‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 207 sur 233 · OLIER. ŒUVRES · texte numérisé non relu

OLIER. ŒUVRES

ne fonda que les séminaires de Nantes, Viviers, Le Puv, Clermont. Sous ses successeurs, animés du même esprit de prudence et de modestie, d'autres séminaires vinrent peu à peu se placer sous la direction de Salnt-Sulpice. A l'époque de la Révolution, la Compagnie de Saint-Sulpice ne dirigeait qu'une vingtaine d'établissements. Son influence ne s'explique donc pas par le nombre des séminaires dirigés. Saint- Lazare en comptait davantage sous sa dépendance et Saint-Nicolas-du-Chardonnet à peu près autant. Cependant Saint-Sulpice eut incontestablement alors une action supérieure sur l'ensemble des séminaires et sur le clergé de France. Celte influence est due surtout au séminaire de Paris, qui recevait des sujets de toutes les provinces et qui, écriait M. Olier, « une fois formés et instruits du respect et de l'amour qu'ils doivent à Jésus-Christ dans la personne des prélats, s'en vont après pour les servir dans l'établissement et les emplois des séminaires. » En parcourant les monographies des divers séminaires de France, imprimées ou manuscrites, on y constate fréquemment l'action d'anciens élèves de Saint-Sulpice, ou l'influence de ses règlements et de son esprit. D'autre part l'épiscopat sorti de Saint-Sulpice comptait une cinquantaine de sujets pour la fin du xyir3 siècle et plus de 200 dans le cours du xvin0. C'est ainsi, beaucoup plus que par la date de l'établissement, que se réalisa la parole de la Mère Agnès de Langeac à M. Olier dans sa retraite de Saint-Lazare. « Dieu vous a choisi pour jeter les fondements des séminaires de France. »

Le Canada, Montréal. ■ — La réforme de la paroisse, la fondation du séminaire ne suffirent pas au zèle de l'âme apostolique de M. Olier. Il conçut le projet de bâtir, dans l'île de Montréal, encore inoccupée, une ville nouvelle, consacrée à la sainte Vierge, d'y établir des familles choisies qui, par l'intégrité de leur foi et la pureté de leurs mœurs, donneraient naissance à un peuple nouveau, celui de la Nouvelle France. La ville qui devait s'appeler Villemarie (et qui est devenue Montréal) devait servir de barrière aux incursions des sauvages, être un centre de commerce avec leurs tribus et le siège des missions appelées à rayonner dans tout cet immense pays.

On ne saurait écarter le côté mystique de cette entreprise sans fausser l'histoire. C'est à cent lieues de distance, sans se connaître, que M. Olier et M. Le Royer de la Dauversière, pieux gentilhomme de la Flèche, concourent à ce projet qu'ils regardent l'un et l'autre comme leur venant du ciel. Chacun d'eux y fut préparé par des manifestations d'en-haut. Le 2 février 1636, en entendant chanter le Lumen ad revelationem gentium de la cérémonie de la Chandeleur, M. Olier avait reçu de Notre-Seigneur l'assurance qu'un jour, il aurait lui aussi le bonheur de faire luire le flambeau de la foi aux yeux des Gentils.

Bientôt après, Dieu lui montra sa vocation sous l'image d'un pilier sur lequel venaient se joindre deux églises, dont l'une était ancienne et l'autre nouvelle. C'était le symbole des deux grandes œuvres qui devaient remplir sa vie : une action de renouvellement dans l'Église de France par la réforme de la paroisse Saint-Sulpice et la fondation du séminaire, et, d'autre part, l'établissement d'une nouvelle Église au Canada. En même temps, Jérôme de la Dauversière se sentait vivement pressé d'instituer une congrégrégation de religieuses hospitalières pour l'île de Montréal, où il n'y avait encore que quelques cabanes de sauvages. Venu à Paris, M. de la Dauversière rencontra M. Olier dans la galerie de l'ancien château de Meudon. Alors ces deux serviteurs de Dieu qui ne s'étaient jamais vus, et ne se connaissaient nullement, furent poussés l'un vers l'autre par une

inspiration intérieure qui leur révélait leur nom et leurs pensées sur Montréal. Le résultat de cette entrevue fut un projet d'association qui, sous le nom de Compagnie de Notre-Dame de Montréal, se proposerait pour unique fin la gloire de Dieu par l'établissement de la religion dans cette partie de la Nouvelle- France. La conception de ce projet et sa réalisation pleine de péripéties émouvantes forment une véritable épopée que M. G. Goyau, dans le récit, a très justement appelée une épopée mystique.

Le 17 mai 1642, les premiers colons, recrutés en France au nombre de 55 et envoyés par la Société de Notre-Dame de Montréal, débarquèrent dans l'île et le lendemain le P. Vimont, jésuite, venu avec eux de Québec, célébrait le saint sacrifice sur cette terre promise, où le Saint-Sacrement n'a jamais cessé depuis de résider. L'année de sa mort, M. Olier envoya les premiers missionnaires sulpiciens, MM. Souart, Galinier, d'Alet avec M. de Queylus à leur tête. Depuis, l'œuvre devait, au prix de durs sacrifices et de moment pénibles, prospérer au delà de toute prévision et la parole adressée aux premiers colons par le P. Vimont, le jour de la prise de possession de l'île, devait avoir une pleine réalisation : «Ce que vous voyez n'est qu'un grain de sénevé. Je ne doute pas que ce petit grain ne produise un grand arbre et ne fasse un jour des merveilles. »

En racontant cette vie nous avons signalé plusieurs manifestations surnaturelles; cependant il esta remarquer qu'une âme si mystique ne s'est jamais résolue à agir d'après ces interventions surnaturelles, mais toujours elle s'est déterminée par les règles de la prudence chrétienne et sur le conseil des hommes les plus sages et les plus vertueux. Olier y voyait cependant une indication, pleine de consolation et d'encouragement, qu'il était bien dans la voie voulue de Dieu. Tout ce qu'elles lui avaient annoncé sur la paroisse, le séminaire et Montréal s'est réalisé à la lettre. Il avait mis M. de Bretonvilliers à la tête de la paroisse, placé M. Ragnier de Poussé à la direction du séminaire, envoyé un autre de ses disciples, M. de Queylus, à Montréal : pendant le temps qu'il survécut, il offrit ses prières et ses souffrances pour ces trois œuvres de son zèle. Sa mission achevée, il mourut le 2 avril 1657, âgé seulement de 49 ans.

Bossuet (Myslici in tuto, c. xxx) appelle M. Olier, virum prœstantissimum ac sanctitalis odere florentem. En 1730, l'assemblée du clergé de France, dans sa lettre au pape Clément XI, fait de lui cet éloge : eximium sacerdotem, insigne cleri nostri decus et ornamentum.

II. Œuvres. — Ses œuvres littéraires sont des manifestations de son zèle comme curé ou fondateur du séminaire. Sa vie les explique.

1° La charge de la cure de Saint-Sulpice engagea M. Olier à composer des Reglemens peur la cenfrairie de la charité eslablie à Paris dans la paroisse Saint- Sulpice (en 1643) pour la visite et le sculagcmcnt des pauvres malades; un Règlement peur les mariages; Déclaration faite par un grand nembre de gentilshommes et de militaires (touchant le duel); L'crdre établi dans la paroisse Saint-Sulpice peur le soulagement des pauvres honteux. Ces opuscules publiés à part en 1652, 1662, ont été reproduits dans les Remarques sur l'église et la paroisse de Saint-Sulpice, par l'abbé Simon de Doncourt, au tone n, pietés justificatives. En collaboration avec plusieurs prêtres de Saint-Sulpice qui servaient à la paroisse, il cemposa le Catéchisme des enfants de la paroisse Saint-Sulpice, publié en 1665 et dans les pièces justificatives de Simon de Doncourt. C'est un des plus pratiques et des mieux adaptés à son but, au jugement de plusieurs éminents catéchistes.

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