ONDOIEMENT
ONTOLOGISME
de mort, même si c'est un prêtre qui fait à domicile l'ablution baptismale : ce qui va bien au delà de ce que permet le code (can. 759, cité plus haut). — Gomment apprécier cette pratique ?
l°*Contraire à la lettre du code qui n'a fait du reste que reprendre la discipline antérieure, cette pratique est condamnée comme un contresens par tous les liturgistes. Les cérémonies qui précèdent le baptême, et qui résument toutes les préparations successives de l'ancien catéchuménat (exorcismes, onction de l'huile des catéchumènes, renonciation à Satan, profession de foi), doivent nécessairement avoir lieu avant le baptême, lorsque cela est possible. « Si la nécessité conseille d'admettre au baptême des cliniques un malade qui n'a pas subi les épreuves et reçu la formation du catéchuménat, la suppression ou le renvoi, jusqu'après le baptême, du catéchuménat pour un sujet bien portant ne peut se justifier. » Voir A. Roudinhon, De l'ondoiement, dans Le canonisle contemporain, 1894, p. 705-711; 1914, p. 314-328.
C'est pourquoi l'Église n'a jamais admis cette pratique. Le cardinal Pie, ayant écrit à son clergé que la pratique de l'ondoiement constituait un abus, et qu'il y avait « désordre et irrégularité inacceptable dans cette transposition qui rejette les préliminaires du sacrement après le sacrement lui-même », la Congrégation du Concile l'approuva pleinement :... summopere probaverunt Eminenlissimi Patres, teque vehementer hortantur, ne quid pro tua prudentia vel opérée vel vigilantiœ intermiltas, quo harum abusionum radiées stirpilus in perpetuum avellantur. Voir Nouvelle Revue théologique, 1894, p. 378.
Dans une réponse à une consultation de l'évêque de Beauvais (28 sept. 1868), la Congrégation du Concile appelle la pratique de l'ondoiement abnormitas, corruptela, et juge qu'elle doit être abolie... abolendum plane sentiat. Une réponse analogue fut donnée à Reims en 1883, à Autun en 1894. Dans cette dernière réponse (14 avril 1894), la Congrégation déclarait que « en cas de danger pour l'enfant, il vaut mieux que le baptême tout entier soit conféré à la maison. » En dehors même de tout danger, et pourvu qu'il y ait un cause juste et raisonnable, c'est le baptême solennel à domicile, et non l'ondoiement que doivent permettre les évêques. Saint-Office, 5 sept. 1877; Cong. du Concile, 20 janvier 1894; Discipline des sacrements, 20 déc. 1912; Cong. des Rites, 4 fév. 1871, 17 janv. 1914, 23 janv. 1914. Voir le canon 776 cité plus haut. 2°Toutefois, si l'ondoiement est contraire au droit et constitue une pratique irrégulière, « il ne semble pas moins certain que (cette pratique) puisse être légitimée par la coutume au moins dans ce sens que, lorsque l'usage existe, les évêques qui permettent l'ondoiement et les fidèles qui le demandent, ne peuvent être aussitôt taxés de culpabilité, et que personne n'est tenu de faire disparaître la coutume brusquement et sans transition, aussi longtemps que le législateur ne l'aura pas nettement condamnée. » A. Boudinhon, Le canonisle comtemporain, 1914, p. 316. Ce qu'écrivait M. Roudinhon en 1914, nous pouvons encore le dire après le code, car celui-ci a laissé la question dans le même état, et n'a fait que reproduire la discipline antérieure, sans parler de l'ondoiement, ni par conséquent en réprouver expressément l'usage. La pratique de l'ondoiement reste donc ce qu'elle était auparavant, un abus, mais un abus que le législateur tolère provisoirement, tout en en souhaitant la suppression. Si, dans un diocèse donné, elle repose sur une coutume antérieure de plus de cent ans à la promulgation du code, elle a pu être tolérée par l'évêque, conformément au canon 5 du code de droit canonique. A défaut de cette coutume, l'évêque ne pourrait autoriser à domicile, pour une cause juste et raisonnable, que le baptême
solennel avec toutes ses cérémonies. Là au contraire où existe cette coutume « la pratique de l'ondoiement reçoit de son existence même, et plus encore des difficultés que soulèverait sa brusque suppression, une sorte de légalité de fait; elle bénéficie d'une tolérance provisoire, si bien que les Ordinaires ne sont pas à blâmer s'ils continuent à donner des permissions d'ondoiement, tout en s'efforçant de les restreindre prudemment pour arriver enfin à les supprimer. » A. Boudinhon, loc. cit., p. 323.
Tel est bien le sens de toutes les décisions données par Rome à ce sujet. Cum abusus, qui allas radiées egil, stalim evellere non detur, et periculum forte sil ne animulœ illœ absque baplismo inlerdum décédant, Sacra Congregatio tecum convenit pro nunc parce et in aliquibus casibus tolerandum esse ; intérim vero, ornni ope adlaborandum est ut sensim hujusmodi corruptela deleatur ac plane evanescat. Réponse de la Cong. du Concile à l'évêque de Beauvais, 28 sept. 1868. Caoendum est ne ex nimis rigida legis applicatione majora mala sequanlur, et regenerationis gratiœ amittendiv periculo innoxii infantes exponantur. Mens itaque est ut inslructionibus ac salularibus monitionibus populus edoceatur ut sensim abusus amoveatur et eradicetur; intérim vero cum prudenti moderalione lex urgeatur. Réponse de la Cong. du Concile à l'évêque d'Autun, 14 avril 1894.
F. ClMETIER.
ONTOLOGISME — I. Le nom et la chose.
II. La tradition ontologiste (col. 1002). III. L'ontologisme au xixe siècle (col. 1014). IV. Gioberti et Hugonin (col. 1039). V. Les interventions de Rome (col. 1046). VI. Réfutation de l'ontologisme (col. 1056).
I. Le nom et la chose. — ■ « Le philosophe qui a, le premier, employé le mot ontologisme pour caractériser son système, c'est V. Gioberti », au dire d'un ontologiste, qui signait ses livres du pseudonyme de « Jean Sans-Fiel, philosophe auvergnat »; cf. De l'orthodoxie de l'ontologisme modéré et traditionnel, p. 5, Nancy et Paris, 1869.
Gioberti, en effet, a désigné de ce nom son système pour l'opposer au système cartésien, qu'il nomme le psychologisme. « L'hétérodoxie philosophique, dit-il, nous apparaît comme la substitution du sensible interne à l'intelligible comme premier principe, et de la réflexion psychologique à la raison comme instrument principal ou au moins initial de la philosophie. Ce système, qui part du sens intime pour en tirer et en fabriquer tout l'édifice de la connaissance humaine, peut être justement nommé psychologisme.... Je définis donc le psychologisme un système qui déduit l'intelligible du sensible, et l'ontologie de la psychologie. J'appellerai Ontologisme le système contraire, celui qui enseigne et trace exactement le chemin que doit suivre quiconque veut arriver à une bonne philosophie. » Introduction à l'étude de la philosophie, trad. Tourneur et Défoumy, t. i, p. 311-312, Paris, 1847. Un peu plus loin, p. 335, Gioberti déclare que « l'invention du psychologisme doit être attribuée à Luther plutôt qu'à Descartes » ; et au t. n, p. 99, il le fait remonter à Aristote, qui l'infusa aux scolastiques, particulièrement aux nominalistes. Il ne s'agit donc de rien de moins, entre psychologistes et ontologistes, que du « point de départ de la philosophie ».
Qu'est-ce donc en définitive que l'ontologisme? Nous ne pouvons mieux faire que de le demander à ceux-là mêmes qui s'en déclarent les partisans, licoutons Jean Sans-Fiel, dans sa réponse au P. Kleutgen : « L'idée fondamentale de l'ontologisme ne consiste pas, comme vous le pensez avec M. l'abbé Fabre, dans l'identification des idées générales avec Dieu, mais dans la perception immédiate de l'fitre absolu. Telle est l'opinion de l'immense majorité des ontologistes
ONTOLOGISME. LES PRECURSEURS
et des psychologistes. - De l'orthodoxie..., p. 5. Mais Fabre lui-même, quoi qu'en dise J. Sans-Fiel, n'est pas d'un autre avis : pour lui, l'ontologisme est un « système qui admet, dans l'âme humaine, une connaissance immédiate de Dieu », Réponse aux lettres d'un sensualiste contre l'ontologisme, p. v, Paris, 1864; « cette philosophie soutient, en effet, que l'intelligence proprement dite, l'intellect pur, a pour objet le souverain Être; que l'âme humaine est, de la sorte, constituée intelligente par une connaissance immédiate, quoique souvent irréfléchie, de l'Absolu, de l'Infini; et que nous voyons en Dieu les idées générales, éternelles et absolues, qui éclairent notre intelligence... Si les platoniciens chrétiens de notre temps ont donné un nom nouveau à cette théorie, c'est pour mieux mettre en relief cette connaissance immédiate de l'Être infini...», ibid., p. 12-13; et enfin : « pour enlever au sophiste néopéripatéticien [le P. Ramière J un vain prétexte d'ignorance, résumons encore l'Ontologisme dans cette proposition : l'Intellect humain atteint essentiellement et immédiatement l'Être infini lui-même (non pas tel qu'il est en lui-même ou nu-dedans de lui-même) et voit en Lui les essences métaphysiques ou idées universelles, éternelles et immuables, des choses créées... ». Ibid., p. 52, note.
Ubaghs, rendant compte dans la Revue catholique de Louvain, « l'organe principal de l'école ontologiste », d'un autre ouvrage de Fabre, la Défense de l'Onlologisme..., formule ainsi occasionnellement ce qu'il appelle les propositions capitales de l'ontologisme : « Saint Thomas enseigne la première proposition capitale de l'ontologisme : l'identité de toute vérité intelligible avec l'être infini; mais il n'admet pas la seconde : la vue immédiate de la vérité ou de l'être infini, par l'esprit de l'homme. » Cité par la Revue du monde catholique, 1863, t. vu, p. 262, note 2.
Si de Belgique nous passons en Italie, voici la théorie du P. Gaetano Milone, « savant ontologiste », qui serait aussi celle du P. Vercellone et du « célèbre abbé François Seni » : « L'intelligible n'est pas une chose créée, mais il exprime, rigoureusement parlant, tout ce que nous connaissons c'e Dieu et de la vérité (qui est Dieu) et de ses prérogatives de toute espèce... L'intelligible nous vient du dehors et il est essentiellement objectif : notre esprit, d'abord dans un état habituel (la mémoire), et ensuite dans un état actuel (l'intellect), voit l'intelligible et le voit immédiatement. Or nous avons dit que l'intelligible est incréé, qu'il est la vérité, qu'il est Dieu; donc de la même manière que notre esprit voit l'intelligible, il voit Dieu immédiatement. » Cité par Zigliara, Œuvres philosophiques, tred. Murguc, t. m, Lyon, 1881, p. 434-435. — On trouvera encore deux descriptions intéressantes de l'ontologisme dans les Annales de philosophie chréchrétienne, février 1852, p. 122-123, celle-ci tirée du Compendium philosophiee . auctore M... : et février 1854, p. 155, celle-ci extraite du Journal historique et littéraire de Liège.
On voit que le Saint-Office, dans son décret du 18 septembre 1861, ne trahissait pas, quoi qu'ils en aient dit, la pensée des ontologistes, quaad il formulait ainsi la première proposition qu'il leur attribuait : Immediala Dei cognilio, habilualis sallem, inlettectui humano essenlialis est. ila ut sine ea nihil cognoscere possit : siquidem est ipsum lumen intellecluale. Denzinger-Eannwart, n. 1659. — Formule que les cardinaux Riario Sforza, archevêque de Naples, et Jocchim Pecci, évêque de Pérouse, reprenaient en' l'abrégeant dans leur Poslulatum contre l'ontologisme présenté au concile du Vatican : « La connaissance de Dieu directe et immédiate est naturelle à l'homme. » Cf. Annales de phil. chrél., novembre 1873, p. 326.
N.B. — Zigliara remarque à juste titre « que Yinnéité
de l'idée de l'infini, comme Vapriorisme de la démonstration de l'existence de Dieu, sont choses très différentes de l'ontologisme, et qu'on n'est point partisan de l'ontologisme pour être partisan de l'innéité ou de l'aphorisme. » Op. cit., t. n, p. 390, note. Et le P. Ramière, ayant défini l'ontologisme : « le système d'après lequel l'esprit humain voit Dieu immédiatement en lui-même et voit en lui toutes choses », Revue du monde catholique, 1862, t. iv, p. 9, note, insiste pour qu'on maintienne bien « en lui-même » dans la définition de l'ontologisme, parce que, dit-il, « c'est la seule formule qui exprime nettement la doctrine ontologique dans ce qu'elle nous paraît avoir de contraire à la tradition chrétienne. Voir Dieu en lui-même c'est le voir sans aucun intermédiaire, non par une idée, mais .dans son être, de manière que l'intelligence se termine à l'être même de Dieu et atteigne sa substance, quoique peut-être elle n'atteigne pas certains attributs de cette divine substance. La formule : connaître Dieu immédiatement ne rend pas du tout la même idée, puisque dans la langue scolastique une connaissance est immédiate dès qu'elle n'est pas le résultat d'un raisonnement, alors même que l'objet ne serait pas connu en lui-même, mais seulement dans son idée. » Ibid., 1864, t. x, p. 187, note.
IL La tradition ontologiste. — Pour se faire recevoir dans les écoles catholiques, l'ontologisme s'est naturellement présenté sous le patronage de la « tradition » ; il s'est créé une généalogie. C'est elle que nous voudrions étudier maintenant, d'après les écrits mêmes des ontologistes, sans rechercher s'ils ont eu raison ou tort de se réclamer de tel ou tel auteur. Parlant de Malebranche, qu'il considère et que tout le monde regarde comme le plus authentique des ontologistes, Gioberti déclare « qu'il continue la chaîne de la véritable science, et qu'il remonte, en se rattachant à saint Bonaventure, à saint Augustin et aux Alexandrins, jusqu'à Platon. » Introduction..., t. i, p. 137. Plus loin, il ajoute de nouveaux chaînons : « La doctrine des anciens et des nouveaux platoniciens, la doctrine de saint Augustin, de saint Anselme, de saint Bonaventure, de Gerson, de Ficin, de Thomassin, de Gerdil, il nous faudra donc la répudier sous peine d'être panthéistes? » Ibid., t. n, p. 423. Fabre nous révèle encore d'autres ancêtres de l'ontologisme : « J'ai exposé l'Onlologisme d'après les plus grands penseurs, d'après les plus savants docteurs de l'Église. J'ai répété ce que disent saint Augustin, saint Bonaventure, Henry de Gand, Denis le Chartreux, Bossuet, Fénelon, Leibniz, Gerdil. » Réponse..., p. 44. Un article de la Civiltà cattolica, reproduit par les Annales de phil. chrét., février 1854, p. 154, précise ainsi l'apport de quelques-uns des pères de l'ontologisme à cette doctrine : « Platon a rapporté l'origine de toute science à la contemplation de l'absolu; les Arabes du Moyen Age ont eu recours à l'intellect unique et universel; Marsile Ficin, venu à l'époque de la Renaissance, a renouvelé l'opinion platonique, en affirmant que nous avons toujours présente à l'esprit l'idée de Dieu, dans laquelle et par laquelle nous connaissons toutes choses, bien que nous n'en ayons aucune conscience ; Malebranche a imaginé voir dans saint Augustin la théorie de la vision en Dieu, et s'est vu suivi en ce point par Thomassin et par Fénelon; Gerdil, dans le siècle dernier, a soutenu dans sa jeunesse la théorie de Malebranche, mais il a paru ensuite la répudier dans un âge plus mûr; de notre temps Victor Cousin, avec le troupeau de ses éclectiques, nous propose la même doctrine sous l'étiquette de Raison impersonnelle; et, ce qui semblerait incroyable, il a trouvé des échos ou des copistes dans l'abbé Maret en France, et d^ns quelques professeurs catholiques de Louvain, en Belgique. »
ONTOLOGISME. LES PRECURSEURS
Nous voici donc au xixe siècle : on va juger de l'extension de l'ontologisme dans les écoles catholiques vers 1860 parles témoignages suivants. Duilhé de Saint-Projet, parlant de la Philosophie catholique en 1860, écrit : « L'Ontologisme occupe une grande place dans les écoles catholiques. Il s'est produit, dans ces dernières années, sous le patronage de quelques prêtres éminents de Saint-Sulpicc; il a été exposé et défendu par un écrivain distingué, M. l'abbé Hugonin. Cette école, pleine de vie et de grandeur, reconnaît pour son chef Mgr Baudry, évêque de Périgueux. Nous devons ajouter que l'Ontologisme est la doctrine philosophique de l'université de Louvain. Et, comme on l'a dit avec raison, il n'est pas étranger à la manifestation d'une phase nouvelle dans le Traditionalisme, dont nous parlons plus bas. » Cité par les Annales de phil. chrét., mai 1862, p. 391. — En décembre 1863, p. 460, les Annales transcrivaient « la liste des ontologistes donnée par M. l'abbé Fabre » : « Mgr Baudry, évêque de Périgueux (mort), Mgr Maret, évêque de Sura, doyen de la faculté de théologie à la Sorbonne, le R. P. Gratry, M. l'abbé' Branchereau, de la société de S ùnt-Sulpice, M. l'abbé Hugonin, supérieur de l'École des Carmes et professeur de philosophie à la Sorbonne, et les professeurs de l'Université catholique de Louvain. Dans la Compagnie de Jésus, elle-même, s'il y a quelques Dutertres, on y trouverait plus d'un André, et nous n'engagerions pas le T. R. P. Général à prescrire la signature d'un formulaire péripatéticien. Les membres les plus distingués de son ordre, au moins en France, partagent les opinions ontologistes. Nous avons vu que M. l'abbé LTbaghs nomme le P. Milone et le P. Vercellone, à Naples, à Rome. » — ■ Enfin, en octobre 1867, p. 316, les Annales se faisaient gloire d'avoir combattu l'ontologisme « dans M. l'abbé Maret, dans Dom Gardereau, dans M. l'abbé Lequeux, dans M. l'abbé Gioberti, dans M. l'abbé Ubaghs, dans M. l'abbé Blampignon, dans M. l'abbé Fabre, dans M. l'abbé Hugonin. »
Reprenons tous ces noms dans l'ordre chronologique, en en ajoutant quelques autres qui n'ont pas trouvé place en ces listes évidemment fragmentaires, et donnons quelque aperçu des doctrines ou authentiquement ou prétendument ontologistes professées par ces auteurs.
/. dans L'antiquité. — ■ 1° Les Pères grecs. — « L'ontologisme a été la doctrine universellement professée par les Pères grecs, surtout pendant les trois premiers siècles. Le savant Rosmini l'avoue; et nous en donnerons quelques témoignages dans le chapitre suivant. » Ainsi parle Hugonin, Ontologie, 1. 1, p. 381, note 1, Paris, 1855. Le « chapitre suivant », en fait de Pères grecs ayant professé l'ontologisme, nomme saint Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Grégoire de Nazianze et saint Cyrille de Jérusalem, mais il ne reproduit de « témoignages » que des deux premiers : il s'agit là de l'illumination de l'intelligence humaine par le Verbe.
2° Saint Augustin. — On a eu déjà l'occasion de toucher ici la question de l'ontologisme de saint Augustin, cf. t. i, col. 2535; unis, parce que siint Augustin fut, avec saint Bonaventure, la principale autorité des ontologistes, il ne sera pas inutile de mettre sous les yeux du lecteur les pièces du procès, afin qu'il puisse juger par lui-même de l'exactitude ou de l'inexactitude de l'interprétation ontologiste. Le dossier complet s'en trouve dans la Discussion amicale sur l'ontologisme, p ir Je in S ins-Fiel, Paris et Nancy, 1865, p. 229 à 298. Nous citerons les textes dans l'ordre chronologique des tr.iités, tel qu'il est dressé à l'article Augustin, col. 2311-2314; on pourra voir ainsi si la pensée du saint Docteur a varié à cet égard. — Un dossier analogue a été constitué par Gerdil
dans sa Défense du sentiment du P. Malebranche, sous le titre de : Dissertation préliminaire contre ceux qui ne condamnent que par préjugés le sentiment du P. Malebranche sur la nature et l'origine des idées. On le trouvera presque intégralement reproduit par Trullet dans son Examen des doctrines de Rosmini, trad. Silvestre de Sacy, Paris, 1893, p. 210-232.
« Dieu est la lumière intelligible, et c'est en lui et par lui (in quo, a quo et per quem) que brille intelligiblement tout ce qui est intelligible. » Solil., 1. I, c. i; Discussion, p. 240. — Saint Thomas a relevé encore dans les Soliloques cette autre parole qui paraît susceptible d'une interprétation ontologiste : prius est Veritas cognoscenda per quam possunl alia cognosci. Solil., 1. I, c. xv, Summa contra Gent., 1. III, c. xlvii.
« Découvrir, ce n'est ni faire, ni engendrer; autrement l'esprit, dans une découverte temporelle, engendrerait l'éternel, car souvent il découvre des choses éternelles. Qu'y a-t-il, en effet, de plus éternel que l'essence du cercle? » De immortal. animx, c. iv, cité par Hugonin, Ontologie, t. i, p. 182. — ■ « Lorsque l'esprit perçoit (intuetur) des objets qui sont immuables, il est uni à ces objets (satis ostendit se Mis esse conjunctum) d'une manière admirable et incorporelle. » Ibid., c. x; Discussion, p. 256.
« La raison ne peut rien apercevoir d'éternel et d'immuable sans y reconnaître son Dieu. » De lib. arbit., 1. II, c. vi; Disc, p. 295. — ■ « Les vérités numériques sont au-dessus de notre esprit; elles demeurent immuablement dans la Vérité même (incommutabiles in ipsa manere Veritale); c'est là que les savants les contemplent (in ipsa Veritale contuentur). » Ibid., c. xi; Disc, p. 294. — ■ « Vous ne pouvez nier qu'il existe une Vérité immuable qui contient toutes les vérités immuables et qui brille comme une lumière secrète et publique à l'intelligence de ceux qui voient ces vérités (tanquam seerctum et publicum lumen prseslo esse et se prœbere communiler). » Ibid., c. xu; Disc, p. 242. — « L'esprit comprend, dans la mesure où il peut s'approcher de et s'unir à l'immuable Vérité (quantum propius admweri alque inhœrere potueril incommulabili Veritati). » Ibid.; Disc, p. 256.
« Toutes les fois que nous comprenons quelque chose, ce n'est pas celui qui parle extérieurement que nous consultons, c'est la Vérité qui préside intérieurement à notre intelligence (sed intus ipsi menti preesidenlem consulimus Veritatem)... Quand il s'agit des réalités physiques, nous nous servons de nos sens pour les connaître; m lis quand il s'agit des choses intellectuelles, nous consultons la Vérité intérieure par la raison... Quand il s'agit des objets connus par l'esprit, c'est-à-4irc par l'intellect et par la raison, nous exprimons par la parole ce que nous voyons présent à notre intelligence dans cette lumière secrète de la Vérité qui éclaire 'l'homme intérieur (quœ prœsenlia conluemur in Ma inleriore luce Veritalis)... Dans toutes les sciences que les hommes enseignent, au moment où le maître parle, le disciple vérifie au-dedans de lui-même en regardant, autant qu'il le peut, la Vérité intérieure (interiorem scilicet illam Veritatem pro uiribus intuentes). » De Magist., c. xi, xu, xiv; Disc, p. 245-216.
« Puisque la loi de tous les arts est absolument immuable, et que l'esprit hum un, qui a le privilège de voir cette loi, est sujet au changement de l'erreur, il est manifeste qu'il y a au-dessus de notre intelligence une loi qu'on appelle la vérité. Or vous ne pouvez nier que la nature immuable qui est au-dessus de l'âme raisonnable soit Dieu lui-même. » De vera relig.,c. xxxxxxi ; Disc, p. 243-214. - Du chapitre xxxi de ce même traité, saint Thomas a relevé cette autre proposition de saveur ontologiste : secundum veritatem divinam de omnibus judicamus. Sum. cont. Gent., toc. cit. Hugonin, op. cit.. p. 142-144, se réfère aux