritum Ecclesiœ nmronitarum. Pars hiemalis édita auctoritate sanctissimi patris noslri I). Innocenta X et abundantia clementiœ Sanctissimi Patris nostri Atcxundri VII. L'impression de la partie estivale par les presses de la Propagande commença en 1657; elle fut achevée en 1666, d'après la date écrite en chiffres latins, en 1665, selon les chiffres syriaques. Son litre porte : Officia sanctorum juxta ritum Ecclesiœ maronitarum. Pars eestiua édita auctoritate sanctissimi Patris nostri I). Mexandri papa- VII,

Quant au Nouveau Testament, il fut Imprimé à Home en 1703, sous la surveillance de Fauste et d'un autre maronite, Joseph El-Bânt. Il est divisé en deux volumes où l'indication des péricopes à lire à la messe et aux offices est bien marquée. Les deux volumes ont un titre général : Novum teslamentum syriacum et arabicum; ils portent» ensuite chacun un titre particulier, le premier : Sacrosancta Jesu Christi eoangelia jussu S. G. de prop. Fide ad npum Ecclesiœ n'itionis Maronitarum édita; le second : Acta apostolorum, epistolœ catholiew, et divi Pauli, jussu S. C. de Prop. Fide ad usum Eccleviac nationis Maronitarum édita cum Apocalypsi I). Joannis.

Nous avons puisé tous ces renseignements dans les préfaces et les notes qui se trouvent au début et à la fin de ces différents volumes.

L'activité de F'auste ne se borna pas à l'édition des livres liturgiques. Outre qu'il rendit des services aux maronites en qualité de procureur du patriarche près du Saint-Siège, il écrivit plusieurs ouvrages dont les deux principaux sont : 1° Disserlatio de origine, nomine, ac religionc Maronitarum, Rome, 1679; 2" Etwplia fidei calholicœ romanœ historico-dogmalica, ex vetustissimis Syrorum, seu Chaldœorum monumentis erula, ubi de chrislianis orienlalibus, deque eorum ritibus, doctrina, el fide quoad articulos a novaloribus nostri temporis impugnalos, Rome, 1 69 1 .

Fauste obtint la chaire de langue syriaque à la Sapiencc et un canonicat à l'église collégiale de Saint- Bustache de Rome. Préface du i" volume du Nouveau Testament. « Nous joindrons à ces sçavans (maronites), dit M. de la Roque, Fauste Nairon lui-même, parce qu'il a consacré toute sa vie à l'étude, et qu'il nous reste plusieurs monuments de sa doctrine et de son application... Il se distingua parmy ses compatriotes, surtout par sa grande capacité dans les langues orientales. Dans la suite, il fut successeur d'Ecchellensis dans sa chaire de professeur au collège de la Sapience, et interprète de la congrégation de la Propagande... J'ai reçu, comme je l'ai dit ailleurs, quelques lettres latines de ce sçavant maronite, qui sentent son habile homme, et qui sont écrites avec autant de politesse que de modestie... Fauste Nairon est mort à Rome en l'année 1711, âgé d'environ quatre-vingt ans, dans une grande réputation de piété et de capacité dans les lettres orientales. ■ Ibid., p. 127-130.

IL Jean-Mathieu. — Il est parfois désigné tantôt snus le prénom de Jean, tantôt sous celui de Mathieu, ce qui a prêté à méprise. En effet, certains auteurs comme le P. Cheikho, hypnotisés sur le nom de Jean, n'ont pas su discerner notre Nairon sous l'appellation de Mathieu Banesius. L. Cheikho, La nation maronite et la Compagnie de Jésus aux xvj° el XVIIe siècles (Extrait de la revue Al-Machriq), Beyrouth, 1923, p. 114, n. 4. L'auteur de la note du ms. 7262, que nous avons citée plus haut, fol. 143r°. et Fauste Nairon,

dans la préface arabe de la partie estivale du Phenqith' font disparaître toute équivoque à ce sujet : aux deux endroits, ils donnent au même personnage les prénoms de Jean-Mathieu.

Après avoir terminé ses études, Jean-Mathieu Nairon fut placé par la Propagande à la tête du collège maronite de Ravenne. Le patriarche Douaïhi (|1704), Notice sur le collège maronite de Rome (en arabe), publiée par le P. Cheikho, ibid., p. 122; Fauste Nairon, Préface arabe de la partie estivale du Phenqith. C'est la qu'il reçut la prêtrise, en 1663, des mains de l'archevêque maronite Isaac Chcdràouî, alors de passage dans celte ville. Relation de voyage de Chedrâouî (en arabe) publiée par le P, L(ouis) C(hcikho) dans la revue Al-Machriq, l. n (1899), p. 942; Fauste Nairon, ibid. A la suite de la suppression de cet établissement par Alexandre VII, Jean-Mathieu retourna à Rome où il remplit les fonctions de procureur du patriarche maronite près le Saint-Siège, et, après la mort d'Ecchellensis en 1664, celles de scriplor à la Vaticane. Cf. un poème arabe relatif aux élèves du collège maronite de Rome, écrit en 1669 par le prêtre Elias El-Ghazîrî. dans Cheikho, La nation maronite et la Compagnie de Jésus aux xvi" et xvue siècles, p. 114 ; Douaïhî, ibid., p. 122. Sur le collège de Ravenne, voir ci-dessus, t. x, col. 66. Jean-Mathieu compléta le catalogue des ms. orientaux de la Vaticane, commencé par Ecchellensis. Ce catalogue est encore inédit et se trouve à la Bibliothèque Vaticane. Il est intitulé : Catalogus codicum mss linguarum orientalium vaticanœ bibliothecœ nempe saniarilanx, syriacia. etc. etc. S. D. N. Innocenlio XI P. M., Emin. el Reo. Laurentio Brancato de Lauriea S. R. E. Card. bibliolh., illustriss. D. Emanuele a Schelslerate ejusdem bibliothecœ primo custode. Inceptus ab Abrahamo Ecchellense el absolutus a Jo. Matthœo Nairono Banesio maronitis, in eadem bibliotheca scriploribus, A.D.MD-CLXXXVL Rectifier ce qui est dit ici, t. x, col. 115-116, où le catalogue est attribué à Fauste. Voici ce que disait le card. A. Ma'', qui avait été préfet de la Vaticane, au sujet de ce catalogue : Vir cl Abrahamus Ecchellensis, et deinde Jo. Matthams Naironus, (qui duumviri illustrandis eliam sacris orienlalium rébus facem Asscmanis prœtulerunt), arabicorum noslrorum catalogum antiquitus contexuerunt, quse lucubratio apud nos adhuc superest cum hoc tilulo : Catalogus codicum mss. linguarum orientalium... Anliquus sane hic catalogus haud indignus suis aucloribus est; ceterum mullo parcior verborum est, quodque magis inlerest, nonnisi clxxxvii codices comprehendit, quorum lxix christiani aryumenti sunt, reliqui mahomelani . Scriptorum velerum nova collectio, t. iv, Rome, 1831, p. vin.

III. Nicolas. — Nous ne savons de lui que bien peu de choses. Il reçut les ordres mineurs et le diaconat, et fut parmi ceux qui assistèrent Fauste dans l'édition du Phenqith. En effet, il figure au nombre des collaborateurs dans la préface de la partie estivale de ce livre, écrite en 1665; et il y est appelé diacre.

P. Dus.

NALDI Antoine, théatin. Né à P'aenza, religieux exemplaire, qui vilam septuagenario longe majorem abrupto nunquam pietale et continenli disciplinœ usu duxit, écrit un contemporain. Il avait fait profession à Venise le 6 mars 1588. Il mourut à Rome, au couvent de Sant'Andrca délia Valle, en 1645 — On a de lui : Summa seu resolutiones practicx nolabiliores casuumf ère omnium conscientise, in-4°, 1312 p., Rome, 1635 (c'est la 5e édition, revue et très augmentée); Annolaliones praclicœ ad varia juris pontificii loca ex novissimis conslilutionibus apostolicis breviter excerplw, nonnullis' etiam canonicis disceplationibus

NALD1 ANTOINE) — NALIAN

suis quibusque mater iis obiter insertis, in-4°, 136 p., Rome, 1633, dédié au cardinal Antoine Barberini.

Vezzosi, I scrittori de' chierici regolari delti Teatini, Rome, 1780, part. II, p. 94; Hurter, Xomenelator, 3» édit., t. m, col. 1209.

F. BONNARD

NALIAN Jacques ou NAL-OGLOU ZIMA-

RATZI, (16957-1764), patriarche arménien de Constantinople et de Jérusalem, l'un des plus éminents docteurs de l'Église du rite grégorien des temps modernes, naquit à Zimara, village du canton d'Aguine (Eguin-Akin), sandjak de Difriki, vers la fin du xvii" siècle (1695?). A Conslantinople, où il s'était établi pour faire ses études au collège patriarcal et embrasser l'état ecclésiastique, il acquit vite une grande renommée, ayant été sous l'égide et la direction du célèbre abbé Jean Golod, futur patriarche, dont il fut un des plus brillants élèves; promu au grade de vartabied, c'est-à-dire de docteur en théologie, Nalian fut le fidèle secrétaire de son ancien maître, le patriarche Jean Golod, qui, en reconnaissance des services rendus, profita de la vacance du siège épiscopal d'Angora, survenue en 1735, pour conférer à Jacques Nalian cet évêché et pour lui en donner l'investiture. Toutefois, le patriarche, tenant à cœur de garder dans son entourage son fidèle attaché et assistant, envoya pour le remplacer à Angora un vicaire général ou suiïragant (Petros • Galatazi), et finalement nomma J. Nalian son coadjuteur, en 1710. le chargeant de diriger en son nom, les affaires du patriarcat. Le vieux patriarche Jean Golod, qui avait évolué dans le sens du rapprochement avec Rome, se préparait juste à faire un pèlerinage à la Ville éternell •, pour conférer avec le pape, quand la mort le surprit l'année suivante. 1741. Son vicaire coadjuteur lui succéda comme patriarche sur le siège de Constantinople. Le nouveau patriarche, Jacques Nalian, substitua à son ancien remplaçant au siège d'Angora (Petros Bahadourian) un nouveau mandataire, le vartabied Sargis de Constantinople, ce qui provoqua des troubles. Dans la métropole patriarcale existait l'antagonisme entre arméniens-grégoriens de la stricte observance, caractérisés par leur fanatisme nationaliste, el arméniens unilaristes. Le parti adverse accusait ces derniers de connivence avec les légations et ambassades calholiques de Constant inople et de vouloir, avec leur aide, préparer un coup de main pour s'emparer de plusieurs églises grégoriennes. Le patriarche Nalian, fougeux grégorien irménien, prit d'abord ouvertement parti, contre les unitaristes et pour leurs accusateurs. Toutefois, il paraît que, nonobstant cela, le parti radical parmi les grégoriens de la capitale, prenant ombrage de la politique droite et honnête, bien que parfois trop irrésolue et flottante du savant patriarche, finit par le prendre en antipathie. Ce n'est que par cette disgrâce dans laquelle il était finalement tombé chez une coterie formée des notables de la capitale, que s'expliquent sa chute et sa destitution, survenues en 1749. En cette année un ambitieux perturbateur, le vartabied Prochoron (vulg : Polokhron), venu de Jérusalem, sut, en gagnant pour lui cette clique influente des notables arméniens, usurper pour un court laps de temps la dignité patriarcale. Jacques Nalian dut s'enfuir devant ses ennemis, et le gouvernement du grand vizir, rendant le patriarche responsable de l'émeute dans la communauté arménienne, ordonna l'élection d'un nouveau chef spirituel; Prochoron ayant été chassé, le vote des notables se porta sur le docteur Minas d'Aguine, abbé du couvent de Saint- Garabied à Daron, pour monter sur le siège patriarcal, vacant par l'éloignement de Jacques Nalian qui fut déclaré déchu el envoyé en exil à Brousse

Cependant il arriva que juste en ce temps le patriarcat arménien de Jérusalem devint vacant, par suite du décès du patriarche Grégoire. Le prélat défunt avait bien, il est vrai, par testament recommandé pour successeur son disciple Théodoros (Thoros) mais les notables arméniens de Constantinople demandèrent au patriarche Minas, auquel Jérusalem s'était adressé, la désignation de Jacques Nalian à la chaire cathédrale de Jérusalem (1749). 11 fonctionna comme patriarche arménien de Jérusalem, de 1749 jusqu'à

A Constantinople le patriarche Minas, élu catholicos universel d'Etchmiadzin, avait été remplacé en 1751 parle vardabied Georges. Celui-ci dut céder sa dignité à Jacques Nalian qui, rappelé de Jérusalem par l'entremise du dynaste arménien Yaghoub d'Akine. réoccupa de nouveau le siège cathédral de la capitale. Jacques Nalian dans son second pontificat fut plus puissant en autorité et influence qu'auparavant. Plusieurs fois la métropole religieuse d'Etchmiadzin lui olïrit le trône de catholicos général, ce qu'il refusa toujours. Le patriarcat de Constantinople dominait à cette époque, grâce au prestige de la capitale, l'Anatolie et l'Arménie toute entière; il disposait mêms du choix du catholicos : ainsi en 1759 un synode de Constantinople dirigé par le patriarche Jacques Nalian destitua le catholicos Sahak et lui en substitua un nouveau, Jacob Vardabied Chamakhetzi. Dans la personne du grand patriarche universellement vénéré, il se produisit en même temps une évolution nette et décisive vers les idées de retour à l'unité catholique.

Lui, le grand champion de l'Église nationale grégorienne, l'ennemi et l'antagoniste prononcé, acharné el, en sa qualité de patriarche, l'adversaire officie] du courant unitariste, lui qui durant presque toute sa vie avait combattu l'Église romaine par parole et par écrit, il se détourna finalement de ce nationalisme religieux, fanatique à outrance, qu'il avait reconnu faux, erroné et anlichrétien, et professa ouvertement son intention de favoriser et de promouvoir de toutes ses forces la réunion avec l'Église catholique. Ses adversaires en profitèrent pour le faire tomber en discrédit. L'on faisait surtout un grief au patriarche Jacques d'avoir, en 171V2, entamé une correspondance amicale avec le pontife romain auquel il avait, par une lettre pleine de révérence pour le Saint-Siège, demandé, des reliques, el d'avoir accepté en cadeau une image de la sainte Vierge envoyée par le pape. En 1761-6'.!, un prèlre ambitieux et fanatique, Manuel Palevetzi, avait même suscité une émeute dirigée contre le parti arménien francophile et contre Nalian spécialement, auquel on reprochait de vouloir livrer l'Église arménienne aux « Francs », c'est-à-dire aux catholiques romains occidentaux. Bien que l'émeute eût échoue et que le patriarche Nalian jouît de l'estime et de la faveur de la Sublime-Porte aussi bien que de la majeure partie de ses compatriotes, son déclin approchait. Quand, en 1764, il dut, pour cause de maladie, changer de résidence et s'établir à Scutari pour y chercher le rétablissement de ses forces, les notables arméniens vinrent le solliciter de pourvoir à l'élection d'un suffragant ou coadjuteur, qui au cas de son propre décès, lui succéderait. Le patriarche Jacques Nalian saisit l'occasion pour renoncer volontairement au pontificat. De plein gré il rédigea l'acte de démission qui lui rendait entière liberté de vaquer pendant le reste de sa vie à son nouvel apostolat, à l'œuvre du rapprochement des deux Églises, catholique et arménienne. Le siège patriarcal, qu'il sacrifiait à cette noble entreprise, fut occupé par Samuel Vardabied Ezengatzi, élu le 13 mai 1764, auquel le

NALIAN NANNI (REMI)

patriarche Jacques lui-même remit les insignes du patriarcat clans une cérémonie touchante. Cependant deux mois à peine après son abdication la mort surprit, prématurément, l'ancien patriarche Jacques Nalian, mettant a néant les vastes pro jets pour lesquels il avait renoncé au pouvoir patriarcal,

Ses nombreux ouvrages l Géologiques sont presque exclusivement dirigés contre l'Église romaine catholique : 1. Vëm-Havado (Le rocher de la foi), traité apologétique qui a pour tendance prononcée d'attaquer et de combattre l'Église romaine, édité à Constantinople, en l'an 1733 (volume in-folio). Mentionnons comme réfutation de ce livre un ouvrage du vartabied Minas de Constantinople, et un autre, paru en 1773, du P. mékhithariste Michel Tchinamtchian, eu cinq forts volumes. — 2. Livre intitulé Khristonéagan Ousaneli (Doctrine chrétienne), avec sous-titre, Instructeur des chrétiens, Constantinople, 1732; 2e édition, ibid., 1747. — 3. Commentaire du Manuel d'oraisons de S. Grégoire Nareg, le Docteur angélique, Constantinople, 1745, in-folio. - 4. Hokêchah (Hogêshah) (Le trésor de l'âme ou Le salut de l'âme), rédaction poétique, rythmique de deux homélies de saint Jean Chrysostome, Constantinople, 1746; 2e éd., Nakhidjévan, 1794. — 5. Zên Hokevor (L'arme spirituelle), divisé en trois parties : I" partie : Solution des objections des Juifs et conformité avec les évangélistes; II" partie : Doctrine chrétienne en langue turque; III1 partie : Recueil des histoires les plus intéressantes de l'Église, en langue turque (une sorte de précis ou compendium de l'histoire ecclésiastique), Constantinople, 1757; autres éditions, Constantinople, 1787, 1828, 1859. —6. Livre intitulé Gandzaran Tzanucmantz, (Trésor ou Magasin des sciences et connaissances) divisé en quatre tomes : les tomes i et n traitent des sujets de sciences et de morale; le tome m est un précis de géographie générale; ouvrage composé après son abdication, en partie en arménien ancien, en partie en néo-arménien ou langue vulgaire, en partie en turc. — 7. Livre de prières, indispensable à tout le monde, Constantinople, 1760. Petit manuel destiné surtout à servir au clergé et aux fidèles comme livre de prières pendant la messe et l'office divin, et dont l'intérêt consiste en ce que Nalian s'était proposé d'y insérer en guise de rétractation toutes les idées requises pour corriger les anciennes erreurs par lui répandues, dans ses écrits antérieurs contre la doctrine catholique et particulièrement le primat du pontife romain. Il est établi d'ailleurs, comme fait historique que, dans les dernières années de son patriarcat en 1762, Nalian, encore en possession du siège catholical, avait entamé une correspondance avec le pape Clément XIII en vue d'une union éventuelle des Églises d'Orient et d'Occident. — Pour compléter, mentionnons encore deux livrets du même : 8. Lumière de la vérité, Constantinople, 1706; 9. Une plaquette intitulée : Cahier sur la vanité du monde, petite poésie morale et philosophique, parue comme travail posthume à Constantinople, 1805.

Dissertation sur les ouvrages de Nalian dans la revue arménienne Areuelkli (L'Orient), 1893 et 1894; sur la vie du patriarche Nalian dans Arevelian Mamoul (Presse orientale), 1894, 1895, dans la revue Masts, 1903, 4. — Voir encore l'article intitulé : Nalian et Naregatzi ( Grégoire), dans la revue Lougs (La lumière), 1906. Un tableau détaillé de son œuvre littéraire est fourni dans la Nouvelle bibliographie arménienne par P. Arsène Ghazikian, t. n, p. 9-20. La carrière politico-religieuse de Jacques Nalian, comme patriarche de Constantinople, de Jérusalem, puis de Constantinople, se trouve décrite dans V Histoire d'Arménie de Michael Tchamtchian, t. m, Venise, 1786, p. 812, 813, 824-26, 840, 862-63, 864-874.

J. Karst.

NANCELIUS Nicolas, humaniste et médecin français (1539-1610). Nicolas de Nancel, ainsi

nommé du petit village de ce nom (aujourd'hui Nampcel, Oise) à quelque distance de Noyon, où il naquit en 1539, fil ses humanités à Paris, au Collège de Presles, où il gagna l'amitié de Ramus. Maître es arts, il enseigna le latin et le grec, d'abord à Paris, puis à Douai où il séjourna de 1562 à 1565, puis de nouveau à Paris. Il passa alors à la faculté de médecine où il prit, le doctorat; il exerça d'abord à Soissons, puis à Tours, enfin à Fontevrault, étant devenu médecin de l'abbesse Éléonore de Bourbon. C'est à Fontevrault qu'il mourut en 1610. ■ Esprit souple et curieux, en relation avec plusieurs humanistes de l'époque, Nancel, comme on l'appelait, a laissé d'assez nombreux ouvrages imprimés sans compter de nombreux mss. Quelques-uns intéressent la philosophie et la théologie : 1° De immortalitate animœ velilatio adversus Galenum, in-8°, Paris, 1587, avec en appendice trois écrits : Problema an sedes animœ in corde, an in cerebro aut ubi denique est ; De risu libellus ; De légitima partus lempore, 7, 8, 9, 10 et 11 mensium problema, ubi de anni gregoriani per Aloijs. et Ant. Lilium jralres correctionc ac restilutione per longam digressionem mulla discrepantur. Ces diverses dissertations n'étaient que des extraits d'un ouvrage plus considérable, qui ne fut imprimé au complet qu'après la mort de Nicolas, par son fils Pierre sous ce litre : Analogia microcosmi ad macrocosmon, in folio, Paris, 1611, vaste compilation où il entre, avec beaucoup d'anatomie et de physiologie, pas mal de cosmographie, de philosophie et même de théologie. On y retrouvera les dissertations publiées à part en 1587. — 2° Parechasis de mirabili nalivitate D. N. Jesu Christi ex B. Maria aïpartheno et tkeotoco desumpla ex commentants Nie. Nancelii in Strabuni Gallum, in-8°, Angers, 1593. — 3° Epislolarum de pluribus reliquarum tomus prior; et prœ/ationes in Davidis psalterium et in Novum Testamentum; ulrumque opus cum grœcis archelupis fldeliler et accurale ad latinam vulgatam versionem collalnm, Paris, 1603.

Scévola de Sainte-Marthe, Elogia gallorum sweulo XVI doctrina illuslrium, Eisenach, 1722, p. 283 sq.; Nicéron, Mémoires, t. xxxix, d'où dérive la notice du Moréri, édit. de 1759, t. vu, p. 905 et les autres biographies.

È. Amanx.

NANNI Rémi, frère prêcheur florentin du couvent de Sainte-Marie-Nouvelle, théologien et polygraphe, mort vers 1580. Il a laissé en langue italienne une œuvre poétique abondante, divers écrits de piété ou de vulgarisation religieuse, un commentaire général de l'Écriture avec l'histoire des personnes, plantes, animaux, pierres, fleuves, montagnes qui y sont mentionnés. Il fut appelé à Rome par le pape Pie V pour y travailler sous la direction du maîlre général des dominicains, Jusliniani, et du maître du Sacré Palais, Manrique, à une édition des œuvres de saint Thomas, d'après des manuscrits du Vatican. C'est l'édition de Rome de 1570, en dix-sept volumes. Rémi Nanni a lui-même écrit, comme théologien, un ouvrage important pour l'histoire doctrinale de la Contre-réforme catholique : De. summi pontificis aucioritale, de episcoporum residentia et beneficiorum pluritale, gravissimorum auctorum complurium opuscula ad aposlolicœ Sedis dignitalem majeslalemque tuendam spectanlia, 2 vol., in-4", 509 p., et 303 p., Venise, 1562. Les autorités invoquées sont : saint Thomas, Cajétan, Nacchiante, Dominique Soto, Carranza, Thomas Campeggi, Ambroise Catharin, etc.

Quétif-Échard, Scriptores ordinii prxdicatonwi, t. n, p. 259-260, 825.

M. -M. Gorce

NANNIUS (PIERRE) — NAREG

NANNIUS Pierre, célèbre humaniste belge (1500-1557). Né à Alkmaar (Hollande septentrionale) en 1500, Pierre Nanninck, plus connu sous le nom de Nannius, vint achever à Louvain les études qu'il avait commencées dans sa ville natale. Apres avoir été quelque temps recteur du collège d'Alkmaar, il rentra comme professeur à Louvain en 1535; dès ce moment il étail piètre, 11 recevra plus tard un canonicat à Arias. A partir de 1539, il professa la langue latine au Collège des Trois Langues, où il mourut le 21 juin 1557. — L'œuvre considérable de Nanninck est surtout consacrée à la philologie classique; nous n'avons pas à l'apprécier ici, mais cet humaniste qui rendit de grands services à la cause des lettres profanes doit être mentionné pour diverses production-, d'ordre ecclésiastique. Signalons seulement sa Deelamalin qaodlibelica de œternitaic mundi, in-12, 51 p., Louvain, 1511) (=1550), où Nannius s'efforce de prouver que le monde, dans le premier dessein du Créateur, devait durer éternellement n'ayant été rendu sujet à la corruption que par les péchés d'Adam et de sa postérité. Mais il faut citer Nannius pour ses traductions et éditions palristiques. Il s'exerça d'abord sur saint Basile dont il donna en latin seulement l'homilia In sanctam Christi nativilulem (rejetéc par les mauristes parmi les douteuses, P. G., t. xxxi, col. 1157 sq.), Louvain, 1538; puis en 1539, les trois homélies numérotées par les mauristes, vi, vu, vin, avec trois lettres; en 1541 il fait paraître, en grec (édit. princeps) et en latin, le De mortiwrum resurreefione d'Athénagore, Louvain; autre édition la même année à Paris (cf. P. G., t. vi, col. 18); en 1514. Synesii cl Apullonii epistolœ selec/iores latine versée. On lui doit surtout la première édition complète des œuvres de saint Athanase en latin : Athanasii magni Alexandrini ep. opéra in qwiluor tomos (en un seul volume) distributa, quorum 1res sunt a P. Nannio Alcmariano ad grœcorum exemplarium fidem juin primum conversi, exceplis paucis antehac impcrjeclis ab co denuo plenius et lafinius redditis, petit in-fol., Bàle, 1556; la dernière partie du volume, qui a une pagination spéciale, contient les œuvres douteuses ou apocryphes en des traductions déjà parues: voir ce que dit Montfaucon de celle édition dans sa préface générale aux œuvres de saint Athanase. P. G., t. xxv, co!. xvii a. xvin a sq. : la traduction de Nannius, qui était au moins élégante, sinon toujours fidèle (l'auteur ne disposait que rie mss médiocres), a figuré dans les diverses éditions gréco-latines de saint Athanase jusqu'à celle de Mautfaucon qui, après avoir d'abord hésiié, a pris le parti de la remplacer par une version entièrement neuve. ■ — Nannius est aussi l'auteur de scolies sur la discussion épistolaire entre Symmaque et saint Ambroise. Elles ont été éditées après sa mort en appendice à la belle édition de Prudence parue à Anvers en 1564 (cf. P. L., t. i.ix, col. 649 C): de même les scolies relatives aux oraisons funèbres de saint Ambroise sur l'empereur Valent inien et sur Satyrus ont paru dans l'édition de saint Ambroise de Bâle, 1567 et Paris, 1569; quelques-unes sont passées dans l'édition des mauristes (cf. P. /.., t. xvi (éd. de 1866). col. 1318, 1357, 1361, etc.). P. Nannius a également appliqué à l'Écriture sainte les mêmes méthodes philologiques. En 1552, il donne à Bàle une traduction latine de la Sagesse, avec des annotations qui ne sont pas sans valeur : Sapienlia Solomonis una cum seholiis, petit in 8" de 91 p.; en 1554, à Louvain ; In Cantica canticorum paraphrases cl scholia ; Paquot déclare que « ce petit ouvrage vaut mieux que beaucoup de longs comment aires ».

A. Le Mire, Elogia belgica, 1C02, p. 151-153; Valère André, Bibliolheea belgica, p. 749-751; l'oppens, Bibl. belg., t. n, p. 994-996; Nicéron, Mémoires, t. xxxvu, p. 25-33; Paquot, Mémoires nour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, t. xiv, p. 58-79; Biographie nationale de Belgique, t. xv, Bruxelles, 1899, col. 415-424.

É. Amann.

NARDI François, né à Yazzola, en Vénétie, le 18 juin 1808, professeur rie philosophie et de droit canon à Padoue, auditeur de Rote et secrétaire de la Congrégation des évêques et réguliers, mort le 22 mars 1877, a composé :

Rlementi di dirilto ecclesiastico agguinleiu le norme politiche e civili in oggeli misli, 3 vol., Padoue, 1854; Verilà délia religione cristiana dimoslrata scienlificamente, Padoue, 1850; La sola dotlrina di Pielro, Rome, 1867; // concilio e Dirilto dello Stato, risposta all'opusculo » Le concile œcuménique », Florence, 1869.

Hurter, Nomenclator, 3F édit., t. v, col. 1775.

F. Bonnard.

NAREG ou NAREGATSI Grégoire (en arménien oriental Grigor Narckatsi), docteur mystique et Père de l'Église arménienne. — Né vers 951, fils et en même temps élève du seigneur arménien Chosrô le Grand (Andzevatzi), lequel, fameux comme historien de l'Église grégorienne, se retira du monde en 961 dans un couvent , et fut élu ensuite évêque du district d'Anrizévatzik de la province de Vaspourakan, il eut plus tard comme précepteur et directeur d'études le vartabied (docteur) et abbé Anania dans le célèbre monastère de Nareg ou Nariek, où il se trouvait en compagnie de son frère. Son père, Chosrô Andzevatzi, avait déjà été en étroite liaison littéraire et sociale avec ce même couvent de Nareg, situé dans le canton de Reshtunikh (ou Ereshdunikh) en Vaspourakan et célèbre comme foyer de doctrine et de vie religieuse ascétique. Cette communauté avait été fondée dans ce même siècle par plusieurs moines arméniens établis auparavant dans l'Arménie Mineure, d'où ils furent expulsés par les Grecs. Le couvent était en ce temps gouverné par le savant abbé Anania, qui dirigea les éludes et l'éducation de notre Grégoire, dont la mère appartenait à [la famille de ce même Anania. L'histoire dépeint Grégoire Naregatsi comme un ange revêtu d'un corps morte! (parole de saint Nersès de Lambron, dans^le discours d'inauguration du concile de Tarse), un ascète de la vie contemplative en même temps qu'un génie brillant, dont la subtile sagesse attirait à lui, dès l'âge de vingt-six ans, des princes et des rois, qui venaient consulter le moine Nersès et lui confier leurs cas de conscience. Grégoire Naregalzi fut essentiellement un philosophe du mysticisme chrétien-arménien, le grand maître et docteur de la vie contemplative, comparable aux gr?nds théologiens mystiques du Moyen Age occidental tels que saint Bernard, Eckard, Tauler, Suso. Sa doctrine philosophico-théologique ■ — ■ trait commun avec le mysticisme germanique — se revêt d'un grand charme poétique, et, bien qu'extérieurement composée en prose, s'épanouit en des cantique débordant d'enthousiasme. C'est pourquoi Grégoire Nareg a été de son vivant déjà en butte à de véhémentes attaques de la part d'antagonistes qui l'accusaient de singularité, voire même d'hérésie. Cependant il n'eut pas de peine à se justifier et à prouver son orthodoxie devant le catholicos (patriarche), qui l'avait cité devant son tribunal spirituel pour celte raison. Exclu, en partie volontairement, en partie par les rancunes et persécutions de ses adversaires de tout avancement dans les dignités de la haute hiérarchie, auxquelles rie par son origine, son génie et sa vertu, il parais-

NAREG — NAIISAI

sait d'abord prédestiné, il vécut humblement en abbé-moine mystique, vaquant aux éludes el aux pratiques religieuses, dans ce couvent de Nareg, rendu fameux par lui, et dont le nom est inséparablement lié au sien. 11 mourut a Nareg à l'âge de cinquante ans en 1003. La tradition a conservé pieusement la mémoire de sa tombe miraculeuse qu'on vénère encore dans l'enceinte du couvent de Nareg.

« Grégoire Naregalzi, surnommé le l'indare de l'Arménie, fut par ses talents le digne héritier de son père Chosroès le Grand et l'émule du non moins fameux Grégoire Magistros (11058). Il défend la primauté de saint Pierre (Discours sur les apôtres et sur saint Jacques de Nisibe), Grégoire de Naregh fut aussi regardé comme un saint et un thaumaturge : voici une gracieuse légende qui, à cet égard, est des plus significatives. Comme il s'employait à faire accepter en Arménie le concile de Chalcédoine, les opposants, qui étaient alors prédominants dans la Haute-Arménie, lui envoyèrent des messagers, pour le sommer de comparaître devant les autorités civiles et ecclésiastiques réunies à Ani. Il reçut les envoyés avec beaucoup d'atïabilité et, bien que ce fût un vendredi, il les invita à dîner avec lui et leur lit servir sur table des pigeons rôtis. Lorsque les messagers, se trouvant ainsi d'un côté confirmés dans leurs méchants desseins, et de l'autre scandalisés de lui, l'avertirent que c'était un jour de jeune, Narei^atzi leur demanda pardon de sa méprise et, se tournant vers les pigeons rôtis, il leur commanda : i Levez-vous et partez, car c'est un jour d'abstinence. » Les oiseaux là-dessus, reprenant vie, l'un après l'autre, déployèrent leurs ailes et s'envolèrent d'emblée. Ainsi fut réduit au silence la bouche des détracteurs (médisants) et la grande renommée du vénérable saint n'en fit que s'accroître. » Garegin, Hist. de ta littérature arménienne, p. 538-39 ; Tournebize, Histoire politique et religieuse de l'Arménie, p. 24, 154.

Ce saint docteur qui figure en même temps comme l'un des plus distingués écrivains classiques de la littérature arménienne, est l'auteur d'un Commentaire sur le Cantique des Cantiques, composé dans sa vingt-sixième année, sur la base d'un ouvrage original de saint Grégoire de Nysse, éditions de Venise, 1789 et 1827. — • L'ouvrage qui est réputé universellement être son chef-d'œuvre proprement dit, s'intitule : Aghôlkhe gam Nareg, oraisons de Nareg, avec sous-titre : Le livre des saintes élégies. Il comporte un ensemble de 95 oraisons, formant dans leur complexe un sublime tableau philosophico-théologique de la mystique chrétienne, tableau d'autant plus saisissant que le tout se présente sous la forme d'oraisons, de prières ou de suppliques adressées par l'âme à l'Être divin. Éditions du Nareg ou Livre des élégies : Venise, 1801 : 1827, par P. Gabr. Avédikian; ibid., 1833, 1844 et 1893; Constantinople, 1839, 1845, 1852; Paris, 1860; Jérusalem, 1875, 1886; Smyrne, 1870. — Discours et panégyriques : 1. Sur la sainte Croix, 2. sur la sainte vierge Marie, 3. sur les Apôtres, 4. sur saint Jacques de Nisibe. Éditions : Discorso panegirico alla Beat. Verg. Maria, scritto da S. Gregorio de Naregh, tradotto in ital. dai PP. Mechitariste (P. At. Tiroyan), Venise, S. Lazzaro, 1904; ibid., texte original, 1904. — ■ Commentaire exégétique du livre de Job.- — Discours (sermons et homélies, confessions de foi ou sermons dogmatiques), publiés à Jérusalem 1856. — Sont encore attribués au même saint Nareg, surnommé Herechtananan Vardabed « docteur angélique », des cantiques ou hymnes assignés à la liturgie de la Pentecôte, de la fête de la sainte Croix, de la sainte Vierge et de la

Dédicace des églises. • Notons cependant que plusieurs écrits imputés jadis à cet auteur sont apocryphes, en particulier un Traité de la doctrine chrétienne, publié sous son nom à Constantinople en 1774. Cf. Sukias Somal, Quadro délia storia Iclteraria di Armenia 1829, p. 66. C'est probablement un ouvrage à attribuer à Grigor d'Isguèvre ou Gr. Skcvratzi. • Œuvres complètes de Grég. Nareg, en texte original, Venise, 1827 et 1840 par 1». Avédikian.

S. Grégoire de Narek el ses œuvres, dans Bazmanep, revue des PP. Mékhitharistes, Venise, 1X71, p. 244; 1900, p. 443; Bemerkung iiber Grigor Narekalhs, idans Wiener Zeitsclirift jiir die Kiuide des Morgenlandes, t. vin, p. 208- 210; Zchobanian, iîfiide sur Grégoire de Narek, dans Mercure de France, nov. 1900; Arsène Gha/.inian, Nouvelle bibliographie arménienne, article Grigor Naregatzi, p. 474-499; Garekin Sarbanalian, Histoire littéraire de l'ancienne Arménie, p. 538-519.

J. Karst

NARSAI, fondateur de l'École de Nisibe (399- 502?). I. Vie. IL Œuvres. III. Doctrine.

I. Vie. — La principale source d'information sur la vie de Narsaï est un chapitre de l'ouvrage de Barhadbsabbâ 'Arbayâ, dont une partie a été publiée par M.Nau,sous le titre de Seconde partie de l'histoire de Barhadbesabba Arbaïa, l'alrologia Orientalis, t. ix, fasc. 5, Paris, 1913, p. 588-615 [100-127]. Quelques autres renseignements se trouvent dans le discours du même auteur sur la Cause de la fondation des écoles, éd. Addaï Scher, P. O., t. iv, fasc. 4, Paris, 1907, p. 381-387 [57-73]. Enfin une notice courte, mais substantielle, est contenue dans la chronique nestorienne en arabe, que Mgr Addaï Scher a publiée sous le nom de Chronique de Séert, P. ()., t. vu, fasc. 2, Paris, 1909, p. 114 [22] sq.

Narsaï naquit en 399, suivant la chronologie acceptée ci-dessous, dans le canton du Kurdistan qui s'étend sur la rive gauche du Tigre en amont de Mossoul, au village de Aïn Dulbë « la fontaine des platanes », près de Ma'altayê, à l'entrée du district montagneux. Écolier dès l'âge de sept ans, il fut formé par un professeur qui se retira dans la montagne avec ses élèves, afin de les faire échapper au danger d'apostasie, tandis que les mages persans persécutaient violemment les chrétiens. Après être resté neuf ans sous la conduite de ce maître héroïque, Narsaï, dont les parents étaient morts, se rendit auprès d'un oncle paternel, nomme Emmanuel, ancien élève de l'École d'Édesse, pour lors supérieur du monastère de Kefar-Mari, aux confins du Beit Zabdaï. Mais le jeune homme, dont la science était déjà remarquable, ne resta auprès de son oncle qu'un hiver et partit pour Édesse, où l'attirait le renom de la fameuse École des Perses. Il y resta dix ans, puis fut rappelé à Kefar-Mari, pour y tenir école. Nonobstant un vif succès, il en partit bien vile, dominé par la nostalgie d'Édesse. Dix ans plus tard, se sentant mourir, l'oncle Emmanuel rappela de nouveau son neveu et lui confia le gouvernement du monastère: mais Narsaï était invinciblement attiré par l'enseignement : après une année, il remit à un autre religieux la fonction de prieur et retourna aux Écoles.

La date de la troisième arrivée de Narsaï à Édesse est déterminée par un terminus anlequem. qui est le premier point de repère de cette biographie. Barhadbsabbâ précise en effet, P. O., t. ix, p. 597 [109], qu'il y retrouva Barsaumâ, lequel devint évêque de Nisibe en 435, P. O., t. iv, p. 384 [70], n. 1. C'est alors sans doute que les deux amis entreprirent avec Acace, le futur catholicos, le pèlerinage de Mopsueste pour y recevoir la bénédiction de Théodule, disciple de Diodore et successeur de Théodore à l'école de cette ville. Théodule surnomma Narsa

NARSAI

» langue de l'Orient et porte de la religion chrétienne », P. 0., t. vu, p. 114 [22]: Maris, Amri et Slibx de patriarchis nestorianorum commcntaria, éd. H. Gismondi, pars prior, Home. 1899, p. 46, trad., p. 40.

Deux ans après que Barsaumâ eu L qiiiLlé Édesse, le directeur de l'École des Perses, Qiyorê, mourut (437). D'une voix unanime, Narsaï fut choisi pour lui succéder et resta en charge pendant vingt ans. On ne s'étonnera pas que sous sa direction l'influence de Théodore de Mopsuesle soit devenue prépondérante à l'École des Perses. Ibas, évêque d'Édesse, étant dyophysite comme Narsaï, la position de celui-ci était forte. Elle devint difficile sans doute lorsqu'Ibas fut déposé en 449. par le deuxième concile d'Éphèse. Mgr Duchesne a même proposé de placer immédiatement après la déposition d'Ibas, donc en 449 ou 450, l'expulsion de l'École des Perses, lors de l'enquête menée par Chéréas, en faisant remarquer combien la lettre de Siméon de Beit-Arsam, sur laquelle reposait jusqu'alors la chronologie communément reçue, abonde en confusions. Histoire ancienne de l'Église, t. ni, Paris, 1910, p. 5C8. Mais cette proposition n'a pas rencontré de faveur, et il semble vraiment que la chronologie de Narsaï s'arrange mieux si l'on retarde jusqu'après la mort d'Ibas, en 457. son départ d'Édesse. Le texte de Barhadbsabbâ crée d'ailleurs une autre difficulté, car il nomme Qûrâ l'évêque qui aurait expulsé Narsaï. Qûrâ ayant occupé le siège d'Édesse de 471 à 498, il faudrait admettre pour le troisième séjour de Narsaï à Édesse une durée minimum de trentesix ans. Cela est impossible, si l'on admet les autres chiffres du même auteur, puisqu'il aurait eu au début de ce séjour au minimum 37 ans et aurait enseigné ensuite à Nisibe pendant quarante-cinq ans, ce qui donnerait pour sa vie entière un total égal ou supérieur à 118 ans. Il faut donc admettre que Barhadbsabbâ s'est trompé en écrivant ici le nom de Qûrâ. L'erreur s'explique parce que c'est sous son pontificat que l'empereur Zenon supprima définitivement l'École des Perses en 489, P. O., t. ix, p. 600 [112], n. 1.

Nous pensons donc que Nonnus, à peine remonté sur le siège d'Édesse, qu'il avait déjà occupé pendant la déposition d'Ibas, se proposa de purger sa ville épiscopale du levain nestorien. Le chef de l'École des Perses fut invité à se rétracter; il refusa. Ses adversaires résolurent alors de le faire condamner au feu, mais il fut averti à temps et sortit de la ville la même nuit. Bempli de zèle pour l'évangélisation de ses compatriotes, Narsaï se proposait de porter la vérité chrétienne au cœur de la Perse et dépassa Nisibe sans y entrer. Mais tandis qu'il se reposait au monastère des Perses, à l'est de la ville, Barsaumâ fut averti de sa présence et le fit supplier de venir le visiter. L'ayant reçu avec de grands honneurs, l'évêque le persuada qu'il devait renoncer à son dessein et ressuciter à Nisibe l'école, dont l'existence se voyait compromise à Édesse.

Ainsi naquit l'École de Nisibe, dont l'influence devait rester prépondérante dans l'Église nestorienne jusque vers le milieu du ixe siècle. J.-B. Chabot, L'École de Nisibe, son histoire, ses statuts, dans Journal asiatique, IXe série, t. vin, p. 81. Narsaï la gouverna pendant quarante ans, selon les informations concordantes de Barhadbsabbâ, P. O., t. ix, p. 615 [127], et delà Chronique de Sêert, P. 0.,t. vu, p. 115 [23], Mais il y eut dans cette période une interruption de cinq ans, pendant laquelle Narsaï reprit la direction du monastère de Kefar-Mari, après que Barsaumâ, influencé par sa concubine, Mamaï, se fut montré jaloux de la popularité que

son enseignement avait attiré à Narsaï. Chronique de Séert, P. O., t. vu, p. 136 [44] sq. Barhadbsabbâ dit en effet, loc. cit., que Narsaï gouverna le monastère pendant six ans, et l'on sait qu'il resta comme prieur un an seulement après la mort de son oncle Emmanuel. Il n'y a donc qu'une contradiction apparente, entre ce chiffre de quarante ans et celui de quarante-cinq donné par le même auteur, dans son discours sur la Cause de la fondation des Écoles, P. O., t. iv, p. 386 [72]. Le chiffre de cinquante ans, qu'on trouve dans Mari, éd. citée, p. 44, trad., p. 39, et dans Barhebrseus, Chronicon ecc.lesiasticum, l. ni, Paris et Louvain, 1877, col. 77 sq., doit être considéré comme erroné. Narsaï mourut donc en 502, âgé d'au moins 103 ans. M. A. Baumstark, Geschichle der syrischen Literalur, Bonn, 1922, p. 110, suggère toutefois que ce chiffre pourrait être réduit à 93 ans, si l'on veut admettre que Barhadbsabbâ a eu fort de compter deux séjours de dix ans à Édesse. Celte correction ne s'impose pas. Narsaï fut enseveli à Nisibe dans une église qui, au vu0 siècle, portait encore son nom. Mari, loc. cit., p. 45, trad., p. 39.

Siméon de Beit Arsam qualifie Narsaï de « lépreux », Bibliotheca orientalis, t. i, Home, 1719, p. 352. On voudrait voir dans cet appellatif un de ces sobriquets, que les élèves de l'École des Perses semblent s'être donnés par plaisanterie, et dont plusieurs sont cités par le même auteur. Mais il est dit clairement pour les autres qu'il s'agit d'un surnom, tandis qu'il est dit simplement « Narsaï le lépreux >. Le sens naturel s'impose donc. On croira difficilement, étant donnée la longévité de Narsaï, qu'il sa soit agi de la lèpre proprement dite, mais il se peut qu'il ail eu quelque autre maladie à manifestation cutanée. et ce défaut corporel expliquerait que, malgré l'éclat de son enseignement, il ne soit pas arrivé à l'épiscopat.

IL Œuvres. — Ébedjésus, qui surnomme Narsaï la « cithare de l'Esprit-Saint >■, donne de ses œuvres la liste que voici, Bibliotheca orientalis, t. m, pars prior, Borne, 1725, p. 63-66 : « des commentaires sur la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres (ou le Pentateuque entier suivant la Chronique de Séert), Josué, les Juges, l'Ecclésiaste, les grands et les petits prophètes; douze tomes de compositions métriques ou mitnrê, formant un total de 360 pièces: une liturgie, une exposition de la liturgie et du baptême; des discours paraclétiques; des homélies en prose ou tùryâmë; des cantiques; des ecténies ou proclamations liturgiques prononcées par le diacre; enfin un livre en vers sur la corruption des mœurs. »

Barhadbsabbâ, dans son histoire, P. O., t. tx, p. 612 [124], parle seulement des mimrë, qu'il dit écrites une pour chaque jour de l'année, et du livre sur la corruption des mœurs. Mgr Addaï Sclier a mis en doute, en raison de ce silence, que Narsaï ait écrit les commentaires script uraires, dont la liste existe cependant en des termes à peu près identiques dans le catalogue d'Ébedjésu* et la Chronique de Séert. Il faut bien reconnaître que ces commentaires ne sont cités dans aucun des ouvrages connus, pas même dans le Gannat Bussamë, qu'on pourrait considérer cependant comme une somme abrégée de l'exégèse nestorienne, J. M. Vosté, Le Gannat Bussamë, dans Revue biblique, 1928, p. 227 sq.

L'édition originale des mimrë de Narsaï ne fut peut-être jamais copiée dans son entier; il ne nous en est parvenu que des sélections, faites à ce qu'il semble en vue d'un usage liturgique, et dont les manuscrits sont assez nombreux dans les bibliothèques d'Europe, aussi bien que dans celles de la Mésopotamie et du Kurdistan. M. Alphonse Mingana. qui en a publié quarante-sept. Narsaï doctôris

NARSAI

NAKY (CORNKILUv

syri homitiae et carmina primo édita, Mossoul, 2 vol., 190."), donne le lilre de quatre-vingt-une pièces qu'il avait sous la main en divers manuscrits. Ibid., t. i, p. 26-31.

Les pièces métriques Inscrites dans le rituel ncstorien des funérailles ne ])roviennent pas des mimrê, niais plutôt des discours paraciétiques ou bûyijâè. L'attribution d'une liturgie à Narsaï par Ébedjésus ne veut pas dire sans doute qu'il composa réellement une liturgie nouvelle; elle signifie plutôt qu'il mit en meilleure forme la liturgie habituelle de l'Église persane, dite de Mari et Addaï. Rien ne permet de déterminer avec certitude celles des proclamalions diaconales, variables suivant les fêtes, qui remonteraient à Narsaï. Son nom couvre sans doute dans les livres liturgiques plus d'une composition tardive.

L'explication de la liturgie, après avoir été publiée par M. Mingana, homélie 17, a été traduite en anglais par dom R. M. Connolly, qui en a démontré magistralement l'authenticité et en a fait, avec la collaboration de Edmund Bishop, une étude approfondie, The lilurgical Iwinilies oj Narsaï, dans Texts and studies, t. vin, fasc. 1, Cambrige, 1909, Les mimrê sur le baptême et le sacerdoce, homélies 21, 22 et 32 de Mingana, très importantes elles aussi pour la connaissance de l'ancienne liturgie mésopotamienne, ont été traduites dans le même ouvrage, p. 33-74.

Il faut considérer comme œuvres douteuses les sngijâlâ ou courtes pièces métriques en forme de dialogues, qui suivent certaines homélies, ainsi que les mimrê sur Joseph, publiés en dernier lieu par le P. Bedjan, Liber superiorum... Homiliœ Mar-Narsetis in Joseph, Paris, 1901, p. ix sq. et 519-629.

III. Doctrine. — Narsaï suivait en tout Théodore de Mopsueste. Mari l'affirme par deux fois dans sa courte notice, loc. cit., p. 44 sq., trad., p. 39. Le zèle qu'il manifeste en faveur de Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste et Nestorius, les louant surtout de ce qu'ils ont séparé « le Verbe du corps », ne laisse aucun doute sur l'ardeur de ses sentiments pour la doctrine dyophysite nestorienne. Fr. Martin, Homélie de Narsïs sur les trois docteurs nesloriens, dans Journal asiatique, IX« série, t. xiv, 1899, p. 446- 492 et t. xv, 1900, p. 469-525. Mais M. Alphonse Mingana, dans sa publication des homélies de Narsaï, a choisi celles où le nestorianisme apparaît le moins, laissant de côté celles qui peut-être auraient été le plus intéressantes au point de vue de l'histoire de la théologie. J.-B. Chabot, Narsaï le docteur et les origines de l'École de Nisibc, dans Journal asiatique, X» série, t. vi, 1905, p. 158, n. 2.

Voici les propositions que M. Mingana présente en tête de son édition comme résumant le nestorianisme de Narsaï, loc. cit., p. 10-13 :

1° Notre-Seigneur Jésus-Christ est deux natures, deux personnes, un individu (7rp6o-«7rov) divin et humain, un seul individu dans une filiation unique.

2° Le Christ est homme complet, ayant comme tous les hommes un corps et une âme. Le Verbe et l'homme se sont réunis, ayant un seul amour et une seule volonté.

3° Il est impossible que Dieu s'unisse à un corps autrement que par l'amour, ou qu'un homme s'unisse à Dieu d'une union qui ne soit pas purement nominale. Nominalement, mais seulement ainsi, il est permis de dire que ces deux sont un en essence; c'est dans ce sens que Narsaï les confesse un seul amour, qu'il confesse le Fils de Dieu et le Fils de l'homme un seul individu (Tcp6oo)7tov).

4° La situation spéciale et le nom que le Christ s'est acquis, proclament que lui seul entre les mor-

tels a été fait par Dieu héritier et Seigneur du ciel et de la terre. La grâce de Dieu a suppléé à son humilité et à ses déficiences, et l'a rendu, tout humain qu'il fût, participant des trésors du Saint-Esprit.

5° Le Verbe de Dieu descendit spontanément el sa vertu habita dans le corps immaculé conçu de Marie. Il ne s'est pas abaissé et il n'est pas né dans son essence; sa charité a habité dans un autre (être), à qui il a communiqué son nom. Marie n'a pas enfanté une essence que personne ne peut atteindre, mais un homme, exactement semblable aux autres hommes. Marie est une femme de la race d'Adam : elle a enfanté un fils semblable à elle spirituellement el corporellement.

6° Narsaï se défend toutefois de dire qu'il y a deux Fils. Il n'y a qu'un Fils, le Fils de Dieu, consubstantiel au Père : « Je n'ai jamais pensé qu'il y ail deux Fils, mais je crois en un seul, qui est à la fois le Verbe de Dieu et corps (semblable au nôtre »)

7° « Je proclame le Christ homme, à cause de son corps, et Dieu à cause de son éminente situation. Je le crois un, Homme et Fils de Dieu, un par une essence que nulle division ne peut disjoindre. J'ai distingué les natures, non les Fils. Je le dis Christ et Fils pour deux raisons : parce que le Saint-Esprit l'a oint, et parce qu'il a été fait par l'amour un Fils avec le Verbe. »

8° « Si l'on admet que le Fils s'est formé un corps, s'est fait chair, pourquoi n'est-ce pas lui qui a oint cette chair, mais l'Esprit? Si le Christ est égal au Père, en force et en amour, pourquoi Celui-ci lui a-t-il donné un nom par une bienveillance gratuite? Si le Christ est esprit consubstantiel au Père et à l'Esprit-Saint, comment se fait-il qu'il ait été magnifié seulement après que l'un est descendu et que l'autre a rendu témoignage? »

Le symbole de Narsaï, tel qu'il est expliqué dans les homélies liturgiques, est interpolé de formules qui en accusent le caractère nestorien, plus que le symbole actuellement en usage dans l'Église nestorienne. Cf. Connolly, loc. cit., p. lxxi-lxxvi.

A. Mingana signale aussi, comme digne d'attention, que Narsaï remet au jour de la résurrection des corps la jouissance de la vision béatifique pour les élus, et attribue au Saint-Esprit la transformation des éléments du saint-Sacrifice, op. cit., p. 15.

En dehors des articles cités, on peut voir W. Wright, Syriac lileralure, dans The Encyclopœdia britannica, 9« édit., t. xxn, 1887, p. 830, et la réimpression faite sous le titre A short historgof syriac literature, Londres, 1894, p.58sq.; Rubens Duval, La littérature syriaque, 3e édit., Paris, 1907, p. 344 sq. Ces deux ouvrages sont a corriger d'après l'édition de Barhadbsabba citée au début de cet article, ainsi que tous autres travaux parus avant 1913. Excellente nomenclature des manuscrits et bibliographie très complète, dans A.Baumstark, Geschichte der syrischen Litcralur, Bonn, 1922, p. 109-113. On peut y ajouter M. Wolff, Drei Begràbnisgesange Narsais, dans Oriens christianus, neuc Série, 1925, t. xn-xiv, p. 1-29.

E. TlSSERANT.

NARY Corneille, ecclésiastique irlandais (1660- 1738). — Né en 1660 dans le comté de Kildare, ordonné prêtre en 1682, il vint compléter ses études théologiques au collège irlandais à Paris, prit la licence en théologie et le doctorat en droit en 1694 En 1696, il quitte la France, vient à Londres pour faire l'éducation des enfants du comte d'Antrim; rentré à Dublin en 1702, il fut nommé curé de Saint- Michon, fonction qu'il conserva jusqu'à sa morl. 3 mars 1738. — Son œuvre littéraire, assez importante, comporte des ouvrages de polémique et de pastorale. On retiendra les suivants : 1° A modesl and true account of the chief points in controversy belween the roman Catholics and the Protestants,

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