‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 208 sur 233 · OLIER. ŒUVRES · texte numérisé non relu

OLIER. ŒUVRES

2° La Journée chreslienne, par un prêtre du clergé, in-24, Paris, J. Langlois, 1655. Dans la préface expliquant le but de l'ouvrage il s'exprime ainsi : « Cette vérité que nous devons vivre comme .Jésus-Christ a vécu sur la terre, dans ses mœurs et ses sentiments, m'a donné la pensée de former quelques pratiques et de proposer diverses intentions pour faire saintement chacune de ses œuvres. » L'ouvrage se divise en deux parties : 1° Actions de piété qui nous appliquent particulièrement à Dieu; 2° Actions communes qui sont pour la nécessité ou le soulagement de la vie. Rééditions in-12, 1657, 1661, 1672, 1684, et in-32, 1838, 1857, 1875, 1907, 1925.

3° Catéchisme chrétien pour la vie intérieure, par un prêtre du clergé, in-12, Paris, Langlois, 1656. en deux parties : 1. De l'esprit chrétien : 2. d'un moyen principal pour acquérir et conserver l'esprit chrétien (la prière). En tête de quelques exemplaires. une très belle vignette d'après les dessins de Le Brun, gravée par Boulenger; l'idée en avait été fournie au célèbre peintre par M. Olier : Jésus-Christ, instruisant ses disciples, est représenté debout, la main gauche levée et tenant de la droite la croix et le saint Évangile. Rééditions in-12 en 1657, 1662, 1674,1692, 1697, 1703; et in-32, 1822, 1825, 1831, 1836, 1837, 1844, 1847, 1851, 1856, 1867, 1872, 1888 édition précédée d'une introduction par M. Goubin, prêtre de Saint-Sulpice, 1922,1925. On le trouve au t. n des Catéchismes édités par Migne en deux in-4° en 1842. Il a été traduit en flamand, 1686, en italien, 1858.

4° explication des cérémonies de la grand'messe de !>aroisse selon l'usage romain, par un prêtre du clergé, in-12, Paris, Langlois, 1656. Cette explication est dans le sens mystique. Dom Guéranger, (Institutions liturgiques, t. it, p. 140) dit que M. Olier « l'un des derniers écrivains mystiques de la France, avait reçu d'en haut l'intelligence des mystères de la liturgie, à un degré rare avant lui, nous dirions presque inconnu depuis. Il lut en cela re digne contemporain du cardinal Bona. » Le manuscrit original conservé au séminaire a très peu de ratures et de corrections. L'auteur semble avoir écrit d'inspiration. Rééditions in-32, 1661, 1667, 1687, 1695, 1835,

5° Introduction à la vie et aux vertus chrestiennes, in-12, Paris, Langlois, 1658. L'approbation de M. de Maupas, évêque du Puy, est datée du 2 avril 1657, jour de la mort de M. Olier. Rééditions in-12, en 1659, 1661, 1672, 1684, 1692, 1698; et in-32, 1828,

1830, 1833,1837, 1853, 1859,1875, 1880, 1927. Pour ces quatre derniers ouvrages, en plus des éditions aut lientiques, on rencontre plusieurs contrefaçons, Lyon, Rouen Toulouse, Bordeaux, Grenoble, Avignon, etc.

6° Traite des saints ordres par M. Olier, ancien curé de la paroisse Saint-Sulpice, Paris, Langlois, 1676. Publié par les soins de M. Tronson qui enrichit l'ouvrage d'un nombre considérable de textes latins, tirés des Pères, des conciles, des théologiens. Rééditions in-12, 1684, 1685, 1817; en 1831, belle édition in-8°; in-12, 1834. 1856, 1861. 1868; in-32, 1873, 1879. L'édition 1896 a été publiée par M. Branchereau, et depuis édit., 1925. 1928. Traduction en italien.

7° Lettres de M. Olier. La 1 '<■ édition parut à Paris, Langlois, en 1672, in-8°, sous le litre de Lettres spirituelles de M. Olier avec une préface de M. Tronson qui ne lit entrer dans son recueil qu'un nombre limité de lettres (250) et encore souvent incomplètes, sans Indiquer les destinataires. Le but de cette publication était de donner un abrégé «les dispositions spirituelles et des maximes de M. Olier. Il y eut de ce recueil plusieurs rééditions en 1673, 1681, et in-32,

1831, 1851, 1862. Dans ses Mijstici in tulo, c. xxx.

n. 99, Bossuet fait grand cas de ces lettres spirituelles et de son auteur. En 1885, en 2 in-8°, Paris, Lecoffre, parut une édition aussi complète que M. Gamon, prêtre de Saint-Sulpice, avait pu la faire d'après les autographes et les copies authentiques. Elle comprend 433 lettres. Pour le plus grand nombre, il indique le nom du destinataire et la date au moins approximative de l'envoi. Il se prépare en ce moment une nouvelle édition plus complète.

8' l'ietas Seminarii Sancti Sulpitii. Ce petit opuscule très connu dans les séminaires de Saint-Sulpice. parut pour la première fois seulement en 1819, dans un recueil intitulé : Pia exercitia ad usum seminarii Sancti Sulpitii. Depuis il a été inséré dans des recueils semblables, ( .1 1820, 1839, 1877, 1904. Édité à part, in-32, Desclée, 1928. L'ne édition critique en fut laite à Bourges en 1879 et rééditée en 1885 : Pietas seminarii Sancti Sulpitii opusculum ad fidem autographi Oleriatti, explanalione perpétua et notis auxit F. Labbe de Champgrand.

9° Quelques autres opuscules ont été publiés clans le Manuel du séminariste de M. Tronson, édition de 1823 : Examen sur tes vertus chrétiennes et ecclésiastiques et des Avis salutaires aux ministres du Seigneur. Un petit opuscule de 32 pages : Sentiments de M. Olier sur la dévotion à Saint-Joseph fut publié en 1843; l'édition de 1858 in-32, fut très répandue en France et au Canada. On en tira plus de quarante mille exemplaires. On trouve cet opuscule à la fin de la dernière édition de la Journée chrétienne et dans le Pietas Seminarii, dernière édition. En 1845, à Lyon, fut imprimé un opuscule contenant avec les Maximes chrétiennes et ecclésiastiques de M. Bourdoix, les Maximes sur l'obéissance de M. Olier, réédition en 1862.

10° Œuvres complètes de M. Olier... réunies pour la première fois en collection... et publiées par l'abbé Migne, 1 vol. grand in-8°, 1856. « Le mot complètes s'entend de toutes les œuvres éditées en quelque lieu, en quelque temps et en quelque format que ce soit, non de celles manuscrites qui peuvent exister dans les archives de Saint-Sulpice. » (Note de l'éditeur.)

11° Des écrits autographes de M. Olier, M. Faillon tira deux volumes publiés à Rome : Vie intérieure de la très sainte Vierge, 2 vol. gr. in-8°, 1866. L'ouvrage est revêtu de l'imprimatur du Maître du Sacré Palais et en outre des approbations de trois membres de la Congrégation de l'Index. Cependant quelques objections furent faites contre cet ouvrage. Comme les fragments sont tirés d'écrits différents de date, de style, de but. et ne sont souvent que de simples ébauches. M. Faillon en les groupant a pu facilement leur donner une portée qui dépassait la pensée du serviteur de Dieu. Cet éditeur répondit aux difficultés qui lui furent laites dans un appendice imprimé. mais non publié : De quibusdam di/licultatibus minoris rr.omenti a RR. censoribus Olerio objectis.

Il se proposait d'ailleurs de mettre les choses au point dans une nouvelle édition. La mort l'a empêché de la donner. En 1875, M. Tcard donna cette édition, mais abrégée, dégagée des réllexions de M. Faillon et des textes de Pères et de théologiens qu'il avait recueillis pour expliquer et justifier les expressions de M. Olier. Une nouvelle édition fut publiée par M. Icard en 1880. Mgr Pellei, évêque d'Acquapendente, près d'Orvieto, a puisé dans l'ouvrage édité par M. Faillon, le fond d'un volume qui a été traduit en français sous ce titre : La très sainte Vierge, jondatrice en Jésus-Christ de la sainte Église.

12° l'n bon nombre d'autres écrits plus ou moins achevés, quelques-uns simples fragments, sont restés manuscrits, ils ont pour objet : la création, les anges, les sacrements, l'oraison, des sermons et des

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panégyriques de saints; les mystères et les fêtes de la liturgie, les vertus chrétiennes, des esquisses ou essais relatifs au séminaire et à la Compagnie de Saint-Sulpice.

Des extraits de ces manuscrits sont entrés dans l'ouvrage suivant : L'esprit de M. Olier, où sont représentés ses grâces, ses sentiments, ses dispositions, ses pratiques touchant les principaux mystères et les vertus chrétiennes, tirés de ses écrits, de ses entretiens, de sa vie. L'ouvrage fut commencé par M. de Bretonvilliers, continué par M. Tronson, qui n'eut pas le temps d'y mettre la dernière main. M. Goubin, supérieur de la Solitude, l'a complété et publié en 2 vol. in-4°, lithographies à cent exemplaires. En 1916, M. Letourneau, curé de Saint-Sulpice, en a extrait lui-même un petit volume in-18, Paris, Gabalda : Pensées choisies sur le culte de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge, des anges et des saints.

13° On conserve aussi, mais en cjopie (les autographes n'existant plus), divers écrits : La vie divine, les attributs divins, les mystères de Notre-Seigneur appliqués à chaque action de la journée, explication du Pater. La retraite d'un curé, opuscule désigné dans quelques copies sous le titre : Le maître des exercices, titre qui est celui de l'introduction. Divers écrits pour la direction de la paroisse.

14° Le premier dessein de l'ouvrage connu sous le nom A'Examens particuliers de M. Tronson remonte à M. Olier, qui commença ;: le réaliser avec la collaboration de M. de Poussé placé i\ la tête du séminaire Saint-Sulpice. Une lettre d'octobre 1648, que le serviteur de Dieu lui écrivait, montre que les sujets d'examens concernant les vertus étaient sur le métier. On conserve au séminaire un exemplaire manuscrit où les examens sont encore dans l'état premier de leur composition. Les sujets sont au nombre de 85 et traités d'une façon très brève sans les détails pratiques et les citations des Pères et des conciles qu'y ajouta M. Tronson. Il porte le titre de : Méthode très utile aux ecclésiastiques qui veulent arriver à la perfection de leur état et qui leur enseigne comme ils doivent vivre dans une fonction si sublime. La Ve partie traite des vertus; la seconde porte sur ce qui se pratique dans le séminaire de Saint-Sulpice. (Cf. Préface de l'édition des Examens particuliers, de M. Tronson, édition de 1927.)

15° Le catalogue manuscrit de l'ancienne bibliothèque du séminaire conservé à la bibliothèque Mazarine signale : J. J . Olier ecclesise Sancti Sulpilii pasloris et seminarii fundatcris I^oci communes, in-4°. Le n. 3882 de la Mazarine est bien l'autographe de M. Olier. C'est un répertoire ou recueil de textes par ordre alphabétique des sujets, par exemple sur l'Écriture sainte, saint Ambroise, les révélations de sainte Brigitte, Denys l'Aréopagite. Ce sont les écrits de ce dernier qui reviennent le plus souvent. Les textes sont en français, en latin, ou même en grec, toujours exactement accentués.

16° Mémoires autographes. — Dans l'écrit qu'on appelle Mémoires de M. Olier, il y a deux parties différentes: une partie qui est un récit de sa vie passée, sorte de revue ou confession générale faite pour son directeur; le ton en est simple et s'arrête aux choses principales. Une autre partie plus longue est une sorte de confidence faite au jour le jour. Son directeur, le P. Bataille, alors à Saint-Germain-des-Prés, lui demanda d'y consigner toutes ses pensées, ses sentiments, même ce qu'il n'accepterait pas entièrement, «e qui traversait son esprit, son imagination, comme les rêves et les songes. On y trouve les pensées théologiques, mystiques qui l'occupaient dans l'oraison ou au cours de la journée : ce sont tantôt des vues sublimes, tantôt des ébauches imparfaites jetées au

courant de la plume, avec des sens mystiques parfois subtils et même un peu étranges. N'écrivant pas pour le public, mais pour son directeur, il ne s'arrête pas à préciser, ù expliquer. Un jour il jette sa pensée sur le papier, puis, une cause extérieure l'interrompant, il n'achève pas le lendemain et passe à un autre ordre d'idées. Pour avoir sa vraie pensée sur les questions dogmatiques ou mystiques, il est préférable de lire ses lettres et ses ouvrages imprimés ou traités manuscrits. D'ailleurs, il ne relisait pas les cahiers, qu'il remettait à son directeur pour qu'il en fît ce qu'il jugerait à propos, les jetât au feu, ou les conservât s'ils devaient servir à la gloire de Dieu. ¥.n les écrivant il s'arrête parfois et se demande pourquoi son directeur l'oblige à écrire et s'en excuse : « Mon courage est parfois abattu, voyant les impertinences que j'écris, qui n>e paraissent de grandes pertes de temps, et me semble le même pour mon cher Directeur dont je plains les heures qu'il y doit employer et que j'ai crainte d'amuser. Aussi il me semble à toute heure qu'il me doit défendre d'écrire, tout cela étant niaiseries insupportables. » Mais en attendant que son directeur lui dise de cesser, il écrira tout par obéissance, sous l'impression du moment dans l'état où les choses se présentent à son esprit, même incomplètement. « Je prie mon Sauveur, écrit-il le 15 juillet 1642, ne souffrir plus que je perde et consume mon temps en autre chose qu'en son amour. » M. Olier resta en relations avec le P. Bataille jusque vers la fin de 1646.

La congrégation de Cluny, après quelques années d'union avec celle de Saint-Maur, s'étant séparée, le P. Bataille quitta Saint-Germain-des-Prés et devint prieur de Saint-Martin-des-Champs (1645-1646). Après son départ à Cluny, M. Olier se mit sous la direction de M. Picoté, qui semble l'avoir engagé à continuer à noter ses pensees.Toutefois.de 1646 au 15 février 1652, les Mémoires sont dix fois moins amples et beaucoup moins personnels que de 1642 à 1646. Durant les six dernières années de sa vie, les Mémoires sont interrompus. Après la mort de M. Olier les cahiers ont été remis par dom Bataille à M. de Bretonvilliers, quelques-uns depuis se sont égarés. On les a ensuite réunis en 8 volumes très bien reliés. Mais ils ont alors été en partie disposés dans l'ordre chronologique des faits rapportés, au lieu d'êlre laissés dans l'ordre de leur composition. Une copie exacte en a été faite, et plus complète que l'original actuel.

III. Doctrine. ■ — La doctrine de J. J. Olier est celle de l'école française dont, les premiers maîtres furent le P. de Bérulle et le P. de Condren. Voir cidessous l'art. Oratoire. Il a su en exprimer parfaitement les principes et en faire les applications les plus pratiques. Dirigé pendant plusieurs années par le P. de Condren, il se rattache plus étroitement à lui: il dit lui-même qu'il hérita de son esprit.

Le centre de cette spiritualité de l'école française est le Verbe incarné dont le P. de Bérulle mérita d'être appelé l'apôtre par le pape Urbain VIII. • En entendant des auteurs graves, comme le P. Bourgoing ou le P. Amelote, affirmer dans ce même sens que le P. de Bérulle eut pour mission de » faire connaître Jésus-Christ au monde, qu'il a renouvelé l'application des esprits à Jésus-Christ » on n'est pas sans éprouver quelque étonnement. Toute spiritualité ne converge-t-elle pas vers Jésus-Christ, l'Homme- Dieu, vers le mystère de l'incarnation ? Les mystiques du Moyen Age ont aimé singulièrement Jésus- Christ, le Verbe incarné. L'étude et l'amour de Jésus- Christ se seraient-ils ensuite obnubilés parmi les chrétiens sous l'influence de la Benaissance païenne, ou les spéculations métaphysiques des docteurs catholiques des xvc et xvr siècles, auraient-elles lait trop oublier Jésus-Christ ? On l'a dit. Cependant le

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succès du mouvement déterminé par les enseignements du P. de Bérulle, du P. de Condren, de M. Olier, tient surtout au caractère même de cette doctrine spirituelle. Cf. H. Bremond, Hist. lilt. du sentiment religieux, t. ni, p. 46 sq.

Pour le mieux comprendre il nous faut remonter à la source de toute spiritualité, l'Évangile. Il apparaît à première vue que la doctrine spirituelle dans saint Jean et dans saint Paul présente un autre aspect que dans les synoptiques. Dans ces derniers elle paraît plus simple, plus élémentaire, comme un enseignement préparatoire par rapport à un enseignement supérieur. C'est « l'enseignement élémentaire sur le Christ », Hebr.,vi, 1, qui le considère plus par le dehors et dans son action extérieure que dans sa nature et son action intime. Les synoptiques se tiennent pour ainsi dire au rez-de-chaussée et ne montent pas dans la chambre haute des mystères, des choses célestes. Ce sont les terrena par rapport aux cœlestia. Joa., m, 12.

Dans les synoptiques, la vie chrétienne nous est présentée comme une imitation de la vie du Christ. 11 faut marcher à sa suite, imiter ses exemples, l'humilité, l'obéissance, le sacrifice de soi, etc., qu'il a fait paraître dans les diverses actions de sa vie. Dans les épîtres de saint Paul surtout, et dans l'évangile de saint Jean, la vie chrétienne n'est pas seulement une imitation de Jésus-Christ, elle est une communion de vie avec lui. Toute la grâce est en Jésus-Christ dans sa plénitude; c'est de lui que nous recevons tout; et nous recevons cette grâce pour entrer dans les dispositions mêmes du Christ, y communier, pour participer à ses mystères et en reproduire en nous les états. C'est le Christ qui vit en nous. Dans un corps, c'est le même sang qui circule dans la tête et les membres, dit saint Paul. C'est la même sève, dit de son côté saint Jean, qui monte du cep dans les rameaux.

Les différentes écoles de spiritualité ont insisté de préférence sur l'un ou l'autre de ces aspects. Mais la recherche particulière d'un de ces aspects n'exclut pas l'autre. L'imitation aboutit à la communion; la communion entraîne l'imitation; seulement l'accent est mis soit sur l'imitation soit sur la communion. La première méthode met plus en relief l'effort de l'homme qui marche vers le Christ et tâche de reproduire le modèle. La deuxième fait ressortir davantage la part de la grâce. Les obstacles à cette grâce sont écartés par le renoncement; et on y répond en communiant aux dispositions intérieures du Christ. Au lieu de marcher vers le Christ, nous l'attirons en nous.

La catéchèse élémentaire, conservée dans les synoptiques, ne parle guère que de suivre Jésus-Christ, au prix même de tous les sacrifices, et. d'imiter les vertus dont il nous a donné l'exemple. C'est un évangile de conquête et de première formation des fidèles. Saint Paul, après avoir prêché, comme les autres apôtres ou disciples du Christ, la première catéchèse dont on trouve des traces çà et là dans ses lettres, s'attache surtout à mettre en relief le second aspect de la vie chrétienne, plus profond, plus intime, plus mystique. Il en est de même de saint Jean.

Suivant que les Pères ou les auteurs spirituels s'attachent aux synoptiques ou à saint Paul, ils appuient sur l'un ou l'autre de ces deux aspects de la vie chrétienne. On peut dire qu'au xvie siècle les Exercices spirituels ont porté l'accent sur le premier aspect. Saint Ignace est un soldat qui conserve les images de la vie guerrière pour décrire la vie chrétienne. Le Christ est pour lui un chef, qui marche devant nous avec son étendard; il faut le suivre, l'imiter. Las Exercices sont une œuvre de conquête, comme les synoptiques : il faut ramener à la pratique de la vie chrétienne les gens du monde, il faut les entraîner

à se convertir et à servir Dieu. Ce côté plus accessible de la vie chrétienne est mis surtout en lumière, l'autre restant à l'arrière-plan.

Cherchant plus directement à conduire à la perfection les âmes déjà données à Dieu, Bérulle, Condren, Olier ont mis l'accent sur la vie d'union, la communion aux dispositions du Verbe incarné. Ils se rattachent directement à saint Paul dont ils avaient fait une étude spéciale. Les ouvrages de M. Olier sont tout parsemés de textes de l'Apôtre. Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse atteindre à la plus haute perfection avec la première méthode, qui s'éclaire plus ou moins consciemment des lumières de l'autre aspect plus profond de la vie chrétienne, de même que les synoptiques, qui furent écrits directement pour la première formation des fidèles, grâce à la lumière des enseignements de saint Paul et de saint Jean, laissaient entrevoir des profondeurs d'abord insoupçonnées.

Le principe fondamental de la doctrine du P. de Bérulle et de l'école française de spiritualité est tiré de l'intime même du mystère de l'incarnation. Cf. Pourrat, La spiritualité chrétienne, t. m, p. 510. En Jésus- Christ la nature humaine ne s'appartient pas: privée de personnalité propre, elle est à la personne divine du Verbe. « L'humanité sainte de Notre-Seigneur, écrit M. Olier, Pensées choisies, p. 40, est anéantie comme personne; elle n'a pas d'intérêts particuliers et ne peut agir pour soi. La personne du Verbe à laquelle elle appartient voit et recherche en tout les intérêts de son Père. Ainsi en est-il du vrai chrétien. » Cf. Catéchisme chrétien, part. I, leç. xx. Il ne peut être tout à Dieu qu'à la condition de renoncer à lui-même, cesser pour ainsi dire de s'appartenir. De là les deux aspects de la vie chrétienne : le renoncement et l'union ou adhérence à Jésus-Christ. « La vie chrétienne a deux parties, la mort et la vie. La première sert de fondement à la seconde. Cela est réitéré dans les écrits de saint Paul, particulièrement dans le 6e chapitre de l'Épître aux Bomains... et en mille autres endroits il répète ces deux membres de l'état chrétien, en sorte toutefois que la mort doit toujours précéder la vie. Et cette mort n'est autre que la ruine entière de tout nous-même, afin que, tout ce qu'il y a d'opposé à Dieu en nous étant détruit, son esprit s'y établisse dans la pureté et dans la sainteté de ses voies. » Introd. à la vie chrét., c. m.

Le renoncement s'impose donc. Il s'impose à l'homme à titre de créature et à titre de pécheur. La créature tirée du néant tend au néant par sa condition. C'est sur ce néant de nature en face de l'infinie grandeur de Dieu, que le P. de Condren insiste particulièrement. Dans son Catéchisme chrétien, part. I, leç. xi, et dans son Introduction à la vie et aux vertus, c. xi, sect. 8 et 9, en parlant de l'afnour-propre, de l'esprit de propriété, M. Olier touche ce motif. Mais il insiste plutôt sur le néant de grâce ou le péché, soit le péché originel, qui après le baptême laisse en nous des tendances au péché, soit le péché actuel.

Avant sa chute, Adam se trouvait établi par les dons de Dieu dans un état d'innocence et de rectitude, dans un parfait équilibre de sa nature : les sens obéissaient à la raison et la raison à Dieu. Le péché a rompu cet équilibre. De là l'opposition entre la chair et l'esprit, plus ou moins violente selon les tempéraments. Sur cette opposition, M. Olier, à la suite de saint Paul, insiste fortement. Catéchisme chrétien, leç. xvi-xviii. Le baptême sans doute a redressé l'âme qui n'est plus en opposition avec Dieu. Mais la vie de. l'esprit qu'il communique à l'âme est combattue par la vie de la chair. C'est le duel entre l'homme nouveau et le vieil homme lequel n'est jamais entièrement détruit. La lutte demeure plus ou moins vive

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selon la fidélité aux inclinations de l'Esprit. De lu la nécessité de la mortification.

En parlant de la malignité de la chair, de la corruption de la nature déchue, M.. Olier emploie parfois des expressions qui, prises à la rigueur de la lettre, paraissent trop absolues, trop pessimistes. Il est vrai qu'elles sont dans le ton d'un bon nombre de saints auteurs de son temps, par réaction sans doute contre les excès de l'humanisme de la Renaissance. Le cardinal Bona, saint Vincent de Paul, saint Jean Eudes ont des expressions semblables. Il en est de même des auteurs mystiques des temps antérieurs. Cf. Icard, Doctrine de M. Olier, c. v, et P. Faber, Progrès de l'âme, c. xx, note. Les auteurs mystiques n'ont pas toujours sur cette question la rigueur et la précision de termes des théologiens : c'est que, se plaçant au point de vue, non uniquement du péché proprement dit, mais de la perfection, la simple imperfection leur paraît, comme aux saints, une énormité en face de la sainteté infinie de Dieu.

/ 'nion, adhérence à Jésus-Christ. — Le renoncement, la mortification ne sont pas le but : ce n'est guère qu'un moyen pour écarter les obstacles à la vraie vie. Il faut dépouiller le vieil homme pour revêtir le nouveau qui est Jésus-Christ. Cette doctrine de l'apôtre est fortement commentée dans le Catéchisme chrétien, V Introduction ù la vie et aux vertus etc., « Quand nous nous dépouillons de nous-mêmes, nous sommes revêtus de Jésus-Christ par une consécration totale à Dieu, car dans le moment où la sainte humanité était anéantie en sa propre personne, on lui donnait la plénitude de la divinité, et une capacité infinie pour recevoir les opérations de l'Esprit. » Pensées choisies, p. 40. Revêtir Jésus-Christ, c'est lui être conforme, c'est reproduire en nous les dispositions de Jésus-Christ, participer aux mystères de sa vie.

Participation aux mystères du Christ. — Ces mystères sont les événements principaux de la vie du Christ comme son incarnation, son enfance, sa passion, sa mort, sa sépulture, sa résurrection, son ascension. Toutes les actions principales de la vie de Notre- Seigneur sont des mystères. Mais M. Olier, dans son Catéchisme pour la vie intérieure, s'arrête à ceux que nous venons d'énumérer, sauf l'enfance dont il parle dans ses lettres. Dans ses Mémoires, il mentionne le mystère de la présentation de Notre-Seigneur au temple, uni à celui de la purification de la sainte "Vierge. Ces mystères extérieurs sont « des symboles efficaces de la vie chrétienne », « comme des sacrements des mystères intérieurs qu'il opère dans les âmes ». « Comme Notre-Seigneur a été crucifié extérieurement, il faut que nous le soyons intérieurement. Comme il a été mort extérieurement, il faut que nous le soyons intérieurement, etc. » Et cette vie intérieure exprimée par les mystères extérieurs et les grâces acquises par ces mêmes mystères doivent être en tous, puisqu'elles ont été méritées pour tous.

Comme on le voit, c'est bien la doctrine même de saint Paul. Avec lui il va plus avant encore. Nous devons aussi être conformes à Vintérieur de Jésus- Christ en ses mystères, en sorte que nos âmes soient rendues conformes aux états, c'est-à-dire aux dispositions et sentiments intérieurs que Notre-Seigneur avait dans ces mêmes mystères. C'est là proprement la vie chrétienne. Le chrétien doit vivre intérieurement par l'opération de l'Esprit en la manière que Jésus- Christ vivait. Introduction à la vie et aux vertus, c. n et m.

Le serviteur de Dieu se plaît à exposer l'effet, la grâce de chacun de ces mystères. Dans le mystère de l'incarnation, mystère d'anéantissement de l'humanité en sa propre personne, appartenant à la

personne du Fils de Dieu, cette humanité est totalement consacrée à Dieu. Ainsi le mystère de l'incarnation doit opérer en nous un entier dépouillement et renoncement à tout nous-mênie, et de plus une consécration totale à Dieu. Par ce mystère d'anéantissement devant l'infinie majesté de Dieu, le Christ est le seul vrai et parfait adorateur de Dieu, le religieux de Dieu; il nous fait participer à cet état d'adoration. L'adoration, la religion, étant le principal devoir du prêtre, c'est dans son Traité des saints ordres et dans l'Explication des cérémonies de la messe de paroisse que M. Olier se complaît à développer cette doctrine. Le même sentiment lui a inspiré l'admirable prière «pour le saint office » dans la lre partie de la Journée chrétienne et la merveilleuse lettre où il explique la signification du chant de l'Église. Lettres de J. J. Olier, t. n, 1885, p. 587-589. Voir aussi la belle prière en l'honneur de la Sainte Trinité, qui est donnée comme prière du matin dans la Journée chrétienne.

Le second mystère est celui de Venfance du Christ, passé sous silence dans le Catéchisme chrétien, mais exposé dans les lettres exiv, cxv, ccclxxii (édit. 1885). Ces lettres ont été écrites à la suite de l'union spirituelle, formée par la dévotion à l'Enfant Jésus, entre Marguerite du Saint-Sacrement, carmélite de Beaune, et le serviteur de Dieu. C'est alors qu'il manifesta une plus grande application à ce mystère. Aussi dans son Pietas seminarii il en fait une des dévotions de son séminaire. Les grâces de ce mystère sont : l'innocence, la pureté, la simplicité, l'obéissance. Un des disciples de M. Olier, Jean Blanlo, a exposé la doctrine de l'enfance chrétienne dans un petit volume devenu classique sur la matière, intitulé : L'enfance chrétienne qui est une participation de l'esprit et de la grâce du divin Enfant Jésus, Verbe incarné, opuscule plein d'onction et d'un fort bon style, très fréquemment et actuellement encore réédité.

Les mystères de mort. — Les mystères du crucifiement de la mort et de la sépulture du Christ expriment les degrés de l'immolation totale par lequelle nous devons crucifier le vieil homme, nous efforcer de le faire mourir et de l'ensevelir. Le serviteur de Dieu n'eut qu'à suivre les enseignements et les expressions mêmes de saint Paul sur ces mystères de Jésus-Christ. Nous sommes crucifiés avec lui (confixus, Gai., n, 19), morts avec lui (commortui, II Tim., il, 11), ensevelis avec lui (consepulti, Rom., vi, 4; Col., n, 12). Les mystères du crucifiement, de la mort, et de la sépulture du Christ, en nous donnant cet enseignement nous communiquent la grâce pour les réaliser en nous. Catéchisme chrétien, part. I, leçon xxi; Pensées choisies, p. 47-48.

Mystères de vie. — Les mystères de la résurrection et de l'ascension expriment le détachement parfait des créatures dans la vie nouvelle et toute céleste que nous devons mener à la suite du Christ. Nous sommes vivifiés et ressuscites avec lui (convivificavit, conresuscitavit, Eph., il, 5; Col., il, 13), glorifiés avec lui, assis avec lui dans le ciel et régnant avec lui (conglorificemur, consedere fecit, conregnabimus, Rom., vin, 17; Eph., ii, 6; II Tim., n, 12). L'ascension complète l'état de la résurrection et le fixe.

Pour honorer non seulement ces mystères du Christ mais aussi tous ses états et dispositions intérieures, le P. de Bérulle avait institué la fête de la Solennité de Jésus. A Saint-Sulpice cette fête fut appelée la fêle de la vie intérieure de Notre-Seigneur. « Cette vie intérieure de Jésus-Christ, dit M. Olier, consiste dans ses dispositions et sentiments intérieurs envers toutes choses, par exemple dans sa religion envers Dieu, dans son amour pour le prochain, dans son anéantissement par rapport à soi-même, dans son horreur pour le péché et dans sa condamnation du

OLIER. DOCTRINE SPIRITUELLE

monde et de ses maximes. Catéchisme chrétien, leçon i ; Introduction à la vie, e. n et m. Pour exprimer cette dévotion à la vie intérieure de Notre-Seigneur. M. Olier adopta la prière que lui avait apprise le P. de Condren et la compléta : O Jésus vivens in Maria. Paillon, Vie de M. Olier, 4e édit., t. i, p. 168. Pour faciliter la pratique ce l'union à Notre-Seigneur, non seulement dans ses mystères principaux, mais en toutes ses actions, il composa la Journée chrétienne que H. Bremond appelle le Génie du Bérullisme et dont il exalte le rythme mystique et lyrique. Hist. litt., t. m, p. 462 sq. Qui agira et vivra ainsi en union journalière, constante avec Jésus-Christ, pourra dire avec saint Paul : « Le Christ esl ma vie », et réalisera la maxime de la Pietas seminarii : Vivere somme Deo in Christo Jesu.

Le christianisme, dit M. Olier, consiste, en trois choses : avoir Notre-Seigneur devant les yeux, dans le cœur et dans les mains, ("/est là, en même temps qu'une règle de vie, une méthode d'oraison : « Regarder Jésus, s'unir à Jésus, et opérer en Jésus. Le premier porte au respect et à la religion; le second à l'union ou à l'unité avec lui, le troisième à l'opération, non pas solitaire mais jointe à la vertu de Jésus-Christ que nous avons attiré en nous par la prière. Le premier s'appelle, adoration, le second, communion, le troisième, coopération. »

Mystère de l'eucharistie. — Le « mémorial de tous les mystères du Christ » c'est l'eucharistie. « L'esprit intérieur qui les vivifie y est présent. Là il nous donne en nourriture tous ses mystères et nous communique leur vie et leur vertu. » Pietas seminarii, rv, ix. Pour M. Olier, la véritable formation du prêtre s'opère surtout par une participation à l'état de Jésus-Christ au Très Saint-Sacrement. Sa vocation, étant de former des prêtres dans les séminaires, demandait qu'il eut une dévotion toute particulière au Saint-Sacrement et une grâce spéciale pour la communiquer. «Priant sur le Saint-Sacrement, il me fut montré qu'il fallait former des prêtres auxquels on devait inspirer la dévotion et le zèle de la gloire du Très Saint- Sacrement pour le porter partout. 11 me fut mis devant les yeux xm homme toujours priant et d'un autre côté des prêtres grimpant par les montagnes et portant avec zèle dans les lieux les plus pauvres la piété au très auguste Sacrement.» Mémoires, i, 75. Il était persuadé avoir reçu cette grâce de Notre-Seigneur. En 1642, après la fondation du Séminaire, il écrit dans ses Mémoires (ni, 72): «Notre-Seigneur me faisait voir que deux personnes avaient déjà travaillé à le faire honorer dans ses mystères, à savoir : Mgr de Kérulle pour faire honorer son incarnation, le P. de Condren, sa résurrection, et qu'il voulait que je le fisse honorer en son Saint-Sacrement et pour cela qu'il me voulait donner la grâce et l'esprit de ce divin mystère, m'apprenant à vivre conformément à ce divin mystère et l'apprendre encore aux autres, à savoir comme hosties vivantes. »

Aussi le serviteur de Dieu s'étonne-l-il que Dieu ait voulu faire de lui une image de son Fils unique, de son Fils, hostie au Saint-Sacrement, en lui faisant éprouver les sentiments de ce divin intérieur pour les communiquer par lui insensibement aux âmes. Faillon, Vie de M. Olier, t. n, p. 209.

Pour exprimer les devoirs que Notre-Seigneur au Saint-Sacrement rend à son père et auxquels nous devons communier, le serviteur de Dieu lit dessiner par Lebrun et graver par Claude Mellan, l'image d'un ostensoir au-dessus duquel on voit l'Ksprit-Saint planant sous la forme d'une colombe, et le Père étendant ses bras, et, de chaque côté, la sainte Vierge et saint Jean en adoration. Au centre, l'hostie sainte représentant un agneau immolé et consumé par les flammes.

et émettant quatorze rayons sur chacun desquels sont écrits des actes religieux comme adoration, amour, louanges, etc., et sur l'un d'eux devoirs inconnus : lesquels actes religieux sont :

Les saintes occupations De Jésus-Christ dans ce mystère.

Qui veut vivre en ce sacrement Comme l'unique supplément De nos devoirs envers son Père.

ainsi qu'il est dit dans la légende imprimée au bas de l'estampe.

La dévotion au Saint-Sacrement de l'autel et pratiquée dans l'esprit qui vient d'être exposée est pour M. Olier la dévotion fondamentale du séminaire, comme on peut le voir dans les 12 premiers articles de la Pietas seminarii, et dans le Traité des saints ordres. C'est la même dévotion ainsi entendue qu'il propagea dans sa paroisse. (Cf. Explication des cérémonies de la grand'messe de paroisse). L'image du Saint- Sacrement dont nous venons de parler, a été faite originairement pour la confrérie du Saint-Sacrement à Saint-Sulpice.

A la dévotion au Très Saint-Sacrement se rattache étroitement la dévotion à l'état d'hostie du Verbe incarné. Mais, pour le P. de Condren et M. Olier, cet état d'hostie n'est pas considéré seulement dans le sacrifice de la croix ou dans celui de la messe. Pour eux cet état d'hostie résume toute la vie du Christ sur la terre et dans le ciel. C'est par l'incarnation même que le Verbe incarné a été constitué prêtre. Sa vie ne fut qu'un sacrifice unique dont les différentes parties sont composées de ses divers mystères. (Cf. Idée du sacerdoce et du sacrifice de Jésus-Christ du P. de Condren ; M. Lepin, L'idée du sacrifice dans la religion chrétienne, principalement d'après le P. de Condren et M. Olier, in-8°, Paris -Lyon, 1897). Jésus a été prêtre de son sacrifice et hostie de son sacerdoce. En lui, prêtre et hostie c'est tout un. Ainsi en doit-il être du prêtre. Cf. Olier, Traité des saints ordres, passim. P. Giraud, Prêtre et Hostie (2 vol. în-8»), regarde le Traité des ordres de M. Olier, « chef-d'œuvre de doctrine et de piété », comme la source principale de son •travail.

La sainte Vierge et les saints. — Tout dans la Religion se rapporte à Jésus-Christ. Mais n'est-ce pas honorer Jésus que d'honorer la trèssainte Viergeetles saints. C'est la vie de Jésus qu'on contemple et honore en eux : c'est un aspect de cette dévotion sur lequel l'école française à la suite de Bérulle aime à attirer l'attention. Marie a droit à un culte spécial, unique, parce que Jésus a vécu en elle d'une manière unique. M. Olier a admirablement développé les motifs de cette dévotion dans plusieurs de ses ouvrages, surtout dans ses Mémoires. On peut en voir des extraits dans les Pensées choisies, 2e partie, c. i, n, m, à la fin de la dernière édition de la Journée chrétienne, l'opuscule La vie de Jésus en Marie. Voir aussi la Pietas semi~ narii, art. 10 et 1 1, et le dernier chapitre du Catéchisme chrétien de la vie intérieure (cf. l'ouvrage indiqué plus haut édité par M. Faillon, Vie intérieure de la très sainte Vierge, 2 vol. in-8°, dont M. Icard a donné une édition abrégée).

Toute sa vie le serviteur de Dieu eut une particulière dévotion envers la Vierge; il cherche partout à la communiquer dans ses missions, à la paroisse, dans le séminaire. La fête de la Présentation fut choisie pour la fête patronale du séminaire : la Vierge se consacrant à Dieu était pour lui le modèle du clerc dans sa donation au Seigneur. Pour lui, il fit, à l'exemple de plusieurs saints, le vœu de servitude à Marie, qui contribua à l'unir plus étroitement à Jésus-Christ. < Je tiens le bonheur et la gloire d'une servitude à Jésus, de celle que j'avais vouée à la trèssainte Vierge, écrit il

OLIER — OLIEU

dans ses Mémoires (i, ICI). De môme que la sainte Vierge attire tout le monde d'abord à son amour et à son service pour les porter après à Jésus-Chrisl Notre- Seigneur, la grande étude de cette divine Mère regarde la gloire et l'honneur de son cher Fils. Ce qui est exprimé par les paroles qu'elle dit au festin des noces sic C.ana. qui représente l'Église et le ciel même. Quidquid dixerit uobis, facile. »

C'est dans le même esprit qu'il honorait les anges et les saints. Dans ses Mémoires et son Traité des anges, il les montre remplis de l'Esprit de Jésus-Christ et communiant à sa religion envers Dieu. De même il honorait les saints comme membres vivants de Jésus- Christ, reproduisant chacun selon sa grâce les états et les vertus de Notre-Seigneur. Il fit honorer spécialement au séminaire ceux qui avaient eu le plus de rapports avec Jésus, comme saint Joseph, saint Jean- Baptiste, les saints apôtres, particulièrement saint Jean, saint Pierre et saint Paul; et parmi les saints plus récents, il donnait comme patrons au Séminaire saint Martin, saint François de Sales. Voir dans les Pensées choisies ses vues générales sur les saints et celles qui concernent les saints que nous venons de citer; Pielas seminarii, art. 11 et 12. A la fin de la dernière édition (1928) de la Journée, chrétienne, Les Grandeurs de saint Joseph.

1° Manuscrits (les n°* 1, 2, 3 conservés au Séminaire) : les sources de la vie de M. Olier sont : 1° ses Mémoires autographes, dont il a été fait une copie ancienne en 3 vol., contenant même quelques cahiers perdus de l'original. — 2° La oie de M. Olier par M. de Bretonvilliers, son disciple et successeur immédiat, qui vécut quinze ans dans son intimité, 4 vol. in-4c ; il en existe aussi une copie revue et corrigée par M. de Bretonvilliers lui-même. — 3° L'esprit de M. Olier, ouvrage dont le fond est de M. de Bretonvilliers (qui le tira des écrits et des conversations du serviteur de Dieu), mais a été mis en ordre et achevé par M. Tronson, 3 vol. in-4°. Il y a peu de faits, on traite surtout des vertus. — 4° Mémoires sur la oie de M. Olier et le séminaire de Saint- Sulpice, par M. Baudrand, curé de Saint-Sulpice. Une ancienne copie se trouve à la Bibliothèque nationale ; elle a été imprimée à la fin du t, m de la Bibliothèque sulpicienne de M. L. Bertrand. — 5° Mémoires de M. du Ferrier, un des premiers compagnons de M. Olier, qui les composa vers 1680. l'ne copie se trouve à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

2° Imprimés. — La première vie fut composée par M. Lesehassier, troisième successeur de M. Olier, d'après les mss. de M. de Bretonvilliers et les Mémoires de M. Olier. Composée vers 1682, elle a été insérée par le P. Giry dans Les oies des Saints... et grand nombre de oies nnuoelles, etc. Paris, Léonard, 1683-1685, 2 vol. in-fol., t. i, col. 1191- 1718, et publiée à part : La oie de M. Jean-Jacques Olier, s. 1., 1687, petit in-12. La même notice est entrée en 1773 dans les Remarques historiques sur l'église et la paroisse Saint-Sulpice, par Simon de Doncourt, t. m, p. 498-570. En 1702, le P. Charles de Saint-Vincent publia dans l'Année dominicaine, La vie de Messire Jean-Jacques Olier, prêtre du tiers-ordre de Saint-Dominique, fondateur et premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, 20 p., in-4#. Joseph Grandet, ami de M. Tronson et supérieur du grand séminaire d'Angers, a écrit une vie de M. Olier dans les Saints prêtres français, IIIe série, p. 279-395, imprimée par M. G. Letourneau en 1897. — Ch. Nagot, directeur au séminaire Saint-Sulpice, puis fondateur du séminaire de Sainte-Marie de Baltimore, composa en 1790 une Vie plus étendue, dont il fit plusieurs copies corrigées, complétées, imprimée à Versailles, Lebel. 1818, in-8°, sous le titre : Vie de M. Olier, curé de Saint-Sulpice à Paris, fondateur et premier supérieur du séminaire du même nom. — M. Faillon, Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sidpice, accompagnée de notices sur un grand nombre de personnages contemporains, 2 vol. in-8°, Paris, Poussielgue, 1842; ouvrage que le cardinal Wiseman regardait comme » un très grand service rendu au clergé et à l'Église •. En 1853, seconde édition. En 1843, il en parut un abrégé en 1 vol. in-12; Le pasteur modèle ou le salut des peuples, in-12, Aix, 1849, abrégé anonyme de l'ouvrage de M. Faillon, 1841 et 1843. Muni de documents nouveaux

M. Paillon donna une édition nouvelle en 3 gr. in-8°. M. l'ailion étant mort durant l'impression, M. Gamon continua de corriger les épreuves, d'ajouter des notes et rédigea la table. L'œuvre parut en 1873. — G. M. de Fruges, ./.-./. Olier, Essai d'histoire religieuse sur le XVII' siècle, in-8°, Paris ; G. Letourneau, l.ti mission de J.-.I. Olier et la fondation dis grands séminaires de France, 1906, Paris, LocolTre, in-12; F. Monier, Vie de Jean-Jacques (Hier. t. i", Paris, .1. de Gigord, 1914 ; l'auteur est mort pendant qui] corrigeait les épreuves du 1er volume. - Sur les œuvres et leurs diverses éditions, cf. L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice, t. i, Paris, 1900, p. 1-40 et 523-524. - Sur la doctrine : H.-.I. Icard, supérieur de Saint-Sulpice, Doctrine de M. Olier expliquée par sa oie et pur ses écrits, Paris, 1889, in-8°, vn-418 p.; deuxième édition, Paris, 1891, vm-601 p. ; H. Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, t. ni, Paris, 1921, in-8°, c. iv et v; 1>. Pourrai, La spiritualité chrétienne, I. m. Les temps modernes, Paris, 1925, c. xm et xiv.

E. Levesque.

OLIEU ou OLIVI (Pierre de Jean), frère mineur (1248-1298). I. Vie. II. Écrits et doctrine.

I. Vie. — Né à Sérignan dans le Languedoc, vers 1248, Pierre de Jean Olieu fut reçu, à l'âge de douze ans, au couvent des frères mineurs de Béziers. Après qu'il eut passé les premières années de sa formation religieuse et scientifique dans la province franciscaine de Provence, ses supérieurs l'envoyèrent au Studium générale de l'ordre à Paris. Il y suivit avec succès les leçons de maîtres éminents qui avaient été les disciples de saint Bonaventure, tels que Guillaume de la Mare, Jean Peckham et Guillaume d'Acquasparta. Dès ce moment peut-être, ce dernier conçut pour Olieu l'estime particulière dont il devait donner longtemps après une preuve éclatante. Après avoir passé l'épreuve du baccalauréat, vers 1270, il débuta dans l'enseignement, d'après l'habitude courante, par un exposé sommaire de la Bible et des Sentences. Ensuite, ayant accompli dans ce professorat les quatre années requises, il devint bachelier formé, comme en témoigne Barthélémy de Pise.dans son De conformitate. Mais, soit excès de modestie de sa part, soit défiance de la part de ses supérieurs, Olieu ne parvint pas à la maîtrise.

Il n'en continua pas moins à traiter avec compétence questions et disputes de toute espèce. Nul n'aurait songé à l'en reprendre, s'il ne s'était signalé en même temps comme un chaud partisan des tendances rigoristes et des aspirations joachimites qui depuis une vingtaine d'années troublaient l'ordre franciscain en Italie, en France et en Espagne. En lui le penseur scolastique se compliqua dès le début d'un spirituel ondoyant et d'un subtil expositeur de l'Évangile éternel. Sa personnalité complexe inquiéta bien vite Jes maîtres et les ministres franciscains du groupe de la communauté contraire aux zélateurs, et les prévint en sa défaveur, tant au sujet de sa vie religieuse dont ses admirateurs proclamaient la sainteté, qu'au sujet de ses écrits, qui pourtant sont presque tous orthodoxes et dont la plupart honorent l 'école franciscaine.

Jérôme d'Ascoli, devenu ministre général en 1274, s'en prit, sans qu'on sache trop pourquoi, à sa dissertation sur la sainte Vierge et lui ordonna de la brûler : ce qu'il s'empressa de faire sans témoigner le moindre ressentiment. II eut encore à se justifier devant le même supérieur d'autres erreurs qui lui étaient imputées, dont une concernait le sacrement du mariage (sixième question du traité De perfectione evangelica). Sous le ministre général suivant, Bonnegrâce de Saint- Jean in Persiceto, Olivi eut un regain de faveur : en 1279 il était à Borne et y rédigeait, à la demande de son ministre provincial, un mémoire sur la pauvreté collective et individuelle promise dans la règle

OLIEU

franciscaine, que les mwiistres et les docteurs de l'ordre appelés par Nicolas III à délibérer sur la décrétale Exiil qui seminat eurent très probablement sous les yeux. Mais au chapitre général de Strasbourg (1282), les accusations reprirent de plus belle et, cette fois, on confia l'examen des écrits d'Olieu à sept docteurs et bacheliers de Paris, parmi lesquels on remarquait Arlotto de Prato, Richard de Middletown et Jean de Murro.

A la suite de cet examen, ceux-ci remirent au ministre général une lettre munie de leurs sceaux contenant, soi-disant en opposition aux erreurs attribuées à Olieu, 22 propositions orthodoxes auxquelles celui-ci devrait donner adhésion pleine et entière. Outre cette lettre, dite des sept sceaux, ils rédigèrent un Mémoire ou Rotulus qui frappait de censure 34 thèses extraites de ses Questions. De plus, les examinateurs demandèrent que la lecture de ses écrits fût sévèrement défendue. A cette condamnation, faite sans qu'il lui eut été permis de s'expliquer, Olieu répondit avec autant de fermeté que de prudence. Requis par le délégué du ministre général qui l'avait convoqué au couvent d'Avignon (automne 1283), il signa la « Lettre des sept sceaux », tout en distinguant, parmi les propositions qui lui étaient soumises, celles qui étaient de foi et demandaient une adhésion absolue, celles qui contredisaient certaines de ses thèses mal comprises, et enfin celles qui, étant purement philosophiques, ne touchaient en rien au dogme et vis-à-vis desquelles Olieu professait un détachement absolu. Au Rotulus qui censurait 34 de ses thèses, il répondit par un long Mémoire justificatif daté de Nîmes, 1285. Il y déclara que seules les décisions doctrinales du souverain pontife doivent être admises avec une soumission sans réserve; les jugements prononcés en matière de foi par des docteurs privés, comme celui des maîtres de Paris, ne peuvent prétendre à d'autre adhésion qu'à celle qui découle de l'évidence même des preuves alléguées. Sans nier que des inexactitudes pussent s'être glissées dans certaines Questions, il s'efforça de les rectifier par le contexte et, tout en faisant une rétractation conditionnelle des thèses censurées, il affirma le sens orthodoxe dans lequel il les avait enseignées.

Ces attaques avaient ému ses disciples qui, vers la même époque, le prièrent, par l'entremise de Raymond Gaudredi, de s'expliquer sur ceux des articles condamnés qui semblaient s'éloigner davantage de l'enseignement scolastique traditionnel. Olieu leur répondit par une longue lettre d'allure spirituelle, dans laquelle il se justifia de son mieux de dix-neuf propositions erronées que lui attribuaient ses adversaires. Au reste, il faut bien avouer que ceux-ci exagéraient quelque peu, quand on songe que, sur trente-quatre articles dénoncés, le concile de Vienne en retint seulement trois. Mais, si les explications du théologien provençal étaient admises sans réserve par ses admirateurs, le parti de la communauté au contraire, exaspéré par son succès croissant, n'y voyait que fauxfuyants et sophismes. Le ministre de Provence lui-même, Arnaud de Roccafolio, prit l'initiative d'une nouvelle dénonciation, signée par lui et par trente-cinq confrères, et remise en 1285 au chapitre général de Milan. Olieu y était traité de chef d'une socle superstitieuse qui semait la division et l'erreur. Cette démarche ne resta pas sans succès : en effet, le chapitre, où Arlotto de Prato, l'un des sept censeurs d'Olieu, fut élu général, ordonna aux provinciaux de retirer de la circulation tous les écrits de ce dernier, et défendit aux religieux de s'en servir jusqu'à ce que le ministre général en eût décidé autrement. Celui-ci comptait bien poursuivre le procès ouvert contre Olieu, qui déjà avait été cité à comparaître

à Paris; mais la mort prématurée du général vint, une fois de plus, ajourner la sentence définitive.

Au chapitre général de Montpellier (1287), Olieu connut une éclatante revanche : devant toute l'assemblée, le ministre général nouvellement élu, Mathieu d'Acquasparta, approuva sans réserve tant sa doctrine théologique que son opinion en matière de pauvreté. De plus, voulant montrer toute la confiance que son enseignement lui inspirait, il le nomma lecteur de théologie au Studiam franciscain de Santa-Croce à Florence. Olieu y compta parmi ses disciples Ubertin de Casale, qui se fera son éloquent défenseur au concile de Vienne. Deux ans plus tard (1289), il fut promu à la chaire de théologie du Studium générale de Montpellier, où son séjour ralluma la querelle entre spirituels et modérés au sujet de l'observance de la pauvreté. Appelé à s'expliquer sur ce thème brûlant au chapitre général de Paris (1292), il le fit de façon à contenter tout le monde, en se retranchant derrière la décrétale Exiit qui seminat de Nicolas III. Pleinement justifié, il se retira au couvent de Narbonne, d'où il continua à exercer une profonde influence sur les milieux joachimites épris de rénovation religieuse, qui, trop facilement et contre son gré, traduisaient en applications pratiques ^es considérations impersonnelles sur la décadence de l'Église. Aussi, lors de la révolte des spirituels d'Italie contre Roniface VIII, il condamna leur attitude en termes énergiques, dans une lettre au bienheureux Conrad d'Offida (14 septembre 1295). La même année, les trois fils dp Charles II de Naples, Louis (le futur saint Louis de Toulouse), Robert et Raymond Rérenger, retenus comme otages en Catalogne, l'invitèrent à plusieurs reprises auprès d'eux, afin qu'il pût les réconforter dans leur épreuve. S'il ne put accéder à leur désir, il leur envoya du moins une longue lettre dans laquelle il leur exposa en s'appuyant surtout sur saint Paul, la nécessité et le sens surnaturel de la souffrance (18 mai 1295).

Peu après, le 14 mars 1298, la mort l'enlevait en pleine maturité. La déclaration qu'il fit après avoir reçu l'extrême-onction, commence par une suprême mise au point de son enseignement sur l'observance de la règle franciscaine, et finit en profession illimitée de foi catholique. Durant une vingtaine d'années, ses partisans purent à loisir le vénérer comme un saint. Au témoignage d'Ange Clareno, la foule qui, le 14 mars 1313, se porta à son tombeau, ne pouvait se comparer qu'à celle qui annuellement se voyait au jour de la Portioncule. Mais Jean XXII ayant retiré aux spirituels les couvents de Narbonne et de Réziers (1318), les frères de la communauté eurent vite fait de mettre fin à son culte : ils détruisirent son tombeau et dispersèrent ses cendres. Ses écrits n'eurent pas un sort meilleur : les ministres généraux Jean de Murro et Gonzalve de Valboa les livrèrent au feu et punirent avec la dernière rigueur les religieux coupables d'en détenir. Ce n'est que vers la fin du xiv« siècle, lorsque les ardentes polémiques engagées autour de sa doctrine se seront éteintes, qu'un traitement plus équitable sera fait à son œuvre et à sa mémoire.

[I.ÉCRITSET doctrine. — Les écrits de Pierre-Jean Olieu relèvent de la scolastique, de l'exégèse et de l'histoire franciscaine.

1° Au sujet de ses e'cn7s scolastiques, on ignore jusqu'ici s'il a composé une Somme complète, philosophique et théologique, à moins d'entendre par là son Commentaire des quatre livres des Sentences. De ce Commentaire le P. B. Jansen, S. J., a publié récemment, d'après le ms. Valic. lat. 1116, IIS Qiuvstiones in secundum Librum Sententiarum (3 vol., Quaracchi, 1922-1920). Olieu écrivit en outre des Quodlibeta,

OLIF.U

édités au début du xvie siècle à Venise par L. Soardi. Les 118 Questions empruntées au IIe Livre des Sentences embrassent presque toute la philosophie spéculativeetmorale.Traitantde la création, Olieu rejette les raisons séminales ainsi que la pluralité des mondes habités, et diffère d'avis avec saint Thomas sur l'extension de la matière aux esprits créés. Sa théorie sur la matière, acte par elle-même, séparable de sa forme sans être homogène, précède celle de Scot qui en sera tributaire. A la Question li, il expose sa théorie sur le mode d'union de l'âme avec le corps, qui souleva une opposition bien justifiée. A la thèse de la pluralité des formes substantielles de l'âme et de l'existence d'une matière spirituelle, dans laquelle s'accomplit leur union, professée aussi de son temps par le dominicain Robert Kilwardby et le franciscain Richard de Middletown, il en ajouta une autre, d'après laquelle seuls les principes de la vie végétative et sensible, formes substantielles distinctes, informent directement le corps humain et s'unissent formellement avec lui. Quant au principe de la vie intellectuelle, il n'informe pas directement, par lui-même, le corps humain, mais se lie à lui par une cohérence substantielle au moyen du principe de la vie sensible. Si l'union de la forme d'être intellectuelle avec le corps humain était directe et formelle, ce dernier deviendrait par le fait même, d'après Olieu, spirituel et immortel. Car la forme, non seulement se communique à la matière, mais en absorbe tout l'être. Cette thèse qui, parmi les disciples d'Olieu ne trouva d'autre partisan que Pierre de Trabibus, avait été blâmée dès 1283 par les sept censeurs de Paris comme malsonnante et dangereuse; elle fut dénoncée au concile de Vienne. Raymond Gaufredi et Ubertin de Casale, qui y assumèrent la défense d'Olieu, la représentèrent comme une opinion purement philosophique, qui n'entraîne pas communément une erreur dogmatique chez qui professe en tout la doctrine de l'Église. C'est peut-être grâce à leur défense que la mémoire d'Olieu fut préservée d'une condamnation nominale. Mais, sans que sa personne fût mise en cause, le concile réprouva la doctrine incriminée du mode d'union de l'âme avec le corps, qu'Olieu avait enseignée au début de son professorat et qu'il semble n'avoir jamais formellement rétractée. Le décret Fidei catholiese fundamento (6 mai 1312), déclara erronée et contraire à la doctrine catholique l'assertion d'après laquelle la substance rationnelle ou intellective de l'âme n'informe pas vraiment et par elle-même le corps humain. Quisquis deinceps asserere, defendere seu lenere pertinaciler prœsumpserit quod anima rationalis seu intellectiva non sit forma corporis humani per se et essenlialiler, lanquam hsereticus sit censendus. Mais la question du nombre des formes dans l'homme y est laissée entière.

Le même décret contient deux autres déclarations concernant des opinions soi-disant erronées attribuées à Olieu, mais au sujet desquelles tant lui-même que ses défenseurs s'étaient suffisamment expliqués : 1) que dans son récit de la passion, saint Jean a conservé l'ordre historique des faits en rapportant que le coup de lance fut donné après la mort du Christ; Olieu avait émis l'hypothèse contraire, mais sans vouloir contredire l'Évangile; 2) touchant la controverse sur l'effet spirituel du baptême administré aux enfants en bas âge, le décret ne la tranche pas définitivement, mais estime qu'il faut suivre comme étant plus probable l'opinion, d'après laquelle ces enfants y obtiennent non seulement la rémission du péché originel mais aussi la grâce et les vertus habituelles (etsi non pro illo tempore quoad usum); Olieu avait exposé les deux opinions, sans se prononcer ni pour l'une, ni pour l'autre. En somme, des nombreuses

erreurs qui lui étaient imputées par des adversaires passionnés, le concile de Vienne n'en condamna qu'une seule, et encore en passant sous silence le nom de celui qui l'avait formulée.

C-est aussi dans les 118 Questions qu'Olieu expose sa théorie de la connaissance. Q.lx-lxxiv. 11 y définit le rôle des cinq sens, auxquels un sixième sens, interne celui-là et qu'il nomme sens commun, sert de trait d'union avec l'entendement. Tout en conservant son indépendance, il suit de près saint Augustin et saint Anselme, et fait de l'évidence objective, basée sur le réel atteint en lui-même ou dans ses effets, le critère de la certitude. Ses traités sur l'immortalité de l'âme et sur le libre arbitre (q. lu et lvii) sont des modèles d'exposition. Les arguments sur lesquels Olieu fonde le libre arbitre sont, les uns, directs, lumière manifeste de la raison et fruits de l'expérience; les autres, indirects, exposé des conséquences désastreuses qu'entraînerait l'absence du libre arbitre dans la vie pratique. Dans sa démonstration indirecte, il réfute en outre le déterminisme sous ses différentes formes : physiologique, métaphysique, intellectualiste et théologique. Quant aux arguments directs, il les tire du témoignage de la conscience, de la part qui revient à la volonté dans la recherche de la vérité et dans la réflexion, de la maîtrise de la volonté sur elle-même et du primat de la volonté sur l'entendement. A le lire, on se croirait plutôt en présence d'un philosophe moderne que d'un scolastique du xme siècle.

A propos de son traité des anges (q. xvi sq.), on peut noter que, en vertu de sa thèse sur le mode d'union consubstantiel mais non formel de la forme intellective avec le corps humain, il nie que la forme intellective de l'âme soit spécifiquement distincte de l'esprit pur ou angélique. En psychologue averti, il fait la genèse du vice et se livre à une profonde analyse pour montrer que l'amour désordonné de soi-même est la racine de tout péché. Q. xcvni et cm. Là ou il traite du péché originel, il suit la doctrine de saint Augustin au sujet de sa transmission et de la culpabilité implicite des mouvements involontaires de la concupiscence. Q. ex sq.. Il en dépend aussi dans sa dissertation sur le péché véniel, où il lui emprunte plusieurs thèses, comme celle sur la difficulté de discerner le péché véniel du mortel, sur l'accumulation des péchés véniels, et sur la note variable de leur gravité d'après le degré de perfection qui caractérise ceux qui les commettent. Q. cxvin. Toutefois, il n'a pas réussi à définir clairement l'essence du péché véniel, dont il exagère la malice, influencé qu'il est par les doctrines rigoristes des siècles précédents. Notons aussi l'intérêt spéculatif des Questions cx-cxn dans lesquelles, s 'affirmant nettement théocentrique, il montre comment la justice divine. a pu permettre que le péché originel se commît et se translnît. Dans l'appendice De Deo cognoscendo, Olieu examine les trois questions suivantes : 1) Dieu est-il vu par nous? 2) L'homme connaît-il tout en Dieu? 3) Dieu est-il connu par lui-même, ou démontrable par des raisons nécessaires, ou objet de croyance par la foi? Il y expose amplement la théorie de la connaissance de saint Augustin et se montre bien informé de la doctrine de saint Thomas sur la lumière de l'intellect agent et sur son rôle dans l'acte de la connaissance. Les spéculations auxquelles se livre Olivi sur les vérités éternelles sont dignes des plus grands scolastiques : tout le sujet en un mot est traité avec tant de pénétration, de sobriété et de mesure que le censeur moderne le plus averti y trouverait difficilement à redire. Métaphysicien puissant et fin psychologue, il a exposé mieux qu'aucun autre scolastique l'influence des corps sur l'esprit, la relation entre les forces

OLIEU

physiques et les puissances vitales, par laquelle les premières agissent sur les secondes sans qu'intervienne entre les deux une raison de causalité efficiente proprement dite. Suarez s'est mis à son école et traite comme lui des degrés de la connaissance, sensible et intellectuelle, conduisant à l'éveil de l'afïection dans les puissances appétitives. De anima, 1. III, c. ix.

2° L'œuvre scripluraire d'Olieu comprend des Apostilles sur tous les livres sacrés, restées inédites jusqu'à présent. Bon nombre de manuscrits sont indiqués dans la nouvelle éd. de J. H. Sbaralea, Supplcmentum. ad scriptores trium Ordinum S. Francisci, t. n, Rome, 1921. p. 845 sq. Auparavant, le P. Elirle en avait déjà donné une. brève description dans son étude sur la vie et les écrits d'Olieu qui est le premier travail d'ensemble sur ce personnage. Olivis Leben und Schriftens, dans VArchiv fur Litteratur-und Kirchengeschiehte des Mittelalters, t. m, 1887, p. 481 sq. De tous ces commentaires, celui qui fit le plus de bruit fut l'Exposition de l'Apocalypse dont Baluze a publié soixante articles censurés vers 1318 par huit maîtres en théologie. Miscellanea, éd. Mansi, t. n, 1761, p. 258-270. Olieu y expose les théories de Joachim de Flore sur la décadence de l'Église charnelle et sur l'avènement du règne de l'esprit, en faisant ressortir la part prépondérante qui reviendra aux franciscains spirituels dans la rénovation de la chrétienté. Comme le voyant cala-, brais, il divise l'histoire du monde en trois époques, et l'histoire de l'Église en sept états, dont le sixième est celui de la renaissance spirituelle, opérée par saint François et ses fidèles. C'est durant cette période que les ministres de l'esprit propageront la perfection et la sagesse du Christ. Malgré la persécution déchaînée par l'Antéchrist mystique et l'Antéchrist réel, le sixième état se terminera par le triomphe de l'esprit et la défaite de la prostituée de Babylone, c'est-à-dire de l'Église charnelle repue de richesses et de jouissances. La pauvreté apostolique sera mise en honneur, et tout en protestant qu'il n'entend pas la confirmer, Olieu rapporte la rumeur d'après laquelle saint François ressusciterait à l'exemple du Christ, pour combattre les suppôts de l'Antéchrist. A l'ordre des frères-mineurs incombe la mission de recommencer et de parfaire l'œuvre des apôtres : c'est pourquoi ils ont à reprendre la prédication de l'Évangile dans le monde entier. D'après l'opinion commune, l'Antéchrist mystique sera un antipape entouré de pseudoprophètes et l'Antéchrist réel et proprement dit un empereur à la manière de Néron, peut-être un descendant de Frédéric II, qui vaincra les souverains chrétiens et, par la terreur, créera le vide autour du pape légitime. Alors l'Église charnelle régie par l'antipape, ne sera plus que la synagogue de Satan dont il faudra se hâter de sortir afin de se préparer à la venue du Christ qui, à l'avènement triomphal du règne de l'esprit, célébrera ses noces mystiques avec l'Église régénérée.

On peut dire qu'Olieu écrivit ses Apostilles de l'Apocalypse dans l'esprit de Joachim de Flore : sans prétention doctrinale ni intention hostile à l'Église romaine. Attiré par le mirage d'un avenir idéalement parfait, il a fait crédit, comme tant d'autres, à l'oracle de l'Italie mystique, et fermant les yeux aux mérites de son temps, il n'en voulut plus voir que les abus et les vices, qu'il transforma tendancieusement en signes indiscutables d'une décadence fatale. Mais il n'eut jamais le dessein, ni d'attaquer le pape régnant, Bonifnce VIII, ni de s'en prendre à la hiérarchie ecclésiastique, ni de se livrer à n'importe quelle allusion personnelle. Dans ses Apostilles comme dans ses Questions, il reste purement spéculatif. Si ses disciples s'étaient conformés à ses intentions, ils n'auraient lu les Apostilles que pour s'exhorter à

l'observance parfaite de la pauvreté et à l'imitation fidèle de saint François, en vue de coopérer à la réforme de l'Église. Mais, avec la logique des simples, ils les interprétèrent conformément à leur mentalité étroite et rebelle : entre leurs mains, les contemplations apocalyptiques du pieux rêveur provençal devinrent un instrument de combat, tant contre les supérieurs rie l'ordre que contre l'autorité ecclésiastique, dont ils proclamèrent effrontément la déchéance en vertu des Apostilles. C'est dans celles-ci que, au témoignage de l'inquisiteur Michel Monachi, les quatre franciscains spirituels condamnés au bûcher en 1318 à Marseille, avaient puisé leurs erreurs. Dans son Arbor vitse, Ubertin de Casale n'a fait qu'appliquer à Boniface VIII et à Benoît XI la description impersonnelle de l'Antéchrist mystique donnée parOlieu. Aussi peut-on dire que toute l'œuvre de ce dernier a souffert durant longtemps du scandale soulevé autour des Apostilles, à cause surtout des interprétations subversives qu'en firent les spirituels et les béguins. C'est ainsi qu'il faut expliquer la condamnation générale des écrits d'Olieu, faite en 1319 au chapitre général de l'ordre à Marseille. Le 8 février 1326, Jean XXII réprouva les Apostilles sur l'Apocalypse en consistoire public, pour hérésie contre l'unité de l'Église catholique et contre l'autorité du souverain pontife. Parmi les constitutions générales de l'ordre, celles de Farinier (1354) et celles d'Alexandre VI (1500) en défendirent la lecture. Mais le célèbre prédicateur franciscain Bernardin de Busto ne craignit pas d'en faire usage dans son Rosarium (part. II, serm. xi, p. 5) et, au témoignage de Marien de Florence cité par Wadding (Annales minorum, an. 1325, n. 24), Sixte IV aurait permis de les lire avec discrétion.

3° Les Apostilles sur l'Apocalypse nous conduisent naturellement aux écrits franciscains d'Olivi. Ceux-ci se rattachent avant tout à deux questions qui, à son époque, furent chaudement discutées dans l'ordre : la parfaite observance de la règle et la renonciation de saint Célestin V à la tiare. — A propos de la première question, il convient de citer, outre les lettres et mémoires déjà mentionnés, VExpositio in Regulam S. Francisci, les dix-sept Quœstiones de perfectione evangelica (à l'exception des Questions xn-xiir qui traitent de l'infaillibilité pontificale et de la renonciation de Célestin V) ainsi que le Tractatus de paupere rerum usu. Dans ces trois ouvrages édités seulement en partie, Olieu, se faisant l'éloquent défenseur de la thèse des franciscains spirituels, réduit l'observance de la règle à l'usage étroit en matière de pauvreté, accentue la vie contemplative au détriment de l'apostolat et du travail manuel, et identifie la pauvreté franciscaine avec la perfection apostolique. C'est dans ces traités que les porte-parole du parti rigoriste chercheront leur arguments lors de la grande controverse sur l'observance franciscaine au concile de Vienne. -Du point de vuede la théologie fondamentale et de l'histoire ecclésiastique, les Questions xii-xm du traité De per/ectione evangelica et la lettre au bienheureux Conrad d'Offida sur la renonciation de Célestin V (14 septembre 1295), dépassent en im portance les dissertations sur la pauvreté franciscaine. A la Question xn, Olieu se demande si tous les catholiques doivent obéissance en matière de foi et de mœurs au pontife romain lanquam regulœ inerrabili. Il répond affirmativement, sans aucune réserve, et examine successivement la nécessité d'un seul souverain pontife dans l'Église: la nécessité de la création du siège de Rome et l'étendue de son autorité: le mode d'infaillibilité (modus inerrabilitatis) tant de l'Église en général que du siège de Rome ef du souverain pontife: la mesure et la nécessité de l'obéissance qire le monde catholique doit au souverain

pontife. C'est ainsi qu'il est amené logiquement à traiter de la renonciation de Célestin V et de l'obéissance que les fidèles doivent à son successeur Boniface VIII : c'est le sujet de la Question xm, composée peu avant la lettre à Conrad d'Ofïida.

Passant du fait personnel de Célestin V à la question de principe, Olivi pose la question : Le pape régnant peut-il renoncer à la papauté, de telle façon que, lui vivant, un nouveau pape lui soit substitué '? Suivant la méthode scolastique, il commence par exposer douze arguments contraires à la licéité de la renonciation, empruntés soit aux Décrets du Pseudo-Isidore, soit aux objections soulevées par les adversaires de Boniface VIII. Ensuite il prouve sa llit'se, d'après laquelle le pape peut renoncer pour mie cause légitime, eu égard à l'utilité générale de l'Église. Son argumentation repose avant tout sur. la plénitude du pouvoir du souverain pontife, en vertu de laquelle il peut promulguer- des lois nouvelles et résoudre les doutes qui pourraient surgir : les fidèles doivent accepter en toute soumission les déclarations pontificales. Quant à la renonciation en cause, clairement définie par le pape démissionnaire lui-même, mise à exécution avec le conseil et l'assentiment des cardinaux et accueillie en esprit d'obéissance par l'Église universelle, elle ne s'oppose ni au droit divin ni au droit ecclésiastique. A ce propos, Olieu exar mine d'abord quel est le pouvoir dogmatique du pape et plus spécialement sa faculté d'établir des normes en vue de sa succession; ensuite, quelle est à ce sujet la compétence de l'Église et particulièrement du collège des cardinaux auquel revient l'élection du pape; comment la juridiction tant épiscopale que papale est et doit être mobile et par conséquent, d'après les cas possibles, indépendante des personnes et des lieux; enfin il montre que la juridiction n'est pas jointe nécessairement à l'ordre sacerdotal ou épiscopal.bien que de l'union de l'ordre avec la juridiction naisse la plénitude respective du pouvoir papal, épiscopal et sacerdotal. C'est surtout à la démonstration de la plénitude du pouvoir papal que s'arrête l'auteur, à l'appui de laquelle il allègue une foule de citations canoniques. Là ou il détermine la part du collège des cardinaux dans la renonciation, il témoigne encore du vif souci de sauvegarder la plénitude du pouvoir pontifical : c'est une part purement passive, en ce sens que le collège des cardinaux peut accepter la renonciation quand celle-ci est évidemment aussi utile et nécessaire que la création d'un nouveau pape à la mort du pontife régnant. Les cardinaux ne pourraient assumer un rôle actif en vue de la renonciation du pape que dans le cas hypothétique, prévu par le Décret de Gratien, où un pape ferait profession publique et obstinée d'hérésie. Cette Question xm, qui est un véritable traité De renunliaiione papse, éditée pour la première fois en entier par L. Oliger O. F. M. (Archivum franc, hisl., t. xi, 1918, p. 340-366) place Olieu parmi les meilleurs défenseurs de la papauté, à une époque où le pape régnant, Boniface VIII, était combattu âprement par les uns, tandis que l'étendue de la juridiction pontificale était définie d'une façon indécise par les autres. Même Gilles de Rome, tout en admettant dans son De renunliaiione papœ que la part principale dans l'acte de renonciation revient à la volonté du pape, fonde son argumentation sur le principe : Quo quid faclum est, eodem destruitur; celui que le consentement des cardinaux a mis à la têtede l'Église, peut être amené par un consentement contraire à céder la place à un successeur. Jean de Paris. O. P., ouvrant la voie aux prétentions erronées qui s'affirmeront aux conciles de Pise et de Constance, soutient dans son De potestate regia et papali (1302) que le pape

peut non seulement renoncer mais peut aussi être déposé malgré lui pas ses électeurs. La claire et droite démonstration que fil Olieu de l'inerrabilitas et potes tas papse in constituendis et definiendis et specialiter super substitutione sui successoris, est d'autant plus méritoire qu'elle l'obligea à prendre position contre bon nombre de spirituels d'Italie qui traitaient Boniface VIII d'antipape. C'est pour réfuter leurs erreurs, tant au sujet de l'élection pontificale qu'en matière de pauvreté, qu'il écrivit le 14 septembre 1295 une lettre remarquable au bienheureux Conrad d'Ofïida . Il y résume excellemment, et d'un ton familier bien fait pour être compris par des exaltés qui raisonnaient fort peu, son argumentation scolastique de la question De renuntiatione papas : « Lis comparent au mariage l'union du pape avec l'Église; elle est par conséquent indissoluble. Mais que ces téméraires voient donc combien grossière est leur erreur! Dans leur hypothèse, aucun pape, même s'il était hérétique notoire et destructeur de l'Église, ne pourrait être déposé. De même le souverain pontife ne pourrait jamais destituer un évêque ou le transférer à un autre siège, ni un évêque ne pourrait renoncer à sa juridiction, puisqu'il est uni à son diocèse par un mariage spirituel. » Mais il ne semble pas que cette lettre, dont on admire autant la sûreté doctrinale que la logique serrée et la vigueur de l'expression, ait produit beaucoup d'effet sur des fanatiques hantés par la vision de l'Antéchrist, Archiv. franc, hist., t. xi, 1918, p. 366. Signalons enfin, parmi les écrits franciscains d'Olieu, sa Qusestio de indulgenlia Portiunculse, dont seul un fragment nous est parvenu. Dans cet écrit, qui date au plus tôtde 1279, l'auteur répond à la question : Convient-il de croire que l'indulgence de tous les péchés fut accordée dans l'église de Sainte-Marie-des-Anges, où l'ordre des frères mineurs prit naissance? Après avoir énuméré neuf arguments contraires, Olieu en commence la réfutation : malheureusement, le seul manuscrit connu de cette question (bibliothèque vaticane, Borghese, 190) s'interrompt après la réponse à la troisième objection. L'auteur y invoque, outre un souvenir personnel assez vague, des considérations apocalyptiques et des raisons de convenance, en vertu de la conformité parfaite de saint François au Christ. Au reste, des allusions de ce genre se rencontrent aussi dans sa Question xm, De renuntiatione papse, et dans sa lettre à Conrad d'Ofïida.

Bien qu'il soit assez difficile jusqu'ici d'émettre un jugement d'ensemble sur l'œuvre littéraire considérable d'Olieu, étant donnés sa valeur inégale et le caractère inédit d'un bon nombre de ses écrits, il faut reconnaître toutefois qu'elle mérite de retenir l'attention à plusieurs titres. S'adonnant à une production sans répit, le théologien provençal est tantôt diffus et abondant, tantôt sobre et clair. D'autre part, son joachimisme donne une note tendancieuse à ses dissertations sur la règle franciscaine et sur l'avenir de l'Église. Mais sur le terrain scolastique, surtout dans les 118 Questions du deuxième Livre des Sentences, il fait bonne figure à côté des maîtres franciscains de la génération intermédiaire entre saint Bonaventure et Jean Duns Scot. Quant à sa lumineuse démonstration de la validité de l'abdication de saint Célestin V et de la légitimité de Boniface VIII, elle le met au premier rang parmi les apologistes de la papauté à son époque, et l'élève bien au-dessus du commun des franciscains spirituels, dont par ailleurs le sépare aussi son tempérament purement spéculatif. Les spirituels ne lui en conservèrent pas moins une sincère admiration, et il faut avouer que, en prenant la défense de ses écrits, aux char "très généraux de l'ordre et au concile de Vienne, ils ont été sin-

OLIEU — OLIVA

gulièrement mieux inspires que ne le fut le parti de la communauté en les vouant à une réprobation générale.

En dehors des ouvrages déjà cités, il convient de mentionner encore : René de Nantes, Histoire des spirituels dans l'ordre de S. François, Paris, 1909, p. 266 sq.; F. Callaey, L'idéalisme franciscain spirituel au XIV' siècle, Élude sur Ubertin de Casale, Louvain, 1911; A. Thomas, Le vrai nom du Frère mineur « Pelrus Johannis Ulivi », Annales du Midi, t. xxxv, 1913, p. 68; F. Sarri, Pi'er di Giovanni Olivie Uberlino da Casale, dans Studi francescani, t. xxn, 1925, p. 88 sq.; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles t. vi b, 1915, p. 666 sq. ; Gratien, Une lettre inédite de P. de J. O., Études franciscaines, t. xxix, 1913, p. 414 sq.; Sentence et dernière déclaration d'Olieu, dans Archiv. franc, hist.. t. xi, 1918, p. 264 sq. Du point de vue scolastique, celui qui a étudié le mieux Olieu est B. Jansen, l'éditeur des 118 Quxsliones in secundum Librum Senleniiarum. Dans les Prolégomènes aux trois volumes que comprend cette édition, il cite les nombreux articles de revues (P/iilosophisches Jahrbuch, Franziskanische Studien, Gregorianum), sa dissertation Die Erkenntnislehre Olivis (Berlin, 1921), dans lesquels il a exposé les théories d'Olieu sur la relation entre le corps et l'âme, sur le libre arbitre, le mouvement, le mécanisme de la connaissance, et a examiné la portée historico-philosophique de ses preuves de l'immortalité de Tâme. Enfin, il taut noter aussi : S. Belmond, Deux penseurs franciscains, Pierre-Jean Olive el Guillaume Occam, dans Études franciscaines, t. xxxv, 1923, p. 188 sq. ; La défense du libre arbitre par Pierre Jean O ive, dans La France franciscaine, t. x, 1927, p. 33 sq.; Le mécanisme de la connaissance d'après Pierre Olieu, ibid., t. xn, 1929, p. 291 sq. ; W. Pohl, Ein bedeutsames Werk der Franziskanerscholastik des XIII . Jahrhunderts. Bemerkungen zu Janscns Oliviausgabe, dans Franziskanische Studien, t. xvi, 1929, p. 65 sq. ; F. M. Delorme, S. Bonavenlure et e nombre apocalyptique 666, dans La France franciscaine, t. vin, 1925, p. 519 sq.; P. J. Olivi, Queesiio hucusque inedila de indulgentia Porliunculœ, dans les -4c(a ordinis fr. minorum, t. xiv, 1895, p. 139 sq.

P. F. Callaey.

1. OLIVA Alexandre(1407-1463).— Né à Sassoferrato en Ombrie, il entra de fort bonne heure dans l'ordre des ermites de Saint-Augustin, dont il revêtira les principales dignités, jusqu'à celle de général qu'il reçut en 1459. Le 5 mars de l'année suivante, Pie II le nommait cardinal du titre de Sainte-Suzanne et, le 16 novembre 1461, lui confiait l'administration du diocèse de Gamerino. Le cardinal Alexandre de Saxoferrato, comme on l'appelait, mourut le 20 (ou le 22) août 1463. — ■ Il avait été surtout un infatigable prédicateur dont l'éloquence fut célèbre dans toute l'Italie; un vigoureux réformateur des mœurs; un pacificateur dont l'action se fit sentir en divers domaines. Les bibliographes de son ordre lui attribuent divers recueils de sermons et quelques traités ascétiques qui sont demeurés inédits: De Christi aclu sermones centum ; De Cœna cum apostolis facta ; De peccato in Spiritum Sanclum ; De remedio amoris; et aussi un recueil de lettres.

G. J. Eggs, Purpura docta, t. Il, Munich, 1714, p. 152- 162, qui résume les anciennes notices; il y a une monographie récente, M. Morici, Il cardinale Alessandro Oliva predicatore quatlrocenlista, Florence 1899; Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. il, col. 984; Eubel, Hierarcliia catholica Medii JEvi t. h (1431-1503), Munich, 1901.

É. Amann.

2. OLIVA Jean-Paul, de la Compagnie de Jésus (1600-1681). — Né à Gênes Je 4 octobre 1600, d'une famille illustre qui a donné deux doges à la république, il entra au noviciat le 22 décembre 1616; devenu prêtre il s'acquit bientôt un grand renom de prédicateur. Supérieur du noviciat et recteur du Collège germanique, il n'en continua pas moins ses prédications avec beaucoup d'éclat, soit à la cour pontificale, soit dans les principales villes d'Italie. Le R. P. général Goswin Nickel ayant demandé à la congré-

gation générale de 1661 de lui désigner un vicaire avec droit de future succession, Paul Oliva fut élu avec l'approbation spéciale d'Alexandre VII. La mort du Père Nickel (31 juillet 1664) le fit général de droit comme de fait. Il mourut à Rome le 26 novembre 1681 .

Son généralat fut traversé par un certain nombre d'affaires épineuses; il fallut défendre la Compagnie contre l'accusation d'encourager par la doctrine du probabilisme le laxisme moral, accusation qui trouvait des échos dans la Compagnie elle-même (La Quintinye, Thyrse Gonzalès); il fallut empêcher les jésuites français, tout spécialement le P. de La Chaize, de soutenir trop ouvertement le roi de France dans sa lutte contre le Saint-Siège, et expliquer, non sans peine, au pape Innocent XI les raisons de leur attitude; il fallut régler tant bien que mal les conflits soulevés en Indo-Chine entre les missionnaires jésuites et les vicaires apostoliques. Tout ceci appartient devantage à l'histoire qu'à la théologie. On retiendra néanmoins l'attidude prise par le général dans la question du probabilisme.

Dès 1666, Oliva recevait du P. de la Quintinye, un jésuite français de la province d'Aquitaine, un long rapport où celui-ci se plaignait des mesures prises contre lui par ses supérieurs immédiats, à cause de l'attitude qu'il se permettait vis-à-visdes doctrines morales de la Compagnie. Texte dans Dôllinger et Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeilen, t. Il, Nôrdlingen, 1882, documents, p. 1-12. A diverses reprises La Quintinye s'était rigoureusement élevé contre la théorie que « la bonne foi excuse toujours du péché », et il avait dénoncé les funestes conséquences qui en résultaient tant au point de vue de la vie chrétienne, qu'à celui du bon renom de la Compagnie. Non moins vigoureusement protestait-il contre un aspect de cette thèse qu'autour de lui ses collègues prônaient comme la doctrine propre de la Compagnie : En inquiunt, germana socielalis doctrina, en dogma quod tenent omnes jesuitse ut a multis audivi ssepius, quod nempe ibi nunquam sit peccaium ubi non sil actualis el prœsens cognitio qua judicet opérons se mole operari ; quia, ut volunt, talis cognitio est necessarium quid et essentiale ad peccandum. On voit que notre jésuite avait lu et médité les Provinciales . — ■ Le 17 août 1666, Oliva répondait à ce mémoire, et sa réponse était en définitive une fin de non recevoir; le général ne voulait pas comprendre qu'il y avait une question du laxisme. Le P. de la Quintinye devrait se persuader qu'il y avait des docteurs plus savants que lui : Cum i?a Va non dubilet pro sua religiosa humilitale, quin doctiores ipsa passim occurrant plures, sic etiam delrectare nullatenus débet eorumdem placitis, sua visa suasque sanetorum Patrum aliorumque doctorum interpretationes pacale religioseque postliabere. Notre volonté, continuait le général, est que toutes ces discussions cessent, et que l'on obéisse modestement et religieusement aux ordres des supérieurs ; il renvoyait aux paragraphes de la règle prescrivant cette obéissance. Dôllinger-Reusch, loc. cit., p. 12-13.

La Quintinye se le tint pour dit. Mais l'accession au trône pontifical du pape Innocent XI (21 septembre 1676), dont on savait qu'il était le ferme ennemi du laxisme, sembla lui fournir une occasion plus favorable. Le jésuite français s'adressa donc direcment au pape. Lettre du 8 janvier 1679, ibid., p. 17. Il s'y plaignait de la façon dont le général avait reçu ses premières doléances et mettait sous les yeux d'Innocent XI tant son mémoire de 1666 que la réponse d'Oliva. Le 2 mars 1679 paraissait le fameux décret condamnant 65 propositions d'un laxisme évident. Voir Laxisme, t. ix, col. 72 sq. Les plaintes du jésuite Thyrse Gonzalès (voir son art., t. VI,

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